CHAPITRE 4 : Une décision difficile à prendre (James et Sirius)
« Mais tu es mon meilleur ami, Sirius ! Je ne peux pas demander ça à quelqu'un d'autre, tu es le seul en qui j'ai vraiment confiance. »
Sirius sourit et baissa les yeux sur la bouteille de bièraubeurre à peine entamée qu'il tenait dans les mains. La condensation avait formé quelques traces d'humidité le long du goulot. L'été n'était pas particulièrement beau cette année mais les températures, malgré la pluie incessante, étaient très acceptables. Il aurait aimé se trouver dans une autre situation. En fait, il aurait aimé faire un prodigieux bond en arrière et revenir à l'époque où il était à Poudlard et où il était juste insouciant. Il repensait aux moments où sa seule préoccupation était de savoir s'ils allaient mettre des véracrasses vivants ou morts dans le bol à déjeuner de Severus.
Tout ça avait bien changé, non pas qu'il ait fait en sorte de mûrir, d'ailleurs Lily lui disait encore qu'il n'avait plus évolué depuis la maternelle, mais les circonstances les avaient tous forcés à voir les choses autrement.
Et aujourd'hui James et Lily étaient menacés, et pire encore, le bébé qui n'était même pas encore né. Et il se retrouvait dans leur salon, assis sur le canapé, une bièraubeurre à la main à essayer de leur démontrer pourquoi il ne devait pas être leur gardien du secret. Et pourtant, Merlin savait qu'il aurait voulu l'être et qu'il n'existait pas pour lui d'honneur plus grand.
Lily arriva de la cuisine. Depuis quelques temps, son ventre s'était sérieusement arrondi. En fait, Sirius avait l'impression que c'était depuis qu'elle avait annoncé officiellement qu'elle était enceinte. Evidemment, lui l'avait su tout de suite. James n'avait pas été capable d'attendre plus longtemps pour le lui annoncer et il lui avait même envoyé un hibou le soir même où il l'avait appris. Elle s'installa auprès de James et posa une main sur son genou.
« Tu ne veux pas être notre gardien, Sirius ? »
Il n'y avait pas de colère dans sa voix, juste de la surprise.
« Si, bien sûr mais tout le monde va se douter que c'est moi, n'est-ce pas ?
_ Et alors ? Tu as l'intention de vendre le secret ? sourit James.
_ Non, mais j'espère justement qu'on m'interrogera moi pendant que le vrai gardien laissera votre secret en toute sécurité. »
Il se pencha en avant, joua du bout de l'index avec le goulot de sa bouteille.
« Il y a un traître dans notre entourage. »
Lily et James écarquillèrent les yeux. Sirius, la mort dans l'âme, continua.
« Et j'ai peur que ce soit Remus. »
La jeune femme se redressa si subitement en prenant appui sur le genou de son mari que celui-ci grimaça de douleur.
« C'est n'importe quoi ! Remus n'est pas un traître ! Tu n'as aucune preuve.
_ Il y a quand même des signes. Et je ne parle pas de sa lycanthropie. On sait que la plupart des loup-garous se tournent vers Voldemort…
_ Remus n'est pas comme eux !
_ Mais ouvre les yeux, Lily ! Il ne peut pas toujours se battre contre ce qu'il est. »
Elle secoua la tête, des larmes dans les yeux. Sirius savait que ce serait difficile pour elle. Remus était plus ou moins son meilleur ami. Ce n'était probablement pas aussi fort que ce qu'il y avait entre James et lui mais ça semblait quand même être un sacré lien. Si on lui annonçait que James était un traître, évidemment, il se dresserait lui aussi et ferait ravaler ces dents à celui qui osait dire des sombraleries pareilles. Il comprenait Lily et ça lui tordait le cœur à lui aussi parce que Remus était son ami.
Mais il avait beaucoup réfléchi. Il avait analysé la situation sous toutes ses coutures, il avait pesé le pour et le contre, il avait minutieusement décortiqué et étudié chaque faits et gestes de Remus et avait fini par aboutir à la conclusion qu'il tramait quelque chose de louche. Or, l'Ordre du Phénix avait rapporté que Voldemort s'intéressait de très près à James et Lily et plus encore à leur enfant. Et certains détails qu'avaient rapportés Severus n'avaient pu l'être que par un proche.
Evidemment, ce vilain serpent n'avait pas été fichu de leur dire qui jouait les agents doubles. Décidément, il ne servait à rien celui-là.
« Et qu'est-ce que tu proposes, donc ? demanda James, espérant calmer les foudres de sa femme.
_ Eh bien… je propose que Peter soit le gardien du secret mais qu'on fasse comme si c'était moi.
_ Un plan de Serpentard ça, souffla James. Je te reconnais bien là. »
Sirius esquissa à peine un petit sourire. Mettre Remus sur la touche et lui jouer un tel tour ne l'enchantait pas. Il ne fallait pas croire, ça lui faisait mal à lui aussi de constater que son ami était peut-être un traître. Un mal… de chien.
Il sursauta en sentant la main de James se poser sur son poignet.
« Je n'oublierai pas ce que tu fais pour nous, Patmol. Je ne crois pas qu'il existe au monde un meilleur ami que toi. »
