Avertissements : Davantage de trucs médicaux, une mention en passant à la masturbation, et Mycroft (pas dans la même phrase.)

Note de l'Auteur : Enfin une addition. Cela se serait fait avant, mais la célébration de mon 28ème anniversaire ont entravé mon temps d'écriture ;) Comme toujours, merci à tous pour vos retours, favoris, kudos, marques pages et tout le bastringue. Vous êtes merveilleux !

B xxx

Notes de la Traductrice : Merci vraiment à tous pour tous vos gentils messages et à tous ceux qui suivent cette histoire !

LFF xx


To Light Another's Path : Chapitre Quatre

John se figea, son pouls martelant fort dans son torse alors que Sherlock le rapprochait en tirant, la pointe de ce nez élégant donnant un léger coup au creux sous la mâchoire de John. La sensation était chaude et un peu pointue, pressant là comme si l'existence même de Sherlock en dépendait.

"Sherlock, qu'est-ce que tu – ?" Les mots moururent dans sa gorge alors qu'il entendait le murmure doux de l'inspiration de Sherlock, suivi d'un 'hum' léger de quelque chose ressemblant vraiment, vraiment beaucoup à du plaisir.

Oh, mon Dieu.

John ferma les yeux, déglutit difficilement alors que la chaleur le traversait et s'enroulait entre ses jambes, son corps ignorant sciemment les cris perçants à propos du délire et de la maladie qui résonnaient à travers son cerveau. Ses mains étaient écartées largement, ne touchaient pas du tout Sherlock, mais ses bras semblaient bouger d'eux-mêmes, se replièrent autour du dos de Sherlock et caressèrent la ligne de ses omoplates, aiguës comme des ailes avortées sous le t-shirt.

Il avala convulsivement, sa nuque lui faisait mal avec l'envie irrépressible de se tourner et de presser un baiser contre la tempe de Sherlock, mais non. C'était trop. Ça – ça pouvait encore être balayé en tant que compassion, plutôt que quoi que ce soit de plus intime. En tout cas, c'était ce que John se disait, alors même que son cœur palpitait avec la certitude absolue qu'"amitié" était un mot trop pâle et fantomatique pour ce qui avait grandi entre eux.

Malgré son corps mince, le poids de Sherlock était suffisant pour attirer John vers le bas alors qu'il se détendait contre l'oreiller, et il se retrouva à moitié allongé contre le torse de Sherlock alors qu'un murmure répété de respiration stable était étouffé contre la peau sensible de sa gorge. Il sentait le martèlement du cœur de Sherlock, marquant un rythme confortable contre la cage tendue de ses côtes.

Le corps de John se détendit dans l'étreinte gauche automatiquement, fondant contre le corps de Sherlock comme si c'était son foyer, et John marmonna un juron en réalisant le caractère inapproprié de tout ça. Sherlock ne savait probablement même pas qui il était. Pour l'amour du Christ, il avait juré ses grands dieux qu'il y avait une grosse araignée au plafond il n'y avait pas plus de dix minutes.

Avec un pincement de perte, John dégagea avec précaution ses bras de là où ils étaient piégés entre le dos de Sherlock et le sofa, essayant de ne pas laisser ses paumes s'attarder sur la peau chaude séparée de lui par rien d'autre qu'un coton fin. La prise de Sherlock sur son t-shirt était lâche maintenant. Il avait plongé presque instantanément, comme si la présence de John avait été suffisante pour le repousser dans le sommeil, et maintenant John se rassit sur ses talons, dénoua la prise de Sherlock de son col et replaça doucement sa main sur la couette.

Il frotta ses paumes sur ses yeux, essayant d'ignorer la lourde sensation perdue qui s'attardait sur sa peau maintenant qu'il s'était détaché des bras de Sherlock. Il était ridicule. Ce n'était pas comme s'il était désespérément en manque de contact physique. C'était juste que, venant de Sherlock, c'était plus intense. Créant une dépendance, tout comme l'homme lui-même.

La seringue vide de paracétamol intraveineux carillonna sur le sol lorsqu'il déplaça son genou, le secouant de ses pensées. Il prit une profonde inspiration en la ramassant, couvrit l'aiguille et la mit de côté pour la jeter plus tard. C'était ce qu'il était censé faire – gérer le médicinal et le côté pratique – pas ça, quoi que ce soit.

Non, Sherlock était malade, reprenant à peine ses sens. La pagaille enchevêtrée des émotions de John pouvait attendre, peut-être pour toujours, ou au moins jusqu'à ce que Sherlock soit de retour à son ancien lui et pas hallucinant à propos de créatures géantes.

Brièvement, se sentant stupide, John jeta un coup d'œil à l'enduit Artex blanc du plafond du salon. Le temps passé à partager un habitat avec les solifuges l'avait laissé méfiant de quoi que ce soit relié à la terre avec huit pattes, et Sherlock avait été complètement certain qu'elle était là. Cependant, le plâtre demeurait innocemment vide d'arachnides.

C'était définitivement entièrement dans la tête de Sherlock, alors. Pas surprenant puisqu'un contrôle de la température il y avait peu de temps avait montré un affichage clignotant aimablement entre 40.5 degrés centigrades et 104.9 degrés Fahrenheit. Il aurait dû essayer de donner Sherlock un peu plus de médication plus tôt, mais il avait bêtement espéré qu'il n'aurait pas à recourir à une administration intraveineuse. Ce n'était pas comme si Sherlock avait les meilleures veines pour commencer, pas après Dieu seul savait combien de temps en tant que toxicomane.

Au moins la piqûre abaisserait la fièvre également, et il la gérerait par injection s'il le devait. Vraiment, il n'y avait pas grand-chose d'autre qui puisse être fait pour la grippe virale sauf la surmonter et garder les yeux ouverts pour des infections secondaires.

Se mettant sur ses pieds avec un faible grognement, John alla à pas feutrés vers la cuisine. Il était encore tôt, et son sommeil avait été fragmenté au mieux. Pas qu'il s'était attendu à beaucoup mieux. Le cauchemar évident de Sherlock les avait arrachés tous deux au sommeil, et quelque chose de doux et compliqué s'enroula dans le creux de l'estomac de John au souvenir de son colocataire tremblant comme un poulain nouveau-né avec le reflux d'adrénaline. Après ça, s'occuper de l'estomac dérangé de Sherlock avait signifié que John était trop actif pour retourner dormir. Il avait lu pendant plus d'une heure, conscient de Sherlock blotti près de là où il était assis, suffisamment près pour que John puisse sentir chaque flottement du souffle de Sherlock contre sa peau, tentant et hypnotique.

Aveuglément, il se fit un petit-déjeuner, il mit la bouilloire sur le feu alors que ses pensées continuaient leur paresseux tourbillon vacillant. Peut-être qu'il avait réussi à obtenir quelques heures de sommeil sur son matelas de fortune, mais la paix de Sherlock fut de courte durée. John avait dû se réveiller de nouveau à cinq heures au son de son nom appelé. Ceci en soit était très bien, mais il avait su à la minute où Sherlock lui avait dit, plutôt clairement, que le grille-pain fondait, que quelque chose n'allait pas.

Des hallucinations n'étaient pas si rares avec de la fièvre, et Sherlock semblait bien moins inquiet que la plupart des patients que John avait vu dans un état similaire. Il n'était pas sûr si c'était parce qu'il ne parvenait pas à voir le danger d'appareils qui se dissolvaient ou d'araignées géantes, ou si la fièvre faisait réagir Sherlock d'une manière atypique, mais John avait passé presque autant de temps à se rassurer lui-même de ce qui était réel et de ce qui ne l'était pas qu'à essayer de faire prendre des médicaments à Sherlock.

Il se pencha en arrière contre le plan de travail alors qu'il mâchait deux tranches de pain grillé, regardant le ciel au-delà de la fenêtre s'éclaircir en un gris colombe alors que le soleil s'élevait régulièrement sur un autre matin couvert. Le temps qu'il finisse, le schéma de sa journée était consolidé dans son esprit : se laver et s'habiller, ramener des réserves, et continuer sa tâche sans fin de prendre soin de Sherlock. C'était une bonne chose qu'on n'ait pas besoin de lui au cabinet cette semaine, parce que la pensée de laisser Sherlock se débrouiller tout seul était franchement terrifiante. Et s'il essayait d'éponger le grille-pain dissous, ou de faire de l'araignée un animal de compagnie ?

Il était sur le point de se diriger vers la douche quand le bruit du téléphone de Sherlock l'arrêta net. Le son de l'appareil inoffensif semblait étouffé, et John fouilla dans la pile des vêtements de Sherlock avant de le trouver dans la poche de son manteau. L'écran n'était pas verrouillé – probablement pour la facilité d'utilisation connaissant Sherlock – et John ouvrit le message, ses yeux parcourant les mots.

Trouvé l'amant dans la rivière, déjà mort. Besoin de votre aide. - GL

John souleva les sourcils, se mordillant pensivement la lèvre. Ça ne ressemblait pas à Lestrade d'être aussi direct quand il s'agissait d'amener Sherlock sur une affaire à moins qu'il ne sache plus quoi faire. Soit il était vraiment noyé par trop de travail soit cette affaire sans intérêt dont Sherlock s'était plaint s'était élevée à quelque chose de plus intrigant.

Pas que Sherlock puisse y faire quoi que ce soit à cet instant. Il était déjà bien assez difficile à contrôler quand il était en bonne santé et lucide. John ne voulait pas imaginer ce qui arriverait si Sherlock était lâché sur une scène de crime dans cet état. Vomir sur les preuves serait le cadet de leurs inquiétudes.

Pas de chance, désolé. Il a la grippe. Hallucinations et tout. Inutile pour qui que ce soit. Réessayez dans quelques jours ? - JW

Il jeta un coup d'œil vers Sherlock, encore secrètement surpris que le son de son téléphone sonnant n'ait pas activé une sorte de réflexe de "doit répondre" pour le secouer de son sommeil. Aucun doute qu'il serait furieux quand il reviendrait assez à lui pour réaliser que le Travail appelait et qu'il était incapable de répondre, mais il devrait vivre avec. Même s'il essayait d'aller sur la scène sans l'aide de John, il doutait que Sherlock puisse aller plus loin que la porte d'entrée avant que son corps ne le trahisse à nouveau.

Un bourdonnement venant du téléphone dans sa main lui fit jeter un coup d'œil vers le bas, ses lèvres se courbant en un sourire.

Merde, vraiment ? Prenez une photo. Pour prouver qu'il est humain. Déposerai le dossier plus tard, au cas où il peut supporter ça. - GL

Un souffle de rire se coinça dans la gorge de John, et il secoua la tête pour lui-même. Au moins il n'était pas le seul déconcerté par les moments occasionnels d'humanité alarmante de Sherlock. Cela prouvait simplement que l'image qu'il avait construite autour de lui-même pendant toutes ces années n'était rien d'autre qu'un personnage convaincant. Sherlock insistait qu'il était un génie manipulateur, un sociopathe de haut niveau incapable de véritable émotion ou compassion, et tout le monde le croyait. Ils n'avaient même pas à lui demander de preuve; il la leur donnait avec chaque interaction, de la charade pour obtenir les clés de quelqu'un à son manque complet de pitié pour les victimes de meurtre. Il ne compatissait pas du tout, en tout cas pas en surface, mais il y avait des moments où tout se brisait et John surprenait un aperçu de quelque chose de réel à l'intérieur.

La confrontation avec Moriarty à la piscine flotta dans sa tête, et il hocha la tête alors qu'il posait le téléphone et se tournait vers la salle de bains. C'était le meilleur exemple possible. Après avoir vu tout ça sur le visage de Sherlock, il savait que son colocataire racontait des conneries. Sherlock ressentait des choses. Peut-être pas tout à fait pareil que les autres personnes, mais ce n'était pas la question.

Tournant les robinets de la douche, il se débarrassa de son pyjama et s'avança sous le spray alors qu'il gardait une demi-oreille ouverte pour Sherlock, tendant l'oreille pour tout son de détresse. Par bonheur, l'appartement resta silencieux derrière la porte close, et John se sentit commencer à se détendre régulièrement alors que l'eau chaude tambourinait son épaule raide et rinçait l'eau savonneuse du shampoing qui s'accrochait à ses cheveux.

Normalement, il prenait son temps, tirant avantage d'une intimité essentiellement garantie pour une branlette, mais ce matin-là John décida de ne pas s'attarder. Il se sentait trop mal à l'aise de laisser Sherlock sans surveillance sur le sofa. Qui savait ce qu'il pourrait penser être une bonne idée quand il se réveillerait ?

En sortant, il saisit une serviette, la frotta rapidement à travers ses cheveux avant de l'enrouler autour de ses hanches et de faire couler une cuvette d'eau dans le lavabo. La mousse à raser moussa onctueuse comme une crème sur son visage avant qu'il ne commence à retirer sa barbe naissante. Parfois il la laissait pendant quelques jours, mais jamais assez longtemps pour être particulièrement visible. Les poils du visage lui donnait juste l'air plus âgé, et bien que John ne soit pas un homme particulièrement vaniteux (Comment pourrait-il l'être, demandait toujours Sherlock, avec ces pulls ?) il préférerait ne pas avoir l'air du père de quelqu'un s'il pouvait l'éviter.

Finalement, il en avait fini avec sa routine matinale, se sentant légèrement plus réveillé et calme après s'être brossé les dents. Les vêtements propres étaient en haut dans sa chambre, et il souhaita tardivement avoir pensé à les prendre avant d'utiliser la salle de bains. Tout de même, trop tard pour ça maintenant.

Ouvrant la porte de la salle de bains, il fit une pause, ses yeux tombant sur le sofa et un clignement d'œil faisant battre ses cils. Il était vide. Pas de Sherlock. Pas de couette. Juste un oreiller tombant de travers sur le sol.

Pendant un bref et horrible moment, il se demanda si Sherlock avait entendu le texto après tout et d'une manière ou d'une autre avait réussi à se traîner dehors dans Londres pour répondre à la demande de Lestrade. Seul le fait que le téléphone de Sherlock était encore sur le bureau et que son costume et son manteau restaient empilés sur le sol firent hésiter John. Sherlock oubliant ses vêtements était complètement crédible, mais il était essentiellement fusionné à son téléphone. Même malade, il ne partirait probablement pas sans.

De l'air frais dansa sur la peau de John alors qu'il avançait à pas feutrés dans l'appartement, tendant le cou jusqu'à ce qu'il remarque une forme douce et pleine de bosses dans la cuisine, juste visible entre le fourré d'une chaise et les pieds de la table. Cela lui prit à peine un battement de cœur pour arriver aux côtés de Sherlock, et la tête de John s'emballait déjà avec des urgences possibles quand la voix rauque de Sherlock atteignit ses oreilles.

"Je déteste être malade."

Il avait l'air sincèrement misérable, assis sur le sol et affalé contre le placard comme s'il avait décidé qu'il avait besoin de quelque chose et simplement été à court de force avant d'y arriver. A partir de sa forme irrégulière, John devina que ses genoux étaient remontés contre son torse, et la masse de la couette était enroulée autour de lui, laissant seulement dégagés ses cheveux et ses yeux, qui regardaient John d'une manière légèrement vitreuse et perplexe.

"Pourquoi portes-tu une serviette ?"

"J'étais dans la douche," dit John, tirant la bande de tissu longue jusqu'à ses genoux plus serrée autour de sa taille avant de s'agenouiller avec précaution pour ne pas exhiber accidentellement à Sherlock plus qu'il ne voulait en voir. "N'as-tu pas entendu l'eau couler ?"

L'expression de Sherlock suggéra qu'il était possible qu'il ait entendu, mais avait été incapable de faire l'arithmétique de base nécessaire pour comprendre ce que signifiait le bruit. Il perdait définitivement de l'acuité mentale alors. A n'importe quel autre moment, John aurait pris un moment pour se réjouir d'être la personne la plus futée de l'appartement pour une fois, mais vraiment, Sherlock avait l'air un peu trop pathétique pour le taquiner en cet instant.

Ces yeux en perpétuel changement avaient l'air verdâtre dans la lumière subtile entrant par les fenêtres, soulignés comme ils l'étaient par des paupières rougies et le marron de la couette remontée par-dessus son nez. Le regard de Sherlock était moins vif que d'habitude, mais John sentit quand même sa peau brûler lorsque son torse nu devint le sujet de cette attention floue. Invariablement, les yeux de Sherlock dérivèrent vers le nœud de cicatrices sur l'épaule de John : un réseau embrouillé de tissu décoloré.

John ne l'avait jamais montré à Sherlock avant, essentiellement parce qu'il détestait la marque que la blessure avait laissée sur sa vie et qu'il pouvait se passer de Sherlock lisant l'histoire de la douleur, de la perte et de l'infection marquées de façon permanente dans sa chair. Maintenant, pourtant, il fronça simplement des sourcils, tendit une main tremblante pour effleurer ses doigts gentiment sur la vieille blessure.

Le souffle s'arrêta dans la gorge de John à la douceur du contact de Sherlock. Il était léger comme une plume comme s'il pensait que la plus légère pression pourrait causer de la douleur à John. Le bout de ses doigts dériva sur l'arête et le sillon de la cicatrice, en dressant la carte avec un détail parfait, et John se lécha inconsciemment les lèvres, combattant l'envie irrépressible de fermer les yeux pour juste profiter du simple moment.

"Je suis désolé."

John pencha la tête sur le côté, essayant de comprendre le faible air de dévastation dans les yeux de Sherlock. N'importe qui penserait que c'était lui qui avait appuyé sur la gâchette à la manière dont il était assis à fixer la cicatrice, obsédé par l'empreinte qu'elle forgeait à travers la toile blanche de l'épaule de John.

Doucement, il attrapa les doigts de Sherlock entre les siens, les entrelaçant et leur donnant une pression rassurante. "Pour quoi ?"

"La douleur. Ce qu'elle t'a pris. Comment elle t'a laissé."

Vraiment, il ne pouvait que deviner les pistes le long desquelles l'esprit de Sherlock s'était tourné, mais il y avait quelque chose là-dedans, enveloppé dans ces fragments maladroits de discours que John pouvait presque comprendre. "Elle m'a amené ici. Je pense que, au final, ça a tourné pour le mieux. Il n'y a vraiment – vraiment nulle part ailleurs où je préférerais être."

La gorge de John pulsa autour des mots. Ils étaient sentimentaux au mieux, et il savait que Sherlock détestait ça, mais il n'y eut pas de tic de désapprobation ou de dégoût. A la place Sherlock baissa simplement la tête sur un côté, révélant ses lèvres qui se courbaient en un faible sourire alors que ses yeux se fermaient. "Bien." Le mot n'était pas beaucoup plus qu'un grognement grondant, et John sourit alors que Sherlock baissait sa tête sur ses genoux sous la couette, ayant précisément l'air d'avoir l'intention de dormir là où il était.

"Allons, tu ne peux pas rester ici." Il prit le coude de Sherlock en coupe dans sa main gauche, le mit sur ses pieds maladroits. La couette essaya de glisser, pendant lourdement sur une des épaules de Sherlock et traînant sur le sol, mais John était plus inquiet à propos de sa serviette, qui semblait plus résolue à une liaison amoureuse illicite avec la gravité que de garder sa dignité intacte.

Au final, il la maintint fermée avec une main tout en guidant Sherlock de retour sur le canapé avec l'autre, et regarda l'homme plus grand s'abandonner contre les coussins avec un grognement, l'oreiller récupéré et la couette jetée un peu n'importe comment sur son corps. Au moins il ne frissonnait plus, mais ça allait probablement changer dès que l'effet des médicaments s'estomperait.

"Pourquoi étais-tu dans la cuisine ? Voulais-tu quelque chose ?"

Sherlock cligna des yeux, l'effort de rassembler ses pensées clairement presque trop avant qu'il ne réussisse à dire, "De l'eau. J'ai soif."

"D'accord." John fit un rapide hochement de tête, retourna chercher un petit verre avant de vérifier que le seau était installé aux côtés de Sherlock et de tirer la table basse plus près pour que Sherlock puisse poser le verre. "L'injection que je t'ai donnée ne contenait que des antidouleurs, pas d'antiémétique. Tu pourrais encore avoir la nausée. Bois à petites gorgées, lentement, d'accord ?"

Il regarda Sherlock se mettre dans une position à demi assise avec difficulté, serrer fort le verre et déposer sa lèvre du haut contre la surface de l'eau. Quand John fut certain qu'il n'allait pas l'avaler d'un trait et causer outrage à son estomac, il se détourna, trottant à l'étage avec la promesse d'être de retour dans quelques minutes.

S'habiller fut une tâche rapide et indifférente. Des sous-vêtements, un jean confortable, un t-shirt et un vieux pull furent tout ce dont il s'embarrassa. Le temps qu'il descende à pas feutrés avec juste ses chaussettes pour chercher ses chaussures, Sherlock avait seulement consommé environ un huitième d'un verre et semblait déjà le regretter.

"Reste immobile, et essaie de penser à autre chose. Tiens," John lui passa son livre. "Lis ça, mais ne me dis pas ce qui se passe."

Sherlock accepta le livre de poche, son regard s'attardant avec une lourde dose de doute sur les étranges sigils sur la couverture. "Ne puis-je pas avoir un de mes livres ?"

"Non, rien qui ne soit pas de la fiction." John retroussa les lèvres face à la grimace renfrognée mais à l'air étourdie de Sherlock. "Tu es censé te reposer, et je te connais. Tu vas lire un livre sur les poisons ou je ne sais quoi et soudain être submergé par l'envie irrépressible d'en fabriquer, et peut-être même les essayer." Il grimaça, remarquant que la pâleur de mauvaise mine sur la peau de Sherlock ne faisait qu'empirer. "Et si tu vas vomir, essaie d'utiliser le seau."

Il eut à peine le temps de finir la phrase avant que Sherlock fasse exactement ça. Il balança ses jambes par-dessus le bord du sofa pour que ses pieds soient sur le sol, saisit le seau, et renvoya l'eau de son estomac avec une violence qui firent se contracter les flancs de John de sympathie. Cela avait été trop d'espérer que Sherlock serait capable de la conserver, et John hésita à l'extrémité du sofa, gardant ses distances alors que les haut-le-cœurs devenaient secs et vains.

"Beurk," réussit à dire Sherlock, crachant dans le seau avant de le poser et de s'affaler sur le canapé. "Abominable."

"Je sais," murmura John en sympathie, tendant la main pour repousser les cheveux de Sherlock de son front moite avant de ramasser le seau. "Peux-tu t'en passer pendant quelques minutes ? Je vais le vider pour toi."

Le hochement de tête que Sherlock fit fut infime. Si John devait deviner, il dirait que tout mouvement superflu en cet instant était une mauvaise idée, et il se retrouva à se demander s'il devrait vraiment risquer de sortir se procurer de la nourriture pendant que Sherlock était si clairement souffrant. Remarquez, Mme Hudson était un genre de femme compétente et réaliste : il fallait qu'elle le soit avec Sherlock comme locataire. Aucun doute qu'elle pouvait gérer un peu de vomis s'il le fallait. Tant que Sherlock pouvait supporter Mme Hudson, bien sûr.

Il se dirigea à nouveau dans le salon, ayant passé le seau sous l'eau dans la baignoire, et le reposa près de la tête de Sherlock. Le bruit fit battre les paupières de Sherlock, mais il se dirigeait déjà de retour vers la vallée escarpée du sommeil. C'était le meilleur endroit pour lui, vraiment, et John lui donna un très léger coup de coude.

"Sherlock, je dois sortir prendre des choses pour nous. Il n'y a pas grand-chose dans le frigo sauf des morceaux de corps. Je vais faire monter Mme Hudson pour s'occuper de toi, ok ?"

Sa seule réponse fut un hum d'accord, et John hésita pendant un moment avant de se reprendre. Sherlock n'était pas un enfant. Une heure sans John à ses côtés ne serait pas la fin du monde, même dans son état actuel. Pour être franc, c'était plus dangereux de le laisser seul quand il était dans une crise d'ennui. Au moins, maintenant les chances qu'il explose quoi que ce soit étaient minimales.

Rapidement, John ramassa son téléphone, ses clés et son porte-feuille, enfila son manteau avant de sortir par la porte et de descendre en trottant les escaliers. Les doux sons de la radio venaient déjà du logement de Mme Hudson, et il frappa poliment, souriant alors que leur logeuse patiente comme une sainte ouvrait la porte avec un sourire.

"John, mon cher, est-ce que tout va bien ?" demanda-t-elle, son expression heureuse vacillant un peu, aucun doute alors qu'une douzaine environ de désastres Sherlock potentiels traversaient sa tête. "Il n'a pas encore renversé de l'acide sur la table de la cuisine, n'est-ce pas ?"

"Non, Mme Hudson, rien de ce genre. Sherlock a la grippe, et je dois sortir prendre de la nourriture. Je me demandais si vous pouviez garder un œil sur lui pour moi ?" Il avait l'air pathétiquement plein d'espoir à l'oreille, et un des avantages d'avoir un visage naturellement ouvert et honnête était que les gens étaient souvent heureux d'aider.

"Oh, le pauvre chéri. Je n'ai pas arrêté de lui dire qu'il tomberait malade, à courir dans Londres dans tout type de temps." Elle tendit la main derrière elle, ramassa un cardigan et le mit. "Ne t'inquiète pas. Je vais m'assurer qu'il se repose."

"Merci, Mme Hudson. Il dort en ce moment, mais quelqu'un devrait être là au cas où il se réveille encore. Je serai de retour aussi vite que je pourrai."

"Prends ton temps, mon cher," le poussa-t-elle. "Même dans ses pires moments, Sherlock n'est rien que je ne puisse supporter."

Elle lui fit au revoir de la main, se tournant déjà pour trotter vers l'appartement du haut, et John remonta la fermeture éclair de sa veste, sortant la liste de courses de sa poche et la serrant fort dans son poing alors qu'il partait. S'il avait encore sa claudication ça lui aurait pris pratiquement vingt minutes pour arriver au Tesco Express le plus proche de taille convenable à Lisson Grove. Telles que les choses étaient, il y arriva en moins de dix, son souffle fumant dans l'air du matin froid avant qu'il n'entre dans la chaleur du magasin.

Le temps qu'il ait passé une demi-heure à se promener dans les allées à ramasser tout ce qu'il pensait pouvoir convaincre Sherlock de manger, les deux paniers qu'il avait débordaient et tiraient les muscles de ses bras. Malgré tout, ce devrait être assez pour les faire tenir pendant un moment. Il avait même acheté de la viande à congeler. Tant qu'il la gardait éloignée des doigts et autres choses ça devrait aller. Il n'était pas le meilleur cuisinier du monde, ayant essentiellement recours à des repas simples de type étudiant quand il était vraiment forcé de faire son propre repas, mais ce serait probablement plus confortable pour l'estomac de Sherlock que des plats à emporter pendant un moment.

Il évita les appareils malveillants de caisse en libre service et choisit une caisse avec un être humain réel derrière, remplissant les sacs avec une efficacité militaire et équilibrant le poids pour rendre le retour à la maison légèrement plus facile. La facture le fit grimacer, mais il se fit sentir un peu mieux avec la promesse que ce serait moins cher que des plats à emporter ou de manger à l'extérieur. Lui et Sherlock avaient pris de terribles habitudes en ce qui concernait la nourriture. Peut-être qu'il pourrait tirer avantage de la maladie de Sherlock pour changer ça pour eux deux ?

Il sortait juste du magasin, les doigts blancs aux jointures autour des poignées fragiles des sacs en plastique quand une élégante voiture noire s'arrêta au bord du trottoir, son moteur ronronnant paresseusement alors qu'elle attendait, vide et patiente. John la regarda pendant un moment, mais quand il devint évident que ni Mycroft ni peut-être-Anthea n'allaient en sortir pour le forcer à l'intérieur, il se rapprocha petit à petit, soulevant un sourcil alors que la porte s'ouvrait avec un bruit sec en invitation.

"Besoin qu'on vous dépose ?" demanda l'assistante de Mycroft, sans même lever les yeux de son Blackberry alors qu'elle se déplaçait tranquillement. "Tout droit à Baker Street."

John plissa les yeux, se demandant si c'était une ruse. Sherlock n'était pas le seul à aimer le dramatique, et il n'avait aucun désir de rencontrer le Holmes plus âgé dans un autre bâtiment abandonné dans le côté sordide de Londres. Cependant, les sacs étaient lourds, et il ne dirait pas non à un trajet gratuit.

Avec un soupir, il installa les achats à l'arrière de la voiture, en ignorant l'expression légèrement troublée d'Anthea, comme si des courses étaient d'une certaine façon indignes d'elles. Elle donna un petit coup avec l'orteil d'une chaussure à talon aiguille, ses yeux passant rapidement sur son contenu avant de retourner à l'écran de son téléphone alors que le conducteur partait.

C'était tragique que John sache comment ce genre de chose se passait maintenant. Parler à Anthea pourrait lui donner une réponse, mais ce ne serait probablement pas la vérité, donc il garda ses lèvres closes, regardant le passage rapide des rues alors que la voiture glissait avec une aisance expérimentée à travers la circulation. Sous peu, ils étaient à l'extérieur de la porte d'entrée du 221, et John rassembla les courses, donnant à Anthea un hochement de tête rapide avant de descendre.

Dès qu'il entra dans le vestibule, il vit Mme Hudson faisant le ménage, son plumeau s'agitant sur les surfaces. Il n'y avait pas de radio allumée, ce qui était inhabituel, et faiblement il réalisa que quelqu'un parlait à l'étage d'une voix basse et calme. Au regard interrogateur de John, Mme Hudson sourit. "Le frère de Sherlock est passé. J'ai pensé qu'il serait mieux de leur donner un peu d'intimité, mais je garde une oreille ouverte."

"Mycroft ?" demanda John avec une grimace, jetant un coup d'œil vers les escaliers. Il aurait dû réaliser que le Holmes plus âgé sur-protecteur ferait une apparition sous peu, mais la pensée même de Sherlock endurant l'ingérence de Mycroft et un virus en même temps était presque trop à supporter. "Et Sherlock le tolère ?"

"Je pense qu'il dort encore," les lèvres de Mme Hudson se contractèrent avec un sourire. "Ce qu'il ne sait pas ne peut pas lui faire de mal. C'est dur de regarder sa famille quand ils sont malades. En tout cas de cette façon M. Holmes a l'impression d'aider."

Un faible souffle de rire s'échappa des lèvres de John, et il la remercia avant de se mettre à grimper les escaliers, étouffant le bruit de ses pas alors que le murmure prenait la netteté de mots. Mycroft parlait très doucement, toujours éloquent, mais un peu du tranchant professionnel de son ton avait disparu. Il n'y avait pas de résolution lasse enroulée dans sa voix, ni d'inquiétude autoritaire. C'était ainsi que John s'imaginait que lui et Sherlock pourraient se parler s'il n'y avait pas tant de ressentiment des deux côtés : Sherlock à l'ingérence de Mycroft, et Mycroft pour le fait qu'une telle ingérence soit nécessaire.

" – tu étais malade tu avais huit ans. Tu ne t'en souviens probablement pas," disait Mycroft. "Tu es tombé dans le lac juste avant Halloween. Je n'ai jamais découvert ce que tu faisais là-bas, mais tu t'es traîné à la maison trempé jusqu'aux os. Le matin suivant tu avais un énorme rhume et étais misérable. Collant comme seuls les enfants peuvent l'être."

La porte avait été laissée ouverte sur une fente, et John hésita sur le seuil, peu disposé à interrompre alors qu'il s'efforçait de voir par l'interstice. Il pouvait juste distinguer la bosse qu'était Sherlock sur le canapé, mais c'était Mycroft dans le fauteuil qui retint son attention. Il l'avait rapproché près de Sherlock et il avait abandonné sa veste de costume, le laissant dans un gilet et des manches de chemise. Son expression était figée en un sourire doux et inquiet, et sa main reposait contre la tête de Sherlock, son pouce caressant d'avant en arrière en un lent confort.

Il avait l'air d'un homme neuf, et soudain c'était facile pour John de voir pourquoi Mycroft interférait comme il le faisait. Malgré le tranchant amer de leur relation, Sherlock était toujours son petit frère. Ils avaient tous deux été des enfants autrefois, bien que cela en soit semblât plutôt difficile à imaginer, et pour Mycroft, peut-être que Sherlock serait toujours ce garçon de huit ans.

"Ça a empiré si vite que c'était effrayant. En douze heures tu ne pouvais plus respirer. Pneumonie et pleurésie. Ils t'ont admis à l'hôpital, bien sûr, et tout ce temps je ne cessais de me dire que j'aurais dû être là, tout comme tant d'autres fois dans ta vie." Mycroft soupira, et il y avait seulement un mot pour l'expression sur son visage : du regret.

John se sentit coupable d'espionner la conversation – de voir Mycroft en tant que quoi que ce soit d'autre que l'officiel gouvernemental calme et composé auquel il était habitué, mais avant qu'il ne puisse penser à comment annoncer sa présence Mycroft leva les yeux vers lui, légèrement amusé.

"Vous pouvez entrer, Docteur Watson. S'attarder dans les embrasures de porte est si peu flatteur."

"Désolé," murmura John, ses lèvres se contractant en un sourire alors qu'il ouvrait la porte entièrement d'un coup de coude. "J'aurais dû réaliser que vous seriez là quand la voiture s'est montrée au Tesco."

"J'imaginais que vous pourriez utiliser l'assistance. De plus," ajouta-t-il avec un minuscule retroussement de ses lèvres. "Il est tellement plus facile de parler à Sherlock quand il ne peut pas répondre." Il se mit prudemment sur ses pieds, renfila sa veste et ramassa son parapluie, apparemment imperturbable devant le fait d'être surpris dans une humeur qui était tout sauf distante. "Je dois vous remercier de vous occuper de lui avec tant de soin assidu. Peu de colocataires seraient aussi obligeants. Votre loyauté est louable."

Ses yeux astucieux dansèrent, très légèrement vers le cocon sur le sol que John avait grossièrement poussé de côté plus tôt, et John essaya de ne pas rougir à la suggestion du ton Mycroft.

"Quelqu'un doit prendre soin de lui," réussit à dire John après un moment, levant automatiquement le menton.

"En effet. Je vais le laisser entre vos mains compétentes. Appelez si je peux être utile."

John pouvait exactement s'imaginer la réaction de Sherlock à ça, mais il hocha la tête quand même. "Merci, et je prêterai attention à ses poumons. C'est bien de connaître les facteurs à risque comme la pneumonie." Tardivement, John se demanda si le petit monologue avait été orchestré pour son attention plutôt que celle de Sherlock. Il n'en serait honnêtement pas surpris de la part de Mycroft, qui pouvait être indirect d'une manière irritante parfois.

"Bien apprécié," dit Mycroft avec ce même sourire fin que John avait vu bien trop souvent. "Bonne journée, Docteur Watson."

Ses bruits de pas résonnèrent le long des marches alors que John le regardait partir, attendant que le son de la porte d'entrée se refermant atteigne ses oreilles avant de laisser sortir son souffle. Il était inutile de se demander comment Mycroft savait que Sherlock était malade. Aucun doute que sa surveillance avait remarqué la santé défaillante de son plus jeune frère avant que Sherlock ne le sache lui-même. C'était une des nombreuses excentricités que John avait re-qualifié comme "normale" depuis qu'il avait emménagé à Baker Street.

Les autres se demandaient comment il vivait avec ça – les expériences biologiques effrayantes, les morceaux de cadavre humain et l'arrogance indéniable de son colocataire – qui était trop à supporter pour la plupart des gens. Ils décidaient qu'il était soit brave soit complètement fou de partager un foyer avec un homme comme Sherlock, mais John connaissait la vérité là-dessus.

Qu'il coure à travers les toits, panse des blessures, ou fasse face à la mort et à l'ennui comme des ennemis égaux, c'était là qu'il était destiné à être.

Rencontrer Sherlock Holmes ne lui avait pas seulement sauvé la vie, cela l'avait rendue digne d'être vécue à nouveau.


A la semaine prochaine, les loulous !