Hello, hello
Le titre de cette fic, Vol 815, est un petit clin d'oeil à LA série qui m'a fait aimer les séries (et les trucs tordus à souhait aussi, accessoirement) : Lost. Pour une grande partie de la fic, et c'est valable aussi pour les bonus, la chanson This is where my heart breaks de mon chanteur favori Tyler Hilton tournait en boucle sur VLC (et me brisait le coeur, évidemment). Pour ce bonus, je me suis fortement inspirée d'une de mes séries favorites : Suits, avocat sur mesure.
Ce bonus n'était pas LE bonus le plus attendu, je pense. La réaction de Derek ayant été, dans les reviews, le bonus le plus sollicité, demandé, attendu... il arrivera ! C'est certain, ça. Il fait parti des trois bonus assurés. Les autres (Peter qui s'introduit chez Scott, par exemple) sont en cours de discussion avec moi-même (et moi-même a très envie de s'y mettre, d'ailleurs).
Je remercie, et ne la remercierais jamais assez de toutes façons, LiliEhlm qui... gèèèèèère mais gros comme ça !
Bonne lecture !
PS. Je réponds aux anonymes sur papionini (.wordpress .com) dans divers - review anonyme
Evidemment, Teen Wolf et tout ce qui fait que Teen Wolf est Teen Wolf ne m'appartient pas.
Vol 815 - Bonus 1
Enfoncé sur la banquette arrière d'un taxi, la tête tournée vers les hauts grattes-ciels qui, pour un peu, lui auraient presque manqué durant son court séjour en Europe, Peter s'ennuyait ferme. Cela devait bien faire vingt minutes qu'il était coincé dans un de ces damnés embouteillages, et tout autant qu'il lui fallait supporter son chauffeur qui pestait et insultait la terre entière. Ça allait du pauvre motard ou cycliste qui slalomait entre les voitures aux piétons qui traversaient n'importe comment, non sans oublier, au passage, tous les autres véhicules qui n'avançaient pas d'un iota. Bon retour au bercail !
Les doigts de l'avocat, impatient, pianotaient nerveusement sur sa cuisse. De temps à autre, Peter se surprenait à loucher avec envie sur la mallette posée à son côté mais à laquelle mieux valait ne pas toucher. Celle-ci, pleine de documents importants, de dossiers à examiner et de contrats à finaliser, lui faisait de l'œil. Que n'aurait-il pas donné pour pouvoir, dès à présent, se mettre au travail ? Tout plutôt que rester une seconde de plus ici, à ne rien faire d'autre que regarder le temps qui passe et les immeubles défiler au compte-goutte.
« Mais il va avancer l'autre tocard ! » hurla le conducteur, s'excitant sur son klaxon. « Hé ho ! Mon gros ! Y en a qui voudraient bien- »
Peter n'écouta pas la suite. Son attention venait d'être happée par l'écran de son smartphone qui s'allumait, lui signifiant l'arrivée d'un nouveau message. Bien qu'un léger sourire commença à étirer ses lèvres, son cœur se serra lorsqu'il eut lu le nom de l'expéditeur et le message en question. C'était déjà le cinquième SMS que Stiles lui envoyait depuis qu'il avait quitté l'appartement, quelques quarante-cinq minutes plus tôt. Son compagnon avait toujours une bonne raison de chercher à le joindre. Une fois c'était pour lui demander vers quelle heure il pensait rentrer au soir ; un autre pour lui re-souhaiter une bonne journée ; encore une autre pour savoir s'il était celui qui avait terminé le beurre de cacahuète... et, bien sûr, répondre était toujours vivement attendue ! Stiles n'avait pourtant que faire de celles-ci, Peter serait prêt à le parier.
« Tu n'aimes pas le beurre de cacahuète, Stiles. »
Tels furent les quelques mots que Peter envoya laborieusement à son petit-ami. Tout habitué qu'il était aux écrans tactiles, il avait du mal à se réaccoutumer au mastodonte que Scott avait retrouvé au fond d'un vieux tiroir et généreusement accepté de lui prêter en attendant. L'avocat priait silencieusement pour que Stiles perde, au plus vite, cet irrépressible besoin de s'assurer qu'il était toujours bel et bien à compter parmi les vivants... et espérait, au moins, que ce soit là le dernier message qu'il recevait de la matinée. Dans la mesure où il serait en réunion et rendez-vous tout l'après-midi, le problème se résolvait de lui-même puisque son téléphone serait éteint.
Après un temps qui lui avait semblé interminable – et qui l'avait été – le taxi s'était finalement arrêté devant le cabinet où Peter exerçait depuis plusieurs d'années. Il se dépêcha de payer son chauffeur puis de quitter la voiture. Tout plutôt qu'y passer une minute de plus. De retour à l'air libre, l'avocat ne perdit pas une seconde de plus. De son pas assuré, sa mallette tapant de temps en temps sa jambe, il se dirigea vers l'entrée du building.
Bien en retard, Peter ne voulait pas perdre davantage de temps. Il avançait sans regarder les visages des humains qui pouvaient évoluer autour. Il évita donc d'extrême justesse une poussette, faillit se faire renverser par un cinglé en roller malpoli – et certainement aussi en retard que lui –, contourna les passants dont la route ne s'arrêtait pas devant ces bureaux. Peter daigna tout de même y faire entorse afin de fusiller du regard l'homme qui avait manqué renverser son café brûlant sur son costume. Ces étapes franchies avec succès, il pouvait enfin pénétrer dans le hall d'entrée.
Parfaitement rôdé, appréciant cette routine plus que de raison, il sortit son badge de la poche intérieure de sa veste et le montra à la sécurité. Si certains de ses collègues s'étaient trouvés dans les parages, il ne les remarqua pas. Perdu dans ses pensées, il marchait, assuré, vers les ascenseurs.
Après avoir appuyé sur le bouton 24, Peter regarda les portes se fermer, une boule au ventre. Il espérait qu'une nouvelle panne ne serait pas à déplorer. Une semaine avant son départ pour Barcelone, il avait eut la chance de passer une vingtaine de minutes coincé dans la cabine... et ce n'était pas une expérience qu'il se plairait à renouveler. L'avocat sortit son téléphone de sa poche et, une dernière fois, l'alluma afin de voir s'il avait, par malheur, raté un appel ou un message.
Il s'étonnait que sa secrétaire n'ait pas encore cherché à le joindre afin de savoir quand il comptait arriver. En temps normal, il aurait déjà eu une dizaine de SMS, presque autant d'appel en absence et deux ou trois messages sur son répondeur. Peter avait appris avec le temps qu'il était préférable pour lui d'affronter Catherine en face à face plutôt que subir ses foudres à distance... il pouvait alors essayer de l'amadouer.
« Je t'aime. »
L'homme sourit. Ravi que Stiles n'ait pas entendu ses prières silencieuses et envoyé un nouvel SMS. Ils valaient tout l'or du monde. Sur le point de répondre quelque chose, les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. Tant pis. Il répondrait plus tard. Il n'y avait pas mort d'homme, après tout. L'avocat se figea alors, sa respiration se bloqua. Il commença à s'insulter mentalement.
« Moi aussi, Stiles. Moi aussi. »
Mieux valait lui répondre chaque fois qu'il en avait l'occasion. Ne pas remettre à plus tard ce qu'il pouvait faire dès à présent. Stiles risquerait de se faire des films, dans le cas contraire. De s'imaginer le pire. De craindre qu'il avait retrouvé son compagnon uniquement dans le but de mieux le perdre deux jours plus tard. Les yeux rivés sur le clavier téléphonique, essayant de retrouver une habitude perdue il y a des années de cela, Peter ne remarqua pas les deux standardistes qui le fixaient, bouche-bée ; pas plus qu'il ne vit un associé éviter de justesse une douloureuse collision avec un coin de mur.
Un petit sourire en coin – Stiles ayant considérablement amoindrit sa mauvaise humeur –, mallette en main et portable rangé, l'avocat reprit sa course vers son bureau. Il salua d'un vague signe de tête le bureau du standard et ignora superbement l'associé qui l'observait toujours. À croire qu'il avait vu un fantôme ! Des dossiers plein la tête, il essayait de se rappeler qui de McIntosh ou de Buchanan il devait rencontrer en premier l'après-midi. Les deux étaient dans son agenda. Il s'intéressait à peine à ceux qui l'entouraient.
« Harold ? » articula silencieusement un jeune associé à son collègue d'en face. « C'est Monsieur Hale ? »
Un blondinet, aussi choqué que son camarade, hocha la tête, l'air ailleurs. Les yeux ronds, la bouche entrouverte, son regard suivit Peter jusqu'à ce que l'homme disparaisse au milieu des cubicles. Tous stoppaient ce sur quoi ils travaillaient. Tous regardaient, sourcils froncés ou air incrédule au visage, l'associé senior avancer comme si le monde lui appartenait ; comme si sa présence ici, aujourd'hui, n'était pas supposée être impossible.
Peter semblait être le seul à ne pas avoir remarqué l'étonnant silence. Pour un peu, on aurait pu entendre une mouche voler. Pas de clavier sur lequel on tape, pas de stylo qui tombe, pas de page que l'on tourne, pas de tiroir que l'on ouvre, pas de fluo que l'on encapuchonne, pas de dossier que l'on révise, pas de chuchotement qui dérange... rien.
« Comment il peut être ici ? » osa murmurer un associé à son voisin. « Blaise a dit que... »
« Il devait pas être à Barcelone, en fait. » supposa l'autre. « Il a dû dire ça pour pouvoir partir avec sa petite-amie. »
« Il n'a pas de petite-amie. »
« C'est pour ça que c'est le mensonge parfait. » insista le second. « S'il n'a pas de petite-amie officielle... personne ne va songer que c'est des bobards. » Il jeta un coup d'œil autour de lui. « T'en connais beaucoup, toi, qui vont en Europe juste pour deux réunions ? Ça coûte une fortune et... »
« C'était pour un des plus gros client du cabinet. » rappela le premier, plus terre à terre. « Paraît qu'il menaçait de changer de cabinet, d'aller voir à New-York... »
Son collègue hocha la tête. Il ne paraissait pas plus convaincu que ça par ce qu'il venait d'entendre. Ces arguments étaient bidons, ne tenaient pas la route une seule seconde. Du coin de l'œil, il s'assura que Peter Hale n'était plus en vue – et donc plus une menace – puis commença à aller voir les autres associés. Tout comme lui, ils se posaient des questions ; se demandaient pourquoi diable on leur annonçait un décès alors que ce n'était clairement pas le cas.
Force était de constater qu'il n'était pas le seul à remettre en question le voyage à Barcelone. Que d'autres s'imaginaient, eux aussi, que ce n'était là qu'un prétexte bidon pour s'absenter quelques jours. Les théories étaient diverses : de petite-amie inconnue à maladie orpheline, d'entretien d'embauche pour un autre cabinet à maladie chronique, de projet top secret du gouvernement à un rendez-vous médical de routine suite à l'incendie dont il avait réchappé de justesse. Les hypothèses étaient nombreuses mais, après discussion, beaucoup s'accordaient sur la dernière solution. Difficile, voire impossible, d'ignorer le passé atypique de l'associé senior, après tout.
« Pe-Pe... » commença à bafouiller un jeune homme aux cheveux blonds bouclés.
Il venait à peine de sortir du bureau de son patron. La porte du bureau où un Peter Hale – senior partner était fièrement inscrit n'était pas encore parfaitement fermée. Des dossiers pleins les mains, ces derniers s'éparpillèrent par terre quelques secondes plus tard. Sitôt l'associé les eut-il lâché pour aller étreindre son aîné. Peter se tendit aussitôt. Comprendre le pourquoi de cette accolade n'avait rien de difficile.
« Oui, oui. Moi aussi je suis content d'être vivant. » siffla l'associé senior en cherchant à l'éloigner. « Si vous voulez bien me lâcher, maintenant, Harry... ça m'éviterait d'avoir à changer d'associé. »
Harry s'exécuta aussitôt, non sans se confondre en excuses. Rouge comme une écrevisse, gêné au possible, il se jeta pratiquement au sol afin de ramasser tout ce qu'il avait fait tomber quelques secondes plus tôt. Tout remettre en ordre ne serait pas trop difficile, heureusement.
« Aurais-je raison de supposer que tu n'es pas seul à m'avoir cru mort ? » demanda Peter, arrêtant son associé dans sa fuite. « Harry ? »
Le plus jeune hocha la tête. Il ne savait où se mettre.
« Bl-Blaise a... il l'a annoncé a... tout le monde. Ce matin. » Murmura-t-il, sans oser croiser le regard de son supérieur.
« Ce qui explique le silence radio de Catherine. » Marmonna l'associé senior pour lui-même. « Où est-elle ? »
« Blaise a organisé une réunion exceptionnelle avec les autres partenaires. » s'empressa d'expliquer Harry. « Et... il... a demandé à Catherine de... vous représenter, en quelque sorte. Il fallait vous remplacer et... il supposait qu'elle était la mieux placée pour savoir qui vous choisirait... malgré le fait qu'elle ne soit que votre... secrétaire. »
Peter eut un mouvement de recul. Les yeux ronds, sourcils haussés, il grimaçait. Pourquoi pareil empressement ? Il n'était même pas encore enterré que Blaise cherchait déjà son successeur... il s'en offusquerait presque.
« Il n'attend même pas que mon corps soit froid. » grogna-t-il avant de se reprendre. Peter tendit sa mallette à Harry qui, les bras chargés, accepta tant bien que mal ce bagage supplémentaire. « Occupe-toi de ces dossiers-là en priorité, ce matin. Ils sont urgents. Ne fais pas tout foirer... sinon ce n'est pas un nouvel associé senior qu'ils chercheront mais un simple associé, entendu ? »
Harry déglutit difficilement. Un peu perdu, inquiet également, il hocha vigoureusement la tête tout en assurant qu'il allait faire de son mieux. Une fois n'était pas coutume, Peter ne le corrigea pas. Une petite voix soufflait à l'oreille du jeune diplômé que la menace de renvoi n'était, aujourd'hui, pas une menace en l'air.
o o o
À seulement quelques pas de la salle de réunion où tous les associés senior avaient pour habitude de faire leurs réunions, Peter commença à ralentir le rythme. Il devait garder son calme, surtout ne pas agir de manière impulsive. Le cœur battant la chamade, les mains légèrement tremblantes, il inspirait et expirait lentement. Contrôle était maître mot. Il ne pouvait se permettre de se laisser aller. Entrer sans avoir une parfaite maîtrise de son corps était la pire idée qui soit.
De là où il se trouvait, adossé contre un mur, il pouvait tout voir. Toutes ces personnes assises autour d'une seule et même table pour une réunion exceptionnelle – en plus de n'avoir pas lieu d'être. Il reconnaissait la carrure de Blaise ; identifiait le chignon blond de Catherine. Peter soupira. Il n'était pas prêt à leur faire face. Leur expliquer que non, merci, il n'était pas mort et que oui, toujours merci, il se portait comme un charme.
« Harry n'est pas encore capable d'avoir de telles responsabilités. » entendit-il sortir de la bouche de Blaise. « Je sais que Peter l'aimait beaucoup mais ce n'est pas suffisant pour lui proposer ce poste. Combien de fois Peter a-t-il dû réparer une de ses bévues ? Non. Dans quelques années peut-être, aujourd'hui il n'est pas prêt. Je verrais davantage Harold. »
« Harold ? » cracha un vieil homme ventripotent. « Certainement pas ! J'en viens parfois à douter de l'authenticité de son PhD. Il fait des erreurs qu'un étudiant moyen de deuxième année ne ferait pas. Si ça ne tenait qu'à moi, à la porte le Harold. Travis. Travis est destiné à devenir un grand avocat. »
De son couloir, Peter ricana. Il n'en était pas convaincu.
« Cette commère ? » rit Catherine. « S'il y a bien un associé auquel Peter n'aurait jamais pensé : c'est Travis. »
Le moment semblait idéal pour faire son entrée. Remarqué et remarquable, il arriverait à point nommé pour donner raison à sa chère et terrifiante Catherine. Ses jambes refusaient pourtant de bouger. « Courage, fuyons. » lui hurlait son cerveau ; « Mais non, restons » soupirait sa raison. Pourquoi fallait-il que les choses soient aussi compliquées ? Parler devant un tribunal rempli d'inconnus, jouer la vie – ou l'entreprise – de ces chefs d'entreprises qu'il représentait, jouer à quitte ou double avec l'avocat adverse... tout ceci le dérangeait moins qu'aller retrouver ses collègues pour leur annoncer que finalement non, il n'était pas mort.
C'est qu'il les voyait venir, les questions, le Peter ! Par quel miracle es-tu toujours en vie ? Pourquoi ne pas avoir prévenu le cabinet de ces quelques jours passés à Paris ? Qu'as-tu donc fait ce week-end pour ne pas songer à nous alerter ? Et il sentait déjà celles, plus personnelles, qui allaient suivre. Derek allait forcément venir sur le tapis, malheureux orphelin qui avait cru, l'espace de quelques heures, sa dernière famille disparue. On allait aussi parler de Stiles... et les choses se gâteraient alors. Non. Vraiment. Il préférait s'occuper des problèmes des autres.
Peut-être aurait-il dû envoyer Harry ? Demander à son associé de prévenir tous les autres qu'il était inutile de lui chercher un remplaçant était loin d'être une mauvaise idée. Bien au contraire, même ! Les questions pénibles, et parfois gênantes, n'auraient pu être posées ; il aurait pu travailler tranquillement dans son bureau et tout remettre en ordre.
Peter sortit son téléphone. De mémoire, il composa le numéro de Stiles. Il se ravisa cependant au moment d'appuyer sur la touche d'appel. Le moment n'était pas idéal pour déranger son compagnon, qui devait sur la route. Pas certain de pouvoir être plus calme qu'il l'était actuellement, l'avocat souffla.
« Quand faut y aller... »
Son cœur battait à tout rompre. Bien que ça ne soit pas encore autant qu'au moment de ses retrouvailles avec Stiles, c'en était pas loin. Peter inspira un dernier coup puis, d'un pas rapide, se dirigea vers la porte. Non. Vraiment. Il aurait dû envoyer Harry faire cette sale besogne.
Ils étaient tous là. Assis autour de cette table bientôt trop petite pour pouvoir tous les accueillir. Enfoncés dans ces fauteuils à roulettes qui envahissaient tous les bureaux – mais qui étaient du plus bel effet lorsqu'il s'agissait de faire sursauter un associé qui cherchait, en douce, à déposer sur le bureau du patron un dossier terminé un peu trop tard. Vitré, voir ce qui se passait à l'intérieur de la salle de réunion était possible pour quiconque passait devant. L'inverse était également vrai. Ceux s'y trouvaient pouvaient très bien, eux aussi, voir l'agitation du couloir.
L'associé senior qui avait proposé le prénom de Travis, quelques minutes plus tôt, fut le premier à remarquer l'intrus de l'autre côté de la porte. Perplexe, l'homme fronça les sourcils. Il n'écoutait plus ce que pouvaient se dire Blaise et Catherine. Les arguments de l'un, les contres-arguments de l'autre, tout ça lui passaient par-dessus la tête. À la place, il alla discrètement donner un coup de coude à son voisin et lui désigna, du doigt, l'homme sur le point de faire son entrée. À en juger la réaction du collègue en question, sa surprise était légitime.
N'ayant pu que remarquer les regards particulièrement insistants, et étonnés, de ses deux collègues, Peter se décida enfin à pousser la maudite porte. Plusieurs têtes se tournèrent vers le nouvel arrivant. Ils souhaitaient voir qui serait le malheureux associé qui aurait à subir les foudres d'un Blaise qui détestait qu'on vienne les déranger lors d'une réunion. Aujourd'hui ne ferait pas office d'exception. Certainement pas. Pas au vu des derniers événements ! Plusieurs paires d'yeux, pourtant, se froncèrent. Plusieurs bouches s'entrouvrirent, sous le choc. Quelques « Jésus, Marie. » murmurés. Des chuchotements, de plus en plus forts, de plus en plus présents, se faisaient entendre ça et là. Ceux qui n'avaient pas immédiatement daigné prêter attention au nouveau venu se tournaient à leur tour pour ensuite rejoindre les autres dans leur surprise.
C'est qu'il était pour ainsi dire impossible de ne pas identifier l'intrus du premier coup d'œil. Même si, pour une grande majorité d'entre eux, ils n'avaient pas souvent à traiter avec lui, ils ne pouvaient que le connaître et reconnaître. Ils passaient devant son bureau où, souvent, ils pouvaient le voir fixer les buildings qui jouxtaient le leur. Ils l'entendaient pester après les associés qui, exception faite de Harry, trouvaient rarement grâce à ses yeux. Ils devaient supporter au quotidien les louanges de Blaise qui voyait un peu trop les réussites de Hale et trop peu ses échecs. Ils faisaient mine de ne pas le voir refuser sciemment les appels de l'hôpital ; pour ensuite avoir à subir les foudres de son petit-ami.
« Peter. » salua Blaise, qui essayait de masquer au mieux sa stupéfaction. « Tu... Comment ? »
Peter aurait voulu être en mesure de rouler des yeux ; de ricaner ; de soupirer de la manière la plus théâtrale possible. Il aurait aimé trouver une réplique cinglante à balancer à la figure de tous ou bien d'être encore assez maître de son corps pour tourner les talons. Purement et simplement. Sans chichis. Juste partir après avoir montré qu'il était toujours là. Peter se sentait tel un gamin prit en faute et à qui on demandait de rendre des comptes. Au cœur de l'attention, il souhaitait se faire aussi petit qu'une souris. Être au tribunal était tellement plus facile.
Son regard passait d'un partenaire à l'autre. En quête d'un visage amical, il se surprenait à n'en trouver aucun. Entretenir une relation cordiale avec une bonne moitié d'entre eux, c'était loin d'être suffisant pour en faire des amis. Seule Catherine parvenait à le faire se sentir mieux. Même Blaise n'y parvenait pas ! Trop de questions dans ses yeux, pas suffisamment de soulagement.
« Peter. » sourit-elle, se précipitant hors de son siège afin de se jeter sur lui, tel Harry un peu plus tôt.
Bien que mal à l'aise face à cette étreinte, qu'il aurait pu et dû prévoir, il ne fit rien pour y mettre fin, cette fois. Ses bras allèrent même, maladroitement, se resserrer dans son dos. Peter n'avait aucune difficulté à entendre ce que Catherine murmurait depuis qu'elle le tenait, qu'elle l'étouffait. Elle remerciait toutes les divinités possibles d'avoir rendu possible ce miracle ; reprochait à l'avocat de ne pas avoir jugé bon de lui envoyer un petit message pour la rassurer ; lui faisait promettre de ne jamais plus la laisser croire qu'il était parti... sous peine d'une mise à mort immédiate. Il acquiesça. Assura du bout des lèvres que ça ne se reproduirait pas. Il avait tout intérêt à ce que ça ne se répète pas, d'ailleurs. Il ne savait qui de Stiles, de John ou de Catherine l'effrayait le plus, mais mieux valait pour lui ne pas tenter le diable.
Les autres associés regardaient le duo et ne pipaient mot. Ils étaient toujours à essayer de digérer la nouvelle – la bonne nouvelle. Ils se demandaient par quel heureux hasard Peter pouvait toujours être parmi eux aujourd'hui. Comme les associés quelques minutes plus tôt, ils y allaient tous de leur petite hypothèse. De petit-ami pas si inconnu à maladie ; d'horrible trahison en allant postuler pour un autre cabinet à soucis familial ; de réunion imprévue ayant retardé son retour d'une journée – et accessoirement sauvé sa vie – à petit mensonge savamment géré pour pouvoir aller passer quelques examens à l'hôpital. Somme toute, leurs idées ne différaient que très peu de celles de leur collaborateur.
« Tu... tu peux m'expliquer ? Nous expliquer. » demanda Blaise, seul à oser interrompre les retrouvailles. « L'avion, tu... » Il s'humidifia les lèvres, cherchait ses mots. « Tu... comment ? »
Debout, à quelques pas seulement de Peter et Catherine, l'associé principal se passait une main dans les cheveux, nerveux. Aussi perdu que les autres, il avait l'impression de tenir le plus mauvais rôle dans cette histoire. Blaise craignait de se montrer trop froid, trop dur, trop sec. Une parole malheureuse, un mot de travers, un rien suffirait à froisser Peter qui risquait alors de tourner les talons, purement et simplement. C'était bien le genre du personnage, après tout. Fuir une confrontation qui, à ses yeux, n'avait pas de raison d'être ne dérangerait pas Peter. Or Blaise voulait des réponses. Comprendre.
« Quand j'ai senti que quelque chose de mauvais était sur le point d'arriver, j'ai ouvert la porte et j'ai sauté. » répondit, le plus sérieusement possible, le revenant.
Blaise soupira, fatigué. De l'assemblée, il était pourtant le seul à paraître amusé par cette réponse. Avaient-ils vraiment, tous, autant qu'ils étaient, cru qu'ils auraient de suite droit à une explication digne de ce nom ?
« Edwin Stillwell avait une affaire à régler sur Paris. » corrigea néanmoins Peter, sans oublier de rouler des yeux, juste après avoir reçu une tape sur le torse de la part d'une Catherine peu ouverte à la plaisanterie. « Il m'a demandé de m'en occuper. »
« Pourquoi ne m'en as-tu pas informé par e-mail ? »
« Parce que je le fais jamais. » répliqua de suite le premier, sourcils froncés. « Tu m'as dit de faire au mieux et que tu avais confiance en mes choix... j'ai donc fait au mieux, sachant que tu aurais confiance en mes choix. »
Certes. C'était d'ailleurs-là un des reproches qu'il faisait le plus souvent à un Peter qui n'en avait toutefois pas grand chose à faire. Ce que Blaise lui disait entrait par une oreille pour aussitôt ressortir par l'autre. Il recommençait systématiquement.
Il recommençait à n'en faire qu'à sa tête et à ne pas prendre le temps d'informer son supérieur de l'avancée des différents dossiers sur lesquels il travaillait. Allait-il négocier ou risquer le tribunal ? Il continuait à ne pas mettre Blaise au courant de certaines décisions, pourtant importantes pour le cabinet. Peter jouait avec le feu et avait cruellement tendance à oublier qu'il pouvait très bien emmener les autres dans sa chute.
« Tu aurais dû m'en informer. »
« Blaise. Stillwell a une affaire urgente à régler sur Paris et me demande de m'en charger. Puis-je ? » se moqua Peter. « S'il-te-plaît. Blaise. Nous aurions tous les deux perdu un temps considérable... d'autant plus que tu n'aurais pu qu'être d'accord. »
« Je ne te demandais pas de me demander l'autorisation ! Je te demandais de ne pas agir seul ! » l'associé principal était furax. Au diable les bons mots. « Personne savait que tu étais à Paris. Personne ! Ni moi. Ni Harry. Pas même Catherine ! Tu n'avais mis personne au courant. Et c'est ça que je te reproche, Peter. Pas autre chose. »
Silence. La salle de réunion était plus silencieuse que jamais. Personne ne parlait. Personne ne bronchait. Même respirer se faisait de la manière la plus discrète possible. Ne surtout pas se racler la gorge. Ne pas éternuer. Ne pas bouger au risque de faire grincer la chaise. Certains associés se regardaient du coin de l'œil, attendaient qu'un autre daigne s'interposer avant que tout ne vole en éclat. Nul ne savait comment interpréter le regard que Peter lançait à Blaise. Ils ne cherchaient pas beaucoup non plus.
« Désolé. » souffla enfin Peter, à la stupéfaction générale. « Tu as tout à fait raison. J'aurais dû mettre quelqu'un au courant. Au moins une personne. C'était... irresponsable de ma part. »
« J'n'en attendais pas autant. » marmonna Blaise, grimaçant. « Mais oui, tu aurais dû. »
Les yeux légèrement humides, les poings serrés et l'air particulièrement défait de Peter eurent tôt fait d'alerter Blaise. Les mots de son jeune collègue ne pouvaient pas avoir qu'une seule signification. Le comprenant, l'associé principal fronça les sourcils. Il dévisagea Peter un court instant. Blaise souhaitait tellement avoir tort.
« Quand tu me dis qu'au moins une personne aurait dû être au courant... tu n'es quand même pas en train de me dire que même Stiles ne le savait pas. Rassure-moi. »
Catherine comprit la première. Le silence de Peter et son regard fuyant valaient bien tous ses discours. Elle attrapa la main tremblante de l'avocat, qui essayait en vain de garder un parfait contrôle de ses émotions, puis l'obligea à desserrer ses doigts. Elle dû ensuite prendre sur elle pour ne pas tiquer ou grimacer tandis qu'il lui broyait littéralement les phalanges.
« Rentre chez toi, Peter. » Soupira finalement Blaise. « Tes réunions de cet après-midi ont déjà été annulées, de toute façon. »
« Blaise... je peux, je veux et je dois travailler, aujourd'hui. »
« Je doute pas une seconde que tu le veuilles... mais j'ai, par contre, quelques réserves quant au reste. Je suis pas sûr que tu sois en état de bosser convenablement aujourd'hui. Autant que tu te reposes et que tu nous reviennes vraiment en forme demain. Ou après-demain. » Blaise ne se laissa pas amadouer par le regard de chien battu de Peter. « Si tu veux, je peux aller voir tous les associés et leur dire de ne pas prendre le moindre dossier venant de toi, aujourd'hui. »
Le regard de Peter ? Essaie un peu si tu l'oses. C'était bien mal connaître Blaise que de penser qu'il ne tiendrait pas parole.
« Passe la journée avec Stiles. » tenta, cette fois, l'associé principal, conscient qu'il avait considérablement plus de chances d'obtenir gain de cause avec ce genre d'argument qu'à coup de menaces.
« Il travaille. »
« Alors avec ta famille. Ils ont dû a- »
Blaise s'arrêta net. Les yeux ronds de ses plus proches voisins, qui en profitaient pour lui faire signe de se taire, et le regard noir de Catherine l'avaient rappelé à l'ordre. Stop. Ne pas continuer avec cet argument. Mauvaise idée. Un petit sourire, triste, était venu étirer les lèvres de Peter. Il ne trompait plus personne, à présent.
« Ils sont pas vraiment... en Californie. » tiqua Peter, la gorge nouée.
L'associé principal se frotta le menton, mal à l'aise. Il ne savait plus où se mettre tant il se sentait idiot – à raison. Il voyait Peter essayer de faire bonne figure alors que son masque se fissurait de plus en plus.
« Allons discuter ailleurs. » proposa-t-il enfin. « Après on verra si tu restes bosser ou si tu prends quelques jours de repos, d'accord ? »
Désolée pour les possibles inexactitudes dans les termes, dans les titres etc. Comme dit plus haut : je me suis fortement inspirée de la série Suits pour écrire ce bonus... le problème étant que je ne regarde pas la série en français donc pour les termes, les titres etc. les noms et mots me viennent malheureusement en anglais. J'ai essayé de trouver les bonnes traductions mais, encore une fois, j'ignore si c'est correct.
Fin du premier bonus.
Pour info, Edwin Stillwell est un personnage de la série Chicago P.D joué par nul autre que Ian Bohen. Voili-voilà. Tous les autres prénoms sont été soufflés par Suits (Harold, Travis...), Harry Potter (Blaise, Harry), de... ah tiens Catherine je sais plus...
Le prochain bonus sera certainement celui avec Derek (même si je n'en suis pas encore certaine) mais il n'arrivera pas tout de suite. Je compte avant boucler un chapitre "bonus" (oui encore) pour Up in flames.
A bientôt !
PS. Tous mes OS, fics, textes en production sont dispos sur papionini . wordpress . com
