Disclaimer : pour ceux qui auraient des doutes, les personnages originaux de gundam wing ne sont pas à moi.
Bonne lecture
Chapitre 4) Découvertes
France, milieu du XVIIe
Le bateau des Maganac jeta l'ancre à quelques encablures du rivage. Appuyés au bastingage Trowa et Quatre observaient la côte désolée qui s'offrait à leurs yeux. Le plus grand des deux avait le coeur en joie, il allait enfin recouvrir vraiment sa liberté.
Derrière eux se profila la haute silhouette de Rashid, le chef des Maganac, sur son visage se dessina l'ombre d'un sourire lorsque ses yeux se posèrent sur le petit blond à qui ils devaient tant ses hommes et lui même. Sans Quatre ils seraient sans doute morts à l'heure actuelle ou croupiraient dans une prison. Eux qui avaient osé braver l'ordre établi en construisant un bateau pour leur propre compte et enlever le fils d'un homme influent, à savoir Quatre qui fort heureusement avait décidé de leur venir en aide au lieu de les enfoncer un peu plus et qui avait su convaincre son père de laisser à ces hommes courageux et fiers non seulement la vie sauve mais aussi la possession du navire qu'ils avaient construit.
Ils avaient tous été d'accord pour faire de lui leur petit maître et lui jurer fidélité. Lorsqu'il était monté à bord, suivi d'un infidèle ils avaient été surpris mais n'avaient pas posé de question. Le jeune homme aux cheveux châtain et aux yeux verts leur avait très vite prouvé qu'il était de leur trempe. Un homme courageux et dur à faire plier qui ne rechignait pas devant le travail. Dès le premier jour il s'était mêlé à eux et avait travaillé à leurs côtés sans dire un mot, ne parlant pas leur dialecte. Rashid avait apprécié ses efforts et, lorsque la nuit était tombée et que Quatre s'était endormi, il lui avait fait signe de le suivre.
Le châtain ne s'était pas fait prier, ils étaient montés dans le nid d'aigle afin de parler sans témoins.
- Il y a une loi dans notre pays qui veut que deux hommes surpris à coucher ensembles soient condamnés à mort. S'ils sont du peuple ils seront simplement égorgés et leurs corps seront laissés à la vue de tous jusqu'à ce que les charognards les fassent disparaître. Mais s'il s'avère que l'un d'entre eux est de bonne naissance, alors les choses changent car il sera considéré comme étant source de honte pour sa famille. Lui sera livré à un chien en rut comme s'il n'était qu'une chienne en chaleur avant de mourir sous le fouet tandis que son amant, s'il est d'un rang inférieur sera égorgé et son corps sera livré aux chiens sous les yeux du fils de bonne naissance. Déclara Rashid dans la langue de l'infidèle. (1)
Trowa ne cilla pas, il soutint le regard du chef des Maganac.
- Pourquoi me dites vous cela ?
- Je veux simplement m'assurer que vous savez où vous allez, ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. Répondit Rashid. Maître Quatre est un homme de haute naissance, je ne voudrais pas qu'il se perde à cause d'un infidèle tel que vous.
- Nous ne sommes pas amants. Je ne suis pas de ceux-là et lui non plus.
- Dans ce cas, tout est dit.
Satisfait Rashid laissa redescendre le jeune homme et resta un instant dans le nid d'aigle à surveiller la nuit. Il avait eu la réponse qu'il souhaitait, il savait le jeune homme sincère mais il restait soucieux. Il craignait que le coeur généreux de leur petit maître ne lui joue des tours à l'avenir, alors qu'ils ne seraient plus auprès de lui pour le protéger.
Trowa avait regagné sa place dans l'entrepont et s'était couché comme les autres, mais il n'avait pas réussi à trouver le sommeil. Les mots de Rashid tournaient dans son esprit. Etre égorgé ne lui faisait pas vraiment peur, bien que cela soit à ses yeux une façon de mourir assez atroce, il avait vu plusieurs marins du navire abordé finir ainsi. Mais l'idée que le petit blond pourrait être livré à un chien en rut le mettait mal à l'aise. Avec son air enfantin et sa indéniable douceur Quatre était visiblement fait pour le luxe et le bonheur. Tout le contraire de lui au fond. Même l'idée qu'ils puissent être amis semblait saugrenue. Ils étaient en totale opposition. De par leurs origines comme par leurs existences.
Il avait cruellement conscience de cela et finit par conclure qu'il serait préférable pour Quatre de rentrer chez lui dès qu'ils auraient atteint leur destination. Oui, c'était la meilleure solution, faire en sorte qu'il ne quitte pas le navire des Maganac et que ces derniers le ramène chez lui.
Sa décision prise Trowa attendit qu'ils atteignent les côtes. Comme cela était prévisible Rashid ordonna qu'ils patientent jusqu'à l'aube, le jour étant sur le point de finir. Cela arrangeait les affaires de Trowa. Il avait en effet décidé de gagner les côtes à la nage dès que l'équipage et le petit blond auraient sombré dans le sommeil. Bien entendu il y aurait des sentinelles, mais il se faisait fort de quitter le bord sans en alerter une seule.
Lorsqu'il fut certain du sommeil de ceux qui résidaient dans l'entrepont il se releva sans bruit et gagna le pont arrière avec la discrétion d'un chat. Là il s'assura de n'être visible de personne et se laissa glisser dans l'eau. Le froid lui causa un violent choc thermique mais il se réchauffa en commençant à nage vigoureusement vers son but.
Dans la cabine de Rashid Quatre s'agita sur sa couche, son souffle se ralentit soudainement et un gémissement passa ses lèvres. Il commença à trembler et ses frissons éveillèrent Rashid qui s'empressa d'allumer une lampe à huile.
Trowa sentait son corps s'engourdir mais il nageait toujours, obstinément tourné vers le but qu'il s'était fixé. Son corps vigoureux se mouvait avec régularité, fendant l'eau sans à coups. Il serrait les dents pour empêcher qu'elles ne claquent. Lorsqu'il sentit enfin ses pieds toucher le fond il adressa une prière à son Dieu et se traîna jusqu'au rivage, se laissa choir sur un carré d'herbes sèches. Son grand corps se replia sur lui même pour lutter contre le froid. Il n'avait pas la force d'aller plus loin. Il devait attendre et espérer survivre à cette nuit du mois de novembre. Lorsque ses yeux se fermèrent l'image de Quatre lui traversa l'esprit.
- Adieu, Quatre... et... merci... Murmura t'il faiblement.
Quatre se redressa vivement sur sa couche, tiré du sommeil par la main de Rashid que ses tremblements inquiétaient. Un cri d'angoisse échappa à ses lèvres.
- Trowa !
Bien qu'éveillé il tremblait toujours, de plus en plus fort, tandis que le froid semblait le posséder tout entier. Il essaya de se lever mais Rashid l'en empêcha d'une main ferme.
- Soyez raisonnable Maître Quatre, vous n'êtes pas en état...
- Ce n'est pas moi qui souffre... c'est Trowa... il a froid, si froid... il faut lui venir en aide... il va mourir...
- Je vais faire ce qu'il faut.
Rashid quitta la cabine et interpella les sentinelles. La disparition du châtain fut vite découverte et une chaloupe préparée rapidement. Quatre les rejoignit alors qu'ils allaient la mettre à l'eau et insista pour y prendre place.
- Je dois y aller, vous ne le trouverez pas sans moi, la nuit est trop sombre.
Rashid capitula à regret mais houspilla ses hommes pour qu'ils prennent grand soin de leur petit maître. La chaloupe se dirigea vers le rivage selon les instructions du petit blond dont le corps tremblait toujours. Il fut le premier à mettre pied à terre et à courir vers le jeune homme transi qui gisait sur l'herbe à quelques mètres de l'eau.
- Trowa !
Il n'obtint pas de réponse et s'affola.
- Trowa ! Trowaaaa !
Le châtain ne lui répondit pas mais une voix rude s'adressa à lui dans un français patoisé.
- L'a passé ?
Quatre leva la tête et découvrit un pécheur qui le regardait avec méfiance.
- Non, il vit toujours, je vous en prie... aidez le !
Le visage maussade de l'homme se tendit de colère.
- J'vois pas pourquoi j'ferais ça pour un étranger.
Une voix de femme jeune s'adressa à lui.
- Père il est des nôtres.
- Lui p'têtre bien, mais pas le blond. Un maudit sarrasin, moi j'te le dis.
La femme sortit de l'ombre et s'agenouilla près des deux garçons, posa sa main sur la joue glacée de Trowa. Elle était jeune, pas plus de vingt ans, avec des cheveux presque aussi clairs que ceux de Quatre.
- Je le reconnais père. C'est le jeune soldat qui m'a sauvé la vie il y a des années lorsque tu étais tombé malade et que j'ai du travailler à la ville.
Son père fronça les sourcils et considéra le châtain.
- Comment peux tu en être si certaine ? Cela fait plus de cinq ans.
- J'en suis absolument sûre père. Tu sais que je n'oublie jamais un visage.
- Dans ce cas.
L'homme chargea le corps inerte sur son épaule comme s'il s'agissait d'un sac de grains.
- J'le veux bien sous mon toit, mais pas l'sarrasin. Laissa t'il tomber d'une voix dure en tournant les talons.
La jeune femme adressa un sourire d'excuse à Quatre.
- Pardonnez à mon père. Je vous donne ma parole qu'il sera bien soigné. Revenez demain, je serais sur la plage, je vous donnerais de ses nouvelles.
Quatre se résigna à faire demi tour, mais, alors qu'il marchait vers la barque il ressentit la volonté de Rashid de lever l'ancre avant le jour et d'abandonner le garçon aux yeux verts à son sort pour le ramener lui à son père. Révolté il fit demi tour et disparut dans la nuit malgré les appels des Maganac. Il trouva refuge dans une bergerie et s'endormit au milieu des moutons dont les toisons lui assurèrent un peu de chaleur. Malgré l'odeur et les cahots il s'endormit comme un enfant, épuisé par toutes les émotions ressenties
Les Maganac regagnèrent le bord afin de faire leur rapport à Rashid. Ce dernier fixa la côte invisible puis soupira.
- Allez prendre du repos. Nous partirons à l'aube.
- Mais, et Maître Quatre ?
- Il a fait son choix, nous devons le respecter.
Au matin, lorsque Quatre fut tiré du sommeil par le piétinement des moutons pressés de gagner leur pâture le navire des Maganac avait déjà gagné le large. Lorsqu'il se dressa sur la plage il constata sa disparition et sourit tristement. Désormais il était seul dans un pays étranger avec pour toute fortune des habits bien malmenés par la nuit passée dans la bergerie. Un fort sentiment de détresse et de solitude s'empara de lui, le faisant gémir.
Au même instant Trowa sortait du sommeil dans la maison du pécheur. Un jeune garçon qui surveillait le lit sauta à bas de sa chaise et se précipita à la recherche de son aînée.
- Midi ! Il est éveillé.
La jeune femme s'empressa de gagner les abords du lit et rencontra un regard vert qu'elle n'avait pas oublié malgré toutes les années.
- Comment vous sentez vous ?
- Bien... mais où suis-je ?
- Dans la maison de mon père. Nous vous avons trouvé sur le front de mer cette nuit. Vous aviez froid et vous étiez trempé, on vous a pris pour vous soigner.
Trowa se redressa, les souvenirs lui revenaient peu à peu. Quatre, Rashid, les Maganac, le bateau, la traversée, les propos de Rashid, sa décision de quitter le bord en douce, le froid de l'eau...
- Est-ce que j'étais seul ? Demanda t'il avec inquiétude.
La jeune femme était sur le point de répondre par la négative lorsque l'un de ses frères entra dans la pièce.
- Midi, père a vu le sarrasin sur la plage. Tu devrais aller lui dire de partir avant que le grand Paul ne descende.
Trowa se leva sans tarder, le sarrasin ne pouvait être que Quatre et il semblait être sur le point d'être en danger.
- Je m'en charge. Dit il.
Midi n'insista pas, elle se contenta de le regarder quitter sa maison. Elle savait qu'elle ne pouvait pas plus le retenir qu'emprisonner le vent. Elle retourna à ses occupations quotidiennes en soupirant sur ce qui ne serait jamais.
Trowa se laissa guider par le vent marin pour rejoindre la plage. Trouver Quatre ne fut pas difficile, le petit blond était assis sur le sable, les yeux rivés sur la mer. Ses beaux habits orientaux la veille si soignés étaient désormais froissés et sales.
- Quatre... Murmura Trowa.
Il sentit son coeur se serrer lorsque le petit blond tourna vers lui un regard trempé par les larmes puis se dilater lorsque Quatre se leva d'un bond pour se jeter entre ses bras.
- Trowa ! J'ai eu si peur pour toi !
Le garçon aux yeux verts referma ses bras sur le corps souple de l'oriental.
- Je vais bien Quatre. Ne te fais plus de soucis.
Puis, soudain, les mots de Rashid lui revinrent en mémoire et il repoussa vivement le petit blond. Il réalisa quelle erreur il avait commise en se laissant aller à l'étreindre. Il lui fallait tuer dans l'oeuf les sentiments qui naissaient en eux.
- Disparaît de ma vue ! Cria t'il.
Il repoussa avec force le corps mince qu'il enlaçait un instant plus tôt, le faisant choir sur le sol. Quatre leva vers un lui un regard surpris.
- Trowa ?
- Tu ne veux que m'entraîner sur la voie du péché, pour pervertir mon âme ! Engeance du démon ! Adorateur de faux Dieux ! Retourne sur ta terre de païens ! Tu me répugne au plus haut point fils de chien !
Les yeux clairs de Quatre s'écarquillèrent lorsque l'insulte parvint à ses oreilles. Chez lui il s'agissait d'une insulte grave et Trowa le savait parfaitement. Mais le petit blond refusa de se laisser chasser de la sorte. Il se releva, sa main jaillit et agrippa les doigts du garçon aux yeux verts. Le choc fut aussi violent que la première fois. Trowa sentit la crainte du blond, son chagrin qui vint nourrir le sien. Quatre lui parvint à percevoir le désir qu'avait Trowa de se débarrasser de lui pour éviter quelque chose qu'il pensait devoir se produire s'ils restaient ensembles. Quelque chose de vraiment ignoble. Il n'eut pas le temps d'en découvrir plus, les doigts qu'il retenait se mirent à serrer les siens si fort qu'il ne put se retenir de gémir et de tenter de s'en délivrer. Mais le châtain continua à serrer encore quelques minutes avant de le rejeter une nouvelle fois. Quatre serra sa main meurtrie contre sa poitrine.
- Trowa... pourquoi ?
- Parce que je te hais, tout comme je hais chacun des misérables qui existent dans ton pays de sauvages. Je vous hais pour ce que l'on m'a fait, pour ce qu'on a voulu me faire. Pour ce que l'on a fait à mes compagnons à bord de ce bateau. J'ai vu mourir des gens qui m'avaient accepté, de la main d'hommes travaillant pour ton père. Ils m'ont pris pour faire de moi un esclave. As tu la moindre idée de ce que j'ai pu ressentir ?
Quatre secoua la tête. Il lui semblait être plongé dans un terrible cauchemar. Trowa, celui qu'il avait sauvé au risque de perdre son honneur et pour qui il avait renoncé à sa vie tranquille et si pleine de promesses, Trowa lui disait qu'il le haïssait. La douleur que faisaient naître ces mots dans son coeur était terrible mais, en même temps, une voix lui disait que ce n'étaient que des mensonges, que Trowa ne pensait pas vraiment ce qu'il venait de dire.
(1) Pas très réjouissant pas vrai ? Mais je vous rassure, j'ai inventé tout cela (je sais, il n'y a pas de quoi en être fière). Cependant, je crois qu'à l'époque le sort de deux hommes surpris dans cette situation n'était pas plus enviable.
