Disclamer : Je ne possède aucun droits. Pour ce que je pense des disclaimers, se référer à l'épilogue de « histoire d'enfants écorchés » de Lou des Bois.
Message de Jeremiah : Voilà une phobie qui a été très difficile à écrire ! Personnellement, dormir, je n'attends que ça étant donné que je suis semi-insomniaque. J'étais même loin d'imaginer qu'il existait une peur du sommeil ! En plus, me glisser dans l'esprit impénétrable de L a été difficile, c'est le moins qu'on puisse dire ! J'espère que cette fic vous plaira, je l'ai voulue émouvante. Au fait : il y avait une GROSSE erreur : l'abréviation de "Monsieur" ne passait pas. Du coup, j'ai tout corrigé !
Si il y a des hypnophobes, s'il vous plaît, dites-moi si j'ai correctement retranscrit votre peur. J'ai vraiment fait de mon mieux mais des fois c'est pas assez !
Si vous voulez attribuer une peur à un personnage ou simplement voir écrite une peur en particulier, faites-moi signe !
Personnage :
L Lawliet : 6 ans (et demi ^^)
One-Shot 4 : Hypnophobie
Hypnophobie : peur du sommeil, de l'état second similaire à la mort dans lequel on est plongé pendant le sommeil, peur de ne pas se réveiller. Résulte souvent d'un traumatisme.
Je suis allongé dans un lit blanc. Malgré l'heure tardive, je ne dors pas.
La battement régulier de la pluie contre la fenêtre, le sifflement du vent dans les arbres dehors, autant de sons qui cherchent à me bercer, à m'entraîner dans un profond sommeil. Je les entend sans pour autant écouter leur chant. Combien de temps vais-je encore tenir ? Je n'en sais rien.
Mes paupières sont lourdes : cela fait bien trois nuits que je n'ai pas dormi. La peur m'en empêche. A chaque fois que je cherche à me blottir dans la chaleur confortable des bras de Morphée, que je mon esprit tente rejoindre le char du marchand de sable, une angoisse terrible me mord au creux du ventre et je rouvre les yeux en sursaut.
Je jette un coup d'œil à une montre appartenant à Monsieur Wammy sur la table de chevet.
Il est plus de trois heures du matin. Voilà plus de sept heures que je me tourne et me retourne dans l'espoir de m'endormir.
Je m'ennuie.
Je change de position : je tente de me mettre sur le flanc droit. De là, je peux voir toute la chambre d'hôtel où Monsieur Wammy et moi logeons en attendant qu'il me trouve une place dans un de ses douze orphelinats situés en Grande-Bretagne. Juste en face de moi, il y a le lit vide dans lequel il est censé dormir. Il est parti à un congrès vers vingt-deux heures trente-trois et m'a dit qu'il rentrerait très tard, qu'il ne fallait pas que je m'inquiète.
Je ne suis pas souvent inquiet. En général, la logique de mes raisonnements chasse rapidement ce sentiment quand il tente de brouiller mes pensées et de me nouer la gorge.
Quelques mètres derrière le lit de Monsieur Wammy, il y a un grand miroir en pied dans lequel je peux me voir. J'y vois mes cheveux noirs un peu longs et mal coiffés. Ils sont comme ça parce que je n'aime pas me coiffer : ça tire, ça fait mal et c'est parfaitement inutile, bref j'aime pas ça.
Je distingue mes yeux aussi. Je ne les aime pas non plus. Disons qu'ils sont plus fonctionnels qu'esthétiques : j'ai une très bonne vue, dix sur dix à chaque œil. Mais ce serait mieux si ils ne me faisaient pas ressembler à un panda anorexique. Trop grands, trop noirs, trop inexpressifs, soulignés par de grandes cernes opaques qui me rappellent mon incapacité à m'endormir correctement chaque fois que je me croise dans un miroir.
J'entrevois aussi mon visage exsangue, rendu encore plus pâle par la lumière nocturne. Mes joues sont trop creuses, mon menton trop pointu, mes lèvres trop fines...
Je suis laid.
De toute façon, je m'en fiche d'être beau. Ça sert à rien. Maman aussi était belle et ce n'est pas ce qui l'a sauvée dans l'incendie.
Mon cœur se serre. Ça fait mal.
Je ferais mieux d'arrêter de penser à Maman.
Il faut que j'arrive à m'endormir, sinon je vais encore penser à des choses tristes et je vais me mettre à pleurer.
Je serre un peu plus fort Monkey contre moi. Les autres à l'école – quand j'y allais encore – se moquaient et disaient que c'était un « doudou ». D'abord, Monkey, c'est pas un vulgaire doudou. C'est un ami. Les autres diront ce qu'ils voudront, quand je suis rentré de l'école et que j'ai vu la maison en flammes, il n'y avait que lui pour me consoler.
Il n'y avait pas un seul être humain sur lequel j'ai pu compter.
Je prend l'oreille de Monkey entre mon pouce et mon index et la caresse. Ça me calme. Je me roule un peu plus en boule sur moi-même. Lentement, mes yeux se ferment. Mes doigts ralentissent sur l'oreille de mon singe en peluche. Je me sens glisser dans le noir. C'est apaisant.
Non ! L'angoisse me mord le ventre comme un chien affamé.
J'ai peur ! Je veux pas dormir.
Je veux pas mourir.
Je serre Monkey contre moi. De petites larmes se forment au coin de mes yeux.
Est-ce que je suis bien obligé de m'endormir ? Et si il m'arrivait la même chose que Papa ? Et si je ne me réveillais jamais ?
La peur me noue la gorge. L'image de Papa allongé sur son lit, les yeux fermés et de Maman, hystérique, qui pleure à côté en lui criant de se réveiller me frappe de plein fouet. Je ferme les yeux mais j'ai l'impression que cette image est comme tatouée derrière mes paupières. Une petite larme coule.
Pour m'empêcher de dormir, la peur me montre ces images que je ne veux plus jamais revoir. Je la déteste, la peur, mais tout ce que je peux bien penser ne changera jamais rien. Je suis assez intelligent pour m'en rendre compte, et toute ma haine est impuissante : elle me domine. Elle a tout pouvoir sur moi.
La peur est la force la plus puissante qui existe en ce monde. Tout le monde la ressent : les enfants, les adultes et même les animaux. C'est le seul vrai maître du monde, peu importe ce que les méchants de dessins animés idiots que les autres enfants suivent avec tant d'intérêt peuvent dire.
Eux-mêmes sont dominés par la peur. La peur d'être vaincus, la peur de n'être rien. C'est qu'elle a plusieurs formes, la peur, plusieurs costumes différents : un pour chaque être humain sur cette Terre, selon moi.
Un petit soupir m'échappe et je me remets à frotter l'oreille de ma peluche. Je crois que je tremble un peu. J'aime ce genre de raisonnement logique. Ça me prouve que la peur ne m'a pas encore dévoré tout entier.
Il faut que je contre la peur avec la ruse et la logique. Je vais penser à quelque chose qui m'aide à m'endormir. Voyons-voir... Il y a le célèbre « compté de moutons » mais tout le monde sait que ça ne marche pas. Et si il y a encore sur cette planète quelqu'un qui y croit encore alors je le lui dis : « Non, compter des pseudo-moutons imaginaires n'a jamais aidé, n'aide pas et n'aidera jamais quelqu'un à s'endormir ».
Par contre, il y avait le parfum et les chansons de Maman.
Ce parfum tout doux et un peu sucré. Un parfum de maman. Et ces berceuses chantées doucement, presque secrètement au creux de mon oreille... Quand elle me laissait dormir avec elle, je dormais bien et la peur me laissait tranquille. Mais maintenant Maman est dans une boîte très loin sous la terre. Et elle ne reviendra plus.
Ma gorge se serre quand je pense que je ne sentirais plus jamais son parfum, que je ne verrais plus jamais son sourire, que je n'entendrais plus jamais ses berceuses.
Je renifle. Il faut que je combatte les larmes, que je sois fort comme dit Monsieur Wammy. Ben oui mais c'est pas facile d'être fort quand on n'a que six ans et demi !
Je dois arrêter de penser à des choses déprimantes sinon je ne m'endormirais jamais. Je referme les yeux.
Je dois combattre ma peur.
Allons, essayons de raisonner logiquement : il est très peu probable que je meure en dormant, le cas de Papa était particulier. A six ans et demi, on ne fait pas d'AVC, à moins d'un cas exceptionnel, une maladie rare. Et puis, il m'est impossible de rester éveillé indéfiniment. Je finirais bien par m'endormir à un moment ou un autre. Et comme il est également impossible de rester endormi éternellement, je finirais bien par me réveiller ! Oui, c'est logique ! La pensée logique combat tout, même la peur. La peur est une réaction illogique et elle peut être combattue par la logique. N'est-ce pas ?
Mais raisonner me fatigue, le manque de sommeil dû à mes insomnies me fait cligner des yeux comme une chouette. Je suis fatigué, si fatigué.
Et pourtant je n'arrive à m'endormir.
Mes yeux se ferment, je me sens plonger dans l'inconscience. L'angoisse me re-mord encore plus fort, et je ne sais même pas pourquoi.
Mais qu'elle me laisse tranquille cette saleté d'angoisse ! Je veux dormir, moi ! La colère à l'égard de ma propre peur additionnée à la fatigue me fait suffoquer. Je suis exténué et je n'en peux plus.
J'en ai assez de me battre à la fois pour dormir et pour rester éveillé !
Je... Je...
-Bou hou hou !
Je fond en larmes sans raison. Les sanglots me font tressauter au fond des draps blancs.
Je suis fatigué !
Je veux dormir !
Laissez-moi dormir !
Je serre de toutes mes forces Monkey contre moi. Mes larmes mouillent sa fourrure et mon oreiller. Je n'en peux plus ! Maman ! J'ai besoin d'elle ! Il n'y a qu'elle qui puisse me faire dormir tranquillement !
Maman !
Je veux ma Maman !
Mamaaaaaannnnnnn ! Rendez-moi ma Maman !
Je n'essaie même plus de serrer les dents pour arrêter les larmes, je me contente de hurler mentalement aussi fort que je le peux. Son image, son odeur, son sourire, ces images qui se ternissent déjà un peu dans ma mémoire d'enfant, je veux la revoir, la retrouver, me blottir dans ses bras et lui raconter mon chagrin. Je veux qu'elle me murmure les mots tout doux qui guérissent et qui consolent et m'endormir tout doucement contre elle. Je ne veux pas que ma Maman soit dans une boîte sous la terre !
Maman !
Soudain, la porte de la chambre s'ouvre. Je me redresse dans le lit blanc, les joues encore striées de larmes.
Dans l'encadrement de la porte, en contre-jour, il y a Monsieur Wammy. Il est rentré ? Je ne l'ai même pas entendu... Est-ce possible ?
-Lawliet ? Ça ne va pas ?
Il s'approche de moi et s'assoit sur le bord du lit, encore vêtu de son grand imperméable gris et de son chapeau mou. Il a vraiment l'air inquiet.
-Je t'ai entendu pleurer. Qu'est-ce qui se passe ? Il y a un problème ?
Je le regarde un moment avant de répondre :
-Je n'arrive pas à dormir.
L'intonation enfantine et innocente de ma voix semble le surprendre. C'est vrai que jusque-là je n'ai pas vraiment employé des mots ni eu des attitudes d'enfant de six ans.
-C'est pour ça que tu pleures ? Continue-t-il avec sollicitude, cherchant visiblement à comprendre la source de mes larmes.
Je ne sais pas si j'ai vraiment envie de tout lui dire. Il n'est pas ma Maman. Mais après tout, je ne suis pas un idiot, ma Maman ne reviendra pas. Je ne la reverrai jamais. Pourquoi ne pas tout lui dire ?
-Oui.
-Qu'est-ce qui te fais dormir d'habitude ?
-Ma Maman.
Un long silence suit ma déclaration, ou alors est-ce la voix larmoyante qui m'a échappé qui fait cet effet ? Il semble comprendre qu'il est impuissant face à la situation. Il y a peut-être aussi de la compassion dans son expression... je ne suis pas sûr, je ne le vois pas bien dans la pénombre.
-Tu as souvent du mal à dormir comme ça ? Persévère-t-il.
-Toujours.
-Tu sais pourquoi ?
-Parce que j'ai peur.
-Tu as peur ? il a visiblement l'air surpris.
-Oui.
-De quoi ? Des monstres ? Des cauchemars ? Du noir ? Tu veux que j'allume une lumière ?
-C'est pas ça. J'ai peur de ne pas me réveiller.
La façon dont les yeux de s'écarquillent est si drôle que j'en oublierai presque mon chagrin.
-Tu sais, tout le monde dort mais la plupart des gens se réveillent bien vivants. Tu n'as pas à t'en faire pour ça Lawliet.
-Mon Papa, lui, il ne s'est jamais réveillé. Et on l'a mis dans une boîte. … … Et après on l'a enterré.
La main de Monsieur Wammy se pose sur mon épaule. Il a l'air de comprendre. Serait-ce possible ? D'habitude, je ne suis pas très câlin, mais là, ce contact est étrangement rassurant. En fait, je crois que j'ai envie de me blottir dans ses bras. Je ne vois pas pourquoi je m'en prive.
En une fraction de seconde, je me réfugie contre lui. Il a dû être surpris parce qu'il n'a pas réagi tout de suite. Puis, doucement, il m'a serré dans ses bras. C'est doux et apaisant. Je me sens mieux. Il n'a pas bougé. Moi non plus. J'étais vraiment bien. Ce n'est pas comme avec Maman mais c'était déjà ça.
Doucement, je me sens glisser. Monsieur Wammy me murmure quelque chose que je n'écoute pas. Des mots tout doux, qui guérissent et qui rassurent. Pas aussi forts que ceux de Maman, mais c'est déjà ça. Mes yeux se ferment tout seuls. Je me sens flotter un moment, comme si j'étais sur un nuage.
Et je m'endors.
Monsieur Wammy a calmé la peur.
Parce que moi, la nuit, si je reste éveillé c'est parce que sans me l'avouer, j'ai peur de dormir.
Fin
NOTE IMPORTANTE : Je ne trouve sincèrement pas que Lawliet(-kun) soit laid ! Personnellement, je le trouve même très beau (n'en déplaise aux fans de Kira !)
RAPPEL : Si vous voulez que j'écrive une fic sur une peur en particulier, faites-moi signe, je vous l'écrirait ! (dans la mesure du possible bien sûr, mais « impossible » n'est pas Jeremiah !)
