Désolée pour le retard. J'ai l'impression que je passe mon temps à m'excuser lol
En même temps, ca demande pas mal de boulot, cette réecriture et falait que je bosse mes exams (réussis d'ailleurs :), ca y est je suis licenciée lol)
N'hesitez pas à me faire part de votre opinion...
IV
Le jour étouffant de la cérémonie, dans l'étroite pièce qui servait autrefois de chapelle dans le château où avait élu domicile Le Seigneur des Ténèbres, ce fut jour là que Severus se sentit perdu. Il était entré somnambule dans la cage et au fracas de la lourde porte refermée, soudain le misérable enfant se réveillait. Rien de changer, mais il avait le sentiment de ne plus pouvoir désormais se perdre seul. Au plus épais de cette confrérie, il allait s'agiter, pareil à un feu sournois qui rampe, embrasant pin après pin. Aucun visage sur lequel reposer ses yeux, dans cette foule, hors celui de Lucius. Mais le contentement du jeune homme l'éloigner de Severus. Après la cérémonie, tous convinrent que Severus qui n'était pas beau mais qui était le charme même, ne se ressemblait pas, c'était une autre personne... Ils virent seulement qu'il était différent de son apparence habituelle; il ne reconnurent pas son vrai visage.
Severus songeant à ce qui vint ensuite, cette marque qu'on lui ancra dans la chair, murmure: « ce fut horrible ». Dès lors il fut éloigné de tout. Il était sur l'autre rive.
Une seule lettre de Narcissa : la petite n'aimait guère écrire-, mais il n'était pas une ligne qui ne plut à Severus. Narcissa se plaignait de ne pouvoir aller du côté de Vilméja depuis l'arrivée d'un Sang de Bourbe, Jean Azévédo, qui lui faisait horreur.
Severus relisait souvent ces pages et n'en attendait pas d'autres. Il était au plus profond de l'isolement. Sur cette autre rive, il était isolé des autres. « Cet homme si froid, si moqueur, qui ne montre jamais sa satisfaction, qui n'aime pas causer de ce qui est intéressant », disaient de lui les autres Mangemorts.
Un jour, il fut fort surpris de reconnaître le hibou de Narcissa Black qui lui amenait un paquet de différentes lettres. Severus avait déchiffré avec soin la date inscrite sur chacune des trois lettres; et déjà il ouvrait la plus ancienne, lorsque Bellatrix arriva en trombe dasn les appartements de Snape. Bellatrix ne ressemblait en rien à sa jeune soeur, Narcissa. L'une était aussi sombre que l'autre était pure. Bellatrix venait de lire une lettre de leur mère. Severus voit encore la robe sombre; cette peau blême et soudain le rouge cru du cou et de la face.
Déjà régnait, en ce matin de juillet, une chaleur sulfureuse; le soleil enfumé rendait plus salles les façades mortes.
Elle s'était rapprochée de Severus; elle criait:"Celle-là, elle est trop forte. Qui aurait dit que ma petite soeur..." Et comme Severus l'interrogeait du regard : "Crois-tu qu'elle s'est amourachée de ce petit Sang de Bourbe ? Oui, parfaitement: cette espèce de déchet qui s'est installé à Vilméja... Mais si: ça a l'air sérieux... Elle dit qu'elle tiendra jusqu'à sa majorité... Maman écrit qu'elle est complètement folle. Pourvu que les Malefoy ne le sachent pas. Lucius serait capable de ne pas faire sa demande. Tu as des lettres d'elle ? Enfin, nous allons savoir... Mais ouvres-les donc.
Je veux les lire dans l'ordre. D'ailleurs, je ne saurais te les montrer."
Elle le reconnaissait bien là; il compliquait toujours tout. Enfin l'essentiel était qu'il ramène la petite à la raison :
"Mes parents comptent sur toi: tu peux tout sur elle... si... si!... Ils t'attendent comme leur salut. Qu'est-ce que tu attends pour lire les lettres de la petite ?
Que tu ne sois plus là."
Longtemps après qu'elle eut refermé la porte, Severus était demeuré étendu, fumant des cigarettes, les yeux sur les motifs fleuris de la tapisserie. Non, non, ce n'était pas cette chère petite idiote, ce ne pouvait être cette pensionnaire à l'esprit court qui avait inventé ces paroles de feu. Ce ne pouvait être de ce coeur sec -car elle avait le coeur sec: Severus le savait peut-être !-qu'avait jailli ce cantique des cantiques, cette longue plainte heureuse d'une femme possédée, d'une chair presque morte de joie, dès la première atteinte :
...Lorsque je l'ai rencontré, je ne pouvais croire que ce fut un sang de bourbe, il jouait à courir avec le chien en poussant des cris. Comment aurais-je pu imaginer que ce n'était qu'un faible impur... mais il n'est pas impur... Tu ne me reconnaîtrais: c'est moi qui lui jette un sort d'air chaud, dès que la chaleur tombe...
Si Bellatrix était rentré à cette minute dans ces appartements, elle se fut aperçue que cet home assis sur le lit n'était pas son ami, un des leurs, mais un être inconnu d'elle, une créature étrangère et sans nom. Il jeta sa cigarette, déchira une seconde enveloppe :
... J'attendrai le temps qu'il faudra; aucune résistance ne me fait peur; mon amour ne le sent même pas. Ils me retiennent à Land'End, m'ont supprimée mon balai, mais Vilméja n'est pas si éloigné que Jean et moi ne puissions nous rejoindre. Tu te rappelles la palombière ? C'est toi, mon ami, qui a d'avance choisi les lieux où je devais connaître une joie telle... Oh surtout ne va pas croire que nous fassions rien de mal. Il est si délicat ! Tu n'as aucune idée d'espèce d'un garçon de cette espèce. Il a beaucoup étudié, beaucoup lu, comme toi, mais chez lui ça ne m'agace pas et je n'ai jamais songé à le taquiner. Que ne donnerais-je pour être aussi savante que tu l'es ! Lorsque dans la cabane des palombes, où tu voulais toujours que nous emportions notre goûter, je demeure auprès de lui, je sens le bonheur en moi, pareil à quelque chose que je pourrais toucher. Je me dis pourtant qu'il y a une joie au delà de cette joie; et quand Jean s'éloigne, le souvenir de nos caresses, l'attente de ce qui va être le lendemain, me rend sourdes aux plaintes, aux supplications, aux injures de ces pauvres gens qui ne savent pas... qui n'ont jamais su...
Severus, pardonne-moi: je te parle de ce bonheur mais aussi suis-je sûre que tu seras avec nous contre ceux qui nous font du mal...
Severus déchira la troisième enveloppe; quelques mots griffonnés:
Viens, Severus : ils nous ont séparés: on me garde à vue. Ils croient que tu te rangeras de leur côté. J'ai dit que je m'en remettrais à ton jugement. Je t'expliquerai tout : il n'est pas comme les autres... Je suis heureuse et je souffre. Je suis heureuse de souffrir à cause de lui et j'aime sa douleur comme le signe de l'amour qu'il a pour moi...
Severus ne lut pas plus avant. Comme il glissait le feuillet dans l'enveloppe, il y aperçut une photographie, qu'il n'avait pas vue d'abord. Elle contempla près de la fenêtre, ce visage. C'était un jeune homme dont la tête, à cause des cheveux épais, semblait trop forte. Severus leva les yeux et fut étonné de sa figure dans la glace. Il lui fallut un effort pour desserrer les dents, avaler sa salive. "Elle connaît cette joie... et moi, alors ? Et moi ? Pourquoi pas moi ? "
Lorsque Bellatrix était revenue, elle avait admiré ce visage grave, comme une personne qui a beaucoup réfléchi, et même arrêté déjà un plan de conduite. Mais il avait tord de tant fumer: il s'intoxiquait ! A entendre Severus, il ne faillit pas donner trop d'importance aux caprices d'une petite fille. Il se faisait fort de l'éclairer... Bellatrix souhaitait que Severus la rassurât. Elle lui dit qu'il n'aurait qu'à aller voir Narcissa le lendemain; pour l'heure, elle l'invitait à déjeuner, comme pour l'assurer de sa confiance à mener à bien ce problème.
Peu de monde encore à ce restaurant. Severus se souvient de cette odeur: géranium et saumure. Bellatrix n'avait jamais bu de vin du Rhin: "pristi, ils ne le donnent pas." La chevelure foisonnante de Bellatrix dissimulait à Severus la salle. Il voyait, près des oreilles de Bellatrix, remuer ce qu'il savait être les muscles temporaux. Tout de suite après les premières lampées, elle devint trop rouge. Il ne la haïssait pas; mais quel désir d'être seul pour penser à sa souffrance, pour chercher l'endroit où elle souffrait ! Simplement qu'elle ne soit plus là; qu'il puisse ne pas se forcer à manger, à sourire; qu'il n'ait plus ce souci de composer son visage, d'éteindre son regard; que son esprit se fixe librement sur ce désespoir mystérieux: une créature s'évade hors de l'île déserte où tu imaginais qu'elle vivrait près de toi jusqu'à la fin; elle franchit l'abîme qui te sépare des autres, les rejoint -change de planète enfin... mais non, quel être a jamais changé de planète ? Narcissa avait toujours appartenu au monde des simples vivants; ce n'était qu'un fantôme dont Severus autrefois regardait la tête endormie sur ses genoux, durant les vacances solitaires: la véritable Narcissa, il ne l'a jamais connue : celle qui rejoint, aujourd'hui, Jean dans une palombière abandonnée.
"Qu'est-ce que tu as ? Tu ne manges pas ? C'est la chaleur ?..."
Il sourit ; sa bouche seule souriait. Il dit qu'il réfléchissait à cette aventure de Narcissa. Et comme Bellatrix déclarait être bien tranquille, du moment qu'il avait pris l'affaire en main, le jeune homme demanda lui demanda pourquoi se parents étaient si hostiles à ce mariage, si le parti avait des moyens. Elle crut qu'il se moquait de lui, le supplia de ne pas commencer à soutenir des paradoxes.
"Voyons, Severus, ne discute pas pour le plaisir de discuter; tous les Sang de Bourbe se valent."
Mais Severus prétendait que dans toutes les familles de sangs purs, il y avait un élément moldu, même éloigné.
"Tu vas trop loin, Severus, permets-moi de te le dire; même en plaisantant et pour me faire grimper, tu ne dois pas toucher à la famille. Avec moi, il n'y a que demi-mal: je sais que tu t'amuses. Mais, avec les autres, tu sais, tu devrais faire attention à tes propos."
Les autres ! Severus laissa éteindre sa cigarette; l'oeil fixe, il regardait cette cage aux barreaux innombrables et vivants, cette cage tapissée d'oreilles et d'yeux, où, immobile, accroupi, le menton aux genoux, les bras entourant les jambes, il attendrait de mourir.
"Voyons, Severus, ne fais pas cette figure: si tu te voyais..."
Il sourit, se ramasqua.
Le soir, tardant à trouver le sommeil, Severus se leva et chercha une des lettres dont elle avait interrompu la lecture:
S'il me disait de le suivre, je quitterais tout sans tourner la tête. Nous nous arrêtons au bord, à l'extrême bord de la dernière caresse, mais par sa volonté, non par ma résistance -ou plutôt c'est lui qui me résiste, et moi qui souhaiterais d'atteindre ces extrémités inconnues dont il me répète que la seule approche dépasse toutes les joies; à l'entendre, il faut toujours demeurer en deçà; il est fier de freiner sur des pentes où il dit qu'une fois engagées, les autre glissent irrémédiablement...
Severus ouvrit la croisée, penché sur le gouffre de pierre qu'un seul tombereau, à cette heure avant l'aube, faisait ressentir. Il imaginait la tâche de son corps en bouillie sur la chaussée -et à l'entour ce remous de rôdeurs...
Trop d'imagination pour te tuer, Severus. Au vrai, il ne souhaitait pas de mourir, un travail urgent l'appelait, non de vengeance, ni de haine; mais cette petite idiote, là-bas, à Land'Endqui croyait le bonheur possible, il fallait qu'elle sût, comme Severus, que le bonheur n'existe pas. Si ils ne possèdent rien d'autre en commun, qu'ils aient au moins cela : l'ennui, l'absence de toute tâche haute, de tout devoir supérieur, l'impossibilité de rien attendre que les basses habitudes de l'ombre – un isolement sans consolation. L'aube éclairait les toits; il rejoignit sa couche.
Il se réveilla lucide, raisonnable. Qu'allait-il chercher si loin? Les siens l'appelaient au secours, il agirait selon ce qu'exigeait son cercle; ainsi serait-il sûr de ne point dévier.
Severus approuvait Bellatrix lorsqu'elle répétait que si Narcissa manquait le mariage Malefoy, ce serait un désastre.
