Rébellion, réminiscences
Après leur retour au vaisseau, ni l'un ni l'autre ne parla de ce qui s'était passé sur la lande déserte. Edward par honte, Envy, parce qu'il ne voulait partager Ed avec personne. Il n'y eut pas de deuxième fois. Juste des insinuations, des incursions dans le lit de Ed et des regards haineux dès qu'il s'approchait de Winry. Durant le mois qui passa, il arriva plusieurs choses. Ed était soulagé que cette aventure n'ait pas eu de conséquences, à savoir des antennes qui lui poussent sur la tête ou les yeux qui virent au mauve... Mais il n'oubliait pas le but d'Envy. Aussi craignait-il l'heure du retour sur Terre. Allait-il repeupler la planète de ses rejetons ? Allait-il anéantir la race humaine ? Après tout, il avait déjà démontré qu'il se fichait pas mal des vies qu'il sacrifiait...
Envy se tint tranquille pendant quatre semaines. Il prit juste beaucoup de poids sans perdre sa silhouette longiligne. Son corps devenait plus dense, et Ed était le premier à s'en apercevoir quand son amant se couchait sur lui pendant la nuit. Où stockait-il donc tout ce qu'il mangeait ? Car il avalait pour deux...
Il n'avait jamais cessé de dormir aux côtés d'Ed, qu'il considérait comme sa possession, son objet. Son jouet. Le pauvre humain, honteux, n'osa le dire à personne, bien qu'il aurait aimé le dire à Winry, qu'elle le flanque à la porte et qu'on ne le revoie plus... Mais le biologiste savait les conséquences qui en découleraient, et à chaque fois qu'il voyait Winry, il était incapable d'articuler un mot. Sa fiancée lui manquait, car Envy, pas idiot, faisait toujours en sorte qu'ils ne puissent se voir. Et encore moins se parler.
Un vrai gamin.
Un gamin effrayant, qui pouvait tuer tout l'équipage si l'envie de faire souffrir Edward le prenait. Il portait décidément bien son nom.
Un matin, Winry annonça la nouvelle à l'équipage : ils allaient rentrer sur Terre !
Ed ne savait pas comment réagir.
-Qu'est-ce qui t'arrive ? lui demanda Envy, qui n'était pas au courant.
-Rien.
-Si, il y a quelque chose !
-Je...j'ai un peu mal au ventre.
-Tu mens.
Envy se décolla du lit et prit le front d'Edward.
-Ainsi donc, nous allons sur Terre...
-Non.
-Quoi ?
-Toi, tu restes ici.
-Pourquoi ?
-Parce que...dès ton arrivée, on va te garder en laboratoire comme cobaye...
-Ca, tu t'en fiches. Et puis, je ne suis pas si facile à attraper.
-Justement. Tu vas tuer. Encore.
-Mais non.
-Je sais bien que si.
Envy regarda son ventre d'un air rêveur.
-De toute façon, je n'ai aucune envie d'y aller. Je suis bien ici.
-Tout à fait. C'est tout à fait normal que tu souhaites rester dans ton monde...renchérit Edward.
-Et puis, toi aussi, tu vas rester.
-Tout à f...quoi ?! Non ! Je retourne sur Terre !
-Tu vas rester avec moi, c'est bien normal après tout.
-Je ne vois pas pourquoi. Tu ne peux pas m'empêcher de retourner chez moi !
-Oh si, j'en ai le pouvoir.
Envy le dépassa et quitta la pièce, un air indéchiffrable sur le visage.
Ed haussa les épaules, habitué aux sautes d'humeur de l'extraterrestre, et s'allongea sur le lit.
Après ce qui lui sembla cinq minutes, car il avait somnolé, il fut réveillé par des cris.
Il sauta sur ses pieds, attrapa son arme et sortit de sa cabine pour se rendre au réfectoire. Là, une scène atroce l'attendait. L'équipage était en train de se faire attaquer par les mêmes monstres que celui qu'il avait vu le troisième jour sur cette planète ! Il vit des hommes affreusement mutilés, pleurant en attendant la mort, et des cris de douleur se faisaient entendre dans une autre partie du vaisseau.
-WINRY !
Ed accourut vers le bureau de sa fiancée et tira sur les quelques monstres qui lui barraient la route. Les cris finirent par se taire.
-WIN ! Tu m'entends ?
Pas de réponse.
Edward tomba à genoux, désespéré.
Un des monstres en profita pour lui sauter dessus. Sa salive s'écrasa sur le sol, juste à côté de la tête du jeune homme, qui ne fit pas un geste pour se protéger. La chose ouvrit la gueule pour lui broyer le crâne, mais recula au dernier moment en reniflant comme un fou.
-Toi ! Recule ! ordonna une voix qui ne lui était pas inconnue...Envy.
Le monstre obéit et se retira. Envy s'agenouilla à côté d'Ed, toujours couché, le regard fixé au plafond.
-Ed ? Tu m'entends ?
-Ils sont tous... ?
-Morts, oui.
-Pourquoi ... ?
-Tu m'aurais laissé seul. Sans équipage, tu ne peux pas partir.
-...Monstre...
-Je sais. Mais je t'ai encore sauvé la vie. Si tu ne portais pas mon odeur, il t'aurait tué.
-Il aurait dû. Winry est morte. Par ta faute. Par jalousie. Par égoïsme.
-Il le fallait.
-Et moi ? Qu'est-ce que je vais faire ?
-Tu vas vivre avec moi désormais. Tu ne crains rien. Oh, Ed ! Si tu savais comme je t'aime !
-Tu n'aimes que toi.
-Ce n'est pas grave, tu comprendras... Tu m'aimeras aussi ! Mais relève-toi, maintenant.
Il remit Ed sur ses pieds. Et le rattrapa avant qu'il ne retombe, évanoui.
Quand Edward reprit conscience, il regretta de ne pas avoir oublié ce qui s'était passé la veille. Le sol était dur sous son dos et le plafond était en pierre. Il faisait très sombre.
-Edward. Comment te sens-tu ? demanda Envy en le voyant revenir à lui.
-Mal.
-Tu n'es pas blessé, c'est le principal.
En tournant la tête, le blond s'aperçut qu'ils étaient encerclés par les monstres. Les serviteurs d'Envy. Ses assassins.
-Qui es-tu ? lâcha-t-il.
-La personne qui t'aime.
-Qui es-tu vraiment ? Un prince ? Un extraterrestre perdu enfermé dans un sarcophage ? Un tueur ? Un fou ?
-Un peu de tout ça, j'imagine.
Envy le regarda tendrement.
-Pour que tu comprennes, ce sera plus simple de te le montrer.
Et il inclina la tête, collant son front contre celui de son prisonnier.
Ed se sentit projeté par une force inconnue dans des souvenirs qui ne lui appartenaient pas. Dans un flash, il vit la salle où il avait trouvé Envy la première fois, et où il se trouvait en ce moment même. Une femme aux cheveux noirs hurlait de douleur en mettant au monde un enfant aux yeux mauves. Un peu plus tard, cette femme le plaça, adolescent, dans l'incubateur avec des paroles apaisantes.
-Ne t'inquiète pas, mon chéri. Tu vas vivre, tu seras le prochain roi. Un jour, tu te réveilleras et tu pourras repeupler ce monde. La caverne est protégée, tu ne seras pas touché par la lave... Il faut que tu trouves quelqu'un pour régner avec toi. Les Servants resteront avec toi et te protègeront... Si tu es réveillé par une entité incompatible, retourne dormir...
-Mais maman, j'ai peur...Et si je ne me réveillais jamais ?
-Cela arrivera, un jour ou l'autre.
-Et toi, maman ? Pourquoi tu ne dors pas aussi ?
-Je ne peux pas, mon Envy...
La femme lui jeta un regard triste et l'image disparut dans un tourbillon de couleurs.
-Ed. Réveille-toi.
Le blondinet ouvrit les yeux.
-C'était...ta mère ?
-Oui.
-Que s'est-il passé ?
-Il y a eu un incident et un volcan immense s'est réveillé. La lave a envahi les champs, les forêts, tout a été détruit. Ce que le feu n'a pas détruit, les nuages de cendres s'en sont chargés. Notre soleil ne parvenait plus à nous éclairer, et toutes les plantes sont mortes. Les Servants-les créatures qui me servent- se sont nourris des plantes souterraines qui n'avaient pas besoin de soleil. Puis, quand le nuage a disparu, ils se sont remis à cultiver des champs, mais plus loin, car ici, la terre est restée stérile.
-C'était donc ça...
-Ma mère est sans aucun doute morte, ainsi que toute ma famille.
-Désolé. Mais de quoi parlait-elle avec son « entité incompatible » ?
-Eh bien, nos cellules reproductrices sont très étranges, par rapport aux vôtres... Il y avait peu de chances que je tombe sur quelqu'un qui pourrait me donner des enfants. Et je devais me reproduire par tous les moyens. Alors, il ne me servait à rien de rester éveillé avec une personne incompatible...
-Mais alors...
-Oui, tu es compatible, Ed. Je l'ai senti à ton odeur, c'est pour ça que je ne t'ai pas tué. Réflexe de survie. J'ai tué le Servant parce que j'étais perdu et que je me sentais en danger.
-Mais, même en étant compatibles, il nous est impossible de...heu...tu sais ?
-Nous reproduire ? Vu la rareté de nos représentants, nous avons développé la bisexualité. Et je vois à ton visage que tu as compris ce qui s'est passé il y a un mois.
-Nous avons... !
-...Couché ensemble, tout à fait. Tel que tu me vois, je porte ton enfant, Edward.
