Chapitre 4

La bibliothèque dans laquelle ils se trouvaient n'avait rien à envier à celle de Garp. Elle sentait le cuir, l'encre, la poussière et le pin. De longues étagères se succédaient, créant des couloirs de savoir, au centre desquelles se trouvaient des tables de travail et des coins lecture moins studieux, illuminés par des lustres de fer forgé, éteints pour l'instant. La poussière voletait paresseusement dans les rayons de soleil du début d'après-midi.

Trafalgar, Shanks et Rayleigh était assis dans des fauteuils, les autres étaient dispersés un peu partout, assis sur des tables, debout bras croisé, adossés à des étagères, attendant plus ou moins patiemment les questions et les réponses.

Les deux hommes avaient expressément demandé aux plus jeunes d'éviter de le perturber, car s'il venait réellement de 1450, s'il avait fait un saut dans le temps, certaines choses pourraient le perturber.

_ Bon, je pense qu'il serait bien que tu te présentes, et que tu nous racontes ton histoire, proposa Shanks, s'installant plus confortablement dans son fauteuil, le coude sur l'accoudoir, sa main soutenant son menton.

Le brun inspira profondément, les coudes sur les genoux et les mains jointes.

_ Je m'appelle Trafalgar Law, je suis membre de l'Ordre des Gardiens depuis que j'ai 12 ans. Ma famille est morte, décimée par une maladie. J'ai été placé en orphelinat. Garp, l'un des plus grands magiciens que je connaisse est venu me chercher quand mes dons se sont manifestés... un peu trop violemment pour mon entourage. …

_ Au feu ! La grange brûle ! Vite, prenez tous les seaux que vous trouvez !

Les enfants se dispersaient en hâte dans le village, courant à toutes jambes pour trouver un récipient. L'aînée de l'orphelinat entra en trombe dans le poulailler, effrayant toutes les poules qui voletèrent elles aussi dans tous les sens.
Tout au fond dans le coin le plus éloigné, un gamin était assis, la tête caché entre ses genoux, recouvert de ses bras, silencieux, ses cheveux noirs emmêlé de plumes, de pailles et de brindilles. Elle s'approcha et s'accroupit devant lui, tentant de lui toucher le bras. L'enfant s'écarta sans même la regarder.

_ Non… toi aussi je vais te faire mal … Ne m'approche pas.

Elle ne l'écouta pas, le prenant par les bras pour le serrer contre elle, lui enfouissant le visage contre son cou, passant sa main dans ses cheveux, l'enserrant de l'autre, le berçant doucement. Elle le sentit trembler, ses épaules secouées par les sanglots.

Plus tard, un homme immense entra dans la cuisine de l'orphelinat. Tellement grand qu'il dû se pencher pour passer la porte. Tous les enfants présents dévorèrent des yeux la gigantesque épée à son côté. Il portait une épaisse fourrure noir sur le dos, une cote de maille, un surcot en plaque de cuir tressé, de grands pantalons et de hautes chausses, protégées par du métal sur les tibias. Ses cheveux noirs commençaient à grisonner, tout comme sa barbe.

L'aînée lâcha son torchon et s'approcha, discutant avec lui à voix basse. Les enfants reprirent au fur et à mesure leurs tâches, sauf le petit brun, assis au fond de la cuisine, un morceau de pain aux raisins entre les mains, des miettes autour de la bouche. Il n'avait pas le droit d'aider en cuisine, les autres avaient peur qu'il empoisonne la nourriture. Ses yeux gris observaient le géant, qui lui rendait son regard par intermittence.

Il traversa la pièce, évitant les enfants et vient s'accroupir devant lui. Ils s'observèrent un moment, chacun détaillant l'autre. Puis le géant accroupi retira l'un de ses gants et montra sa main au gamin, qui plissa les yeux, avant de les ouvrirent progressivement en grand. Des filaments de lumières blanches s'envolaient paresseusement de la main de l'homme, pour former un petit cheval de lumière, qui s'ébroua comme un vrai. Il rua et se mit à galoper sur place, caracolant joyeusement sur la paume, avant de sauter et de disparaître dans un petit nuage de fumée.

_ Bonjour mon garçon, je m'appelle Garp.

_ … J'ai grandi avec lui dans son manoir, parmi d'autres enfants avec les mêmes particularités. Il nous a appris l'escrime, l'équitation, la canalisation de nos dons, à subvenir à nos besoins en pleine forêt. Il nous a offert un toit. Une raison de vivre… nous nous battions pour ceux qui ne le pouvaient pas.

Il s'arrêta de parler un instant, les yeux dans le vague, avant de porter le verre que lui avait apporté Vivi, emplit de jus de pomme, et d'en boire une gorgée. Son récit avait été écouté dans un silence des plus religieux. Ace se pencha sur Sabo, échangeant un murmure. Rayleigh prit la parole.

_ Tu as vécu aux côtés de Garp … C'est … surprenant. Presque inimaginable, mais je sens bien que tu as vécu ce que tu racontes. Tu as appris de lui… Il sourit et se laissa aller contre le fauteuil, un sourire sur les lèvres. Qu'est-ce que je donnerais pour avoir l'occasion de lui parler…

_ T'as son élève, fais pas la fine bouche non plus, se moqua Shanks, un petit sourire en coin, avant de se tourner de nouveau vers Trafalgar, qui avait reposé son verre. C'est vraiment exceptionnel. Comment t'es-tu retrouvé à Central Park ? Qu'est-ce qu'il s'est passé pour que tu traverses le temps et l'espace ?

Son visage se troubla légèrement. La douleur était contenue dans sa voix.

_ Le … manoir a été attaqué. Une force comme on n'en avait jamais eu à combattre a surgit du sous-sol et a envahi la maison. Une marée noire s'est déversée, avalant tout sur son passage… Avec … Drake… on était… On revenait de la chasse. Garp était sur les lieux…

Alors qu'ils remontaient la colline en traînant la biche qu'ils avaient chassée, les hurlements des enfants leurs firent lâcher leur trophée, pour courir à toutes jambes jusqu'au manoir. Trafalgar s'arrêta, se recevant comme un bac d'eau glacé en pleine nuque : une masse noir et visqueuse se déversait de toutes les ouvertures, même des fissures dans les murs. Il vit les enfants fuirent et se débattre avec la substance qui les avalaient. Il vit Garp, debout face au manoir, les bras en arc de chaque côté de son corps, devinant qu'il préparait un sort. Il courut le rejoindre, écoutant son incantation, avant de la reprendre et de lier sa force à la sienne. Drake arriva et fit de même, amplifiant la puissance du sort. Aokiji également, ainsi que les quelques enfants survivants.

Lorsque Garp relâcha la puissance accumulée, la monstruosité noire se ramassa sur elle-même avant d'exploser, projetant tout le monde en l'air. Trafalgar se retrouva coincé dans les branches d'un pin, sonné. Des images incohérentes se dessinèrent sous ses yeux, vives et fulgurantes. De la neige, la sensation d'un froid glaçant, des ronces, la Mort, une sorcière blanche, un monde en flammes.

_ Nous avons tous eut la même vision. Garp a tout de suite commencé des recherches. Quelques jours avant le Sabbat, nous avons investi leur temple… et … nous avons essayé de la tuer. La sorcière blanche… lorsqu'elle a … tuée Drake, j'ai perdu le contrôle de mon corps. Elle m'a jeté un sort et je me suis réveillé… dans cette fausse forêt, où vous êtes venu me chercher, conclut-il, reprenant son verre pour le vider.

Durant son récit, Sabo était allé chercher plusieurs volumes, vieux, épais et poussiéreux, feuilletant les pages, pour retrouver les événements racontés. Il n'avait cessé d'hocher la tête.

_ Ce qu'il raconte s'est réellement passé. Tous tournèrent la tête dans sa direction. Garp a tout noté.

Trafalgar jaillit du fauteuil, faisant sursauter Vivi et Jewelery, contournant les fauteuils pour s'emparer du bouquin et lire avidement les lignes manuscrites. Il avait donc survécut ! Le soulagement fut tel qu'il eut l'impression qu'on lui enlevait un sac de pierres du dos.

Ace, Jew' et Vivi échangèrent un instant, tandis que Shanks regarda Rayleigh.

_ Bien, on sait maintenant d'où et de quand il vient. Le tout maintenant, ça va être de lui expliquer où il est arrivé. Assimiler presque six cents ans de technologie… ça va être chaud…

Rayleigh hocha la tête en fermant les yeux.

_ Il va falloir y aller doucement. Évitons de lui mettre internet entre les mains tout de suite, et qu'il évite de sortir, je ne voudrais pas qu'il nous fasse une attaque en découvrant un hélico ou un avion.

Shanks eut un petit sourire et se servit un nouveau verre de punch, laissé à disposition sur la petite table basse.

A suivre…