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"Quoi de plus lucide que la peur ?"

De Maurice Gagnon / Meurtre sous la pluie


Castiel

Cela fait plus d'une semaine que Castiel est ici. Où exactement? Il ne le sait pas encore, et ce n'est pas facile surtout quand il n'a pas encore désigné si telle ou telle personne est digne de confiance pour commencer à lui poser des questions. Il ne peut pas se renseigner tant qu'il ne sait qui pourrait le trahir sous la torture ou sans celle-ci. Il doit être méthodique et minutieux. Il en est encore à la phase d'observation, essaye de savoir quand, précisément, les gardes effectuent une ronde, si c'est du hasard ou des ordres de passage. Quand il commencera à fouiller, ce qui sera le plus risqué, il devra savoir à la seconde près tout ce qui se passe et qui fera quoi, quand et ou. Son cerveau tourne à plein régime sans arrêt, opérationnelle et à l'affût, il ne laissera rien passer car c'est un bon soldat. Sa mission est sa priorité, et il prendra le temps qu'il faudra pour la mener à bien, même si cela prend plusieurs mois et même.. des années? Enfin, il ne l'espère sincèrement pas à ce point, mais qui sait? Il prend tout en compte, et réfléchit à toutes les possibilités.

Bien sur, il mentirait s'il disait qu'il n'avait pas pensé à un certain homme aux yeux émeraude, l'observant de temps en temps mais sans s'attarder, juste des coups d'œil véritablement discret et court, évitant absolument de croiser son regard. Il fut soulager de se rendre compte que celui-ci avait simplement agi comme si l'échange de regards n'avait jamais eu lieu. Il avait craint que le chasseur vienne le punir plus tard mais il n'en fit rien. Castiel se demandait même s'il n'avait pas rêvé ce moment ou alors halluciné. Ça avait été surréaliste et intense. Deux mots qu'il n'avait jamais utilisés pour définir une situation qu'il a vécue.

Secouant légèrement la tête, il se remet au travail tranquillement, sans aller plus vite que les autres mais sans mettre trop de temps. Rester dans la norme, se fondre dans le décor et rester dans l'ombre, rester invisible aux yeux des autres, sans intérêt.

Mais, ses plans tombent à l'eau quand il se sent soudainement observé durant de longues secondes. Et il trouve ce laps de temps beaucoup trop long, tellement, qu'il jette des coups d'œil furtif à droite et à gauche alors qu'il finit par tomber dans des yeux verts qui font accélérer son cœur. Il casse assez vite le contact, essayant de se détendre, de ne pas attirer l'attention. Pourquoi est-ce que le chasseur le regarde soudainement avec autant d'intérêt?

Effectivement, il avait déjà remarqué le regard de Dean sur lui quelques rares fois, mais ce n'était jamais long et avec des yeux froids, le même qu'il adressait à tout le monde en vérité lorsqu'il les surveillait tous, passant entre les tables pour déchiffrer un quelconque problème qu'il aurait surement réglé en torturant une personne. Alors, pourquoi, si soudainement ce revirement de situation? Qu'avait-il fait de mal? L'avait-il découvert?

Il prend une inspiration et se concentre sur autre chose, il ne peut pas savoir pour sa véritable identité, sinon, il serait déjà mort. De plus, dans son souvenir, il n'avait transgressé aucune règle, non pas que Dean est besoin d'une réelle raison s'il avait décidé de martyriser quelqu'un mais tout de même. Mais le chasseur ne fait rien d'autre, il ne lui parle pas et n'ordonne absolument rien à lui ou même à un garde, et ça l'inquiète un peu.

Rester calme dans n'importe quelle circonstance, quelque chose qu'il maîtrise parfaitement. Il fait donc ce qu'il a à faire sans ne laisser rien paraître.

Ce petit manège continue encore quelques jours, sauf que comparé à la première fois où il s'est retourné pour dévisager celui qui l'observait avec attention, il ignore simplement ses deux orbes vertes quand elles se posent sur lui. Il se convainc que cela cessera, que c'est peut-être juste de la méfiance ou... autre chose? Mais quoi exactement?

Il supporte ce regard jusqu'à ce que les choses commencent à empirer. Comme si le chasseur n'appréciait pas qu'il n'y ait pas de contact entre eux, en fait. Castiel ne savait pas pourquoi il cherchait à ce point à se confronter à lui, un misérable mec qu'on avait récupéré dans un bidonville. L'agent avait réfléchi, et si Dean avait eu des doutes, il l'aurait simplement interrogé dans un interrogatoire douloureux.

Alors non, il ne comprenait pas. Surtout quand le chasseur commença à passer prés de sa table avec un peu plus d'insistance. Observant ses gestes et le haut de sa tête quelques secondes de plus quand il passait à côté, ralentissant soudainement. Il le sentait, le remarquait, mais c'était si imperceptible qu'il devait surement être le seul à le constater. Ou est-ce que ça venait de son imagination? Il n'avait jamais douté de lui, mais à cet instant, il se demandait sérieusement s'il n'était pas paranoïaque.

Mais c'est un professionnel, et il passe outre ses moments d'incertitudes et d'incompréhension pour se concentrer sur ce pour quoi il est ici. Et il s'y attela durant les prochains jours.

Alors qu'il mangeait quelque chose d'indescriptible et de peu appréciable, l'agent imaginait comment il pourrait découvrir des informations importantes. Il remarqua les gars d'une autre section arrivée pour prendre, comme lui, le petit déjeuner. C'était quelque chose de plutôt rare et c'était les seuls moments où il pouvait voir le vampire. Il se demandait toujours entre le chasseur et le vampire, lequel était le plus cruel derrière ce masque d'impassibilité qu'ils portaient tout le temps. En observant un peu trop longtemps l'échange de politesses entre les deux hommes, Castiel fini, sans le vouloir, par croiser le regard de Dean, et c'était aussi déstabilisant pour lui que les deux premières fois. Il baissa immédiatement les yeux sur son verre d'eau pour le boire longuement avant de poser le tout dans une bassine et de se diriger vers les toilettes qui étaient à leurs dispositions même si ce n'était pas vraiment propre, c'était mieux que rien. Ils avaient la même chose dans le dortoir, petit et sale.

Il se soulagea sans perdre trop de temps alors qu'un autre homme arriva pour faire la même chose que lui. Il jeta un coup d'œil dans sa direction et fut surpris de le reconnaître. L'autre lui donna un petit sourire discret, comme s'il avait déjà reconnu Castiel depuis longtemps.

Gabriel, un autre agent qui avait "disparu" il y a plusieurs mois et qui avait exactement la même mission que lui. Son allure devait être aussi pitoyable que la sienne. Des vêtements exactement pareils que lui, les cheveux longs et blonds avec une barbe plutôt épaisse. Il avait bien réussi à se fondre dans le décor, Castiel avait eu du mal à le reconnaître. Il fut soulager de ne plus être tout seul dans cet endroit et d'avoir un allié avec lui, même s'ils devaient quand même se débrouiller chacun de leur côté, comme ils n'étaient pas dans la même section. Il finit son affaire et se dit qu'ils n'ont pas beaucoup de temps pour échanger une accolade (ce qui est inutile) et plus important, des informations.

Castiel se dit que l'homme en face de lui sait pertinemment, en tant que nouveau, qu'il n'a rien à lui apprendre. Mais, ce n'est peut-être pas le cas de Gabriel? Il lui lance un regard simple qui signifie tout ce qu'ils ne peuvent pas abordé et dont ils n'ont pas le temps de parler.

Le blond murmure avec un demi-sourire.

- Je ne sais toujours pas où on est, ni comment le communiquer à quelqu'un si je le découvre. J'ai quelques alliés de confiance qui m'ont donné des informations secondaires mais pas celle que l'on cherche. Mais les pièces A-25 sont très utiles pour déverrouiller une porte...

Castiel ne répond pas au sourire et reste sérieux, il le connaissait un peu et il savait que l'agent Gabriel était joueur et plutôt... casse-cou? Enfin, c'était des informations tout de même importantes, savoir quelle pièce il devait voler et à quoi elle allait lui servir allait assurément lui faire gagner du temps et lui faire prendre moins de risque. Maintenant il fallait savoir comment la voler sans que personne ne le remarque. Il s'apprête à sortir de la pièce avant de lancer un dernier regard à Gabriel et de lui murmurer.

- Fait quand même attention et ne prend pas de risques inutiles...

Le blond lui lance un clin d'œil et il ne rajoute rien de plus, il c'était déjà attardé trop longtemps dans les toilettes pour y rester une seconde de plus. Gabriel était un bon agent qu'il respectait, mais il prenait tout avec amusement et avait tendance à prendre plus de risque que nécessaire, il en faisait qu'a sa tête et faisait toujours tout à sa manière, mais les supérieurs ne disaient rien car il obtenait des résultats. Castiel s'inquiétait un peu mais Gabriel était un adulte et l'agent n'était pas là pour le surveiller. Il avait sa propre mission à accomplir même si c'était la même que Gabriel, mais pour ne pas se faire griller, il ne fallait pas qu'ils traînent ensemble et se rencontre souvent. Pour brouiller les pistes si jamais l'un des deux se fait prendre. Il remercie quand même silencieusement son collègue pour l'avoir fait avancer d'un pas dans son objectif.

Retournant sur le banc, il garde la tête basse, en pleine réflexion, il ne remarque pas le regard que lui porte le vert. D'ailleurs, ça serait étrange pour lui à présent qu'il ne le regarde plus... Peut-être qu'il regardait tout le monde cette façon et qu'il n'y avait pas fait attention? Il observe les personnes autour de lui et se concentre sur sa prochaine tache, trouver une tactique pour voler une pièce importante qui pourra lui servir une fois qu'il passera à l'action et fouillera plus profondément cet endroit. Qu'il connaîtra par cœur chaque détail pour se faufiler la nuit entre les gardes et les portes et trouver des informations qui devaient être indéniablement bien cachées.

Ils allèrent ensuite travailler, comme tous les jours dans cet endroit maudit qui n'accordait aucun répit.

Rien ne laissait penser que cette journée allait être différente des autres pour l'agent infiltré. Peut-être aurait-il du plus se méfier du chasseur? Se fier à son instinct qui lui soufflait silencieusement que ça ne s'arrêterait pas là depuis qu'il avait croisé ses yeux? Que les regards qui s'attardaient sur lui n'étaient pas dus à son imagination?

Alors qu'il était concentré à assemblé deux pièces ensemble, il sentit une certaine tension s'abattre sur lui. Le vieil homme à coté de lui, lui lançait des regards inquiets et nerveux. Castiel comprit bien vite pourquoi sans pour autant relever ces orbes bleus devant lui. Il le sentait, il devinait le sourire d'un garde non loin de lui alors que celui-ci lui prit sans douceur le bras.

Il se fit violence pour ne pas s'extirper de là, réflexe d'autodéfense. Il posa ses yeux sur les chaussures du chasseur alors qu'il posa l'arme à moitié monté sur la table.

Une peur sourdre remonta le long de son échine, il l'autorisa à entrer en lui pour ne pas paraître provoquant envers Dean, il se doutait que celui-ci avait besoin qu'on le craigne et que ça se voit, sinon... il se poserait des questions.

- Tu as fait du mauvais travaille sur cette arme, il va falloir que je montre le bon exemple à tous ceux qui sont présents ici.

Dit-il avec détachement, comme s'il en avait marre de sortir cette réplique, qu'il trouvait blasant de se répéter. Castiel savait ce que cela voulait dire, mais il c'était préparer mentalement à subir un jour ou l'autre ce désagrément, la douleur d'une punition. Mais ce qu'il ne comprenait pas, en revanche, c'était que l'accusation était complètement fausse. Voulait-il punir un nouveau juste pour s'amuser parce que ça faisait longtemps qu'il n'avait pas martyrisé quelqu'un? Ou est-ce que ça cachait autre chose?

Il n'a pas le temps de réfléchir plus longtemps qu'on le traîne sans tendresse jusqu'à la salle de torture qu'il voit pour la première fois depuis qu'il est arrivé ici. On l'attache à la chaise sans dossier (étrange) et il grimace quand le garde serre d'avantage les liens, mais il garde toujours la tête baissé. Il essaye de ne pas penser au fait qu'il va se retrouver seul à seul avec lui. Pourquoi cela le travaille autant? Il ferme les yeux une seconde pour remettre ses idées en place et se préparer à ce qu'il va surement subir, il va devoir jouer le jeu et ne pas montrer qu'il a été entraîné pour résister à ce genre de choses, à supporter qu'on lui fasse du mal.

La porte se ferme lourdement, et ça résonne dans la salle comme une douce promesse de souffrance, il entend le souffle régulier du chasseur mais n'ose pas le regarder. Il se convainc que c'est seulement pour lui faire croire qu'il est effrayé et qu'il essaye d'être entièrement soumis pour recevoir le moins de blessures possible... mais en vérité, c'est surtout pour ne pas plonger dans ce qui le hante parfois la nuit sans aucune raison et sans qu'il n'en comprenne la signification.

Il entend le bruit distinctif d'un objet qu'on prend sur une table en fer, il réprime une moue dubitative quand il repense à ce qu'il a entre-aperçus sur celle-ci.

- Regarde-moi.

Sa voix est plus rauque qu'a la normale et cela a pour effet de faire véritablement peur à Castiel. Si ça avait été un autre homme, il n'aurait pas rechigné l'ordre ou même appréhender ce moment, mais inconsciemment il refuse d'obéir. Il sait que c'est dangereux pour lui, mais il n'y arrive simplement pas, il ne veut pas croiser ce regard.

L'agent prend une claque monumentale sur sa joue gauche. La violence du geste et le contact avec cette paume si chaude sur sa peau, lui fait presque oublier ou il est. Il le présageait sans vraiment s'y attendre, une surprise sans vraiment en être une. Bizarrement les coups et la violence ne sont pas ce qu'il redoute le plus, dans le creux de son ventre, une autre peur prend forme, elle était déjà la avant, mais plus petite et insignifiante. Là, il ne peut plus l'ignorer, et c'est ça qu'il craint le plus.

La voix du chasseur s'est rapprochée de lui, elle devient presque suppliante alors qu'elle reste pourtant toujours aussi froide.

- Regarde-moi.

Castiel n'y arrive toujours pas, il garde ses yeux fixé par terre alors que sa mâchoire se crispe et que sa joue brûlante lui fait mal. Il avale sa salive alors qu'une lame froide se glisse sous son menton pour lui faire relever la tête, doucement. Son cœur s'accélère avec effroi, et ses yeux coulent le long du sol pour remonter sur les chaussures de Dean, son pantalon sombre, son t-shirt gris foncé. Les bras de Dean ont quelques cicatrices et sa peau est bronzée par le soleil. Les yeux bleus de Castiel parcourt le cou du jeune homme en face de lui, le bas de son visage, sa barbe de quelques jours, ses lèvres pulpeuses, son nez arqué et...

L'agent a le souffle coupé par ce vert si profond, brumeux et incroyablement tentateur. Le chasseur lui rend un regard satisfait tandis qu'un sourire se dessine doucement sur ses lèvres.

Au même moment, Castiel le trouve incroyablement beau mais aussi terriblement dangereux.