Playlist : Usaghi, Kokia – Hymnals, Grizfolk – Daft Punk, Pentatonix – Shattered, Trading Yesterday

Merci énormément à tous pour vos messages qui m'ont remonté le moral et permis de retrouver confiance.

J'ai enfin pu trouver le temps entre deux préparations de classe pour écrire la suite ! Du coup je profite d'une pause pour maintenant poster :)

J'espère que ça vous plaira.

Bonne lecture


III. Réorganisation

oOo

2 mai 1998

Postbridge, Angleterre

Perdu au milieu du Parc National du Dartmoor, le cottage paraissait presque abandonné. Au bout d'un chemin de terre, il était entouré d'une clôture basse en pierres et était caché par un bosquet d'arbres. Quasiment invisible dans le décor, il était pourtant bien présent, de briques et de bois blanc, taché par les intempéries et le manque d'entretien.

La première chose que fit Drago en entrant dans le séjour fut d'activer les barrières autour du bosquet : bloque-magie, anti-transplanage… Le premier sort effaça toute trace de sa présence dans le Dartmoor, le second le point d'arrivée de son déplacement. Il venait de quitter son précédent domicile, qu'il savait très bientôt profané par son père et par ses acolytes, pour cette simple maisonnée en pleine campagne moldue, propriété encore inconnue jusque-là par sa famille et son entourage. Il était en danger dorénavant, il en était sûr. Il suffirait d'un rapide coup d'œil aux artefacts portés par les membres de l'Ordre pour comprendre qui en était à l'origine : sa collaboration avec les agissements de la résistance était limitée, faible, mais présente quand même. Et ça, son père ne manquerait pas de le remarquer. Il s'était peut-être trop affiché cette fois, laissant sa marque sur les lieux de la bataille. Mais pourtant, il avait tellement espéré ! Que tout se termine, que cette guerre incessante se finisse, que la situation trouve enfin une conclusion positive pour eux. Après tout, il avait réagi directement en apprenant la future attaque, il avait fourni des talismans précieusement gardés pour l'occasion, il lui avait fourni une nouvelle protection, en complément du jonc d'or… Mais ça n'avait pas suffi. Tout était fini.

La deuxième chose que fit Drago une fois les protections activées fut de se laisser tomber sur le canapé de cuir usé et d'enfouir son visage dans ses mains. Ça n'avait pas été suffisant. Bien évidemment que ce n'était pas suffisant ! Il aurait dû agir bien plus tôt, bien plus fort ! Mais son manque d'implication, sa lâcheté, avait abouti à ce résultat catastrophique. Peut-être que s'il avait été plus présent, peut-être que s'il avait été là-bas lui aussi, il aurait pu faire la différence ! Un rire amer s'échappa de ses lèvres. Bien sûr que non il n'aurait rien changé. Une baguette de plus dans le combat ? Pathétique. La seule chose qui aurait pu changer s'il avait clairement rejoint l'Ordre…

Il secoua la tête entre ses mains. Ce n'était même pas la peine d'y penser. C'était trop trouble, trop furtif, trop… ambigu.

Relevant légèrement le visage, il posa les yeux sur ses paumes et se rendit compte qu'elles étaient tremblantes. Petit à petit, son esprit se rendait compte de la véracité de la situation. L'Ordre était perdu. La liberté devenait utopique. Et Harry… Harry… L'anneau protecteur qu'il lui avait off… qu'il lui avait envoyé en même temps que les talismans avait été particulièrement ensorcelé. Drago savait que le brun ne s'en séparerait pas, aussi avait-il préparé un effet à retardement sur tous les artefacts dans le cas où l'anneau serait retiré. Dans le cas où un Mangemort lui retirerait. Et ça avait été le cas : le charme qu'il portait l'avait averti, brûlant sa peau en déclenchant la vague de magie dans toutes les amulettes. Dès que la brûlure s'était faite sentir, il était parti. Il avait pris son sac, prêt dans l'éventualité d'une fuite, et avait quitté son pied à terre, trop facilement repérable par son père. Il n'avait même pas cherché à intervenir… La lâcheté avait – encore une fois – dominé ses choix. Et de nouveau, il l'avait abandonné à son sort. Drago n'avait pas été capable de choisir clairement, comme autrefois.

La troisième chose que fit Drago après son bilan fut de laisser couler ses larmes.

oOo

5 mai 1998

Princetown, Angleterre

Dans le silence de son magasin, un épicier lisait le journal. Eoin Pittsburgh était un brave gars, un sorcier qui avait décidé de venir s'installer dans ce coin perdu pour réaliser son rêve d'enfant : tenir un commerce. Le village était petit, le passage des touristes limité malgré le parc naturel. Les sorciers étaient présents mais discrets, se mêlant sans problème aux habitants, et ce depuis des décennies. Entre ses murs, chacun pouvait trouver ce qu'il désirait, quelles que soient ses origines. La guerre n'avait pas changé cet état de fait, ne les avait presque pas atteints, là où ils étaient. Il n'en entendait que parler et chacun continuait tranquillement sa petite vie à Princetown. L'homme baissa les yeux sur le journal qu'il tenait. Camouflée derrière la première page du Times, il lisait la Gazette du Sorcier. À sa une, il avait découvert l'image de leur Sauveur, attaché, mais ni blessé ni maltraité. L'épicier comme le reste de l'Angleterre avait appris que leur Ministère était tombé après le coup d'état de Lord Voldemort et que la Résistance avait été vaincue. En lisant ces lignes, il avait hésité. Comme beaucoup d'autres, il avait assisté à la première guerre et en avait vu les conséquences. Mais cette fois-ci, tout avait été plus… diffus. Comme si Celui-dont-on-ne-devait-pas-prononcer-le-nom avait changé.

Pour preuve ! Il écarta légèrement la page du Times pour regarder de nouveau la une de la Gazette. Harry Potter, vivant ? C'était inespéré ! Tout le monde pensait qu'il serait tué comme les autres, mais non ! C'était un signe, sans aucun doute ! Et puis, cette fois-ci, il n'avait pas beaucoup entendu parler de la guerre et de ses dégâts. Le Mage Noir ne s'était pas rendu coupable d'atrocités, d'ailleurs, les moldus n'avaient pas été plus atteints que ça, non ? Et puis, son commerce continuait de fonctionner tranquillement, entre sorciers et moldus, c'était bien un signe que ce n'était pas si grave !

Ainsi allaient les pensées de ce petit commerçant du Dartmoor, comme celles de nombreux sorciers trop éloignés de la capitale ou des conflits pour se rendre compte de leur gravité. En plus, si la Gazette le disait…

La sonnette tinta dans le silence de l'épicerie. À son comptoir, Eoin leva les yeux de son journal et détailla le nouvel arrivant. C'était un jeune homme en jean et veste de cuir, la capuche de son sweat shirt sur la tête, tenant un sac d'une main sur son épaule. L'épicier ferma son livre et le posa. Il ne l'avait jamais vu dans le coin, ça devait être un touriste, et vu son hésitation en regardant les étagères et présentoirs, sans doute un sorcier.

— Je peux vous aider ?

Le client releva le visage vers celui qui venait de lui parler, permettant au commerçant de voir ses yeux clairs et sa barbe de quelques jours. Il paraissait méfiant, peut-être un peu perdu, certainement épuisé, mais au vu de la situation actuelle, Eoin pouvait le comprendre. Il le laissa vaguement étudier quelques instants les boîtes de conserves et paquets de chips, puis se rapprocher du comptoir dans une attitude toujours prudente et mesurée. Eoin plia son journal.

— Vous cherchez quelque chose en particulier ?

— Oui… En fait, vous pourriez m'aider, répondit l'homme, fixant le comptoir, empêchant Eoin de le croiser son regard. Je cherche… Vous auriez la Gazette ? finit-il par conclure.

Le commerçant tiqua sans le vouloir. Il ne connaissait qu'une Gazette. Mais son expérience lui avait appris à ne pas tout de suite considérer comme sorcier ceux qui venaient avec des demandes incongrues. Prudemment, il jeta un coup d'œil à la vitrine qui donnait sur l'extérieur. Personne dans la rue, ils n'allaient pas être dérangés.

— La Gazette ? Vous pourriez être plus précis, s'il vous plaît monsieur ?

Le jeune hésita, se retourna légèrement à son tour pour regarder la porte d'entrée. À priori, lui aussi ne voulait pas être entendu. Les doutes d'Eoin se firent plus fort, puis se confirmèrent quand le client lâcha dans sa barbe :

— Moldu.

En entendant ce mot, les lèvres d'Eoin se retroussèrent en un sourire, c'était bien un sorcier. S'il avait été moldu lui-même, il aurait sans doute demandé au jeune de répéter, mais ce terme, lâché à demi-mot, était suffisant.

— Vous êtes tombé au bon endroit, jeune homme. La boutique est aussi sorcière.

Les épaules du client se relâchèrent, comme s'il était réellement soulagé de l'entendre. Le commerçant le regarda pendant quelques secondes supplémentaires, le jugea finalement plus jeune qu'il ne le pensait, puis se leva de la chaise sur laquelle il était installé. Discrètement, il tira de sous son comptoir sa baguette puis tapota sur l'étagère de confiseries derrière lui. Les bocaux se brouillèrent puis laissèrent apparaître, disposés sur des présentoirs à magazines, les différents journaux sorciers. Le jeune homme se tendit soudainement en voyant la Gazette du Sorcier qu'Eoin attrapa et posa sur le comptoir entre eux.

— Il vous fallait autre chose ?

Il n'obtint aucune réponse. Devant lui, son client avait les yeux rivés sur la une, sur la photo d'Harry Potter qui s'étalait sur la page. À voir les légers mouvements du sac sur son épaule, il tremblait.

— Monsieur ?

Eoin sursauta quand son client abattit violemment les sept noises que coutaient le journal et l'enfourna dans son sac avant de se détourner et de quitter l'épicerie, faisant tinter la clochette bien plus fort qu'elle n'y était habituée. Il cligna des yeux, il n'avait même pas eu le droit à un merci ou un au revoir. Mais où allait donc le monde !

Plus loin, dans un cottage de Postbridge, quelques secondes plus tard, Drago jeta son sac et sa veste sur le canapé de son petit salon. Dès qu'il était sorti de l'épicerie, il avait couru dans la ruelle la plus proche pour transplaner, oubliant toute prudence à laquelle il s'employait habituellement. Il avait décidé de sortir de sa léthargie, son apathie et sa bouteille de Whisky Pur-Feu pour enfin aller se renseigner sur la situation extérieure. Le premier pas avait été dur, mais il devait obtenir ces informations pour prévoir la suite de sa vie – si suite il y avait. Puis il l'avait vue.

Violemment, il empoigna le sac et en tira l'exemplaire de la Gazette du Sorcier. Il n'avait pas rêvé ! Sentant ses jambes s'effondrer sous lui, il se laissa tomber sur le canapé à son tour. Harry était en première page. En première page, et vivant.

« NOTRE LORD AU POUVOIR ! CELUI QUI A ÉTÉ VAINCU SOUMIS A SA TOUTE PUISSANCE ! À LA RECHERCHE DES CRIMINELS EN FUITE. »

« Soumis à sa toute puissance. » C'était complètement irréel, impensable. Sous l'article à la gloire de Voldemort et son arrivée au pouvoir, elle était pourtant présente, la photo d'Harry. Presque reléguée au second plan, mais bien là. Serrant les feuillets entre ses mains tremblantes, Drago lut rapidement l'article consacré à la capture de Celui-qui-avait-été-épargné. Le journaliste faisait une rapide description des événements – à sa sauce – avant de parler de la grande pitié du Lord pour son ennemi, qu'il épargnait de sa colère et de la mort dans l'espoir qu'il se joigne à lui pour refonder le monde sorcier. À ces mots, Drago interrompit sa lecture, il en savait assez.

Harry était vivant.

Sans pouvoir s'en empêcher, Drago sentit le rire et les larmes monter dans sa gorge.

— Il est vivant !

L'héritier Malefoy ne contrôlait maintenant plus son rire ni ses larmes, ni même ses gestes. Il laissa tomber le journal à terre et prit son visage entre ses mains pour essayer de retrouver un semblant de maîtrise de soi. Vivant ! Vivant !

La donne avait changé, il y avait toujours de l'espoir.

oOo

7 mai 1998

Plymouth, Angleterre

9h04

Les yeux rivés sur sa la montre qu'il avait empruntée à un moldu inattentif à ses affaires, Drago attendait l'heure du départ. Sa veste fermement resserrée autour de lui et sa capuche fermement enfoncée sur sa tête, il essayait d'étouffer la boule d'angoisse qui l'avait saisi depuis l'envoi de son hibou. Il ignorait s'il arriverait en vie, ou si son destinataire lui-même l'était encore. Il se mordit la lèvre puis passa la main dans la barbe qu'il se laissait pousser. Elle le grattait horriblement et ne lui allait définitivement pas, mais moins il paraîtrait « lui-même », moins il se ferait repérer. Après son escapade au manoir, il ne pouvait plus se permettre d'attendre : il devait s'exiler le plus rapidement et le plus discrètement possible. Les frontières n'étaient pas encore fermées, les moldus ne se rendaient pas encore compte de la situation et de l'exil sorcier, mais ça ne saurait tarder. Alors c'était sa dernière chance.

Drago ferma fortement les yeux, tentant de ravaler les sentiments qui menaçaient de le submerger. La peur, l'espoir, la lâcheté… Il avait fait tout ce qu'il avait pu. Il espérait toutefois que ce serait suffisant, et qu'on ne lui en voudrait pas trop pour son départ, bien que ce dernier souhait fût sans doute trop demander. Relâchant le souffle qu'il retenait pour passer cette vague d'émotions, il rouvrit les yeux et lut sur le panneau d'embarquement que son bateau était arrivé. Le cœur serré, il ramassa le sac qu'il avait laissé à ses pieds et suivit la foule de moldus jusqu'à l'embarcadère. Il disait adieu à une vie et à son pays, à toutes les choses qu'il aimait ici. Tout son être et tout son corps espérait qu'il y ait un dénouement heureux à tout ça, que les choses changeraient en bien, et que cette fois, il aurait sa part de responsabilités. En attendant, il ne pouvait rien faire de plus.

Appuyé au bastingage du ferry, il regarda les côtes des Cornouailles s'éloigner lentement. Arrivé en France, il pourrait transplaner librement jusqu'à la résidence qu'il avait eu la présence d'esprit d'acheter à titre personnel au début de tout ce marasme. Puis il attendrait du nouveau, à l'abri. Il se mordit la langue. Pendant quelques instants, il se dit qu'il aurait pu, qu'il aurait dû aller lui-même à Londres pour agir, puis il chassa cette pensée. Impossible. Après son intrusion soudaine dans le manoir Malefoy, il ne pouvait plus utiliser sa magie dans le pays. Drago lâcha un petit rire à cette pensée alors que l'air marin fouettait son visage sous sa capuche. Lui, utiliser tous les moyens moldus à sa portée pour leurrer les Mangemorts et son propre père… et réussir dans cette entreprise. Il était bloqué, il n'avait plus aucun moyen d'action en Angleterre dorénavant. Peut-être qu'en France les choses seraient différentes. Peut-être… À la nouvelle pensée qui l'assaillait, son rire se fit un peu plus fort, nerveux. À quel moment sa vie avait-elle pu bien basculer pour que son seul espoir repose sur un gars qu'il avait toujours haï ? Remontant son col et son sac sur son épaule, il retourna à l'intérieur pour se protéger du froid.

Il n'y avait plus rien à faire.

Dorénavant, le seul espoir sur lequel il pouvait compter, c'était Weasley.

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7 mai 1998

Londres, Angleterre

16h23

Harry gémit de douleur quand Ron le laissa s'affaisser au sol en douceur.

— Doucement mec, t'es pas en bon état… lui dit son ami alors qu'il l'aidait à s'asseoir.

Ses bras le brûlaient, il ne voyait presque plus rien, ses lunettes brisées étant restées quelque part sur le sol de sa cellule. Ses côtes brisées et non soignées le faisaient souffrir le martyr et lui avaient donné de la fièvre, le faisant presque délirer, à tel point qu'il ne croyait toujours pas ce qui se passait. Alors qu'il était enfin appuyé contre un mur, immobile et les bras au repos, il sentit qu'on s'affairait à ses côtés et qu'on lui découpait son sweat.

— Putain Harry… Bouge pas, je vais essayer de te soigner ça.

Il obéit, bien contre sa volonté. L'endroit était humide, insalubre et Harry pouvait vaguement entendre au loin les bruits de voitures à travers le bourdonnement dans sa tête. Il sentit plus qu'il ne vit Ron lui poser une compresse froide sur les côtes, lui arrachant un cri de douleur. À côté de lui, le rouquin était blême.

— Désolé. Faut que je la rentre. Que je foute ça dessus. C'est du baume de lewisie brûlante tu sais, avec de la chance, ta côte n'est pas trop cassée, et ça la soignera comme il faut. Je sais pas, j'y connais rien moi en potions. Faut que ça marche. Essaie de pas trop bouger Harry, ça va être vite fait.

Harry gémit de douleur alors que Ron appuyait un peu plus sur l'endroit, comme s'il pouvait faire pénétrer le baume plus en profondeur pour le soigner. La sensation aiguë eut au moins le mérite de l'ancrer dans la réalité : ce n'était pas un rêve.

— Ron ?...

— Désolé, ça fait mal. Tu sens quelque chose ? Ça bouge ?

Le brun ferma les yeux pour essayer de dégager une sensation précise de ce marasme de douleurs qu'il ressentait.

— Peut-être… Quelque chose qui bouge… commença-t-il.

Ron hocha vivement la tête, comme rassuré.

— Quelque chose qui bouge. La côte, peut-être. C'est bien. Merde, t'es en vie. Je l'ai fait.

Alors que le baume commençait à faire effet, l'incongruité de la situation frappa Harry. Il était vivant. Voldemort ne l'avait pas tué. Mieux que tout, Ron l'avait sorti de là. Sans le vouloir il se mit à rire, d'abord faiblement, puis de plus en plus fort. Devant l'hilarité presque folle de son meilleur ami, Ron se recula un peu, sans enlever la compression.

— Les nerfs. Tes nerfs lâchent.

— Je suis vivant…

— Ouais, grimaça le roux. Vivant. En sale état, mais on n'est pas encore fini.

À son tour, il eut un rire nerveux, pris par l'hilarité de son ami. Pendant quelques instants, ils savourèrent la joie presque coupable de se savoir en vie alors que nombre d'autres étaient morts. C'était comme si le temps s'était figé, comme s'ils n'étaient pas dans une situation si critique. Lentement, les rires cessèrent alors qu'ils reprenaient pied. Harry gémit de nouveau de douleur et le dernier rire de Ron mourut dans sa gorge alors qu'il se remettait à le soigner.

— Qu'est-ce qui s'est passé ? Combien de temps je suis resté là-dedans ?

La voix d'Harry était faible et éraillée par le rire et la soif, mais suffisamment forte pour que Ron l'entende et ne stoppe ses mouvements. Il reprit doucement ses soins.

— Nous sommes le 7 mai, Voldemort a pris le contrôle du Ministère et maintenant des médias… La rébellion n'est plus.

— …Hermione ?

De nouveau, Ron se figea, la main fermement crispée sur la compresse. Harry n'eut pas besoin de voir ses yeux pour comprendre ce que ce mouvement impliqué. Il sentit une vague de tristesse et de culpabilité comme il ne l'avait plus ressenti depuis son emprisonnement. Ron se racla la gorge et reprit ses soins, tremblant.

— Elle faisait partie de la liste des rebelles tués.

Harry referma les yeux. Hermione…

— On s'en doutait…

— Mais Ron…

— On est vivant, le coupa-t-il, closant la discussion. C'est ce qui compte. On va s'enfuir et on reviendra pour buter ce type.

Il n'insista pas. Le cœur en peine, et sa fièvre diminuant légèrement alors qu'il sentait sa côte se ressouder dans la douleur, il prit quelques secondes pour encaisser le choc. Il s'en doutait, mais la confirmation n'arrangeait rien. D'autres devaient être morts, il n'osait le demander. Ce n'était peut-être pas le moment. Quand il sentit le goulot d'une bouteille à ses lèvres, il ne se fit pas prier pour boire le liquide tiède qui en coulait. L'eau lui fit du bien et il rouvrit les yeux quand il n'y eut plus à boire.

— Je me suis dit que ça te ferait du bien, lâcha Ron d'une voix un peu rauque, reposant la bouteille près d'eux.

Harry acquiesça. Il sentait parfaitement que Ron n'était pas encore prêt à parler. Doucement, il retira la compresse de ses côtes et tâta légèrement pour voir la réaction de son ami. Il soupira en voyant qu'Harry ne faisait plus que grimacer de douleur, puis posa le tissu à côté d'eux pour sortir une nouvelle fiole du sac qu'il avait réussi à garder lors de sa fuite le 2 mai.

— Bois ça, ça devrait te requinquer au moins un peu.

— Comment as-tu fait pour venir me chercher ? demanda Harry alors qu'il avalait la potion qu'il on portait à ses lèvres sans rechigner.

— C'est grâce à Malefoy.

Harry but de travers sa gorgée, obligeant Ron à reculer la fiole avant qu'il n'en renverse à côté. Il toussa légèrement, gémissant alors que ses côtés à peine guéries subissaient, puis regarda son meilleur ami, incrédule.

— Drago t'a contacté ?

— Pas directement… Mais j'ai reçu son hibou.

Les yeux du brun s'écarquillèrent et il attendit la suite, le cœur battant fort. Il était vivant aux dernières nouvelles et avait participé à sa libération !

— Du Felix Felicis.

Harry cligna des yeux.

— Hein ?

— Je sais pas comment cet imbécile a fait, mais il m'a envoyé du Felix Felicis, précisa Ron alors qu'il s'appliquait à soigner les plaies légères sur le corps de son meilleur ami avec les faibles moyens qu'il possédait.

Il n'en revenait pas. Du Felix Felicis ? Où avait-il bien pu trouver une potion si rare ? Harry posa la question à Ron, qui haussa les épaules.

— Aucune idée.

— Vous êtes restés en contact ?

— À vrai dire, lâcha Ron en s'asseyant à côté de lui, non. Je n'ai plus aucune nouvelle de personne.

Harry fronça les sourcils, ne comprenant alors pas comment Drago avait pu fournir la potion à Ron. Malgré lui, il ne put s'empêcher d'être déçu. Le blond n'était pas venu en personne pour le sauver, et avait délégué la tâche à Ron. Ce dernier sembla noter remarquer son désarroi et finit par se racler un peu la gorge avant d'annoncer :

— On est magiquement fichés. Plus moyen d'utiliser sa magie sans se faire repérer. En tout cas pour tous ceux qui étaient là-bas ce jour-là, et sans doute lui aussi parce que Malefoy, Lucius, a compris qui nous avait donné les protections.

— Alors c'est pour ça qu'on a marché et pris le métro pour venir ici ?

— Ouais, répondit Ron avec une grimace. Même si on n'était pas franchement discrets pour les moldus… mais la potion a duré juste assez longtemps pour qu'ils ne nous repèrent pas le temps de nous éloigner.

— C'est pour ça qu'il a envoyé la potion… conclut Harry dans un souffle.

Ron acquiesça.

— Culotté… mais il devait savoir que je ne partirais pas de Londres sans toi. Il a dû remarquer l'absence de mon nom dans le journal, et donc m'envoyer la potion dans l'espoir que je fasse quelque chose. Il avait pas tort.

Le rouquin apprit tout ce qu'il savait de la situation à son meilleur ami. Il lui expliqua que le Square, avec la mort de Dumbledore, n'était plus en endroit sûr, qu'il pouvait être rallié par Bellatrix Lestrange, héritière des lieux. Il lui montra les journaux récupérés, lui annonça avec douleur la mort des membres de sa famille, de leurs amis… Plus Ron parlait, plus Harry se sentait coupable d'avoir échoué dans la mission qui lui avait été confiée. Voldemort ne pouvait être tué que par lui et il avait laissé passer cette chance. Dorénavant, il était comme intouchable : l'Ordre n'était plus, et les quelques survivants de la bataille était éparpillés, traqués. Cela semblait sans espoir… Comment pouvaient-ils espérer s'en sortir dorénavant ? Comment penser une seule seconde qu'ils pourraient renverser la situation ? Ron sortit quelque chose de son sac, qui permit à Harry de respirer mieux pendant quelques secondes.

— Ma baguette !

— Coup de chance, rit-il nerveusement.

Harry la prit dans le creux de la main et se détendit de la sentir de nouveau dans sa paume. Peut-être que tout n'était pas perdu.

— On ne peut pas rester ici, commença-t-il. Si… ce que tu me dis est vrai, nous ne sommes pas en sécurité à Londres.

— Ni en Angleterre.

— Ni en Angleterre ? demanda Harry en écarquillant les yeux, ne s'attendant pas à ça.

— Je ne sais pas comment ils ont fait… Mais ils nous « sentent » où qu'on soit. Ils ont eu Olivier comme ça hier, à Manchester. Il a transplané, et crack, entouré de Mangemorts quelques secondes plus tard. Exécuté à vue.

Il s'interrompit, songeur, désolé et peiné.

— On ne peut pas utiliser notre magie, encore moins transplaner. On est coincés comme des moldus.

— Alors on doit partir.

Ron tourna les yeux vers lui, à peine surpris. Lui aussi était arrivé à la même conclusion, même si elle ne lui plaisait pas vraiment. Harry regardait le mur suintant d'humidité devant eux, l'air décidé et ferme, malgré la grande fatigue qu'il ressentait maintenant que la potion anti-douleur faisait effet.

— On doit quitter l'Angleterre.

— On doit vraiment hein… Putain je le savais.

— Ce sera pas définitif, Ron.

— Tu crois ? demanda-t-il amèrement. On est quand même foutrement mal barrés.

Harry grimaça de nouveau en se disant qu'il n'avait pas tort. Mais il reprit ses esprits et ancra sa décision dans son esprit.

— On quitte le pays pour reprendre des forces et se réorganiser. Peut-être que d'autres auront fait la même chose ?

— Mais comment on pourra les contacter ?

— J'en sais rien Ron, peut-être qu'on trouvera un moyen, peut-être pas, mais si on reste ici, on est mort. Même Poudlard ne doit plus être un lieu sûr maintenant que Dumbledore et McGonagall sont morts…

— Y'a vraiment pas le choix, c'est ça ?... Même se planquer comme moldus à l'autre bout du pays le temps de reprendre des forces et démonter son système qui nous repère ?

Harry eut un sourire d'excuse devant son ami qui énonçait toutes les possibilités restantes, bien qu'il les sache irréalisable. Ron s'en rendit compte et eut un regard presque désespéré.

— Je sais que ce que je dis est impossible, ça fait des jours que j'y pense, mais je pouvais pas accepter l'inévitable tant que je l'avais pas dit tout haut à quelqu'un.

— Désolé mec…

Ron secoua la tête. Il était parfaitement conscient de ce qui les attendait.

— Dès que tu te sens un peu mieux, on s'incruste dans un train pour la côte, et on quitte le pays par bateau.

— T'y as déjà vraiment réfléchi, hein ?

— On s'occupe comme on peut quand on se retrouve seul sans espoir ici… J'espère juste que ma famille aura eu le même réflexe de préservation…

Le brun posa sa main sur l'épaule de Ron et la serra légèrement. Lui non plus n'était pas rassuré par la suite des événements, mais ils ne pouvaient rien faire de plus. Peut-être qu'une fois à l'étranger l'utilisation de leur magie leur permettrait de se remettre en contact avec d'autres membres de l'ex-Ordre. Tout ça n'était que conjectures : ce qui était le plus important actuellement, c'était qu'ils puissent s'enfuir en toute sécurité. Ils avaient déjà une chance extraordinaire de se retrouver à deux dans la tourmente. Ils avaient déjà une chance extraordinaire d'être en vie.


A bientôt je l'espère, n'oubliez pas de laisser un petit message dans la case juste en dessous !