Chapitre 3
Assis face à face, regardant chacun par la fenêtre, l'ambiance lourde et la mauvaise humeur qui régnaient dans le train promettant un voyage long et morose, Edward et Roy fixaient ostensiblement le paysage qui défilait derrière la vitre. Il faisait sombre, car la nuit tombait rapidement en cette saison, mais les lumières qui parsemaient la ligne du train leur permettaient de faire semblant d'être passionnés par ce qu'ils voyaient...
Pour commencer, le départ s'était fait dans la précipitation, parce qu'Edward avait pris le temps de dire au revoir à son frère. Ensuite, il l'engueulait pour chaque mot qu'il prononçait, même quand ils ne s'adressaient pas à lui. Vraiment, Roy s'attendait à passer un bien mauvais voyage en si teigneuse compagnie. Depuis à peu près une heure, Edward boudait dans son coin, sans accorder le moindre regard à son supérieur. De son côté, Roy le lui rendait bien, et avait fini par s'absorber dans l'un des livres qu'il avait emporté. Grand bien lui fasse, cela lui permettrait de ne pas voir le temps passer...
Quand il fit trop sombre, les lampes du train s'allumèrent, et le paysage se perdit dans le noir de la nuit. Deux heures passèrent, et Roy lisait toujours, attendant simplement qu'ils arrivent à North City.
Finalement, un mouvement brusque devant lui le fit redresser la tête dans un réflexe ; Edward s'était levé pour se débarrasser de son manteau, et s'allongea de tout son long sur la banquette, un bras sur les yeux, son manteau négligemment roulé en boule sous sa nuque.
Sans s'en rendre compte, Roy resta ainsi à le fixer de nombreuses minutes.
Au bout d'un quart d'heure, il finit par cligner des yeux, et se replongea dans son livre, bien que beaucoup moins attentif à sa lecture...
Quand, tard dans la nuit, il ne put supporter de lire un mot de plus, il ferma son livre, qu'il rangea dans son sac, et se prépara à dormir, lui aussi. En se redressant, son regard tomba sur le blond, affalé sur la banquette, un bras pendant dans le vide ; il avait la bouche légèrement ouverte, et son manteau était presque par terre.
Roy eut un sourire amusé, et se leva pour se pencher sur lui ; il ramassa le manteau, et en recouvrit l'adolescent, avant de retourner à sa place, pour s'allonger à son tour.
Au matin, le train roulait toujours à vive allure, mais ils étaient encore loin de leur destination. Roy se réveilla le premier, courbaturé et râlant. Il n'aimait pas les voyages en train ; de nombreuses fois, il s'était demandé comment Edward faisait pour les supporter... D'ailleurs, celui-ci dormait toujours à poings fermés, pas le moins du monde gêné par le roulis du train. Roy se redressa et s'assit, vérifiant d'un coup d'oeil que toutes leurs affaires étaient toujours en place. Au cas où. Edward aurait été capable de l'engueuler et dire que c'était de sa faute s'ils avaient été volés... De toute façon, le train était surveillé, il n'y avait donc aucun problème.
À ce sujet, le contrôleur, qui n'était pas passé la veille au soir, laissant les passagers se reposer, arriva justement pour vérifier les papiers de tous.
Roy chercha une seconde son billet, dans sa veste qu'il avait retirée pour dormir, et le tendit à l'homme.
"Fullmetal, debout... !"
Seul un vague grognement lui répondit. Voyant l'homme leur jeter un drôle de regard, Roy sourit en signe d'excuse et se leva pour secouer le garçon.
"Edward... Ton billet !"
Edward, lui, dormait toujours. Il grogna et remua dans son sommeil pour se tourner sur le côté, vers le dossier de la banquette à la recherche d'obscurité. Dépité, Roy s'apprêta à le réveiller pour de bon, quand son regard tomba sur le papier blanc, dépassant de la poche arrière du pantalon du blond.
Sans douceur, il tira dessus et le tendit enfin au contrôleur.
Mais Edward avait senti la secousse, et plus précisément une main. À l'endroit qu'il ne fallait pas. Au moment où Roy se redressait donc pour donner le billet, il s'assit dans un sursaut, furieux dès le réveil. Mais en comprenant ce qui se passait, il renonça à faire exploser sa rage sur le colonel.
Quand Roy se rassit, remettant de l'ordre dans ses vêtements, il lui jeta un regard bien noir. Le colonel fit, l'air de rien :
"Quoi ?"
"Vous auriez pu me réveiller, au lieu de me mettre la main aux fesses !"
Cela dit haut et fort attira l'attention de quelques passagers, qui regardèrent l'homme aux yeux noirs avec mépris et suspicion, avec de commencer à chuchoter.
Affreusement gêné, Roy se pencha légèrement, et siffla entre ses dents :
"Modère ton langage, Fullmetal... ! Je te signale que j'ai essayé de te réveiller, mais tu ronflais comme un soudard, et je me suis contenté de prendre ton billet !"
Pas de réplique cinglante du côté d'Edward, qui finit par s'asseoir simplement, remettant son manteau en place. Puis il recommença à bouder, ce qui fit soupirer Roy de lassitude. Le colonel se replongea donc dans son livre, et la matinée passa ainsi, plus ou moins vite...
Peu avant midi, le contrôleur annonça North City. Les deux militaires se levèrent dans un même mouvement, attrapèrent leurs bagages et descendirent. La gare était moins grande que celle de Central ; ils se dirigèrent lentement vers la sortie, attendant que la foule se disperse quelque peu avant de rejoindre leur hôtel, qu'avait réservé le général Grumman pour eux.
"Quand je pense que tout était prévu, et que je n'étais même pas au courant..." râla Roy d'un ton mécontent. Sa remarque, comme il s'en doutait, fut commentée d'un :
"C'est parce que le Général espérait ne pas avoir à vous y envoyer. C'est juste que j'aurai besoin d'un coup de main éventuel, genre pour faire diversion. Ne vous faites pas d'illusion, c'est moi qui l'attraperai, cette bonne femme."
Il tourna la tête pour jeter un regard noir au blondinet qui trottait à ses côtés, un sourire goguenard aux lèvres.
"Qu'est-ce qui m'arrive... ? Pourquoi je ne trouve rien à lui répondre... ?"
"Sûr. Je te laisserai lui porter le coup de grâce. Ce sera bien gentil de ma part, puisque j'aurais fait tout le travail."
"Vous ne servez à rien... ! Pourquoi vous envoyer dans une région où il pleut tout le temps ? C'est débile !"
"Je ne manquerai pas de faire remarquer au Général que tu trouves ses décisions débiles."
Il vit Edward pâlir à vue d'oeil, et marmonner : "maisnonc'estpasc'quej'voulaisdire" d'une voix frustrée. Roy sourit, victorieux, et continua son chemin à travers les rues froides de la ville.
L'hôtel était situé très près de la gare, ce qui était fort pratique. Ils arrivèrent à la réception, obtinrent la clé de leur chambre et y montèrent. En posant lourdement sa valise devant le canapé, au milieu de la pièce, Edward grogna :
"Pourquoi on s'arrête ici, de toutes façons... ? Qu'est-ce qu'on va faire ? Elle est plus au nord, non ?"
"En effet. Nous resterons ici une journée, histoire de prendre le temps de trouver un endroit où loger une fois que nous serons montés. Il fait froid, dans les montagnes, Fullmetal."
"Noooon... sans blague... !"
Roy fronça les sourcils au ton du garçon, mais continua :
"Je pense qu'il y a plusieurs chalets abandonnés dans certains coins. Nous trouverons bien quelqu'un qui puisse nous renseigner. Le Général m'a donné une liste d'adresses de certains de ses contacts dans la région nord, elle nous sera très utile. Après le déjeuner, j'irai chercher ces personnes."
"Et moi ?"
"Tu resteras sagement ici à m'attendre..."
"NON MAIS ÇA VA PAS OU QUOI ?? VOUS CROYEZ QUE JE VAIS RESTER LÀ PENDANT QUE VOUS ALLEZ TRANQUILLEMENT DRAGUER DANS VOTRE COIN ?!"
"Je n'ai pas dit..."
"Arrêtez votre char, je sais que vous en profiterez pour draguer je-ne-sais-où pendant que vous chercherez !! Donc, hors de question que vous y alliez seul !"
"Fullmetal, ne..."
"Taisez-vous ! On est deux sur ce coup, et je ne pense pas que le grade compte quand on est en mission dangereuse !! J'ai dit que je viendrai avec vous, point !"
Pour souligner ses dires, Edward se planta au milieu de la pièce et croisa les bras, le regard flamboyant. Après un instant de silence, Roy soupira et baissa la tête.
"Très bien, tu viens." Le bond eut un sourire vainqueur, mais il ajouta : "Mais ne viens pas interrompre mes recherches et jouer au sale gamin insupportable qui ne comprend rien... !"
Il vit le Fullmetal gonfler les joues de rage, mais il l'interrompit avec un sourire :
"Je te préviens, c'est tout... !"
Dépité, Edward jeta son manteau sur le lit, et sortit à grands pas de la pièce, ayant visiblement l'intention de se rendre au restaurant de l'hôtel.
Après avoir lui-même déposé ses affaires, Roy le suivit un instant plus tard, un grand sourire s'étalant sur son visage à la pensée de l'après-midi qu'il allait passer...
