Chapitre 4 : l'histoire d'Enaya
Quelques jours étaient passés depuis leur rencontre. Le Docteur avait emmené Enaya sur diverses planètes. Il lui avait par exemple offert (elle était toujours étonnée de voir comment il pouvait se faire inviter partout avec son papier psychique) un séjour au parc Disneyland de Clom. Ils avaient voyagé dans l'espace. Il voulait maintenant l'amener ailleurs dans le temps. Il s'était naturellement mis à la tutoyer. Il lui posa un jour une question.
- Si tu devais choisir une journée de ta vie, et que tu pouvais changer les choses, laquelle choisirais-tu ?
A cette question, les yeux de la jeune fille se voilèrent. Elle fixa ses yeux sur l'écran de contrôle pour regarder l'espace infini à l'extérieur.
- Une journée ?
Elle sortit une enveloppe de son sac, et la posa sur la console du TARDIS.
- Ce serait une journée avant le 6 juin 2006. Et je posterais cette lettre.
- Qu'est-ce que ce jour a de spécial ?
- C'est le jour où j'ai perdu mon fils. Et le jour où j'ai fait ma première promesse.
- Raconte-moi. Je ne sais rien de toi, et tu sembles connaitre toute mon histoire. Raconte-moi la tienne.
- D'accord. Mais ce n'est pas une belle histoire. Comme vous le savez, je descends du premier fils du prince. J'ai ses pouvoirs. Tous. Si je perds le contrôle, je peux détruire le monde. J'ai découvert ça lorsque j'avais 5 ans, une nuit. Le prince m'est apparu en rêve. Ou bien peut-être n'était-ce qu'une image envoyé par le marionnettiste, puisqu'il a la capacité de contrôler les rêves. Quoi qu'il en soit, il m'a dit que je n'étais pas la seule à avoir un don. Que j'avais 12 « frères et sœurs », et qu'il fallait que je les retrouves. La première fois que mon don s'est réellement manifesté, c'était un an plus tard. Un homme m'a agressée. Il voulait me tuer. J'ai paniqué. Perdu le contrôle. Ensuite, le trou noir. Quand je suis revenu à moi, l'homme était mort. C'est ce jour-là que j'ai rencontré mon maître. Kerdan Hodge. Il avait tout vu. C'était un ancien militaire, qui avait choisi de quitter l'armée. Un soldat d'élite qui avait fait couler trop de sang. Je me sentais complètement perdue. Il m'a pris par la main, et m'a dit « viens ». alors je l'ai suivi. Il m'a dit que l'homme était un tueur professionnel, et que d'autres viendraient. Il m'a dit qu'il pouvait m'apprendre à me défendre. Il m'a appris. Et j'ai tué encore. Et encore. Et chaque fois, mon cœur s'endurcissait. Je menais une double vie. Ma vie à la maison, et ma vie d'enfant-guerrière. j'étouffais. Alors un soir, alors que tout le monde dormait, je suis partie de la maison. Sans me retourner. Jamais.
- Tu n'as jamais revu ta famille ?
- Non. Je suis retournée une fois à la maison, trois ans plus tard. Ils étaient toujours là. Je suis restée cachée, et j'ai glissé un mot dans la boite aux lettres, leur disant que j'allais bien, mais de ne pas me chercher, et que je ne reviendrais pas.
Le Docteur lui prit doucement la main, et elle la serra.
- Où es-tu allée ? demanda-t-il.
- Chez Kerdan. J'ai sonné à la porte, au beau milieu de la nuit. Il m'a regardé, n'a rien demandé, et m'a accueilli chez lui, me présentant aux autres comme sa nièce. Lorsque j'ai eu dix ans, il m'a laissé une liberté totale. Il savait qu'il ne servait à rien par exemple de m'interdire de sortir la nuit. C'est d'ailleurs une nuit que j'ai rencontré Antonio. Il se tenait debout, au bord d'un pont, avec apparemment l'envie de sauter. Il avait 16 ans, et c'était un génie incompris, qui venait de se prendre un énorme râteau d'une fille dont il était fou. Je suis monté sur la rambarde, j'ai marché, et je me suis assise à côté de lui. Il m'a regardé, et m'a dit « tu ne devrais pas faire ça, gamine. C'est dangereux ». et je lui ai répondu « tu ne devrais pas faire ça, gamin. C'est dangereux ». il a souri, et m'a demandé : « qu'est-ce que tu fais toute seule ici à une heure pareille ? » et j'ai répliqué « et toi ? ». il m'a raconté son histoire. Il m'a demandé quelle était la mienne. Je lui ai répondu qu'il était tard, et que je ferais mieux de rentrer me coucher. Je lui ai dit de revenir demain. Il a souri à nouveau, est repassé de l'autre côté de la rambarde, et m'a aidé à descendre. Le lendemain, il est revenu. Et il avait emmené avec lui une de ses inventions. Un casse-tête dont il était fier, et dont personne n'avait trouvé la solution. J'ai pris l'objet dans mes mains, l'ai regardé, et il m'a fallu moins d'une minute pour en venir à bout. Il m'a demandé qui j'étais. Je lui ai raconté, sans rentrer dans les détails, et il m'a cru. Cette même année, en regardant les informations à la télé, j'ai entendu parler d'une jeune fille qui avait disparue, et que la police n'avait pas pu retrouver. Je suis allée chez elle. J'ai dit à son père que je pouvais la retrouver, et que je le ferais s'il me payait. Il m'a répliqué sans y croire qu'il me paierait si je la retrouvais. Je lui ai demandé une photo de sa fille. Il me l'a donné. Je l'ai retrouvé. Et c'est ainsi que j'ai commencé à travailler. Je passais par Antonio pour me faire engager, et je me suis fait connaitre petit à petit. Un jour, un homme nommé Mark Peterson m'a pris à son service. J'avais 13 ans, à l'époque. Il m'a vu combattre et a été impressionné. Je l'ai formé. Je lui ai appris tout ce que je savais pendant un an. Et puis il m'a trahi.
- Et après ?
- J'ai perdu le contrôle. Vous vous demandez ce que signifie ce tatouage, n'est-ce pas ? c'est le nombre de vie que je dois sauver, en remboursement de toutes celles que j'ai prise, ou qui ont été prises par ma faute. Chaque fois que je sauve ou prends une vie, le nombre change. La majorité de ces vies ont été prises pendant cette période. Antonio a essayé de me raisonner, mais ça ne servait à rien. Tous les soirs, j'allais chasser de l'humain. Jusqu'au jour de mes 15 ans, où j'ai fait la rencontre la plus importante de ma vie. Il s'appelait Jake. Il avait deux ans de plus que moi. J'avais réussi à coincer un criminel dans une ruelle, et je m'apprêtais à le tuer quand Jake est sorti de l'ombre. Il m'a simplement dit « et après ? tu te sentiras mieux ? ». je me suis approché de lui d'un air menaçant, mais il n'a pas bougé. J'ai été surprise, et je me suis enfuie. Et toute la nuit, j'ai tourné en boucle ses mots dans ma tête. Le matin, je suis allée voir Antonio. Je lui ai demandé « qu'est-ce que j'ai fait ? » et il m'a répondu « tu es revenue ». j'ai revu Jake, par la suite. Nous sommes tombés amoureux. Et puis en 2006, au milieu du mois de février, je suis tombée enceinte de lui. Et j'ai continué mes missions. Au mois de juin, j'ai reçu une lettre. Peterson m'invitait à un duel contre lui. Contre l'avis de Jake, j'y suis allée. J'ai failli gagner. Mais au dernier moment, j'ai hésité. Pas lui. Il a attrapé son poignard, et me l'a plongé dans le ventre. Ensuite il est parti. C'est Kerdan qui m'a retrouvé. Il m'a rafistolée, mais il n'a pas pu sauver mon bébé. Ce jour-là, j'ai juré de ne pas trouver le repos tant que Peterson ne serait pas mort. En réaction, il a assassiné Jake, et m'a fait accuser.
- Et ta promesse ? tu l'as tenue ?
- Oui. Ensuite, j'ai rencontré un à un tous mes « frères et sœurs », nous avons tous été réunis, et ils ont presque tous été tués. Lorsque je me suis rendue compte du nombre de vies écourtées par ma faute, j'ai fait la promesse de ne pas mourir avant d'avoir sauvé autant de vies. Lorsque je suis morte, l'an dernier, il ne restait que trois d'entre nous, en plus de moi. William et sa sœur Melody, encore mineurs et déjà des guerriers, et Freddie, le second amour de ma vie. C'est lui qui m'avait offert la boîte à musique. On m'a fait payer cher ma promesse. Il a donné sa vie pour me ramener. Quand je me suis réveillé, la première chose que j'ai perçue était la musique. Et puis j'ai vu les cinq mots qu'il m'avait laissés sur un papier. « il faut que tu vives. ». et je suis partie à votre recherche. Je vous ai trouvé grâce à Antonio. Et me voilà.
Un lourd silence suivit cette histoire. Ce fut le Docteur qui le brisa.
- Eh bien ! ça pour une histoire ! et si on allait changer d'air ?
- Bonne idée, acquiesça la jeune fille, qui sembla revenir à la réalité.
