Note de l'auteur : Voici enfin la rencontre entre Blaine & Burt. Je ne peux pas vous en dire plus sans vous dévoiler la fin, alors je vais vous laisser lire ce chapitre. Merci à tous ceux qui prennent le temps de me lire.
My wish.
Blaine fixait la porte rouge qui se trouvait devant lui comme s'il s'agissait de la porte ouvrant sur la salle du Jugement Dernier. Et, dans son esprit, c'était vraiment cela. Sauf que la personne qui allait décider s'il pourrait vivre ou devrait mourir n'était pas Dieu, mais Burt Hummel. Burt Hummel, que le vendeur trouvait bien plus terrifiant que la grande figure de l'Éternel parce qu'il était le seul qui avait assez d'influence sur Kurt pour le convaincre qu'il n'était pas la personne avec qui il pourrait passer le reste de ses jours. Et ce jugement serait bien pire que toutes les damnations les plus horribles. Alors, même si son amant l'exhortait à la tranquillité depuis qu'ils étaient montés dans la voiture qui les avait transporté jusqu'à San Fransisco, Blaine se faisait l'impression d'un accusé attendant que le Juge de la Cour Suprême ne rende son verdict.
Son cœur battait tellement rapidement qu'il entendait le sang pulser à ses oreilles et sa jambe gauche tressautait nerveusement, semblant ordonner à Blaine de s'enfuir pendant qu'il le pouvait encore. Mais la main de Kurt était fermement ancrée à la sienne, malgré la moiteur de la paume du vendeur, et l'obligeait à rester avec lui, sur le perron de la maison des Hummel-Hudson. Il allait certainement faire un malaise avant que quelqu'un n'ouvre la porte parce qu'il avait chaud, peinait à respirer convenablement et qu'il sentait ses muscles se contracter seuls, comme s'il se trouvait en pleine séance de boxe. Ou peut-être qu'il allait céder à la nausée qui montait de son estomac et vomir sur les chaussures de Burt, ou de Finn, ou de Carole. Et ce ne serait définitivement pas la meilleure manière de s'attirer les faveurs de la famille de Kurt.
- Tout va bien, Blaine, chuchota Kurt.
- Pourquoi maintenant ? gémit le vendeur. Pourquoi pas plutôt dans un mois ou… Un an ?
- Nous vivons ensembles depuis un ans, et nous connaissons depuis trois, mon Amour, répondit le châtain avec amusement. Je crois que nous avons assez attendu. Mon père demande à te rencontrer depuis une éternité, et si je n'avais pas été si occupé par mon travail, nous serions venu bien avant.
- Mais il me connaît ! glapit Blaine. Nous nous parlons au téléphone, quand il appelle et que je décroche.
- Tu parles des quelques secondes pendant lesquelles tu débites des lieux communs sur la météo parce que tu es terrorisé à l'idée d'avoir une vraie conversation avec lui ?
- Je ne suis pas terrorisé, marmonna Blaine. Je suis prudent.
- Oh Blaine, tu parles de mon père comme s'il était un fou furieux ! s'exclama Kurt en étouffant un rire. Il ne va pas te tuer ! Carole ne permettrait jamais que cela se produise chez elle, de toute façon.
Le vendeur tourna si brusquement la tête vers lui que son cou craqua, et son amant éclata de rire devant sa mine effrayée.
- Je te déteste, Kurt.
- Tu ne peux pas me détester, affirma le châtain.
- Ah oui ? Et pourquoi ?
- Parce que.
- Ce n'est pas une…
Blaine fut interrompu par les lèvres chaudes et acidulées de Kurt qui se posaient sur les siennes. Effectivement, c'était un bon argument, songea le vendeur tandis qu'il entourait de sa main libre la taille de son amant pour l'attirer contre lui.
- Bonjour, Blaine Anderson, fit une voix grave en appuyant sur son prénom.
Le vendeur sursauta violemment et s'écarta vivement de Kurt, manquant de trébucher sur l'imposante valise grise du modéliste et se rattrapant de justesse à l'épaule du châtain qui laissa échapper un petit cri de douleur quand les doigts de Blaine s'enfoncèrent dans les creux de sa clavicule.
- Je… On… Ne…
Blaine sentit ses joues s'empourprer et s'obligea à inspirer profondément, tentant de focaliser son regard ailleurs que sur les énormes mains de Burt Hummel. Sa casquette d'un vert passé sembla être un excellent compromis et il reprit la parole d'une voix légèrement tremblante en s'adressant à l'ours brun buvant un soda qui se trouvait sur le tissu. Il savait que ce n'était pas très poli, mais s'il regardait Burt Hummel maintenant, il ne parviendrait jamais à prononcer une phrase correcte.
- Bonjour, Monsieur Hum...
- Papa ! s'écria Kurt, en noyant la fin de sa salutation.
Le châtain enroula ses bras autour du cou de son géniteur et plaqua deux baisers sur ses joues, avant de le serrer brièvement contre lui, en se haussant sur la pointe des pieds. Et Blaine ne pu s'empêcher d'être un peu jaloux de la joyeuse relation d'amour qui reliait Kurt et Burt de façon flagrante, parce que lui ne vivrait jamais ce genre de scène avec Tom (et si cela venait à se produire, il irait sûrement se baigner dans une cuve d'alcool à désinfecter de peur que Blaine ne lui ait transmis son homosexualité par simple contact).
- Bonjour, fils.
- Attention à mon gilet Dior, papa, fit Kurt lorsque son père commença à frotter son dos, ne sachant visiblement pas comment répondre à la démonstration d'affection du châtain. Un faux-pli et tu ruineras les quinze minutes qu'il m'a fallu pour le repasser correctement.
Burt grogna en souriant et s'écarta de Kurt.
- Heureusement que tu ne travailles pas dans un pressing.
- Oui, heureusement. Parce que Blaine et moi peinons déjà à rembourser notre prêt avec mon salaire actuel. Alors, avec celui d'un employé de pressing, nous aurions finit à la rue.
Le front du garagiste se plissa légèrement.
- Tu exagères, Kurt, ne pu s'empêcher d'intervenir Blaine qui ne voulait pas que Burt pense qu'il laissait le châtain mourir de faim. Nous vivons bien. Simplement, tu ne peux plus courir les boutiques de luxe tous les week-end.
- Et d'ailleurs, tu t'en plains toutes les semaines au téléphone, finit Burt en donnant une petite tape affectueuse dans le dos de Kurt. Enfin, quand tu ne discours pas sur les différences de la soie et du coton. Ou sur la façon dont Blaine est merveilleux.
Ce fut au tour du modéliste de rougir légèrement et il protesta à voix basse mais Blaine savait que c'était la vérité parce qu'il entendait ce que Kurt disait à son père, quand ils s'appelaient. Même s'il faisait semblant d'être passionné par la télévision et de ne pas écouter ce que le châtain racontait, au téléphone, dans leur chambre.
- Où sont Carole et Finn ? demanda joyeusement Kurt, visiblement désireux de changer de sujet.
- Carole prépare votre lit et Finn essaye d'échapper à la boite à paroles qui est assise dans le salon.
- Oh, Rachel est ici ?
Rachel était la petite amie de Finn et une amie d'enfance de Kurt, avec qui il partageait ses rêves de grandeurs et son goût pour les paillettes. Ce qui leur avait valu de recevoir de sa part, au précédent Noël, un affreux coussins pailleté dont Blaine avait tenté de se débarrasser en le tachant, quelques jours plus tard. Mais c'était sans compter sur l'astuce du modéliste lorsqu'il s'agissait de tissu. Alors, las de se disputer avec Kurt au sujet de l'objet, Blaine avait fini par accepter qu'il trône sur leur canapé. Blaine savait également que Rachel était excessivement bavarde parce que Kurt passait régulièrement des heures au téléphone avec elle. Cependant, il n'avait jamais entendu le son de sa voix parce qu'elle appelait le châtain sur son portable.
Blaine s'imaginait Rachel comme une jeune femme boulotte, volubile et souriante, éternellement vêtue de couleurs pastelles. Une sorte de Tracy Turnblad du vingt-et-unième siècle. Malgré la description que lui en avait faite Kurt, incapable de lui montrer une image, arguant que Rachel avait trop horreur de son physique pour se laisser photographier. Heureusement qu'elle avait choisi de devenir metteur en scène et non comédienne, sinon son complexe aurait pu poser un certain nombre de problème.
- Nous devrions aller les rejoindre avant que Finn ne lance une razzia dans la cuisine.
Kurt attrapa la main de Blaine dans la sienne et passa devant Burt, pour entraîner le vendeur dans une entrée au papier peint de couleur crème, presque entièrement recouvert de photographies de membres de la famille Hummel-Hudson, ensembles ou seuls. L'une d'elle, sur lequel se tenait un petit Kurt faisant un coloriage et tirant la langue d'application, le visage couvert de traînées de couleurs, fit naître un sourire sur les lèvres de Blaine en même temps qu'un pincement au cœur : la dernière fois qu'il avait rendu visite à sa famille, toutes les photographies sur lesquels il apparaissait avaient disparu. Exceptée, à son grand étonnement, celle qui se trouvait dans la chambre de Cooper, où son frère et lui se battaient amicalement.
- Vous en avez encore ajouté ? demanda Kurt en s'arrêtant soudainement devant un grand cadre contenant Burt et Carole qui se souriaient, devant ce que Blaine identifia comme la Tour Eiffel. Vous allez devoir agrandir l'entrée si vous continuez !
Tandis que le châtain continuait de commenter les changements de la décoration qu'il n'avait pas vue depuis deux ans, le vendeur sentit le regard gris de Burt se poser sur lui et ne pu s'empêcher de tourner la tête, dans un réflexe.
Les iris de Burt glissaient sur lui, aussi froides qu'une lame de fer, et s'enfonçaient au travers de Blaine, qui se sentait comme un enfant prit en faute. Coupable d'enlever son fils, son unique source de bonheur durant des années et la seule preuve physique que sa femme avait existé, à un père. Et il ne pouvait pas lui en vouloir d'avoir du ressentiment envers lui, parce que ce serait comme lui en vouloir d'aimer son fils et de vouloir seulement le meilleur pour lui. Pourtant, Blaine n'ôtait pas Kurt à sa famille. Il veillait sur lui, pour le leur rendre épanouit et heureux, plus brillant à chaque visite et appel.
Puis, les yeux du garagiste dérivèrent lentement jusqu'aux mains liées des deux jeunes hommes et son visage s'éclaira d'un sourire discret. Son regard se fit soudainement plus chaud et les doigts de Blaine serrèrent plus fort ceux de Kurt, qui ne le réalisa pas, perdu dans sa critique d'un vase qui se trouvait sur un guéridon. Il avait la sensation qu'un combat intérieur se déroulait en Burt, celui des ombres et de la lumière, et que le garagiste ne savait vraiment à quel force il devait céder. Blaine ne pouvait plus qu'attendre que le père de son amant fasse son choix et la chaleur dans ses yeux laissait présager qu'il se rangerait du bon côté et n'entraverait pas sa relation avec Kurt.
- Tu devrais rejoindre le salon, Kurt, fit Burt. Tout le monde t'attend comme le messie.
Le châtain acquiesça et entraîna Blaine d'un pas sautillant sur environ un mètre, avant de se retourner brutalement.
- Tu peux rentrer nos valises, papa ?
- Bien sur, Kurt. Et Blaine va m'aider. N'est-ce pas, Blaine ?
Le vendeur interrogea Kurt du regard et le vit hocher la tête imperceptiblement.
- Oh, heu… bafouilla Blaine. Oui, bien sur !
Blaine abandonna la main de Kurt à regret et rebroussa chemin pour se trouver sur le perron, tandis que son amant pénétrait dans la pièce à vivre en provoquant de grands cris féminins qui provenaient probablement de Rachel. Et quand la porte se referma sur eux, les laissant face à face sur le perron, Blaine sentit son cœur s'affoler de nouveau, tandis que ses paumes redevenaient moites.
- Je prend la mauve et vous prenez la grise ? demanda innocemment le vendeur.
- Ne joue pas à l'idiot, Blaine, répondit Burt en croisant les bras. Tu sais bien que j'aurais pu m'occuper seul des valises.
Le vendeur soupira, avant de hausser les épaules, tandis qu'il tentait de ne pas laisser sa jambe tressauter de nouveau à cause de l'angoisse qui l'envahissait.
- Je pouvais toujours espérer le contraire.
Le garagiste sourit et Blaine songea que c'était un signe encourageant.
- Je voulais te parler de Kurt.
Blaine hocha la tête. Le moment qu'il redoutait depuis que Kurt lui avait annoncé leur voyage à San Fransisco était arrivé et dans quelques minutes, il serait fixé.
- Je… commença-t-il en se tordant les mains.
- Non, Blaine, coupa Burt. Je n'ai pas l'intention de te faire le discours du père protecteur que tu t'es imaginé durant le trajet. Je voulais juste que tu me fasses une promesse.
Le vendeur s'était attendu à beaucoup de questions et d'accusations, mais pas à cela. Et le ton calme sur lequel lui parlait Burt était mille fois plus impressionnant que n'importe quelle colère. Il ne parvenait à se détacher des yeux gris qui le fixaient comme s'il cherchait à lire au plus profond de son âme, lui rappelant légèrement Kurt, et tentait de se concentrer sur les paroles du garagiste plutôt que sur le rythme sourd du sang qui pulsait dans sa poitrine.
- Je veux que tu veilles sur lui et que son bonheur passe toujours avant le tien.
- Je n'ai jamais rien voulu d'autre, affirma Blaine d'une voix grave, depuis notre premier baiser. Son bonheur est le mien et je ne peux pas être heureux s'il ne l'est pas.
Burt s'avança vers lui et posa sa main sur son épaule, en lui souriant doucement tandis que la lumière chaude chassait la froideur de ses iris. Et Blaine ne put s'empêcher de songer aux cérémonies d'adoubement des Chevaliers du Moyen-Age en Europe, lorsque le Seigneur baissait son épée sur l'épaule de l'Homme afin de lui signifier qu'il faisait désormais parti des élus.
- Tu l'aimes vraiment, n'est-ce pas ?
- Tellement que je dois enfermer cet amour au fond de moi, parce que si je le laissais m'envahir, j'en deviendrai probablement fou.
Pendant une seconde, Blaine crut voir des larmes mouiller les yeux du garagiste. Mais ce devait simplement être un reflet du soleil qui brillait trop fort au dessus de leurs têtes.
- Allons au salon. Je suis certain que Carole, Finn et Rachel ont hâte de te rencontrer.
Et lui aussi avait hâte de les rencontrer parce que Kurt ne cessait d'évoquer la douceur de Carole, la naïveté de Finn et les anecdotes piquantes de Rachel. Et maintenant qu'il était certain que Burt ne le bouterait pas hors de sa demeure ou n'essayerait pas de convaincre son fils qu'il était un mauvais compagnon, il pourrait être plus tranquille et profiter pleinement de sa nouvelle belle-famille, qui deviendrait peut-être, avec le temps, la famille qu'il n'avait plus.
- Oui, Monsieur Hummel.
Les doigts du garagiste se contractèrent sur son épaule, ce qui aurait certainement fait défaillir Blaine quelques minutes plus tôt, lui conférant une petite bouffée d'adrénaline, avant que Burt ne s'éloigne de lui pour prendre les deux valises.
- Burt. Appelle moi Burt… Fils.
Le cœur de Blaine manqua un battement lorsqu'il entendit le dernier mot du garagiste, parce personne ne l'avait nommé de la sorte depuis que Tom avait eu connaissance de son homosexualité.
Note "culturelle" : Tracy Turnblad est l'héroine d'Hairspray.
