Chapitre 4.
La devanture de la pâtisserie avait un petit côté féerique. Ornée de bonbons lumineux gigantesques et d'une décoration digne du château de la belle au bois dormant, le présentoir regorgeait de pâtisseries appétissantes, de sucreries alléchantes et de douceurs enivrantes. La petite boutique était parvenue à impressionner les frères Winchester.
« Ouah. » prononça Dean, les yeux grand ouverts, tel un petit enfant devant le Papa Noël.
« J'ai une indigestion rien qu'à regarder la vitrine… » Renchérit Sam, l'air dégoûté.
« Ah bon ? » s'étonna Dean en franchissant la porte. « Moi ça me donne faim. Allez, Grincheux, qu'est-ce que tu attends ? »
Sam entra avec réticence tandis que Dean dévorait la boutique du regard. Ils s'arrêtèrent devant la caisse, attendant que Lilly Foxworth fasse son apparition. Elle finit par sortir de l'arrière boutique, un plateau de nougatines dans les mains. Elle était jeune, environ l'âge de Sam, et d'une beauté éblouissante. Grande et mince, de longs cheveux bruns ondulés contrastaient sur sa peau très claire, et ses yeux verts brillaient telles deux émeraudes, simplement mis en valeur par une touche de mascara. On aurait dit une poupée de porcelaine. Elle s'avança gracieusement vers les deux frères et posa un regard intéressé sur Dean, manifestement très à son goût. « Que puis-je pour vous, messieurs… ? »
Dean se sortit de sa contemplation. « Hum, je suis Dean James et voici mon partenaire, Sam Beckett… »
« Comme l'écrivain ? » l'interrompit la jeune femme.
Sam se passa la main dans les cheveux. « Mes euh, parent étaient de euh, grands fans… »
« Bref, » reprit Dean en sortant un faux badge, « Nous sommes de l'institut national de la santé. Nous avons été informé qu'un lot de plantes médicinales avait été contaminé par des pesticides et la pharmacienne, madame Granger, nous a indiqué qu'elle vous avait vendu de la poudre de buis et de l'essence de bruyère provenant probablement de ce lot. Nous devons récupérer ces échantillons pour étude. J'espère que vous ne vous en êtes pas servie ? »
Lilly eut l'air surpris quelques secondes. « Une contamination par des pesticides ? C'est dangereux ? Pourquoi n'en ai-je pas entendu parler ? »
Sam se racla la gorge. « Eh bien, l'information vient tout juste de nous parvenir. Le danger dépend de la dose ingérée, vous pouvez ressentir nausées et maux de têtes, mais une personne est tombée dans le coma dans le Minnesota. C'est pour cela que nous devons récupérer la marchandise. Auriez-vous l'amabilité de… »
« Oui, oui, bien sur. » Elle se pencha pour prendre les échantillons de plantes sous son comptoir, et le col de sa chemise laissa échapper son collier. Elle se releva et tendit le sachet et la petite fiole à Dean, qui gardait le regard fixé sur son cou.
« Joli pendentif, » constata-t-il tout en saisissant les objets qu'elle lui tendait. « Le motif est intéressant. A-t-il une signification particulière ? »
Lilly porta instinctivement la main à son collier et le glissa dans son corsage. « Je ne sais pas, il appartenait à ma grand-mère. »
Les yeux verts du jeune homme s'étrécirent. Il lança à la jolie brune son plus charmant sourire et s'avança vers elle. « Cela vous dérange si je le regarde de plus près ? » Voyant l'air dubitatif qu'elle affichait, il ajouta en haussant les épaules : « Mon oncle était antiquaire et m'a transmis sa passion des objets anciens. Sam, lui, est un grand fan de tous ces gadgets technologiques, il n'y comprend rien. » Il se retourna pour sourire à son frère, qui lui retourna un regard blasé. « Et puis, ce collier est si joliment porté… »
Lilly se mordit la lèvre inférieure puis ressortit le pendentif pour le montrer. Le jeune chasseur s'approcha d'elle et saisit délicatement le bijou, toujours accroché au cou de sa charmante propriétaire. L'objet semblait très ancien, constitué d'entrelacs de bronze aux motifs celtiques. Une pierre d'émail rouge l'ornait en son centre. Dean leva la tête vers la jeune pâtissière et la remercia en souriant. Ils se regardèrent les yeux dans les yeux un bon moment, et un silence étrange s'installa dans la petite boutique. Mal à l'aise, Sam commença à osciller d'un pied à l'autre, jusqu'à ce que la jeune femme rompe la bulle qu'elle avait créée. « Autre chose, messieurs ? »
Dean retourna aux côtés de son frère. « Ce sera tout. Merci pour votre coopération, Mademoiselle Foxworth. »
« Ce fut un plaisir. » Répondit-elle avec un grand sourire.
Les deux frères sortirent de la petite boutique en silence et rejoignirent leur rutilante voiture noire.
« Tu aurais pu être encore plus discret ! » s'exclama Sam en s'asseyant. « Mec, tu l'as pratiquement reniflée ! »
Dean haussa les épaules. « Elle sentait l'orgeat. »
« Quoi ? » répondit Sam, interloqué.
« C'est simple. Elle se sert des sucreries pour approcher les enfants dans leur chambre, sans qu'ils ne donnent l'alerte. Les herbes, le collier qui ressemble fortement à la marque sur la poitrine des victimes et l'odeur d'orgeat… On a trouvé notre grande gagnante. »
« Il ne nous reste plus qu'à trouver un contre-rituel. » Affirma le plus jeune des frères avec résolution.
