Se fait toute petite dans son trou et demande mille et une excuses pour cet honteux et inexcusable retard.
En dernier recours, elle remercie tous ceux qui, il y a longtemps, ont laissé une review - ce qui je le rappelle est le seul moyen pour un auteur d'avoir quelques réactions - et puis espère que cette suite ne vous déplaira pas trop parce que, contrairement à annoncé, une fois de plus, elle ne clôt pas l'histoire (Si j'avais voulu, il aurait fallu encore un bon mois de patience)
Promis, je vais essayer de faire la fin plus vite, mais ça risque d'être quand même un certain temps : cette fic me bloque un peu l'inspiration. Je tiens aussi à remercier Ocee qui a corrigé ce chapitre.
Maintenant, après avoir passé (tant) de temps à vous faire
25 septembre 1977 : James et Lily discutent, pour la première fois en plus d'un an et demi de la non-possibilité pour eux d'être un couple (dixit Lily) et la jeune fille continue sa vie d'aventures sans lendemain.
19 Octobre 1977 : Sirius explique à James qu'il est le seul à pouvoir faire ouvrir les yeux à Lily mais James a abandonné cette cause perdue d'avance.
5 Novembre : Match de Quidditch déplorable pour l'équipe Gryffondor qui gagne tout de même. James et Lily passent une bonne partie de la nuit dans le parc à discuter. La jeune fille, qui est un peu soûle, dévoile à James quelques-unes des raisons pour lesquelles elle ne peut pas l'aimer.
6 Novembre 1977 : Cours de Runes, Lily décide que James doit oublier ce qui s'est passé pendant la nuit bien qu'elle ne soit pas très sûre de ce que c'est.
7 Novembre 1977 : Première agression dans une classe, James dit à Lily qu'elle n'a pas demandé aux autres filles. Elle ne comprend pas.
9 Novembre 1977 : Lily veut des réponses, elle monte dans le dortoir des garçons et observe James dessiner silencieusement.
11 novembre 1977 : James emmène Lily sur la tour Ouest où il lui fait revivre certains souvenirs pour lui rappeler quelle fille géniale elle était avant. Il parle aussi de sa meilleure amie morte après la 3e. Lily finit par avouer qu'avec la guerre, l'amour est un fardeau dont elle ne veut pas s'encombrer.
11 Décembre 1977 : Lily a arrêté de sortir avec des garçons qui s'en étonnent. Elle a une discussion civilisée avec James qui ne peut pas s'empêcher de s'en réjouir.
13 Décembre 1977 : Lily est en retard au cours de potion et surprend une conversation entre deux filles au cours de laquelle elle apprend que James Potter rendait ravies ses petites amies mais ne couchait pas avec elles, puis, tout le monde pense qu'elle a repris ses mauvaises habitudes, James y compris, ce qui l'énerve (qu'il n'ait pas eu confiance dans le fait que les mecs ne l'intéressaient plus)
15 Décembre 1977 : Cours de métamorphose particulièrement barbant : les maraudeurs s'endorment et Morgan embrasse Remus en plein milieu du cours. Lily a également une retenue pour avoir échangé des mots avec Morgan.
16 Décembre 1977 : Lily nous fait part de son problème crucial : que choisir comme cadeaux pour ses amis ?
It's gonna be love
Phase IV : Eviter de faire de ses amis, ses ennemis.
19 décembre 1977
James Potter avait trouvé le moyen parfait de devenir célèbre. Non seulement chez les élèves, parce que son idée était parfaite pour avoir des migraines dignes de louper les cours avec excuse, mais aussi chez tous les hommes qui, comme lui, nageaient, coulaient et se noyaient dans les méandres de l'esprit féminin.
Il allait écrire un livre racontant toutes ses pérégrinations, les avancées fabuleuses et les sauts en arrière spectaculaires de sa relation avec mademoiselle Lily Evans. Ainsi, il ferait profiter tout le monde des maux de tête que lui donnait sa position.
Lily râlait, elle était en colère à cause d'une erreur de jugement qu'il avait eue. Ensuite, elle ne lui parlait plus en face mais parlait de lui avec ses amies. Et pour finir, elle l'embrassait (et elle embrassait rudement bien).
Bien sûr, au départ, il n'était venu que pour parler avec elle. Parler avec Lily Evans était déjà beaucoup plus que tout ce qu'il avait connu jusque là. Il avait presque abandonné l'idée qu'ils soient plus que ça. Mais il savait aussi que Lily avait besoin de temps et d'espace pour se remettre correctement de ses anciennes aventures d'un soir.
Il était d'accord avec ça. Il comprenait et acceptait. Et il avait presque oublié être amoureux d'elle. Et elle l'embrassait (et rudement bien). Il s'était dit que c'était juste pour le faire taire, sans avoir à lui parler. Comme ça, elle ne perdait pas.
Mais ce qui était arrivé était bien plus que ça. Ils s'étaient embrassés. Puis ils avaient flirté et ils s'étaient ré-embrassés. Ce n'était pas comme si elle avait pris conscience brutalement et s'était enfuie en courant, parce qu'elle venait de faire une erreur, qu'elle n'aurait jamais dû, …
Non, ils avaient passé la soirée ensemble. Et vraiment ensemble. Et il avait adoré ça. Ils s'étaient embrassés, ils avaient flirté et avaient discuté, ri – passé un bon moment ensemble.
En fait, ils étaient sortis ensemble, simplement. Pendant trois heures, ils avaient été un couple. Et maintenant, elle l'ignorait.
Et après, il y en avait qui prétendaient que l'esprit féminin n'était pas la chose la plus obscure qui existe ?
Trouver un moyen de forcer Evans à me reparler. Plus facile à dire qu'à faire. Ou peut-être …
James Potter, vous êtes un génie. Littéralement. Si je pouvais, je vous embrasserais.
Mauvaise idée – Sirius était rentré en plein pendant que le reflet du génialissime Potter dans le miroir était en train de se faire embrasser par son propriétaire.
Crise de fou rire.
N'empêche, rien ne nous privera d'une retenue commune Lily.
20 Décembre 1977« Je le savais ! » S'exclama Lily, en brandissant le journal sous le nez de Morgan – et donc sous celui de Remus. La jeune fille ne s'était pas encore aperçue que les deux tourtereaux semblaient plus proches que jamais.
Puis, son franc tomba. Avouer à Morgan qu'il était un loup-garou avait sûrement mis un peu de piquant dans leur vie. Elle croisa le regard de Sirius, qui semblait clairement dire que cette situation ne lui convenait pas plus que ça. Marre d'avoir une fille au nom de garçon dans les pattes.
« Et tu savais quoi, exactement ? » Morgan haussa un sourcil en parcourant la page « Qu'il y aurait une attaque à » Elle fronça les sourcils, cherchant le nom de l'endroit dans la masse d'information. « Glagowburry High Cinnamon clairière » Puis, un rictus se forma sur sa bouche «Eh ben, ça doit être joyeux d'envoyer une lettre là-bas, il te faut déjà toute l'enveloppe pour écrire le nom de l'endroit »
Sirius secoua la tête d'un air désespéré. « C'est pas loin d'ici » Fit-il remarquer
« Tu as des dons de voyance Lily ? » Se moqua Morgan « Tu as vu en rêves ce qui allait se passer ? Tu aurais dû le dire, ça aurait épargné des vies » Acheva-t-elle d'un ton ironique – et presque agressif.
Lily voulut répliquer – Lily aurait répliqué, si la manière dont la jeune fille avait parlé – si le comportement qu'elle avait depuis ce matin – n'était pas si antipathique. Froid, distant et hautain. Et particulièrement envers Lily.
« Je peux savoir ce que je t'ai fait ? » Demanda, aussi calmement qu'elle le put, la préfète.
Sirius fixait toujours Morgan de ce regard qui vous fige sur place, et, du coup, rien n'assurait plus que ce soit parce qu'elle lui volait son meilleur ami. « C'est vrai ça, Morgan. » Commença-t-il, lui aussi employant un de ces tons givrants, condescendants de pitié « Explique donc à Lily ce que tu as – ou mieux, explique lui donc en quels termes tu as parlé de ta meilleure amie ce matin même »
La rouquine laissa son regard voyager de Sirius à Morgan, puis le contraire. Remus la fixait comme il ne l'avait jamais fait. Presque gentiment, alors qu'habituellement, leurs rapports étaient plutôt… conflictuels. Les choses étaient anormales ce matin, et personne ne semblait vouloir expliquer à Lily ce qui les avait changées à ce point.
« Tu as perdu ta langue Zeller ? » Attaqua encore le jeune Black, avec une pointe de méchanceté « Ou bien c'est juste normal pour toi, d'attaquer tes amis dans leur dos ? »
« Est-ce que l'un de vous va me dire ce qui se passe à la fin ? » Cria Lily, en s'attirant plusieurs regards. Elle adressa un sourire contrit au reste de la salle commune, puis redirigea son entière et irascible attention au groupe.
Et contre toute attente, ou plutôt, comme il aurait fallu si attendre, Potter, qui jusque là avait parfaitement respecté la règle implicitement inaugurée par Lily du 'on ne se parle plus', intervint. « Rien de plus que d'habitude, Lil. Ce sont tes frasques – heu, tes frasques – tes/ta » Bafouilla-t-il, cherchant apparemment une manière de s'exprimer qui ne blesserait personne « disons, tes anciennes habitudes qui ont quelques répercussions sur l'entente au sein du groupe »
Elle se tourna rageusement vers lui. « Mes anciennes habitudes ? » Répéta-t-elle hargneusement, en partie parce qu'il avait fallu que ce soit lui qui réponde, en partie parce que l'humeur générale d'agressivité la rendait agressive « mes frasques sexuelles, c'est ça que tu voulais dire ? »
« C'est ça qu'il voulait dire, Lily » Acquiesça Sirius en se rapprochant d'elle. Le ton qu'il employait à ce moment était contrôlé, et beaucoup plus doux que la manière dont il interpella James. « Je croyais que tu étais amoureux d'elle ! » Lily baissa la tête et se tordit les mains. Sirius avait un don pour mettre les gens à l'aise. Et il était d'une subtilité inégalée « Pourquoi tu ne la défends pas quand tu entends comment ça » Il pointa Morgan du doigt « la traite ? »
« Que s'est-t-il passé ? » Répéta Lily, qui sentait ses nerfs s'effriter au fur et à mesure que la conversation stagnait
« Il se passe » Gueula Sirius, avant de reprendre un ton plus mesuré « Il se passe que j'ai trouvé ta soi-disant amie en train de t'insulter ce matin même dans mon propre dortoir ! »
Lily cilla. Elle nota mentalement de remercier ultérieurement Sirius d'être resté auprès d'elle, de l'avoir défendue et soutenue. D'avoir eu foi en elle. Mais surtout, elle se sentit comme quelques jours plus tôt, lorsque James lui avait tourné le dos. Et sa réaction ne fut pas de se précipiter sur Morgan pour l'égorger, mais bien de s'adresser à ce même Potter.
« Tu as participé à ça ? »
Il plissa les yeux. La cause de son énervement – ou plutôt, de sa froideur – n'était pas ce qui s'était passé dans le dortoir, mais bien l'ignorance que Lily lui avait témoignée. Puis, un sourire étira ses fines lèvres. « Si je dis oui, tu considéreras que je t'ai trahie, encore une fois, en n'ayant pas confiance en toi ? » Lily cilla à nouveau. Pour peu, elle en aurait perdu le fil de la conversation « Parce que dans ce cas, je vais dire oui »
« Ca tourne pas rond chez toi, Potter » grommela-t-elle, incapable de déterminer s'il se moquait ouvertement d'elle ou s'il avait quelque chose derrière la tête.
« Non, juste envie d'avoir encore une fois la chance de me faire pardonner »
Et il fit une mimique.
Celle d'une étreinte, et d'un baiser. Lily déglutit, Sirius grogna et Morgan retint un rictus. « Évidemment » Déclara-t-elle avec emphase, en répandant son venin « La tornade Evans a encore frappé. Laisse moi deviner, elle t'a fait découvrir les plaisirs de la chair ? » un sourire froid étirant ses lèvres, elle asséna le fond de sa pensée « parce qu'elle est douée à ça, n'est-ce pas ? Faire découvrir le sexe aux autres »
Lily Evans, septième année, préfète en chef et gryffondor de surcroît, leva le menton, et planta un regard glacial dans les yeux de sa meilleure amie. Elle avait tout compris. Morgan et Remus avaient passé la nuit ensemble (la jeune fille n'était pas rentrée) et, d'une manière ou d'une autre, la conversation au réveil avait dû dévier sur la première fois de chacun d'entre eux.
Et s'il n'y avait certainement pas eu de problème du côté de la jeune fille, elle n'avait jamais caché à personne que Remus était le seul et l'unique à avoir eu droit à ça, le lycanthrope n'avait pas eu d'autre choix que de lui dire la vérité.
Et la vérité, c'était bien sûr, Lily.
La jeune fille se leva, reprit son journal et darda les adolescents assis d'un regard sévère. Sirius attendait sa réaction, en lançant des coups d'œil agacés à Remus et James, et dégoûtés à Morgan. Morgan fixait Lily, se tenant prête à se jeter sur elle, Remus avait ce regard gentil- bizarre parce que tout était de sa faute. Et James, comme si tout cela ne le regardait pas, feuilletait un magazine de Quidditch.
D'un geste rageur, elle arracha le livre des mains du garçon, le lança par terre et tapa du pied dessus avant de faire demi-tour.
« Hey ! » Se défendit-il, en se levant à son tour, « Je t'ai défendue – quoi qu'en dise Sirius ! C'est pas parce que je ne me suis pas mis à détester Morgan que -»
« Tu viens Sirius ? » Demanda Lily, en le coupant dans sa tirade sans même lui adresser un regard, sans même en fait, se rendre compte qu'il parlait.
Le gryffondor se leva et rejoignit son amie en deux enjambées, puis, ils quittèrent la pièce. James soupira et se rassit.
« Génial, il manquait plus que ça. Une dispute collective. Comme si ma relation avec Lily n'était pas assez compliquée sans ça » Il se tourna vers le couple, l'air un peu plus impliqué qu'auparavant. « Qu'on soit bien d'accord, Morgan. Il est hors de question que je perde mon meilleur ami pour une question de jalousie ou de je ne sais quoi » Son regard croisa celui de Remus, et il rajouta « Aucun de (mes) meilleurs amis »
La jeune fille serra les dents, et ne rajouta rien.
« Bien » James se leva, content que son message soit passé, et il déclara gaiement – comme si cette perspective l'enchantait au plus haut point « Je vais voir si McGo a des nouvelles de nos retenues pour ce soir. Rabibochez-vous pendant ce temps »
A quelques centaines de mètres de là, Sirius et Lily marchaient côte à côte dans le couloir, dans un silence partagé. Lily réfléchissait et Sirius fulminait.
« Tu sais » La jeune fille finit par interrompre le silence alors qu'ils se rapprochaient de la grande salle d'où s'échappait déjà le bruit caractéristique des couverts s'entrechoquant et de la nourriture mastiquée entre deux conversations « elle ne devrait pas être en colère contre moi »
Le jeune homme l'accompagnant haussa un sourcil sceptique. « C'est vrai, c'est pas comme si t'avais couché avec son copain après tout » se moqua-t-il
« D'abord, ils n'étaient pas encore ensemble. Je ne pouvais pas deviner qu'ils allaient tomber dans les bras l'un de l'autre à l'époque. Ensuite, c'est grâce à moi qu'ils sont ensemble » Sirius toussa, essayant de dégager la salive qui avait obstrué sa trachée au moment où Lily avait établi la conclusion de son raisonnement.
« Si, je te jure. Le lendemain matin, Remus est venu me voir au déjeuner – et je l'ai envoyé paître d'une fort peu jolie façon – il fallait qu'il comprenne que ça n'irait jamais plus loin – entre nous, c'était pas envisageable. Morgan – elle ignorait ce qui s'était passé, évidemment, a trouvé que j'avais été un peu méchante alors qu'il ne m'avait rien fait – et elle est allée s'excuser pour moi près de lui. Et elle lui a proposé de déjeuner avec nous. J'en croyais pas mes yeux quand je les ai vus revenir ensemble, vers moi. Mais j'ai vu ses yeux, à Morgan. Ils brillaient. Alors, j'ai décidé de ne jamais rien dire sur ce qui était arrivé. »
Lily s'arrêta et se retourna vers Sirius, l'air très sérieuse. « En fait, ils devraient me remercier. C'est grâce à moi qu'ils sont ensemble. »
Le garçon la regarda trois secondes silencieusement, avant qu'un énorme sourire entache son visage et que la rancœur, due aux insultes du matin et dirigées vers son amie, disparaisse. « Tu t'entends parler des fois ? » Il la prit par les épaules et l'emmena vers la grande salle. « Je me demande quand même si tu crois un seul mot de ton baratin tu sais »
Lily sourit à son tour et n'ajouta rien. Elle pourrait toujours compter sur Sirius, et cela, elle le savait parfaitement. Elle pourrait même lui confier sa vie. Et pourtant, aussi bizarre que cela paraisse – et aussi bizarre que cela paraisse aux autres – elle n'avait jamais envisagé de sortir avec Sirius. C'était juste inimaginable.
Ils s'installèrent à table, l'un à côté de l'autre, près d'un groupe de sixièmes à droite, et de deuxièmes à gauche. Les premiers les dévisageaient avec envie – parce que les septièmes, au contraire des sixièmes, en auraient fini de l'école en juin. Les secondes, eux, les dévisageaient avec envie – parce qu'ils étaient les grands de l'école et qu'ils impressionnaient.
« Alors, avec James ? » Questionna le maraudeur « Il a assuré ? »
Lily ferma les yeux, refusant de comprendre le sous-entendu (très subtil, comme toujours avec Sirius) et grimaça. « Non, on n'a pas -»
Mais sans lui laisser le temps d'argumenter, il se mit à défendre son ami. « Mais tu sais, il n'a pas beaucoup d'expérience – il a toujours été très à cheval sur les principes et »
« Je sais ça » Coupa Lily en se servant des carottes et en jetant une œillade dégoûtée à l'assiette à côté d'elle (purée de pomme de terre à la sauce soja remontée de fromage blanc ail et fines herbes)
« Il te l'a sûrement dit, c'est vrai » Assuma le gryffondor, avec un sourire en coin.
Lily soupira. « Ton copain est toujours aussi pur aujourd'hui qu'hier » Elle aurait bien voulu trouver quelque chose de moins féminin que 'pur' pour désigner le poursuiveur, mais rien ne lui était venu. D'ailleurs, la tête de Sirius à ce moment valait le coup d'œil.
Mais cela devint bien vite une grimace moqueuse. « Tu veux dire qu'il n'a pas assuré à ce point-là ? » Lily recracha l'eau qu'elle avait en bouche en plein sur sa saucisse de bison « mais alors, pourquoi il embrassait son reflet hier ? » Là, elle faillit carrément s'étouffer dans le peu d'eau qui lui restait en bouche.
« Il embrassait son reflet ? »
« Ouais » Affirma Sirius rêveusement, signe qu'il avait vraiment dû bien rire au moment où il avait surpris ça « J'ai pas écouté ses explications à deux noises – je croyais que c'était à cause de la magnifique et tardive soirée qu'il avait passée avec toi »
« Ben tiens » grogna Lily, regrettant une fois de plus ses choix passés. Il était légitime que Sirius pense une chose pareille, au vu de la personne qu'elle avait été. Avant que Potter ne vienne la sauver. Avant qu'il ne vienne la troubler. Avant qu'il ne chamboule tout dans sa tête au point qu'elle aurait été incapable de sortir avec un garçon, même si elle l'avait voulu. « Et ça ne t'a pas semblé bizarre qu'on ne se parle plus après ça ? »
« Vous êtes tous les deux tellement bizarres, de toute façon »
« On parle de moi ? » Les interrompit James en s'asseyant en face d'eux, un grand sourire ornant son visage sans défaut (mis à part les lunettes, fit hypocritement une voix dans la tête de Lily, la tignasse hirsute, la canine droite au moins quelques millimètres trop à gauche, et cet espèce d'horrible bouton poilu qu'il a derrière l'oreille)
« On parle de Ralph » Coupa Lily, avant que Sirius n'ait eu l'occasion de vendre la mèche
« Laisse Ralph en dehors de ça » Déclara-t-il en se servant de la purée de pomme de terre au soja relevée au fromage aux herbes « De toute façon, il sera mort d'ici un mois »
« Tu vas le faire euthanasier ? » se révolta Lily – le regard du deuxième année lui fit comprendre que ce n'était pas un mot courrant par ici. Ce qu'elle ignorait alors, c'est que le garçon se ferait un plaisir de créer l'expression 'Cette fille est bonne à euthanasier' lorsqu'il en aurait l'âge, car, au vu de la précédente conversation, il était clair que ce mot avait un rapport très étroit avec le sexe.
James grimaça, lui aussi ignorait ce mot, comme tous les sorciers. « Si tu le dis. Il est hors de question que je continue à porter ce petit cadeau de Rogue sur moi longtemps »
« Je le trouvais mignon avec ses poils partout » ironisa Lily.
James sourit. Il sourit très fort. Il se retint à grand-peine de rappeler à Lily qu'elle l'ignorait. Avec un peu de chance, il n'aurait même pas à mettre son plan à exécution le soir même.
Sirius, qui avait suivi l'échange sans en comprendre un traître mot, se pencha à l'oreille de Lily « C'est de ça que je parlais, bizarre » Puis, il releva la tête vers l'autre animagus « Qu'est-ce qui te met de si bonne humeur ? »
« Retenues » Murmura-t-il. « Je suis allé voir McGonagall comme le jour de départ pour les vacances a été avancé à samedi matin – et elle a dit que ceux qui rentraient chez eux la feraient à leur retour. Elle avait l'air bizarre »
Le regard de Sirius se figea. Puis, d'une voix profonde, il articula lentement « Ne mets plus jamais les mots 'bizarre' et 'McGonagall' dans la même phrase Prongs- l'image qui vient de me monter au cerveau va me poursuivre à jamais dans mes cauchemars »
James fronça les sourcils, apparemment perdu, mais ne dit rien de plus sauf « Ca veut dire qu'on va faire la retenue tous les trois ensemble »
« Remus rentre chez lui ? » Interrogea Patmol en se jetant sur le saucisson aux noix
« Chez Morgan. Si elle veut encore de lui »
« Morgan » Sirius se rembrunit « J'ignorais qu'elle avait un vocabulaire si … »
« Varié ? » Proposa James
« Vulgaire »
« C'est de ça que je parlais » S'exclama soudain Lily, en ressortant son journal qu'elle cherchait depuis plusieurs minutes dans son sac. Sirius et James échangèrent un regard.
« Il est marqué dans le journal que Zeller est capable d'insulter quelqu'un de dix mille façons différentes ? » Demanda l'un
« Et de manière très imagée ? » Appuya l'autre
« Bande de crétins » Se contenta de répondre Lily « C'est ça que je savais, ça que j'ai voulu dire tantôt, avant de me faire agresser. Je savais que quelque chose clochait avec le professeur McGonagall lundi passé. Je le savais – elle n'était pas normale. Et c'est écrit noir sur blanc »
Sirius eut beau parcourir l'article, il ne trouva nulle part de raison à l'attitude étrange du professeur, et James n'eut pas beaucoup plus de chance dans son exploration. La langue de Lily claqua « Là, la liste des victimes, regardez » Elle pointa un nom avec sa fourchette. « M. Y. McGonagall »
« Elle était mariée ? » questionna James, apparemment atterré. Et du fait que sa prof aurait pu ne pas être une vieille fille comme il le croyait, mais aussi parce que la guerre n'épargnait vraiment personne, pas même les professeurs.
« C'est sûrement son frère » Déclara Sirius « A l'époque de ses parents, il n'y avait pas beaucoup de moyens de contraception »
« Sirius ! » le reprit immédiatement Lily « C'est odieux et irrespectueux de la mémoire de ces gens »
« Je t'en prie Lily, c'est pas toi qui va me dire que les frères et les sœurs sont des cadeaux du ciel » fit remarquer le garçon. Le silence retomba à la table, le temps que chacun finisse son assiette et s'aperçoive que le professeur de métamorphose ne dînait pas.
Quelques heures plus tard, alors que tout le monde autour d'elle faisait ses valises, Lily prit la direction du bureau de la directrice de Gryffondor. Avoir une retenue était un fait exceptionnel pour elle. Elle n'irait pas jusqu'à dire que ça n'était jamais arrivé, parce que passer sept ans dans un même endroit sans faire, jamais, un pas de côté (et se faire prendre) relève de l'impossible. Surtout lorsqu'on s'appelle Lily Evans.
Mais avoir une retenue, avec McGonagall, et comme justificatif de cette retenue de ne pas être attentive en cours était un exploit – mais pas dans le meilleur sens du terme. Le jour où cette infamie s'était produite, elle avait pourtant une bonne raison de ne pas être attentive – ce cours était inutile – et réellement. Presque une heure entière passée à des mises en garde de toute sorte. Mais, après avoir perdu son frère/mari même le strict professeur de métamorphose avait le droit d'être retournée, non ?
Comme elle s'y attendait, elle rencontra en chemin James et Sirius qui se dirigeaient vers la salle commune. D'un geste autoritaire, elle leur indiqua le couloir opposé du doigt, et, bien que râlant, ils s'exécutèrent. Elle avait toujours eu cet effet là sur eux. Et comme toujours, dans leur flemme d'obéir, ils la surnommèrent 'Tyran Lily'.
Marchant derrière eux, elle les observa silencieusement. Ils se ressemblaient énormément. D'abord physiquement, grands, tous les deux, des cheveux noirs, les épaules carrées, le port de tête fier, un corps pour le moins athlétique, un sourire en coin quasi perpétuel et quand ce n'était pas le cas, on s'inquiétait de leur santé. Elle ne doutait pas qu'une fois en dehors de Poudlard, les gens, en les voyant marcher côte à côte, les penseraient frères. Et ils n'auraient pas si tort que ça.
James et Sirius avaient tous deux des valeurs droites et justes. Ils protégeaient Remus, ils prônaient l'amitié par dessus tout, ils rêvaient que la guerre prenne fin. Tous les deux, ils étaient prêts à s'engager jusqu'à la mort dans la lutte, pour permettre la naissance d'un monde sorcier plus juste, plus égalitaire. Pour que tout le monde ait les mêmes chances. Et pourtant, ni l'un, ni l'autre, n'avait à se sentir impliqué de cette façon. Ils venaient de familles de sang pur qui n'étaient pas (encore du moins) considérées comme traîtres. Leur entourage familial proche n'était pas composé d'enfants de moldus. Ils n'auraient pas dû s'inquiéter. Mais ils le faisaient quand même et, aux yeux de tous, ils passaient pour de jeunes gens déterminés, et rêveurs.
Si on leur posait la question, réellement, cependant, leurs réponses diffèreraient. Ce n'était pas un rêve inaccessible que tout le monde démarre là où eux avaient été dès leur enfance – un monde en paix et rien pour freiner leur progression dans le monde. Mais Sirius avait une raison supplémentaire de se battre, n'est-ce pas ? Et cette raison venait directement du fait que, quoi qu'ils en disent, Sirius et James n'étaient pas frères.
Passé cela, le reste de leur caractère restait semblable : fiers et arrogants tous les deux, sans gêne, adorant être le centre de l'attention, drôles quand ils le voulaient et insupportables parfois, sûrs d'eux, fidèles en amitié, et puis, incomparablement doués dans tout ce qu'ils faisaient : de la magie élémentaire des cours jusque dans la réalisation de leurs blagues les plus élaborées.
Qu'elle pose les yeux sur l'un ou sur l'autre, le cœur de Lily faisait un bon. Sirius était un peu comme un grand frère protecteur, toujours là quand elle avait besoin de lui, à l'écoute et aux petits oignons avec elle. Il n'hésitait jamais à se battre pour elle, à la défendre, quoi qu'il se passe, et ça, principalement depuis le tout début de la sixième année. Parce qu'avant, James s'en chargeait lui-même.
Ce qu'elle ressentait vis-à-vis de James Potter était beaucoup plus complexe. Son cœur manquait un battement quand elle le voyait. Ses joues chauffaient quand il lui souriait. Son esprit chantait lorsqu'ils discutaient. Et pourtant, c'était comme si quelque chose l'empêchait d'être proche de lui, comme s'il y avait une barrière infranchissable entre lui et elle. Un mur indestructible. C'est ce qu'elle avait toujours pensé jusqu'à maintenant. Et plus ils se disputaient, plus le mur s'épaississait. Et plus elle connaissait d'autres garçons capables de la faire rire et de l'emporter loin, très loin des petits soucis quotidiens, plus ils s'éloignaient.
L'ignorance polie qu'avait été la sixième avait eu tendance à solidifier à jamais la carapace de Lily. Ce qui n'était jusqu'alors qu'un mur de béton venait d'être coulé dans l'acier. Et pourtant, même l'acier le plus dur n'avait résisté face à ce début de septième. Plus les jours, les semaines et les mois passaient, plus ce qui était indestructible devenait une fine couche de carton, que l'on pouvait déchirer d'un simple baiser.
Baiser. Lily sursauta soudainement, alors qu'elle voyait la main de James passer à travers sa tignasse hirsute. Embrasser.
« Quoi ? » Sirius, en entendant le cri sortir de la bouche de Lily, ne put s'empêcher de se retourner, et de l'observer bizarrement. Elle était arrêtée au milieu du couloir, les yeux écarquillés sur James.
Il lui fallut quelques minutes pour répondre un habituel « Rien » et reprendre son chemin. Évidemment, ce n'était pas à Sirius qu'on ferait avaler des calberges pareilles. Il laissa ses deux amis le dépasser, pour les observer de dos, et les comparer, ignorant que Lily avait fait la même chose plus tôt.
Et la chose le frappa de plein fouet. Ils étaient faits pour être ensemble. L'amour n'avait jamais fasciné Sirius – ses parents et lui n'étaient pas en assez bons termes pour qu'il se rappelle la dernière fois qu'un 'je t'aime' lui était arrivé (si il y en avait un jour eu un), et son frère – c'est à peine s'il connaissait ce mot. Il ne croyait pas aux coups de foudre, il ne croyait pas aux âmes sœurs, il n'avait jamais été amoureux et ignorait tout de la peur et de la passion qui se mêlent à l'âme dans ce cas-là.
Mais James et Lily – en les voyant là, marcher devant lui, se regarder alternativement, en évitant que l'autre s'aperçoive qu'il était regardé, être nerveux, sursauter si leurs mains se frôlaient – étaient faits pour être ensemble. Ce n'était pas une chose explicable avec des mots. Pas une chose raisonnée, ni même raisonnable. Rien de sensé, rien de logique.
Mais ce n'était pas logique non plus qu'un Black soit à Gryffondor, alors, Sirius allait entrer en piste – et faire tout pour que ces deux-là, à défaut de lui, connaissent l'amour.
Lily entra dans la pièce la première, et y surprit son professeur en train de tourner entre ses longs doigts un anneau – qui de loin, ressemblait à une bague. Elle ferma la porte derrière elle, laissant le temps à l'enseignante de ranger le bijou et de faire disparaître la larme qui s'était échappée de ses yeux.
Il valait mieux que les garçons ne voient pas ça – on ne savait jamais comment ils allaient réagir. McGonagall lui fit un signe de tête, comme si elle avait compris son intention, et acquiesça.
« Bonsoir miss Evans, messieurs Black et Potter » Elle les regarda tous les trois attentivement puis les amena dans un petit local, derrière la salle de cours. C'était une sorte de grand cagibi avec des dizaines de caisses en bois rangées dans sept compartiments distincts. Au dessus de chaque espace de rangement, il était écrit le nom d'une année puis ce que contenait la caisse : Ca allait du verre à la souris en passant par des chaises, des boîtes à bijoux et de simples planches.
« Ici sont entreposés tous les objets sur lesquels les élèves s'exercent aux métamorphoses. Vous allez simplement rendre à chacun leur forme originelle. » Elle leur adressa un regard sévère. « Vous êtes de bons élèves, c'est l'unique raison pour laquelle je vous fais confiance sur les sorts à utiliser. Je serai dans la pièce adjacente »
Les trois étudiants échangèrent un regard perdu, ne sachant pas vraiment par quoi commencer, quand Sirius sourit d'un air enjoué. « Je crois que c'est la première retenue où on ne me confisque pas ma baguette »
« Tu oublies cette fois où on était allés dans la forêt interdite avec Hagrid » Rappela James, comme si leurs retenues étaient de bons et plaisants souvenirs.
Lily grimaça, avant d'admettre, à son tour « C'est la première fois qu'une retenue risque d'être enrichissante »
Elle s'approcha de la première caisse, dans l'espace 'première année'. L'étiquette disait allumettes. Elle souleva le couvercle et tout ce qu'il y avait à l'intérieur ne ressemblait pas à des allumettes. Certaines étaient recouvertes d'une couleur argentée, d'autres s'étaient affinées au point de presque disparaître dans le tas, il y en avait certaines avec un chas – bien que toujours en bois.
« Eh, vous vous souvenez du premier cours de méta ? » Demanda-t-elle aux garçons qui, plus ambitieux qu'elle, avai(en)t commencé par ouvrir la caisse des quatrièmes et s'étaient retrouvés avec des grenouilles de toutes couleurs et toutes formes leur sautant au visage.
« L'allumette en aiguille ! » S'exclama James avec une bouille enfantine en s'approchant de la boîte de Lily comme d'un coffre aux trésors. « Il n'y a que Sirius et moi à avoir réussi du premier coup ! »
« On était déjà doués » Acquiesça Sirius. Dans cette promotion-ci, seules deux allumettes pouvaient en effet servir à coudre. Lily fronça les sourcils – le sort inverse ? Elle ferma les yeux et se concentra, visualisant les allumettes à la place du contenu de la boîte et lança un sort informulé – puis, quand elle rouvrit les yeux, il n'y avait plus que des bâtonnets de bois à la pointe brune.
James et Sirius échangèrent un regard étonné – parce qu'ils avaient commencé à retransformer les grenouilles une par une. Mais, au fil de la soirée, ils se rendirent bien compte que plus l'objet était gros, et moins il était facile de tout transformer en même temps. Et plus ils se rapprochaient du niveau septième, plus il était dur d'annuler les sorts. (Après le fiasco grenouilles, les garçons avaient suivi une progression normale dans les niveaux avec Lily.)
Ce n'était peut-être pas une retenue nettoyage rébarbatif mais c'était dur et il fallait se concentrer. Aussi James ne put-il saisir une occasion pour parler à Lily- mais il se promit de le faire pendant les vacances. Et puis, comme elle avait oublié de ne plus lui parler, c'était moins urgent, n'est-ce pas ?
