Chapitre 4 : Les Détraqueurs.

A la fin du rituel, la jeune femme prit congé de ses consœurs et se prépara pour dormir. Elle eut du mal à trouver le sommeil, prise par ses pensées. Ce que personne ne connaissait ici, c'était son statut de Haute Prêtresse de la Lune. Elle pouvait voir les flux magiques avec facilité, mais non les manipuler. Elle avait quelques capacités hors normes, mais qui n'incluait pas la magie pratiquée ici. Cela concernait surtout les choses de l'esprit. Elle savait aussi qu'elle pouvait servir de catalyseur, amplifiant les pouvoirs d'un mage. Mais jusqu'à très récemment, elle ne connaissait aucun mage, sachant juste qu'ils avaient un monde bien à eux. C'est pour ça qu'elle n'avait pas vraiment été surprise par les révélations de Dumbledore. Elle se reprochait juste de ne pas avoir anticipé l'attaque. Laurianne eut un sourire intérieur à cette pensée. S'ils savaient qu'elle avait utilisé ses dons pour obliger Dudley à partir chercher de l'aide. Elle n'aimait pas l'idée de forcer l'esprit de quelqu'un, mais elle n'avait pas eut le choix. Et ses dons lui avaient été bien utiles pour lutter contre le sortilège du Cinglé-aux-Yeux-Rouges, comme elle se plaisait à l'appeler.

Elle soupira, et réfléchit à ce qui lui était arrivé depuis la fin du mois de juillet. Elle attirait vraiment les ennuis. Maelys, l'aînée de ses consœurs, avait écouté attentivement le récit des ses vacances d'été. Elle lui avait dit de prendre au sérieux la menace de Voldemort. Elle avait ajouté que depuis son retour, ses actions se faisaient ressentir jusque dans le plan astral, où était bâti le Temple de Gwen Ystrat. Elle avait ajouté qu'il serait bien, pour des soucis de sécurité, qu'elle songe à assurer sa lignée. Elle trouverait bien un gentil garçon près à lui rendre ce service. Laurianne l'avait envoyé balader, refusant de faire un enfant pour ces raisons. Maelys lui avait lancé son regard plein d'expérience et de sagesse en lui disant qu'elle ne pouvait pas l'y obliger. Elle ajouta qu'il serait catastrophique que la lignée s'éteigne avec elle. Laurianne était la dernière, sa mère étant morte avant son adolescence. Maelys était l'aînée des Hautes Prêtresses de la Lune, et Laurianne n'avait pris la place de sa grand-mère qu'à la mort de celle-ci, plus d'un an auparavant. Cette charge se transmettait de générations en générations, en ligne directe.

La lignée de Laurianne se chargeait de la Tour de l'Est et de l'élément Air depuis l'époque où le Temple avait vu dressé son équivalent dans le monde réel, à Stonehenge. Elle avait encore tant à apprendre, même si elle avait été Apprentie depuis ses treize ans. La charge de Haute Prêtresse consistait à maintenir un équilibre instable entre la Lumière et les Ténèbres. Elles étaient les Gardiennes de cet équilibre. Sa grand-mère était morte le soir du retour du mage noir, son cœur ayant lâché sous la pression des énergies. Le plan astral avait été instable pendant un long moment, ne retrouvant son intégrité que lors de la cérémonie du Solstice d'Eté, où toutes les prêtresses et apprenties avaient participées. C'était également le soir où elle avait officiellement quitté les Apprenties pour rejoindre directement le cercle des Hautes Prêtresses. Devait-elle avouer sa fonction à ses sauveteurs ? Elle hésitait, ne sachant pas s'ils connaissaient l'existence du Temple. Elle regarda furtivement son poignet, où une cicatrice en forme de croissant, argentée et brillante, était cachée par un bracelet. Encore moins discret que son pendentif en forme de lune et qui changeait pour suivre les différentes phases de celle-ci. Si quelqu'un le remarquait, elle était bonne pour subir un interrogatoire en règle. Epuisée, elle tenta de chasser ses interrogations pour dormir un peu. La fatigue finit enfin par avoir raison d'elle et elle sombra dans les bras de Morphée.

Le lendemain, après avoir été escortée à la grande salle par le professeur Flitwick, elle attendit que Dumbledore ait annoncé la sortie du jour. Remus lui fit un grand sourire, en disant que ça leur ferait du bien de s'aérer un peu. Mais vu la tête de Rogue, il aurait préféré aller se pendre que de l'accompagner. Elle ne put résister à la tentation de le chercher un peu.

« -Ca nous donnera l'occasion de décider quel jour je pourrais me joindre à vos cours de potions. Comme vous me l'aviez promis. »

Rogue lui lança son célèbre regard noir, auquel Laurianne répondit par un sourire lumineux et parfaitement idiot. Ce qui fit étouffer Remus avec sa tartine, n'ayant pu retenir un éclat de rire. Ils se rendirent donc ensemble au village sorcier. Par soucis de discrétion, ils passèrent par un passage secret guidé par Remus Lupin.

« -Que devez vous acheter ?

-Je dois renouveler toute ma garde robe, étant donné que mes habits moldus ne conviennent pas ici. Je vous laisse me guider dans les magasins, je ne les connais pas.

-Tout ça pour quelques vêtements ! C'est vraiment du temps perdu !

- Si vous préférez, je peux mettre le genre de tenue que j'avais à la rentrée. Je fais ça parce qu'on me l'a demandé. Et ce n'est pas la peine de faire cette tête là, monsieur Severus Rogue !

-Moi, j'aimais bien ce style. Très agréable.

-Remus ! »

Laurianne vira au rouge tomate. Son style ne la dérangeait pas avant mais se rendre compte que tous les mâles du collège la regardaient avec des airs de prédateurs avait de quoi la rendre nerveuse. Elle ne dit plus rien, vexée par l'air moqueur du professeur de DCFM et celui glacial du maître des potions. Ils arrivèrent bientôt au village. Ils lui expliquèrent qu'elle devait se faire passer pour un nouveau membre du personnel de Poudlard venu découvrir le village avec ses collègues.

« -Et ils vont gober ça ? Enfin, c'est vous qui voyez. Je suis censé avoir quel poste ?

- On va dire celui d'assistante du Professeur de métamorphose. Vous n'avez qu'à ne pas répondre aux questions. »

Laurianne leva un sourcil, dubitative, mais ne répondit rien. Ils se dirigèrent vers une des boutiques, et elle commença à choisir des tenues. Elle avait préféré se passer de l'aide de la vendeuse, bien trop curieuse à son goût.

« -Vous pourriez me dire ce que je dois acheter, vous deux. Je ne sais même pas comment s'habille une sorcière, en dehors des uniformes étudiants. »

A la grande surprise de Laurianne, ce fut Rogue qui lui indiqua le type de vêtements qu'elle devait prendre. Il commençait à choisir les teintes et les formes qui lui iraient, sous le regard incrédule de Remus.

« -Essayez celle-ci, elle ira bien avec la cape verte. Avec vos cheveux, il vous faut des couleurs qui ne jurent pas, du bleu, du vert, du noir et des tons ocres…Pourquoi me regarder vous comme ça ?

-C'est que, je ne vous imaginais pas vous intéresser à ce genre de choses

-Je ne veux tout simplement pas avoir à subir votre vision avec du rouge ou du rose. C'est suffisamment difficile de vous voir tous les jours sans être agressé par des teintes qui ne vont pas. »

Laurianne le regardait vraiment bizarrement mais partit essayer ce qu'il lui avait choisi, ainsi que plusieurs articles qui lui plaisaient. Remus essayait difficilement de retenir un fou rire en voyant Servilus en conseiller de mode. Il n'aurait jamais cru ça de sa part. Il devrait penser à en parler à Harry, ça le ferait rire et lui remontrait le moral. Laurianne leur montra ce qu'elle essayait et ils donnèrent tous les deux leur avis. Elle se choisit aussi une robe de bal, qu'elle ne montra à aucun d'eux. Ils manquèrent de s'étouffer quand Laurianne leur fit part de son intention de s'acheter de la lingerie.

« -Ne vous inquiétez pas, je n'ai pas l'intention de vous montrer ce que j'essaie. Sauf si vous insistez, bien sûr. »

Elle ajouta ça en voyant leur expression. Ils avaient presque les yeux qui leur sortaient de la tête à l'idée de rentrer dans un magasin de lingerie fine.

« -Voyons, voyons, vous êtes de grands garçons, personne ne va vous manger… De toute façon, j'y vais, avec ou sans vous. »

Elle les laissa se remettre du choc, et se dirigea vers la sortie, après avoir réglé ses achats.

« -Bon, vous venez ? On ne va pas y passer toute la matinée ! »

Laurianne regrettait de ne pas avoir un appareil photo à cet instant. Au moment de pénétrer dans la boutique de lingerie, ils avaient l'air affolés. Autant Lupin que Rogue regardaient autour d'eux, espérant que personne ne les voient rentrer dans ce magasin. Ils restèrent paralysés dans la boutique, sous l'œil moqueur de la vendeuse et de Laurianne.

« -Bonjour, Miss. Puis-je vous aider ?

-Oui, il faut que je renouvelle ma lingerie en entier. Je n'ai presque plus rien à me mettre. »

Elle se tourna vers ses deux gardes du corps.

« -Vous devriez respirer, vous aller prendre un malaise sinon ! Ah, ces hommes ! Mettez les dans un magasin comme le vôtre, et ils perdent tous leurs moyens.

-Les pauvres, les traîner ici… Ils n'ont pas l'habitude. Venez, je vais vous montrer nos modèles.

-D'accord, je vous suis.

-Excusez-moi, mais vous n'avez pas l'intention de leur montrer…

-Nan ! J'y ai pensé, pour les mettre mal à l'aise, mais je les ferais mourir d'une crise cardiaque. Les pauvres, je suis cruelle avec eux. »

Elle choisit plusieurs ensembles, notant que la lingerie sorcière ne différait guère de celle moldue. Elle avait juste quelques améliorations, comme des changements de couleurs suivant les vêtements que l'on portait, ou encore le fait que la taille s'adaptait à celle qui les portait. Elle paya la vendeuse, et sortit après les deux hommes qui avaient presque fui la boutique.

Ils avaient pris le chemin du retour quand Laurianne remarqua que plus personne n'était dans les rues. Un silence angoissant régnait dans le village. Remus et Rogue sortirent leur baguette et lui firent accélérer le pas. En passant près d'une des rues transversales, ils furent pris par un froid intense et une impression de tristesse. Comme s'ils ne pourraient plus jamais sourire…

« -Des détraqueurs ! Il faut… spero patron… »

Aucun des deux hommes n'avait eu le temps de lancer leur patronus, les détraqueurs étaient trop proche et étaient trop nombreux. Laurianne se sentit partir, revivant la pire chose de sa vie. Elle revoyait l'accident où ses parents avaient perdu la vie. Le sang, les sirènes des ambulances, l'attente à l'hôpital… et le visage du médecin, venu annoncer à une fillette de huit ans qu'elle ne reverrait plus jamais ses parents. Sa grand-mère qui était venu la chercher… Sa grand-mère ! Son entraînement ! Ces choses étaient en train d'aspirer leurs meilleurs souvenirs mais elle pouvait lutter. Elle s'obligea à fermer son esprit et commença à attaquer. Elle força leurs esprits répugnants, les obligeant à reculer. Elle se concentra sur eux, manquant de leur griller l'esprit. Seul la répugnance à tuer une créature par la seule force de son esprit et de vivre sa mort avec elle, l'empêcha de les achever. Ils partirent en catastrophe, alors qu'elle se tournait vers les deux sorciers censés la protéger. Ils commençaient à revenir à eux. Laurianne sentit le contrecoup de son action et perdit connaissance.

Elle revint à elle à l'infirmerie, dans un décor blanc. Dumbledore était à son chevet et lui tendit du chocolat dès son réveil.

« -Mangez, le chocolat est ce qu'il y a de plus efficace pour se remettre de ce genre d'agression. »

Elle s'exécuta sans discuter et se sentit tout de suite revivre.

«-Vous avez subi l'attaque de détraqueurs, Laurianne. Ce sont des créatures qui sont très dangereuses, et qui sont passées du coté de Voldemort. Remus et Severus ne peuvent pas me dire ce qui c'est passé et ce qui les a fait fuir. Ils n'ont pas eu le temps de réagir. Vous rappelez-vous de quelque chose ? »

Elle hésita un instant, puis ferma son esprit avant de répondre.

« -Non, je ne sais pas. J'ai eu l'impression de revivre un épisode… peu agréable de ma vie, et j'ai perdu connaissance.

-Cela restera donc un mystère… Je vous laisse vous reposer et je vais rassurer tout le monde sur votre santé.

-Oh ! Monsieur, comment vont-ils ?

-Ils se remettent, ne vous inquiétez pas. Ils en ont vu d'autres. »

Il laissa Laurianne seule, non sans la regarder un long moment. Il commençait à se poser beaucoup de question sur sa protégée. Il savait qu'elle avait menti, il avait sentit qu'elle fermait son esprit. Ce que les moldus n'étaient pas capable de faire…

Laurianne sortit de l'infirmerie le lendemain, après avoir menacé Mme Pomfresh de se suicider si elle la gardait encore. Elle avait horreur des hôpitaux depuis la mort de ses parents et l'infirmerie lui rappelait trop cette ambiance. Elle passa son dimanche dans ses appartements, recevant plusieurs visites. Lupin passa prendre de ses nouvelles et ils discutèrent de tout et rien, un peu gênés tous les deux d'être avec l'autre. Ils se séparèrent en début d'après midi. Ensuite, Hermione passa la voir seule, voulant avoir de ses nouvelles et lui soutirer des informations sur les cauchemars de Harry. Laurianne n'y pensait plus, mais sa discussion avec Hermione les lui remit en tête. La répétition des séquences du rêve, l'impression d'un appel, l'absence de peur, tout ça correspondait à quelque chose de réel. Elle conseilla à la jeune fille de parler avec un des professeurs de cela, pensant que ce pouvait être important. Même si Harry prétendait que ce n'était pas la peine. Hermione avait peur qu'il le prenne mal mais elle lui répondit qu'il ne lui avait pas interdit d'en parler. De plus, elle pouvait toujours dire que ça lui avait échappé. Après une longue discussion entre filles, où Laurianne chercha à lui faire avouer sans succès ses sentiments au sujet d'un certain rouquin, elles se séparèrent. Laurianne reprit son livre sur la magie ancienne qui la fascinait. Cette magie reprenait beaucoup aux rituels du Temple. Elle se demandait si elle pouvait l'utiliser aussi…

Avant d'avoir pu tenter quoi que ce soit, un visiteur complètement inattendu frappa à sa porte. Severus Rogue était venu prendre de ses nouvelles. Elle le laissa rentrer, très surprise de le voir.

« -Bonjour Laurianne. J'aimerais vous parler. »

Laurianne ouvrit des yeux comme des soucoupes, Severus Rogue venait de lui dire bonjour. Il devait être malade.

« -Bonjour, entrez, je vous en prie. »

Elle se laissa tomber sur un des canapés, et attendit qu'il parle. Il prit le temps de s'installer, et s'éclaircit la voix.

« -Je crois qu'il faut que je vous présente mes excuses. Depuis votre arrivée ici, j'étais persuadé que vous n'aviez pas besoin de protection. Je ne pensais pas que Vous-Savez-Qui voudrait vraiment se venger de vous. L'attaque d'hier m'a fait changer d'avis. Il n'y a pas de sortie d'élèves de prévue cette année et si des détraqueurs étaient présents, c'était pour vous. Quelqu'un a du prévenir Vous-Savez-Qui de votre sortie pour vos achats. Certainement un élève qui a prévenu ses parents… Laurianne, vous m'écoutez ?!! C'est suffisamment difficile pour moi de vous présenter mes excuses ! »

Elle le regardait avec des yeux de merlans frits, l'air complètement ahurie.

La jeune femme eut du mal à retrouver ses esprits.

« -Si, si, je vous écoute. C'est juste que je ne m'attendais pas du tout à vous voir être aimable avec moi…

-Ne vous y habituez pas, ça ne se reproduira pas. »

Il se leva et s'apprêta à partir.

« -Au fait, demain c'est moi qui viendrais vous chercher. J'espère que votre demande de participer au cours de potions tient toujours.

-Bien sûr ! J'ai vraiment hâte de m'y mettre.

-A demain, donc. »

Il partit, laissant Laurianne se demander si elle ne devait pas prévenir Mme Pomfresh que le maître des potions souffrait de fièvre. Elle commençait à se rendre compte que le glacial maître des potions portait un masque. Elle se promit de lui faire tomber.

Pendant ce temps, Hermione alla frapper à la porte de son professeur de DCFM. Elle commença à lui expliquer la raison de sa venue et il prit très au sérieux cette histoire, à son grand soulagement. Elle avait eu peur d'être ridicule avec ses angoisses. Il lui posa de nombreuses questions et il parut très surpris quand il apprit que Laurianne avait donné une tisane à boire à Harry pour faire cesser ses cauchemars.

« -Savez-vous ce qu'elle lui donne ?

-Aucune idée, sinon que le goût ne doit pas être fameux vu la tête qu'il fait en la buvant. Mais quand il la prend, ça bloque toujours ses visions. »

Remus retint le terme qu'elle avait employé : visions. Il était possible qu'il ne s'agisse pas de simples rêves. Il devait savoir ce que Laurianne lui donnait. Il se promit d'aller en parler à celle-ci, avant de questionner Harry là-dessus. Hermione lui fit promettre de ne pas dire à ce dernier qu'elle était venue le voir pour lui parler de ça. Il soutenait que ce n'était pas important, rien à voir avec Voldemort. Il accepta, ne voulant pas brouiller les amis. Après son départ, il décida de parler à Laurianne le lendemain, la soirée étant déjà bien avancée.

Au petit-déjeuner du jour suivant, il n'eut pas l'occasion de lui en toucher un mot. Elle était arrivée très tôt pour déjeuner, escortée par Rogue, et ils partirent très vite pour les cachots. Rogue commença à expliquer à Laurianne les précautions à prendre, comme parfaitement respecter l'ordre d'ajout des ingrédients, la quantité et les temps de la préparation. Il insistait beaucoup sur la rigueur. Elle le regarda d'un air exaspéré.

« -Vous, il faudra vraiment que je vous emmène dans un laboratoire de recherche de biologie moléculaire.

-Et pourquoi donc ? »

Il semblait un peu énervé qu'elle prenne ses conseils à la légère.

« -Tout simplement pour que vous compreniez ce que c'est que la rigueur et la précision. Ce que vous faites c'est une méthode empirique. Quand vous en serez à faire des mélanges de moins d'une goutte de volume, ajoutant des quantités tellement infimes que vous ne voyez même plus ce que vous mettez, vous pourrez me parler de rigueur.

-On ne peut pas ajouter moins d'une goutte à quoi que ce soit, ce n'est pas précis.

-Oh que si ! On utilise fréquemment des volumes de 10 à 100 fois plus petits que celui d'une goutte, en laboratoire. »

Il lui lança un regard incrédule et décida de ne pas insister. Il attendrait qu'elle fasse exploser son chaudron pour la remettre à sa place.

Le premier cours avait lieu avec les élèves de Serdaigle et Poufsouffle de quatrième année. Ils lancèrent des regards intrigués à Laurianne qui était installée à une table, devant un chaudron. Lorsque le cours commença, elle parut outrée par le comportement du professeur avec ses élèves, mais ne dit rien. Elle ne voulait pas envenimer les choses. Lorsque les instructions furent inscrites au tableau, elle pris des notes, organisant ce qu'elle avait à faire à chaque étape. Il y avait la liste des ingrédients et les temps de cuisson de chacun, mais elle devait prévoir de préparer les produits pendant les temps de cuisson. Elle fit en sorte de pouvoir couper les racines d'asphodèles pendant que la bruyère et l'armoise infuseraient dix minutes précises dans le chaudron bouillant. Ensuite, elle rajouterait les racines en question avant de réduire en poudre l'écorce d'acacia et l'ajouter au bout de quatre minutes en tournant trois fois dans le sens des aiguilles d'une montre. Il ne lui resterait plus qu'à mesurer la quantité de venin de vipère et à l'ajouter goutte à goutte dans la préparation en agitant doucement en dehors du feu. Elle alla chercher ses ingrédients alors que tous les autres élèves avaient déjà commencé.

Rogue la regardait avec un certain mépris, certain qu'elle allait échouer lamentablement ou qu'elle n'aurait pas le temps de finir. Malheureusement pour lui, si elle avait préparé aussi soigneusement ce qu'elle allait faire avant, c'était pour aller plus vite. L'habitude de faire plusieurs choses à la fois dans un laboratoire enseignait l'organisation… Et elle finit effectivement avant tous les autres élèves une potion parfaite. La plupart avaient coupé et réduit en poudre leurs ingrédients avant de commencer la potion elle-même, perdant ainsi du temps. Rogue observa l'antidote aux morsures de serpent de Laurianne un long moment, avant de concéder qu'il était bien fait. Et cela semblait l'énerver prodigieusement. A la fin du cours, les Poufsouffle partirent rapidement, tandis que les Serdaigle venaient lui demander quelques conseils, étonnés qu'elle ait fini sa potion aussi vite. Elle dut leur expliquer rapidement ce qu'elle avait fait, et ils se promirent d'essayer la fois suivante.

A leur départ, elle se tourna vers Rogue, qui observait et notait les échantillons de potions de ses élèves.

« -Vous ne leur avez jamais appris à s'organiser pour mieux gérer leur temps ?

-Je leur donne les instructions, et à eux de se débrouiller pour réaliser leur potion convenablement. Ils doivent se contenter d'exécuter les instructions. »

Laurianne songea en repensant aux exploits de certains élèves qu'exécuter était bien le mot. Elle n'aurait pas aimé être à la place des ingrédients aujourd'hui. Elle avait vu une racine d'asphodèle voler à travers la pièce, le chaudron d'un Poufsouffle avait fondu parce qu'il avait rajouté le venin sans le retirer du feu et un Serdaigle avait confondu écorce et fleurs d'acacia. Il avait pris une intéressante couleur vert pomme en respirant les vapeurs s'échappant de son chaudron… Il avait fini à l'infirmerie. Quelque chose dans ce cours devait les rendre nerveux. Allez savoir quoi ?

« -C'est certain que comme ça, ils vont vraiment progresser ! Quel merveilleux enseignant vous faites ! Vous n'avez jamais envisagé de vous reconvertir dans l'armée ? En sergent-instructeur…

- Je ne vous demande pas votre avis sur ma façon d'enseigner. Il faut qu'ils se prennent en main eux-mêmes.

-Si vous le dites, je ne voudrais pas vous contredire dans votre domaine. D'ailleurs, vous n'avez jamais pensé à engager un décorateur ? L'ambiance est lugubre ici. Ca ne m'étonnerait pas de voir des instruments de torture dignes de l'inquisition espagnole traînant dans un coin… »

Rogue ne répondit pas, il venait de comprendre que Laurianne cherchait encore à le mettre hors de lui. Il ne voulait pas rentrer dans son jeu. Il décida de tenter une autre méthode que de lui crier après. Il arrêta donc de lui lancer son célèbre regard noir, et lui fit un léger sourire.

« -Laurianne, un jour, il faudra que vous me disiez pourquoi vous cherchez tout le temps à m'énerver.

-Parce que c'est drôle ? C'est que vous réagissez avec tellement d'enthousiasme… Mais si vous ne répondez pas, c'est plus vraiment intéressant. »

Elle fit une moue boudeuse. Et, pour la première fois depuis longtemps, Severus Rogue fit un vrai sourire amusé. Laurianne lui lança un regard malicieux.

« -Je ne savais pas que vous étiez capable de sourire. Arrêtez, vos élèves vont croire que vous êtes malade.

-Je crois qu'avec vous, il vaut mieux que je ne fasse pas attention aux piques que vous me lancez. Sinon, vous n'arrêterez jamais.

-Mais euhhhh ! C'est pas marrant. Qui je vais embêter dans ce château si vous ne coopérez même plus ? Je vais m'ennuyer maintenant. »

Il la regarda un moment, pensif, avant de lui lancer une remarque qui la stupéfia.

« -Je pense que vous pouvez vous occuper avec Lupin. Vous l'aimez bien, je me trompe ? »

Laurianne fit une belle imitation d'une carpe hors de l'eau, une carpe rouge vif. Elle reprit rapidement contenance en changeant de sujet, l'air dégagé.

« -Qu'est ce que je dois faire pour le reste de la journée ? »

Severus n'était pas dupe, il avait compris qu'elle changeait volontairement de sujet mais n'insista pas.

« -Je suis sûr que vous voudrez continuer de préparer les potions des autres cours de la journée ?

-Evidement, je m'ennuierais trop sinon. Quelles autres classes avez-vous ?

-Les septièmes années ce matin, et les sixièmes années cette après-midi. Le niveau sera plus élevé.

-Tant mieux ! Je trouvais ça trop facile ! »

Il éclata de rire, avant de se rendre compte de ce qui se passait. Personne ne l'avait fait rire depuis des années. Elle avait su avec une facilité déconcertante à faire tomber son masque de froideur. Il arrêta net et la regarda avec un air presque horrifié collé au visage. Devant son expression, elle eut un sourire mystérieux, et lui tapota la joue.

« -Vous vous y ferez. Vous vous y faites tous. »

Après les cours de la journée, où Severus n'avait pas arrêté de la regarder comme un serpent dangereux, ils se rendirent à la Grande Salle pour le repas. Les autres professeurs se demandaient pourquoi leur collègue semblait aussi pensif et étourdi. Il venait de sucrer son rôti et le mangeait sans s'en rendre compte. Il lançait des regards bizarres à Laurianne pendant tout le repas. Remus se pencha vers Laurianne en murmurant.

« -Qu'est ce que vous lui avez fait pour le mettre dans un état pareil ? »

Elle eut un sourire satisfait.

« -Rien, je l'ai fait rire. Depuis, il est tout bizarre. Il avait plus l'habitude, le pauvre. »

Remus semblait ébahi et lui lançait des regards en coin. Elle préférait ses regards là, quand il la regardait dans les yeux, elle ne savait plus où elle était.

« -Vous avez réussi à faire rire Rogue ? Vous l'aviez drogué avant, c'est pour ça.

-Non, non. C'est juste l'effet Laurianne. »

Après une petite crise de fou rire, Remus lui demanda s'il pouvait lui parler après le repas. Depuis la rentrée, il se chargeait toujours de la raccompagner le soir. Il l'escorta donc jusqu'à chez elle.

Fin du quatrième chapitre.