Chapitre 4 : Fraternisation

Le lendemain, pendant le cours de Métamorphose que les Sixième Années de Gryffondor partageaient avec les Poufsouffles, Sirius fut appelé au bureau du Directeur. Ses amis regardèrent le Professeur McGonagall – qui devait sûrement avoir parlé de cette histoire de sonnerie avec le Professeur Dumbledore – mais celle-ci ne fit aucun commentaire et garda un visage neutre si bien qu'ils ne savaient à quoi s'attendre. Ils continuèrent donc de s'entraîner à allonger leurs cils jusqu'à la fin du cours. Lorsqu'ils retrouvèrent leur camarade au cours de Sortilège, celui-ci affichait une mine quelque peu renfrognée. Il leur expliqua que le professeur Dumbledore l'avait convoqué ainsi que Rosier pour leur parler de l'incident qui s'était produit pendant le cours de Défense Contre les Forces du Mal. Il leur avait fait part de son mécontentement et leur avait demandé d'adopter un comportement civil l'un envers l'autre sous peine d'être punis voire même expulsés car il considérait que cela nuisait à l'atmosphère de l'école. Tous deux avaient donc été bien obligés de s'excuser et de faire la paix, quoique à contrecœur, et avaient résolu d'éviter tout contact inutile. Cependant, il n'avait pas été question de la sonnerie mise en place par Sirius qui continuait de se faire entendre le jour suivant en alternant les trois versions, au plus grand malheur de Severus Rogue. Mais les professeurs semblaient s'y être habitués. Comme l'avait maintes fois souligné Sirius – qui continuait de nier à chaque accusation – ils n'avaient pas de preuve pour le punir.

Les autres élèves faisant équipe avec un Serpentard eurent sans doute écho de la mise en garde du directeur car les conflits cessèrent sensiblement dans les jours qui suivirent et chacun, faute d'y mettre de la bonne volonté, cessa du moins de faire preuve de mauvaise foi envers les nouveaux arrangements de l'étude. De toute façon, les élèves n'avaient même plus le temps de se disputer avec leurs camarades car les cours semblaient désormais se dérouler plus vite que jamais. Ils étaient retombés dans la routine Poudlardienne dès le premier jour. Il fallait s'accrocher pour ne pas en perdre le fil et il y avait des moments où James ne comprenait pas la moitié des phrases que le Professeur Flitwick prononçait. Heureusement qu'il était exceptionnellement doué dans la pratique elle-même des sortilèges ! Tout le monde sentait bien que cette année était très différente des autres et que les exigences des professeurs étaient plus élevées que jamais. Le plus angoissé était Peter qui ne cessait de dire qu'il n'avait pas le niveau et qu'il ignorait même comment il avait eu ses B.U.S.E.S. qui lui avaient permis de passer en Sixième Année. Ses amis avaient beau essayer de le rassurer, le jeune homme se sentait totalement noyé sous le labeur. Pour Remus et Lily, qui avaient tous deux pris six options, la charge de travail était telle qu'ils passaient le plus clair de leurs temps à la bibliothèque pour consulter d'épais ouvrages et devaient renoncer à une partie de leurs heures de sommeil pour pouvoir rendre leurs devoirs à temps. Ce quotidien éprouvant avait tendance à les rendre quelque peu irritables. De plus, avec la pleine Lune qui approchait, Remus commençait déjà à présenter des signes de fatigue. Il était prévu que Remus manque les cours du mercredi et du jeudi et une excuse avait déjà été préparée pour sa binôme.

Le mercredi matin, lorsque Lily s'éveilla, ses pensées allèrent tout de suite vers Remus. Elle ne pouvait qu'imaginer le calvaire qu'il était en train de subir en ce moment même. Cela faisait maintenant plus d'un an qu'elle savait qu'il était un loup-garou. Elle avait commencé à s'interroger lorsque elle avait remarqué que ses absences survenaient tous les mois et c'était Severus, elle grimaça à la pensée de ce nom, qui lui avait fait part de sa théorie. Elle avait d'abord refusé de le croire, convaincue que les loup-garous étaient de véritables monstres et que Remus semblait bien trop gentil pour cela, mais avait dû finir par admettre que tous les indices convergeaient dans cette direction et que cela devenait donc pratiquement indéniable. Elle avait alors fait quelques recherches sur les loup-garous et ce qu'elle avait appris l'avait à la fois glacée de terreur mais aussi emplie de compassion pour le jeune homme. Car elle restait convaincue que Remus était quelqu'un de bien, malgré ses réticences à contrarier ses amis quand ceux-ci allaient trop loin, et qu'il ne pouvait que subir cette condition qu'il n'avait certainement pas choisie. Ces pensées continuèrent de l'habiter tout au long de la journée.

En arrivant au cours de Sortilèges, une fois que Michael et elle se furent assis à leur place habituelle derrière James et Sirius qui n'avaient pas leurs binômes étant donné que ce cours n'était partagé qu'avec les Serdaigles, elle sentit tout de suite que quelque chose se tramait du côté des deux Gryffondors. Ils n'arrêtaient pas de discuter d'un air à la fois excité et empressé. Elle comprit qu'ils préparaient sans doute une de leurs blagues douteuses qui visaient habituellement les Serpentards et avait la fâcheuse tendance à déposséder leur sablier d'un nombre conséquent de rubis. Lorsqu'elle entendit les mots « cette nuit » et « hall », elle crut bondir sur sa chaise de fureur. Comment pouvaient-ils être aussi égoïstes ? Infliger à tous les Gryffondors les conséquences de leurs caprices infantiles ! Elle dut cependant attendre la fin du cours, en bouillonnant intérieurement, pour leur en parler sans risquer d'attirer l'attention de Serpentards qui risqueraient de se précipiter dans le bureau de Dumbledore de les dénoncer. Une fois que la cloche eut sonné, elle s'arrangea pour les coincer dans un couloir du troisième étage et leur demanda avec irritation :

- Je peux savoir quelles nouvelles idioties vous avez prévu de commettre ce soir ?

- Mais rien du tout, lui répondit Sirius avec le sourire du parfait innocent, si ce n'est faire nos devoirs puis nous coucher bien gentiment dans notre dortoir et faire de beaux rêves au pays des licornes.

- Te fous pas de moi, Black ! Reprit-elle en sentant la colère monter en elle, je suis préfète, vous devez me répondre ! Vous n'êtes pas censés être dans les couloirs la nuit !

- Écoute Lily, je suis désolé mais ça ne te regarde vraiment pas, lui dit James d'un air courroucé

- Déjà c'est Evans pour toi Potter ! Et bien sûr que si ça me regarde parce que vous allez encore faire perdre des points à Gryffondor pour sortir vous amuser et faire des bêtises. Vous n'êtes vraiment que des gamins égocentriques ! Lui rétorqua-t-elle

À ces mots, James sentit toute sa retenue le quitter.

- Tu ne sais rien de ce que l'on va faire alors mêle-toi de tes affaires Evans ! Et renseigne-toi avant de traiter les gens d'égocentriques ! lui cracha-t-il avec un regard furieux

Sur ce, les deux garçons partirent en direction de la salle commune, laissant derrière eux une Lily Evans scandalisée par une telle réplique. Elle était choquée et énervée par le ton que James avait employé. Lui qui s'adressait toujours à elle avec beaucoup de gentillesse même si elle était souvent teintée d'arrogance. C'était la première fois qu'il la traitait ainsi. Ainsi, malgré son indignation, une part d'elle ne pouvait s'empêcher de se sentir blessée par cette réplique. Elle le croyait pourtant attiré par elle...

La journée du mercredi passa bien trop lentement pour les trois autres Maraudeurs qui étaient pressés que le soir arrive pour retrouver leur ami à l'abri de la Cabane Hurlante, où il se cachait pendant ses transformations, et de s'aventurer ensemble sous leurs formes animales dans les rues de Pré-au-Lard. De plus, James dut faire face aux accusations de Lily qui l'avaient heurté dans son amour-propre. Ne le voyait-elle vraiment que comme un abruti égoïste ? Il savait bien pourtant qu'elle ne cherchait qu'à préserver le sablier de Gryffondor de leurs bêtises, et Merlin savait qu'ils l'avaient profusément altéré par le passé ! Mais cette fois, ça valait la peine. Elle lui rappelait un peu sa mère en cet instant... Mais il ne voulait pas penser à elle. Certes, il s'en voulait un peu d'avoir parlé aussi durement à Lily mais cela était nécessaire à la préservation de leur secret. Ce ne fut qu'après l'entraînement de Quidditch que James et Sirius purent rejoindre Peter à la salle commune pour observer sur la Carte du Maraudeur le moment où Mme Pomfresh emmènerait Remus vers le passage secret du Saule Cogneur. Cela étant fait, tous trois allèrent dans le dortoir où, par bonheur, Darren n'était pas présent – ayant reçu un devoir de Botanique particulièrement fastidieux qui nécessitait de longues heures de travail – et se glissèrent sous la cape d'invisibilité de James. Ils attendirent qu'un élève de Gryffondor franchisse le trou du portrait pour s'y faufiler, ce qui arrivait fréquemment à cette heure de la soirée car la plupart des élèves, encore sous l'emprise d'une certaine atmosphère de vacances, ne se décidaient à faire leurs devoirs qu'une fois qu'ils étaient submergés par une montagne de travail assez conséquente. Ils devaient ainsi se lancer dans de longues soirées d'étude pour rattraper le temps qu'ils avaient perdu dans les loisirs et la paresse. Les trois Maraudeurs sortirent discrètement à l'extérieur, évitant de justesse une Lily Evans déterminée qui s'était postée dans le hall d'entrée, prête à bondir sur quiconque tenterait de quitter l'école. Ils pénétrèrent dans le parc et, une fois changés en animaux, s'approchèrent avec prudence du Saule Cogneur. Peter s'introduisit entre les branches qui cherchaient sans cesse à le pulvériser pour appuyer sur la racine qui permettait d'immobiliser l'arbre et ainsi d'accéder au passage secret dont il dissimulait l'entrée. Ils y pénétrèrent ensuite chacun leur tour avec plus ou moins de difficulté. Forcément, quand on possède quatre pattes d'une longueur significative et qu'on a une paire de cornes vissée sur le crâne, ça n'aide pas vraiment !

Au moment de s'y glisser complètement, James jeta un regard aux alentours par réflexe et aperçut une forme sombre dans un coin isolé. Ses yeux de cerfs reconnurent immédiatement la chevelure. C'était Viktoria Jugson, assise toute seule dans le noir au milieu de la nuit. Préparait-elle un mauvais coup, cette sale Serpentard ? Il repoussa vite cette idée. La jeune fille avait comme un voile devant les yeux, ce qui lui donnait un air absent. D'ailleurs, elle ne semblait même pas avoir remarqué sa présence ! Cette fille était décidément plus étrange qu'il ne l'aurait cru…

Secouant la tête, il se jeta dans le tunnel. Il rejoint enfin son ami qui était en proie depuis plusieurs heures désormais à de terribles douleurs et les trois Animagi le soutinrent jusqu'à ce qu'il fut en état de venir vagabonder dans Pré-au-Lard avec eux. Une nouvelle nuit fut ainsi passée dans l'ivresse du sentiment de liberté que créaient leurs nouvelles apparences et le village vide offert à eux l'espace de quelques heures.

Le samedi après-midi, à quatorze heures précises, les Maraudeurs rejoignirent une horde d'élèves, certains déjà présents depuis une demi-heure, dans la cour de Métamorphose. Tout le monde avait envie de tenter sa chance au club de Duel et, par-dessus tout, d'admirer la championne de Duel qui animait le club en espérant pouvoir un jour se mesurer à elle. James aperçu Viktoria un peu à l'écart, occupée à discuter avec Spencer Selwyn et Evan Rosier. Ainsi elle était venue. Il en était satisfait : elle avait relevé le défi et ce serait donc avec d'autant plus de jubilation qu'il triompherait d'elle. Aucun Serpentard, et encore moins une fille, ne battait James Potter en duel ! Il tourna la tête au son d'une voix qu'il aurait reconnue entre mille. Lily venait d'arriver avec ses amis. Darren et Taylor semblaient très enthousiastes.

- S'ils me mettent avec Selwyn, je vais l'exploser ! Déclara la blonde avec détermination

- Fais juste attention à pas exploser avec elle, Tay, dit Mary avec un rire tendre face à la puérilité de son amie

- J'ai hâte de voir le Professeur Sawbridge ! fit Lily, la voix empreinte d'admiration

Au bout d'environ une minute, cette dernière arriva et ne cacha pas sa surprise en franchissant une des arches de pierre. James trouvait incroyable qu'elle n'ait pas conscience de sa propre popularité. Juste après le nouveau le système des binômes et le futur bal de la St Valentin, elle avait été un des principaux sujets de conversation parmi les élèves. Néanmoins, ce fut avec un visage respirant l'assurance qu'elle s'avança au milieu d'eux, semant un silence respectueux sur son passage.

- Bonjour à tous, dit-elle une fois qu'elle eut atteint le centre de la foule, je vois que vous êtes très nombreux à vouloir rejoindre ce club. C'est très bien ! Je pense que cela vous sera à tous très utile. Mais nous allons devoir procéder à quelques aménagements pour que tout se passe bien. Déjà, je vous présente mon assistant : le professeur Feronia.

De nombreux soupirs niais émergeant des lèvres de la gente féminine présente étouffèrent le reste de la phrase de leur jeune professeur tandis qu'un homme d'une trentaine d'année aux cheveux courts et châtains clairs et habillé d'une robe noire et d'une cape vert-émeraude se frayait un chemin jusqu'à elle. Leur professeur de botanique était assez jeune par rapport aux autres membres du corps professoral, ce qui en faisait quelqu'un de plus proche avec qui les élèves pouvaient plaisanter. Sa voix douce, ses yeux gris clair ainsi que sa légère barbe comptaient parmi d'autres détails qui faisaient chavirer le cœur de nombreuses élèves de l'école. Il se posta à côté de sa collègue avec un air gêné et le silence se fit de nouveau.

- Comme je vous le disais, il sera mon assistant pour ce club et également mon partenaire lors des démonstrations. Ne faites-pas cette tête mademoiselle Cave, je ne lui ferai évidemment aucun mal. Bien, puisque vous êtes si nombreux, je pense que nous allons devoir séparer le groupe en deux pour des raisons de sécurité. Nous ne pouvons pas surveiller tout ce monde à deux. Je vous propose donc que la moitié d'entre vous reste de quatorze heures à quinze heures et que l'autre moitié revienne de quinze heures trente à seize heures trente.

Quelques élèves se mirent à râler, considérant qu'il était inadmissible de se faire renvoyer. Les Maraudeurs se regardèrent et Remus et Peter commencèrent à s'éloigner mais ne furent pas suivi par leurs amis.

- Moi je reste ici, affirma Sirius

- Faut que je sois avec Jugson, dit James

- Faut que tu m'expliques, Jamesie, c'est quoi cette obsession avec cette fille ?

James regarda autour de lui, comme si son ami interrogeait un autre James.

- Quelle obsession ? dit-il finalement

- Tu l'as mentionnée trois fois hier !

Il forma ledit chiffre avec sa main droite pour accentuer son propos.

- Et alors ? Qu'est-ce que tu sous-entends ?

- Rien, je m'interroge, déclara simplement Sirius

- Et bien moi aussi. Il y a un truc qui colle pas avec cette fille. J'arrive pas à mettre le doigt dessus, mais il y a un truc chez elle que j'avais jamais remarqué avant…

- Alors, oui, je sais que je t'ai dit de t'intéresser à d'autres fille qu'Evans. Mais Viktoria Jugson ?

James éclata de rire.

- Alors là, t'as pas à t'inquiéter. Je suis pas prêt de m'intéresser à elle dans ce sens là. Et puis, une sang-pure ?

Il fit une grimace de dégoût.

- Mon Dieu, quelle horreur ! renchérit Sirius, et ils rirent tous les deux

- Quand j'ai utilisé le verbe « proposer », c'était purement rhétorique. Car je ne vous demande pas votre avis en fait, c'est ça ou rien, déclara le Professeur Sawbridge.

Voyant que les étudiants n'étaient pas prêts de se décider, elle et le Professeur Feronia s'avancèrent dans la foule. Elle se glissa au milieu d'un groupe de Serpentard tandis que le professeur de botanique se mettait face à elle de l'autre côté de la statue.

- Tous les élèves de côté-là, dit-il en désignant sa gauche, restent. Et tous ceux-là, il montra sa droite, reviennent dans une heure et quart, déclara-t-il après avoir consulté sa montre.

James et ses amis faisait partie du deuxième groupe mais Viktoria du premier. Il s'avança donc vers son professeur pour lui demander de changer de groupe mais à peine avait-il ouvrit la bouche qu'elle clama haut et fort.

- Pas de discussions ! Vous, vous partez et vous, vous restez. Allez ! Plus vite que ça !

Les trois autres Maraudeurs quittèrent donc la cour avec un signe pour James qui regardait rapidement autour de lui à la recherche d'une solution. Il était hors de question qu'il abandonne sa revanche. Il fallait qu'il montre à cette Serpentard qui il était ! C'est alors qu'il aperçut un jeune Poufsouffle qui pleurnichait à quelques mètres. Il s'approcha de lui à grands pas.

- Je veux pas être avec lui ! sanglotait-il un pointant du doigt un Fallyn Fawley tout sourire, visiblement ravi d'avoir effrayé son camarade aux larmes.

« Tiens, tiens, pensa James, comme on se retrouve ! »

Le Professeur Feronia était déjà en train de lui dire qu'il était trop tard pour changer – car sinon tout le monde voudrait changer – quand James l'interrompt.

- Moi je veux bien échanger avec lui, dit-il, comme ça, y a toujours le même nombre dans les deux groupes.

- Bon, soupira son interlocuteur, c'est d'accord pour cette fois. Mais toi, tu te dépêches de partir avec tes amis. Et vous aussi ! rajouta-t-il avec un regard sévère pour une groupe de Troisième Années de Serdaigle qui le regardait avec admiration

Au bout de cinq bonnes minutes, ils réussirent à chasser les derniers élèves qui ne faisaient pas partie du premier groupe. James était le seul Gryffondor de Septième Année. Il y avait beaucoup de Serpentards et pas mal de Serdaigles.

- Approchez-vous, dit alors Helena Sawbridge, je vais vous expliquer les bases du Duel et ce que nous allons faire cette année puis on va commencer. Aujourd'hui, je vais surtout évaluer votre niveau ainsi que votre capacité à respecter les règles ainsi que votre adversaire.

Elle lança un regard sans équivoque aux Serpentards.

James n'avait aucune envie de l'écouter énumérer des règles qu'il connaissait déjà par cœur, d'autant plus qu'il les avait encore entendues le lundi précédent. Il se contenta donc de fixer sa future adversaire d'un air qui se voulait intimidant pendant que leur professeur parlait. Celle-ci soutint son regard sans sourciller et il ne put s'empêcher d'admirer intérieurement son cran. Parfois, la limite entre le courage d'un Gryffondor et la fierté d'un Serpentard était vraiment très mince. Il y avait une sorte de rage dans son regard que James ne comprenait pas tout à fait mais qui lui donnait l'air plus vivante qu'elle ne l'avait semblé jusque-là. Ravi du challenge, il y répondit avec autant d'intensité. Elle dut cependant détourner les yeux la première quand Spencer lui posa une question et ne le regarda plus.

Leur professeur finit sa déclaration en leur informant que les séances auraient lieu dans la Grande Salle les jours de pluie et d'hiver et qu'ils se contenteraient de duels assez simples pour aujourd'hui. Les élèves étaient d'ailleurs autorisés à se mettre avec qui ils voulaient mais, aux cours suivants, ce serait elle et le Professeur Feronia qui créeraient les binômes.

« Encore ce mot ! » pensa James

Il trouvait qu'il l'avait bien assez entendu pendant toute la semaine. Apparemment, il n'avait pas énormément de chance quand on le plaçait dans un groupe. Il aurait peut-être dû partir avec ses amis ? Non. Il fallait qu'il prenne sa revanche. Il alla donc immédiatement se placer à côté de la Serpentard avec qui il avait partagé une partie plus importante de la semaine qu'il ne l'aurait voulu.

- Prête à perdre Jugson ? Lui demanda-t-il, tu peux toujours abandonner tu sais ?

- Parle pour toi, Potter ! dit-elle simplement, mais un mince sourire apparut sur son visage

Au commandement de leur professeur, ils se mirent en position puis les sortilèges fusèrent. James put à nouveau remarquer combien son adversaire maîtrisait les sortilèges informulés mais il la contra sans trop de problèmes. Ils étaient tellement pris dans leur duel que c'est tout juste s'ils entendirent le Professeur Sawbridge les informer qu'ils avaient dépassé l'espace qui leur avait été assigné et qu'il risquaient de toucher d'autres élèves avant qu'elle ne les désarme en un éclair. Elle leur offrit un sourire ironique.

- Tiens, tiens. Potter et Jugson. On a décidé de prendre sa revanche ? C'est bien en tout cas, continuez comme ça. Mais évitez de prendre trop de place. Il y a d'autres élèves plus jeunes et donc plus fragiles que vous ici, d'accord ?

- Oui, Professeur, dirent-ils en chœur et c'était reparti.

Lancer un sort, esquiver un jet de lumière rouge, marmonner une formule, bloquer, …

Après s'être fait lever en l'air par le pied puis brutalement jeter à terre et percuté par un sortilège de Folloreille, James mit sans doute un peu trop de rage dans son maléfice du Croche-Pied car il vit son adversaire effectuer un spectaculaire plongeon de plusieurs mètres sur la pelouse avant que son crâne ne heurte un mur de pierre. James regretta immédiatement son geste quand la jeune fille porta sa main à sa tête avec un gémissement de douleur. Avant même d'avoir eu le temps de réfléchir, ses jambes le portèrent à elle, un sentiment de culpabilité naissant dans sa poitrine.

Merlin, faites qu'elle aille bien ! Il n'avait jamais voulu la blesser ! Juste gagner ce stupide duel...

Mais Spencer avait fait plus vite que lui et était déjà à genoux à côté de son amie.

- Ça va Vika ? T'as mal ? Demanda-t-elle, la voix déformée par l'inquiétude.

James ne put s'empêcher de remarquer que leur affection semblait véritable, contrairement à la plupart des relations dans la maison Serpentard qui n'étaient que des alliances de pure commodité.

Viktoria répondit faiblement que oui, elle avait mal, mais que ça irait.

- Je suis vraiment désolé, fit James en se rapprochant d'elles

Spencer lui lança immédiatement un regard plein de reproches. C'était pourtant la première fois que James s'excusait face à un Serpentard et que ça n'était pas sarcastique.

- Bien sûr Potter, on sait très bien que tu l'as fait exprès ! Tu vas voir ce que je vais te...

- Rien du tout ! L'interrompit le Professeur Feronia qui s'interposa entre eux juste à temps pour empêcher Spencer de dégainer sa baguette.

James remarqua alors que tous les regards étaient braqués sur eux. Forcément, la chute incroyable de Viktoria n'avait pas pu passer inaperçue.

- Mais Professeur, reprit Spencer, il l'a attaquée ! Vous avez vu ce qu'il lui a fait ? Elle aurait pu mourir !

- Enfin ! Ne dites pas de bêtises, miss Selwyn. Votre amie semble aller bien et Potter n'avait visiblement aucune mauvaise intention. Tout cela n'était qu'un malheureux accident...

- Mais il l'a pratiquement assommée !

- Assez ! Dit le Professeur Sawbridge en rejoignant la scène, voyons plutôt comment miss Jugson va. Pouvez-vous vous lever ? Lui demanda-t-elle

- Je pense, dit Viktoria en redressant son dos avec une grimace, j'ai vraiment mal à la tête par contre.

- Laissez-la respirer ! S'écria-t-elle à l'encontre des élèves qui avaient désormais formés un groupe autour de la jeune Serpentard, De toute façon la séance est terminée donc vous pouvez partir.

Une bonne partie des élèves s'éloigna et James put les entendre commenter ce qui venait de se passer.

- Tu crois qu'il la fait exprès ?

- Ce sale Gryffondor !

- Moi je suis sûre que c'est du cinéma !

- De toute façon, c'est bien fait pour elle !

- Personne ne l'aime

Le Professeur Sawbridge retourna son attention vers la blessée.

- Bon, je pense qu'il faudrait vous emmener à l'infirmerie pour être sûr que tout va bien mais vous ne m'avez pas l'air sonnée ou quoi que ce soit. Potter, vous... ?

- Non ! L'interrompit Spencer avec indignation, C'est moi qui vais l'emmener ! Ce malade est bien trop dangereux ! Qui sait ce qu'il pourrait encore lui faire d'autre...

- Euh, excuse-moi ? Aux dernières nouvelles c'est toi qui fait partie de la maison de Voldemort, pas moi ! Répliqua James avec colère

Comme s'il avait jamais eu la moindre intention de faire du mal à qui que ce soit !

Spencer frémit à l'entente du nom du mage noir et ne dit plus rien, lui tournant définitivement le dos. Bientôt, Viktoria fut à nouveau sur ses pieds et Spencer l'emmenait voir Mme Pomfresh en la tenant par le bras pour être sûre qu'elle ne tombe pas. James trouva qu'il était presque comique comment une des élèves les plus odieuses de l'école pouvait se transformer en grenade émotionnelle quand son amie était concernée. On aurait dit qu'elle allait se mettre à pleurer ! Voyant qu'il n'avait plus rien à faire ici, il fit quelques pas pour retourner à la salle commune, non sans avoir levé ses sourcils aux quelques élèves qui le regardaient avec un mélange de crainte et d'admiration.

Lorsque ses amis lui demandèrent comment s'était déroulé le duel et qu'il leur raconta la scène, la première réaction de Sirius fut de le féliciter.

- Quoi ? Dit-il face au regard désapprobateur de Remus, il a battu une Serpentard, depuis quand c'est mauvais ça ?

- Oui mais je voulais pas lui fait mal non plus !

- Oh, c'est bon Cornedrue, elle est pas morte ! Avec un peu de chance, ça lui aura remis le peu de neurones qu'elle a en place. En tout cas, j'aurais aimé voir Selwyn pleurnicher ! »

Cette réplique eut pour effet de faire regagner sa contenance à James.

- Ça, c'est sûr qu'elle était assez ridicule ! ricana-t-il

Néanmoins, Viktoria ne quitta pas son esprit de toute la soirée et, au moment d'aller se coucher, il avait pris sa décision. Il attendit que toutes les respirations se soient calmées dans le dortoir aux lourds rideaux rouges et se glissa hors de ses draps. Il avait gardé sa robe de sorcier sur lui. Il marcha sur la pointe des pieds jusqu'à sa malle et tenta d'en extirper sa cape d'invisibilité héritée de son père sans faire tomber la dizaine d'autres objets qui étaient posés dessus et qui risquaient de faire beaucoup de bruit en tombant. Il fallait qu'il se rappelle de mieux ranger ses affaires quand même ! À nouveau, la pensée de sa mère s'imposa à lui mais il la repoussa. Une fois sous la cape, il franchit silencieusement la porte du dortoir.

- Encore vous ! Râla la Grosse Dame alors qu'il la tirait de son sommeil, c'en est une heure pour sortir !

James regarda sa montre. Il était en effet près de quatre heures et demi du matin.

- Oui mais j'ai des choses importantes à faire, répondit-il avec agacement

Ces derniers temps, la Grosse Dame semblait s'être donnée pour mission de sauver les points de Gryffondor en sermonnant les Maraudeurs à chaque fois qu'ils sortaient à une heure tardive. Il commençait à en avoir marre de devoir supporter ses sermons. Quoi qu'il en soit, elle ne pouvait pas refuser de le laisser passer.

- Comme toujours, commenta son interlocutrice avec un air blasé, j'espère juste que les toilettes des Serpentards n'auront pas explosé demain matin.

- Bien sûr que non ! Dit James avec son sourire le plus charmeur tandis qu'elle s'écartait avec un soupir pour le laisser passer.

De toute façon, malgré leurs multiples tentatives, les Maraudeurs n'avaient jamais réussi à s'introduire dans la salle commune des Serpentards. Même la fois où ils avaient déguisé Peter en Rogue !

Il n'y avait personne dans les couloirs. Pas même un professeur en patrouille pour lui mettre une retenue, pas même Miss Teigne – qui semblait avoir une sorte de don pour détecter la présence des gens sous les capes d'invisibilité – pour attirer Rusard, pas même Peeves pour faire remarquer bruyamment sa présence à qui voulait l'entendre. Comme il s'en doutait, Mme Pomfresh avait gardé Viktoria pour la nuit. Après avoir retiré sa cape et murmuré un Lumos, il la repéra presque immédiatement. Elle était endormie, ce qui était normal vu l'heure tardive étendue sur le dos, son bras droit tendu sur le côté, le bout de sa main pendant dans le vide, ses longs cheveux brun-roux étalés sur l'oreiller blanc et son visage détendu. Qu'il était étrange de la voir sans cette façade hautaine ! Elle avait l'air fragile, presque vulnérable ainsi. Il la réveilla en lui secouant doucement l'épaule. Cela ne l'empêcha pas pourtant de sursauter et de se jeter immédiatement sur sa baguette magique posée sur la table de chevet à côté d'un minuscule flacon violet.

- Qu'est-ce que... Potter ? Qu'est-ce que tu fais là ?

Elle était déjà sur la défensive.

- Désolé de t'avoir fait peur, je voulais juste m'excuser. Pour... pour t'avoir fait mal et tout...

Le corps de Viktoria se détendit visiblement et elle reposa sa baguette.

- Ça fait deux fois que James Potter s'excuse face à moi en un seul jour. Qui êtes-vous et comment avez-vous pris possession de son corps ?

James rit doucement en baissant les yeux.

- C'est bon, Potter, dit Viktoria, tu m'as pas fait grand-chose en fait. J'aurais presque pu partir dès ce soir mais Mme Pomfresh voulait être sûre que tout va bien. Elle leva les yeux au ciel. Je vais pas aller me plaindre à Slughorn, si c'est ce qui t'inquiètes. Enfin, en tout cas tu seras pas puni et t'as gagné le duel. C'est ce que tu voulais, non ?

- Oui, répondit simplement James en se sentant bête tout d'un coup. – Depuis quand s'inquiétait-il pour les Serpentards ? – Bon bah, je vais y aller si tu vas bien. À plus, Jugson.

- À lundi, Potter, dit Viktoria avec le tout premier sourire qu'elle ne lui ait jamais adressé.

Même s'il était à peine visible, juste le soulèvement du coin de ses lèvres.

James enfila à nouveau sa cape et sortit de la pièce. Oui, c'était bien ce qu'il voulait. Mais il sentait que la crainte qu'il avait ressentie n'avait rien à voir avec la possibilité d'une punition. Cela ne lui avait même pas traversé l'esprit d'ailleurs.

Les semaines qui suivirent passèrent à une vitesse incroyable pour les jeunes Gryffondors. La collaboration forcée de certains élèves avec leur binôme s'avérait de plus en plus compliquée au fur et à mesure que les tensions se formaient de par cette proximité quasi quotidienne. Sirius et Taylor ne cessaient de se quereller avec leur équipier pour des motifs des plus dérisoires tandis que James et Viktoria ne s'adressaient la parole seulement quand cela devenait vraiment nécessaire voire franchement vital, comme lorsque leur Élixir éternel avait menacé d'exploser.

Leur relation était étrange : ni franchement de la haine, ni de l'affection. Mais une certaine fascination, presque une connexion existait entre eux, il ne pouvait le nier. Il sentait quelque chose chez Viktoria qu'il sentait également chez lui-même, quelque chose qu'il n'arrivait pas à nommer. Mais un sentiment de ne pas être tout à fait à sa place, de comprendre que certaines choses ne signifiaient plus rien, tout en essayant de s'accrocher à cette vaine signification… Et voilà qu'il se mettait à philosopher maintenant !

Mais si ça n'était que ça ! En cette Sixième Année, les cours devenaient de plus en plus concentrés et indigestes, et il était parfaitement incapable de copier tout ce que leurs professeurs disaient – quoique bavarder avec Sirius ne soit pas très bénéfique non plus. Il se retrouvait donc à devoir emprunter les notes de Remus, voire même, bien malgré lui, celles de Viktoria lorsqu'il ne partageait pas le cours avec son ami, ce qui n'était pas pour arranger l'étrangeté de leur relation. Sa coéquipière ne les lui prêtait qu'avec réticence et James était forcé de se répandre en remerciements et en promesses de les rendre rapidement.

Néanmoins, malgré cette déferlante de rouleaux de parchemins à rendre et d'interrogations écrites hebdomadaires, les Maraudeurs trouvaient encore du temps pour s'amuser. Ils étaient toujours libres quand il s'agissait d'enfermer Miss Teigne dans une des vieilles armures du premier étage jusqu'à ce que Rusard vienne la délivrer dans un concert de miaulements et de grincements tandis qu'ils tâchaient de retenir leurs éclats de rires, cachés sous la cape d'invisibilité de James de jeter des bombabouses au hasard dans la cour pendant la récréation de se moquer des Premières Années de Poufsouffle qui se perdaient dans les couloirs de l'immense château ou se retrouvaient coincés dans les marches escamotables de l'escalier capricieux de l'école de rejoindre Peeves lorsqu'il lui prenait l'envie d'entonner des chansons pleines de moqueries et d'insultes à l'égard des Serpentards de se lancer un vif d'or capturé par James lors d'un match de Quidditch de l'année précédente pendant le cours d'Enchantements, dans le dos du Professeur Flitwick ou encore d'ensorceler des boulettes de papier pour qu'elles prennent la forme de leurs professeurs et les suivent en les imitant sans que ceux-ci ne s'en rendent compte – à part pour le Professeur McGonagall qui semblait avoir une sorte de sixième sens et donna un devoir supplémentaire à Sirius en punition.

Cette dernière demanda d'ailleurs trois rouleaux de parchemins sur la loi de Gamp sur la métamorphose élémentaire ainsi que ses exceptions pour le lundi suivant. Ce devoir était bien entendu à faire avec son partenaire de travail. James rejoint donc Viktoria devant la porte de la bibliothèque le dimanche après-midi. Cependant, une fois qu'ils eurent pénétré dans la pièce, ils se rendirent vite compte qu'ils n'étaient pas les seuls à avoir eu l'idée de venir y travailler et qu'il ne restait plus une seule place de libre. Ils emportèrent donc de lourds ouvrages empruntés, pour ne pas dire arrachés de ses mains crochues, à Mme Pince. Celle-ci leur ordonna froidement de les ramener en bon état sous peine d'être exclu de la bibliothèque tout en leur lançant un regard des plus menaçants.

- Ah oui, quelle punition terrible de ne plus être autorisé à venir dans cette pièce merveilleuse qu'est la bibliothèque. » dit James pour essayer de détendre l'atmosphère, c'est pas comme si les bouquins barbants et pleins de poussière allaient me manquer !

Viktoria émit un léger rire en réponse. C'était un début.

Elle l'entraîna dans un coin quelque peu isolé du parc où ils s'installèrent et commencèrent à lire chacun de leur côté. Au bout d'une demi-heure, James se risqua à briser le silence pour demander la signification d'un mot à sa partenaire. Celle-ci lui répondit qu'elle n'avait absolument pas la moindre idée de ce qu'il pouvait bien signifier et la discussion s'engagea progressivement sur le niveau des cours qui avait considérablement évolué depuis l'année précédente. Ils se moquèrent également des relations tendues qu'il y avait entre les binômes de leur année qui ne parvenaient pas à s'entendre ou de ceux qui, à l'inverse, s'entendaient un peu trop bien. Steven Hurtz, notamment, ne pouvait s'empêcher de virer au cramoisi dès qu'il s'asseyait à côté de Mary et riait d'une voix forte et ridicule à chaque remarque comique qu'elle lui adressait.

L'après-midi passa à une vitesse folle pour James et ils eurent bientôt fini leur devoir, rédigeant même un parchemin de plus que ce qui leur était demandé. Il était plaisant de travailler dans la bonne humeur et l'exercice avait soudainement paru plus facile grâce à l'aide avisé de Viktoria. Avant de se séparer dans le hall de l'école, celle-ci lui dit avec un mince sourire qu'il n'était pas aussi imbécile qu'elle l'avait pensé au départ. James lui répondit qu'elle était définitivement bien plus sociale que Avery ce qui la fit éclater de rire. De retour à la salle commune, il put observer les résultats désastreux du travail que Sirius avait entrepris tout seul de manière à ne pas devoir supporter un Evan qu'il fréquentait déjà bien trop à son goût. À mesure qu'il tentait de venir en aide à son ami, stimulé par le travail qu'il avait accompli les heures précédentes, il se dit que finalement, il était relativement chanceux d'avoir été mis avec quelqu'un comme Viktoria. Relativement.