J'avais toujours détesté les samedis ; rien à faire, les bibliothèque fermaient plus tôt, les programmes télé était d'un vide affligeant et pour couronner le tout, je n'avais pas eu la moindre nouvelle de Jack depuis mon infernal cauchemar de la dernière fois. C'était étrange de dire ça, mais étrangement, cet élan d'adrénaline me manquait un peu. Et même si je devais souvent me taper un sprint pour choper mon train ou encore stressais comme une malade pour les examens... je- il n'y avait pas ce truc, cette 'étincelle', ce picotement dans les mains qui me donnait l'impression d'être en vie... 'Je me pose trop de questions...' me dis-je en reposant mes fiches.
A ce moment, mon portable sonna ; un numéro inconnu s'afficha. N'ayant rien de mieux à faire, je décrochai, et tombai sur nul autre que n/m/a.
- « Y/n ? Ah enfin, bon j'irais pas par quatre chemins ; on va à la piscine cet aprèm... penses-tu, Ô chère amie, pouvoir nous honorer de ta présence en ce jour ensoleillé et ceux malgré la quantité gargantuesque de fiches à mémoriser ? » demanda-t-elle d'un ton théâtral.
- « Toi t'as encore suivi Samuel au cours de théâtre... » dis-je en souriant.
- « Nooooon, penses-tu ? Enfin bref, tu viens ou pas ? » demanda-t-elle, un léger bruit de fond s'élevant derrière elle. Je ne répondis rien pendant un moment et passai une main dans mes cheveux. Soudain, je sentis quelque chose et quand je l'attrapai et le présentai à mes yeux, je vis la pince que Jack m'avait fabriquée... pouvais-je vraiment aller m'amuser en ne sachant rien de ce qui se passait avec lui ? Pouvais-je vraiment me couper de tout ça pendant une journée complète et faire comme avant ? « y/nnn~ » appela-t-elle.
- « Allez y/n j'ai fait de la muscu cette été ; t'auras l'insigne honneur d'en voir les fruits ! » ajouta une voix qui n'appartenait à nul autre qu'à Jacques.
- « Le chocolat ça fond tu sais, surtout avec ce soleil » répondis-je en riant. « C'est d'accord ; je viens. On va à Saverne ? » demandai-je, ma voix à demi-couverte part les rires et cris de joie des autres.
- « Nan on va à Strasbourg, ils ont fini les rénovations et je meurs d'envie de voir ce qu'ils y ont fait. Alors rendez-vous à la Place Broglie dans une heure, une heure et demie... Allez, à plus ! » dit-elle avant de raccrocher. Sans perdre de temps, j'embarquai mon maillot ainsi que le stricte nécessaire et laissai une note pour ma mère sur la table de la cuisine. Attrapant ma veste, je m'avançai pour prendre mes clefs, quand je me rendis compte que quelque chose manquai : mon pendentif.
Je retournai dans ma chambre en quatrième vitesse, et une fois mon pendentif autour du cou, je soupirai de soulagement ; maintenant je pouvais y aller. Je mon vélo, le laissai à la gare, pris le premier train vers Strasbourg, et après quarante minutes de trajet, j'arrivai enfin à la gare centrale. D'un pas tout aussi pressé, je courus prendre le tram C, et arrivai Place Broglie avec au moins vingt minutes d'avance.
Pour patienter, je m'assis sur un des nombreux bancs qui se trouvaient sur la place et continuai ma lecture en attendant. Au bout d'un moment, des gens m'interpellèrent ; des vacanciers qui voulaient que je les prennent en photo. J'acceptai et ils se placèrent devant le monument. Je reculai pour avoir le meilleur angle, quand je me rendis compte que je ne connaissais que trop bien le monument devant lequel ils se tenaient. Je pris néanmoins la photo, leur rendis leur appareil, et restai plantée devant le lieu même où tout avait commencé ; L'Opéra de Strasbourg
À mesure que je le contemplais, les souvenirs de cette nuit me revinrent en mémoire : les accrocs avec Liz, la trahison de Habet, les termites, les enfants mutilés... notre première marque d'affection... et la boîte... 'Maintenant que j'y pense, à quoi pouvais bien lui servir cette boîte si sa destruction n'entraînait pas sa mort ? Peut-être cette action l'avait uniquement affaibli... cela expliquerait son impuissance face à Isaac... mais s'il était affaibli, resterait-il au même niveau que lors de notre dernier moment ensemble ou bien, comme une saignée, cette 'blessure' le laisserait se vider de son énergie jusqu'à ce qu'il disparaisse totalement ?!' pensai-je affolée, ma main resserrée sur le pendentif. Était-est-ce la raison de son absence ? Était-il affaibli au point de ne plus pouvoir me faire apparaître dans son monde ? Non... si ça en avait été le cas, si Jack avait eu un problème Léna m'en aurait avertie ! Elle ne laisserait jamais Jack dans un état pareil...
- « BOUH !» hurla une voix derrière moi. Par réflexe, je me retournai et attrapant sa main, je lui tordis le bras et le mis à terre.
- « Hé y/n, c'est pas un cours d'auto-défense ici... et puis c'est pas comme si Jacques était un danger imminent...» dit n/m/a en riant. Je le laissai se relever et m'excusai pour avoir été si brutale ; il me mis la main sur l'épaule en souriant, et nous partîmes tous les quatre prendre le bus qui allait bientôt arriver.
Nous dûmes rester un peu plus longtemps que prévu dans le bus, car une voiture un peu plus loin était entrée dans un lampadaire, et finalement, après plus de vingt minutes, nous arrivâmes à la piscine de la Kibitzenau. L'architecture, bien que trop moderne à mon goût, en imposait tout de même. Suivant les autres, nous payâmes notre entrée avec les réductions que n/a avait ramené avec elle et nous séparâmes le temps de nous changer. Je profitai de ce moment, pour mettre la manivelle en sûreté dans une poche intérieur de mon sac. Toutefois, nous n'avions pas tant de chance que ça car, même si les prix étaient réduits en automne, ces dernier ainsi que le fait d'être samedi, ne changea pas grand chose à la foule qui se bousculait à la douche et surtout, au nombre ahurissant de gamins qui se pressaient aux toboggans.
Pendant près de deux heures, nous restâmes dans le grand bassin chauffé, mais après un arrivage particulièrement important d'enfants et de personnes âgées, nous optâmes pour le grands bassin de compétition. Seul désavantage de ce dernier, les jeunes qui faisaient la bombe des plongeoirs et rebords, sans même regarder si quelqu'un se trouvait en contre-bas. C'est alors que Jacques, fidèle à sa maturité défaillante, se mit également à plonger au beau milieu des nageurs, ce qui lui valu des reproches, et ces derniers ne venaient pas que de nous.
- « Rhhooo ça va ! Allez les filles lâchez-vous un peu ! On est là pour rigoler ! Vous êtes pas cap' ou quoi ? » cria-t-il avant de replonger.
- « Tu vas voir si on est 'pas cap' » lança n/m/a le poing en l'air. « Allez les filles, on va lui montrer qu'on est pas des lopettes ! » ajouta-t-elle avant de se propulser vers la margelle puis vers le plongeoir d'où elle s'élança avec force. Juste après, n/a se plongea à son tour, performant un magnifique mais douloureux plat dont elle se plaint bruyamment.
- « HEY ! ALLEZ Y/N, À TON TOUR ! TU NE VAS QUAND MÊME PAS NOUS DIRE QUE T'AS LA TROUILLE D'UN PETIT PLONGEON DE RIEN DU TOUT ! » cria Jacques en me tirant sur le bras. Je dégageai mon bras, montai sur le rebord puis me dirigeai vers le plongeoir d'où j'avais une vue d'ensemble de la salle. Je baissai les yeux, scrutant le bassin pour être sûre de ne gêner personne, je m'apprêtais à sauter, quand une ombre furtive fit son apparition dans l'eau. Me redressant d'un coup, je failli perdre l'équilibre, mais me stabilisai au dernier moment, les yeux grands ouverts.
- « Y/N... TU FAIS QUOI ?! ME DIS QUAND MÊME PAS QUE T'AS PEUR DE PLONGER ! » cria-t-il d'un ton moqueur. Secouant cette vision de ma tête, je fermai le yeux, pris une profonde inspiration et m'élançai. Je fendis la surface sans problème, et remontai au bout de quelque secondes. Les autres applaudissaient et sifflaient ; je leur souris en retour. Au fond, je les soupçonnais d'avoir organisé cette sortie sous l'influence de Jacques qui semblait aux anges.
Je m'apprêtai à les rejoindre, quand je sentis quelque chose frôler ma cheville puis, d'un coup sec, je fus attirée vers le fond du bassin. Par pur instinct, je me repliai sur moi-même pour atteindre ma cheville et me dégager mais une sensation gluante et froide fis reculer mes mains, et j'ouvris les yeux malgré la présence de chlore. Je le regrettai bientôt, car je me trouvai alors face au cheval le plus immonde que j'avais jamais vu ; les yeux verdâtres et vitreux, la peau lisse et visqueuse ainsi que des parties manquante de son anatomie, me firent si peur, que j'en ouvris inconsciemment la bouche. Alors que je buvais la tasse, je sentis une autre tension au niveau de ma cheville, et vis qu'une autre de ces créature venait d'attaquer mon assaillant. Ce dernier fut contraint de me lâcher, et alors que les deux se battaient et que, dû au manque d'oxygène, je perdais peu à peu connaissance, je sentis quelque chose m'agripper violemment le bras, et me tirer vers le haut... ou était-est-ce le bas... ?
Soudain, je sentis une forte pression sur mon plexus qui me fis arquer le dos, l'eau que j'avais avalé enfin hors de mes poumons. Les yeux exorbités, mes oreilles bourdonnaient, mes yeux me brûlaient, et alors que je sentis quelque chose se poser sur mon épaule, je ne pris pas la peine de réfléchir et, attrapant cette chose, je le fis passer sous moi et, trouvant ce qui ressemblait à une gorge, je le serrai de toutes mes forces.
À ce moment, je sentis que l'on m'enserrait et me débattis jusqu'au moment où je parvins à comprendre des bribes de phrases que des gens hurlaient sans cesse.
- « Y/n ! c'est moi Jacques, calmes-toi ; c'est fini tout va bien maintenant... » dit-il en répétant continuellement la dernière partie de sa phrase, ses mains prévenant ma tête de regarder ailleurs que dans ses yeux. « C'est bon c'est fini, t'as plus rien à craindre » ajouta-t-il en m'enlaçant. À ce moment, je ne savais si je pleurais à causer de la frayeur que j'avais eu, ou si l'eau chlorée en était la seule fautive. Toutefois, tournant ma tête pour voir autour de moi, je remarquai, dans le fond de la salle, une grande ombre immobile qui disparut peu après que je l'aie remarqué.
- « Reculez mon garçon cette fille peu attaquer à tout moment.. » dit un homme derrière moi.
- « Ne vous inquiété pas, elle est calme maintenant et je prend l'entière responsabilité de ses actions... » répondit Jacques en me serrant encore plus.
- « Vous en êtes sûr ? Elle ne vous posera que des problè- »
- « Ça ira merci... » répondit-il d'un ton un peu aigre. Il m'aida à me lever, récupérer mes affaires et finalement, c'est à dix-sept heures trente que nous sortîmes du bâtiment.
- « Bon, on fait quoi maintenant ? Si vous voulez on peut faire un crochet par chez moi et se prendre quelque chose à boire... » demanda n/m/a un peu nerveuse. Personnellement, je ne voulais pas rester un instant de plus ici, ni avec eux... je les adorais, là n'était pas le problème... mais je ne voulais pas leur causer plus de soucis.
- « Je-je crois que je vais rentrer... j'me sens pas super bien... une autre fois peut-être.. » dis-je en me dirigeant vers l'arrêt de bus. J'entendis à peine leur réponse, trop plongée dans mes pensées ; n'étais-je donc plus capable de vivre une vie normale parmi eux ? Je vérifiai que le bus qui était présent était le bon et, voyant que c'était le cas, je montai et m'installai le plus possible à l'arrière.
- « Allez y/n fais-moi un peu de place » dit joyeusement Jacques en s'affalant à côté de moi. « j'te raccompagne » annonça-t-il avec un grand sourire.
Tout au long du trajet, Jacques fut le seul à parler... le temps, les cours, les exams, les parents... tout y passait avec plus ou moins d'humour. Mais même si l'une au l'autre de ces remarques me fit rire, je ne parvenais toujours pas à me sortir ce moment de la tête, et alors que nous attendions notre train, mon regard fut attiré par une ombre filiforme qui, cette fois-ci, ne sembla pas se décider à bouger.
- « Allez rigoooooole~ » dit-il en me chatouillant. Quand il eu enfin pitié de moi, il s'arrêta mais laissa son bras autour de mes épaules. Méfiante, je jetai un dernier coup d'œil dans la direction de cette ombre, et remarquai qu'elle avait disparu.
Le train arriva peu après, et une fois arrivés à Saverne, et comme il commençait à faire nuit, il me proposa de me raccompagner ; je refusai.
- « Allez, je ne peux tout de même pas te laisser rentrer toute seule après- » dit-il avant de s'arrêter, laissant un silence particulièrement gênant s'installer. Je lui dit de ne pas s'inquiéter, mais avant même que je n'ai le temps de monter sur mon vélo, il me pris la main et commença à balbutier quelque chose de vaguement compréhensible.
- « Jacques... si tu veux me dire quelque chose, fait simple ; je comprend rien à ce que tu racontes ! » dis-je sentant une migraine arriver.
- «Ça fait longtemps qu'on se connais maintenant, etjevoulaissavoirsituaccepteraidesortiravecmoi ! » dit-il d'un trait. Le temps de décomposer sa phrase et de l'assembler pour en faire une suite logique de mots... et je me mis soudain à regretter amèrement de lui avoir demandé de mieux s'expliquer.
- « Je te demande pardon ? » dis-je dans l'espoir d'avoir mal compris. C'est quand il ne me quitta pas des yeux que cet espoir mourut de la façon la plus lamentable possible. Il approcha son visage du mien et dis les mots que je ne voulais plus entendre que d'un autre. Je baissai rapidement la tête, ses lèvres se posant sur mon front. Il se recula lentement, son regard mélancolique ; le geste était clair.
Je m'excusai, et partis en vélo le plus vite possible ; jamais rien ne se passait comme je le souhaitais !
Il était environs sept heure quand j'arrivai chez moi et, voyant que la maison était encore vide et comme je n'avais clairement pas faim, je décidai d'aller me coucher immédiatement ; au moins je serrais parée pour demain.
