Chapitre 4: « Rencontres décisives et meurtres mystérieux »

Le lendemain après-midi, à New York.

Amita prit place dans l'un des fauteuils du salon de l'hôtel, regarda sa montre et dit à Charlie pendant que ce dernier s'asseyait à son tour:

« Il est bientôt 15 heures, le professeur Suresh et son ami ne devraient pas tarder... Quand je pense que nous avons parlé de lui hier dans la journée et qu'aujourd'hui nous allons le rencontrer ! Il y a vraiment de ces coïncidences parfois...

- Même si tout cela est surprenant, Amita, pour ma part je ne crois pas beaucoup aux coïncidences... La plupart des événements résultent bien souvent d'un enchaînement relativement ordonné de choses, mais comme nous n'en avons pratiquement jamais conscience, nous pensons que c'est le fruit du hasard !

- Donc tu penses que le fait d'avoir parlé du professeur Suresh et de son fils hier aurait pu inciter celui-ci à nous contacter ?, demanda la jeune femme en souriant.

- Pourquoi pas ?, lui répondit Charlie en souriant également. Ou alors ce sont nos travaux qui ont pu attirer son attention !

- Je ne vois pas bien comment...

- Moi non plus, mais nous ne devrions pas tarder à le savoir ! J'aperçois deux jeunes hommes là-bas, on dirait bien que ce sont eux ! »

Pendant que le mathématicien s'adressait à son amie, Mohinder et Peter étaient justement en train de regarder dans leur direction. L'infirmier murmura à l'oreille de son compagnon:

« On dirait bien le professeur Eppes, là-bas... Il ne t'a pas dit qu'il serait accompagné d'une de tes compatriotes ?

- Oui, c'est bien lui, répondit le généticien en se dirigeant vers le salon de l'hôtel. On y va, Peter ?

- Après toi ! »

Quelques secondes plus tard, les deux hommes étaient devant Amita et Charlie, lequel prit la parole:

« Professeur Suresh, je présume ? Bonjour, je suis le professeur Eppes, ajouta le mathématicien en tendant la main.

- Bonjour, professeur, répondit l'Indien en lui serrant fermement la main. Je suis vraiment heureux de pouvoir vous rencontrer... Permettez-moi de vous présenter un ami, Peter Petrelli...

- Monsieur Petrelli..., fit Charlie

- Oh ! Appelez-moi Peter, professeur !, s'exclama l'infirmier.

- Bon, d'accord, Peter... Messieurs, je vous présente ma consoeur et amie, Mademoiselle Amita Ramanujan, une compatriote pour vous, professeur Suresh !

- Peter, professeur Suresh, dit la jeune femme en leur serrant la main tour à tour.

- Mademoiselle, fit le plus jeune des frères Petrelli en inclinant légèrement la tête.

- Mademoiselle Ramanujan, bonjour... », murmura Mohinder, soudainement troublé de sentir la main de la jeune Indienne dans la sienne tandis que son regard plongeait dans celui de sa compatriote.

Le généticien se crut momentanément hors du temps: en serrant la main d'Amita, il avait senti son coeur et sa respiration s'accélérer, et il n'avait su détacher son regard de celui de la jeune Indienne, qui le regardait également. Mais il n'eut guère le loisir de s'étendre davantage sur cette étrange impression, car la voix de Charlie le ramena brutalement à la réalité:

« Bien, maintenant que nous avons fait les présentations, si vous nous disiez en quoi nous pourrions vous aider ?

-Oh, euh..., bafouilla Mohinder, qui se força à reprendre contenance. Comment dire... En fait, ce ne sont pas vos travaux qui m'intéressent, professeur Eppes, mais... vous.

- Moi ?, fit le mathématicien, surpris.

- Oui, vous... Comment vous expliquer... Mon père était un généticien très connu dans notre pays, il étudiait le génome humain depuis déjà de nombreuses années lorsqu'il a commencé à élaborer une théorie selon laquelle l'humanité évoluerait par bonds, à des moments donnés de son histoire... Au début, j'étais sceptique comme la plupart de nos confrères, mais en me penchant sur ses recherches, je me suis rendu compte que mon père avait mis le doigt sur quelque chose d'incroyable...

- C'est-à-dire ?, demanda Amita, intriguée.

- Eh bien..., soupira le généticien, mon père a découvert que certaines personnes possédaient des capacités tout à fait extraordinaires, comme la télékinésie ou une ouïe surdéveloppée...

- Vraiment ?, fit Charlie en arrondissant les yeux.

- Oui... Il a demandé à ces personnes s'il pouvait prélever un peu de leur ADN pour l'étudier et il est apparu que certains gènes étaient devenus actifs, ou avaient subi une mutation, rendant possible l'apparition de ces facultés... Il a commencé à dresser une liste de personnes présentant une ou plusieurs capacités, et c'est ce qui m'amène aujourd'hui vers vous...

- Moi ?, dit le mathématicien. Mais comment...

- Si vous le permettez professeur Eppes, intervint Peter, je vais vous démontrer les dires de Mohinder. Il y a parfois certaines choses qui ne peuvent être expliquées que par des actes... Alors allez-y, soumettez-moi une opération mathématique bien compliquée, par exemple !

- Pardon ?, fit Charlie, complètement abasourdi.

- Euh... Peter a raison, reprit le généticien, je n'arriverai pas à vous convaincre rien qu'en vous parlant des travaux de mon père... C'est bon, vas-y Peter, personne ne nous regarde... »

Et avant que le mathématicien et Amita n'aient pu dire ou faire quoi que ce soit, l'infirmier avait fermé les yeux un court instant, les avait rouverts, tendu la main en direction du pot pourri qui ornait la petite table autour de laquelle tous étaient assis, et les deux résidents de Los Angeles virent le pot pourri en question se soulever dans les airs...

**********

Au même moment, dans les locaux du FBI à Los Angeles

Don Eppes regarda sa montre avant de se saisir de la cafetière. Il était 18 heures, et il n'était pas sûr d'avoir terminé sa journée. Alors qu'il se versait un café, sa collègue – et également petite amie depuis peu - Liz Warner arriva à ses côtés et lui tendit son gobelet en souriant:

« Pourrais-je moi aussi bénéficier de ce délicieux breuvage, Agent Eppes ?

- Uniquement si vous me promettez de déposer votre rapport sur mon bureau demain matin à la première heure, Agent Warner !, répondit Don d'un air qui se voulait sérieux.

- Tu pourrais même déjà l'avoir maintenant, fit la jeune femme d'un air las. Un règlement de comptes entre deux gangs qui fait 3 morts et 5 blessés, c'est un grand classique à Los Angeles ! En revanche, ce qui se passe depuis quelques temps de l'autre côté du pays sort nettement plus des sentiers battus !

- Tu veux parler de tous ces meurtres mystérieux qui ont lieu depuis quelques mois dans les environs de New York ?

- Oui... J'ai eu l'occasion de regarder les informations nationales ce midi et je dois avouer que je n'aimerais pas trop être la place des collègues de là-bas... Des victimes aux profils tous plus différents les uns que les autres, mais toutes retrouvées avec le haut du crâne découpé et la cervelle... beuh...

- Oui, moi aussi je dois reconnaître que je n'aimerais pas me trouver sur les lieux de ce type de crime ! Ah tiens, Megan, fit Don en s'adressant à sa collègue qui venait d'entrer, nous étions justement en train d'évoquer un sujet qui pourrait t'intéresser: les meurtres de New York...

- Ceux dont les victimes ont le haut de la tête découpé ?, demanda la profileuse en se servant un café. En effet, cela m'intrigue... Je n'arrive pas à comprendre les motivations du tueur...

- Il reste encore du café ?, lança Colby Granger en entrant à son tour dans la pièce.

- Oui, Granger, répondit Don en lui désignant la cafetière d'un mouvement du menton. Dis-moi, tu en penses quoi des meurtres de New York ?

- Les victimes retrouvées sans cervelle ? Ben... En dehors du fait que ça me donne envie de vomir rien qu'à imaginer l'état des têtes des personnes, je voudrais vraiment savoir ce qui peut pousser un être humain à en tuer d'autres de la sorte...

- L'assassin croit peut-être qu'en prenant le cerveau de ses victimes, il deviendra plus intelligent..., murmura Liz Warner.

- Ou encore plus fou qu'il ne l'est déjà... », dit Colby en regardant la jeune femme.

**********

Un peu plus tard dans la journée, à l'Hôtel Hudson, New York (quartier de Manhattan)

Quelques minutes s'écoulèrent avant que Charlie et Amita ne reprennent leurs esprits, complètement ahuris par le phénomène dont ils venaient d'être les témoins: Peter Petrelli, l'ami amené par le professeur Suresh, avait fait léviter un objet devant eux pendant plusieurs secondes ! Mohinder regarda attentivement les deux scientifiques de Los Angeles et leur dit doucement:

« Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai demandé à Peter de venir ici avec moi ? Si je n'avais fait que vous parler des travaux de mon père, au mieux vous auriez été un peu intéressés, au pire vous m'auriez pris pour un fou...

- C'est... c'est... c'est absolument fabuleux !, s'exclama Charlie en se redressant dans son fauteuil. Et vous dites que l'humanité, ou tout au moins certaines personnes à travers le monde, serait capable d'accomplir des choses similaires ?

Oui, professeur..., répondit le généticien. Peter possède la capacité de déplacer les objets par la pensée, mais ce n'est pas son... pouvoir de base...

- C'est-à-dire ?

- Eh bien... Peter a en réalité la faculté... « d'absorber » les dons des personnes... Un peu comme une éponge... Et comme il a déjà eu l'occasion de croiser un certain nombre de gens « spéciaux », il a ainsi d'autres cordes à son arc !

- Et maintenant que je vous ai rencontré, professeur Eppes, intervint Peter, j'ai acquis de vous vos capacités mathématiques !

- Pardon ?, fit Amita, les yeux ronds. Vous voulez dire... que les talents de Charlie en maths seraient en fait... une faculté qui lui viendrait de ses gènes ?

- C'est tout à fait ça, Mademoiselle Ramanujan, répondit Mohinder en la regardant. D'ailleurs, je... »

Le généticien sentit de nouveau son coeur s'accélérer et ses mains devenir moites. Sa jeune compatriote le troublait, mais il avait deviné au comportement de la jeune femme que celle-ci était attirée par le mathématicien et qu'apparemment ses sentiments étaient partagés. Il se força donc à reprendre le fil de sa pensée et reprit:

« Je suis sûr et certain que vos parents et votre frère, professeur Eppes, possèdent eux aussi des facultés, pas forcément la même que la vôtre, mais des facultés quand même...

- Si vous le dites..., murmura Charlie. Mais en ce qui concerne ma mère, vous ne pourrez malheureusement ni la rencontrer ni lui faire un prélèvement d'ADN: elle est décédée..., reprit-il tristement.

- Oh, je suis désolé, répondit Mohinder. Je l'ignorais...

- Ce n'est pas grave, professeur Suresh... Donc, si j'ai bien tout compris, vous pensez que ma famille est « spéciale » et vous voudriez alors rencontrer mon père et mon frère ?

- Oui, enfin... Uniquement si vous êtes d'accord, je ne veux surtout pas m'imposer...

- Je veux bien vous aider dans vos recherches..., murmura le mathématicien. Dites-moi donc à quel moment vous serez disponible pour venir à Los Angeles, et je vous arrangerai un rendez-vous avec mon père et mon frère...

- Je souhaiterais que Peter m'accompagne, professeur Eppes, dit Mohinder. Avec sa capacité d'absorption, il pourra nous dire quelles sont les facultés des membres de votre famille...

- En parlant de famille..., souffla le plus jeune des Petrelli. Si je pars pour Los Angeles avec toi, Mohinder, je pourrai difficilement le cacher à ma mère et à mon frère... Je pourrai toujours dire à ma mère que j'ai une opportunité de travail ou un stage à faire à l'autre bout du pays, mais Nathan... Il me connaît, il devinera que ce sera en rapport avec tes recherches... Je sais qu'il saura garder le silence là-dessus vis-à-vis de notre mère, et j'espère qu'il n'essaiera pas de me dissuader de t'accompagner... »