Hello tout le monde~ Je vous poste enfin la suite de cette fanfiction, à savoir le quatrième chapitre. À cause de mes examens de fin d'année, je n'ai pas pu le faire avant. De plus, le cinquième est à moitié terminé. Bwef, quoi qu'il en soit j'espère qu'il vous plaira, que vous ne serez pas déçus et que vous aurez envie de lire la suite. °.~* Je remercie également tous ceux qui follow cette histoire, qui la commentent et qui l'ajoutent à leurs favoris : ça me va droit au cœur et ça me motive vraiment beaucoup. ;-;

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture. Comme à l'accoutumé, je m'excuse d'avance pour les fautes d'écrits éventuelles.


Chapitre 4

Tout comme à l'aller, le bus scolaire jaune et noir s'arrêta à quelques mètres seulement de la maison de Maïa. Après avoir adressé un léger signe de tête au conducteur en guise de remerciements, ce-dernier m'ouvrit les portières battantes à l'avant et je descendis lentement les marches du transport en commun, avant de poser mes pieds sur le sol de la rue, un poil préoccupée. Enfin arrivée à bon port, le carrosse ne mit donc pas longtemps avant de redémarrer et de reprendre sa route.

Une vilaine grimace peinte sur le visage, je me dirigeai d'un pas lourd vers la porte d'entrée juste après avoir passé le portillon en fer forgé. Mes bras rouges et égratignés par l'assaut des corbeaux fous me picotaient salement, et des fines plaies couvertes de sang séché complétaient le tout. Et forcément, la sensation d'inconfort que j'éprouvai actuellement n'en était pas des plus agréables. Du coup, avant toute chose, il fallait d'abord que je désinfecte mes blessures et que je fasse le point sur tout ce qui venait de m'arriver jusqu'à présent.

Dans un soupir, je revis encore les têtes des autres étudiants dans le bus qui m'avait regardé d'un air bizarre dès j'étais montée. Certes, à cause de ce qu'il s'était passé, j'avais l'apparence d'une fille qui venait de tout juste se prendre un ouragan de plein fouet. En conséquence, j'avais tout bonnement attiré leur attention avec ma dégaine alarmante. Vu les chuchotements et les messes basses dont j'avais été le sujet, ils avaient dû tous être au courant de l'incident qui avait eut lieu il y a une demie-heure environ, et en avait déduit, vu mon état, que j'étais une des victimes. Une fille avait tenté de me parler pour en savoir plus - et aussi faire la commère - mais je l'avais bien vite rembarré comme je savais si bien le faire, ne souhaitant pas parler de ça. Les événements qui avaient eu lieu jusqu'à présent m'avaient un peu chamboulés, et cette ville commençait déjà à me prendre la tête. Quelque chose ne tournait pas rond ici et à mon avis, c'était clair et net comme de l'eau de roche.

Une fois devant la porte d'entrée, je tournai la poignet mais rien ne se produisit et elle resta scellée. Embêtée, j'y toquai plusieurs fois de suite mais n'obtins aucune réponse. Puis, telle une idiote qui venait d'avoir une lueur d'intelligence, je me tapais fortement le front avec la paume de main avant de faire demi-tour et de m'asseoir sur l'une des marches en bois devant la porte. Mais qu'est-ce que je pouvais être stupide moi parfois.

« On dirait que toutes ces pensées me crament le cerveau et réduisent considérablement mon quotient intellectuel. Pff. »

Évidemment. La porte était verrouillée tout simplement parce que Maïa était au travail à cette heure-ci. Et malheureusement pour moi, je n'avais pas pensé à lui demander ni un double des clés, ni son numéro de téléphone. Du coup, je me retrouvais là, assise à l'extérieur de la bâtisse comme une paumée ou une sans-abri. Franchement, c'était bien ma veine.

Un peu inquiète et honteuse vis-à-vis de mes bras, j'allongeais les manches de ma chemise et revêtit ma veste en cuir - qui était jusque là ranger dans mon sac depuis l'incident -, et ce même malgré la petite chaleur. Là, à cet instant précis, je ne savais pas trop quoi faire. En consultant l'heure depuis mon portable, je me rendis compte qu'il était seulement 10h40 du matin. Un soupir s'échappa de mes lèvres et je me levai aussitôt pour faire le tour de la maison. En tentant, dans un ultime espoir, d'ouvrir la porte de derrière - c'est-à-dire celle qui donnait sur le jardin - je constatai qu'elle aussi était fermée. Idem pour le garage.

Jurant entre mes dents, je me dirigeai de nouveau vers les petites marches de devant pour y réfléchir un moment. Avec un peu de chance, Maïa allait sûrement se pointer à midi pour manger. Et même mieux : vu que les parents avaient débarqués en trombe au lycée, peut-être qu'elle aussi, on l'avait mise au courant à propos du remake des "Oiseaux" d'Alfred Hitchcock.

De ce fait, j'avais deux possibilités. Soit je restais ici à poireauter devant la maison en attendant la venue - incertaine - de mon hôtesse à midi ou à quelque heure que ce soit ; soit j'allais faire un tour pour explorer le centre-ville et m'occuper un peu, d'autant plus que je m'étais promise de me trouver un petit boulot pour augmenter mon argent de poche.

La deuxième idée me parlait donc davantage que la première, étant donné que la perspective de rester ici sans bouger ne m'excitait pas le moins du monde. En plus de ça, j'avais vraiment besoin de me vider la tête et de prendre l'air le plus possible, afin d'oublier les corbeaux, le cadavre de mon rêve et tout le reste... dans le but de ranger le tout dans une partie de mon cerveau pour l'instant. Ouais, j'allais faire comme ça.

Ma décision étant prise, je mis mon sac sur une épaule, et partit à l'assaut du centre-ville de Beacon Hills.


En fin de compte, j'avais peut-être parlé un peu trop vite le jour où j'avais débarqué dans cette ville. En effet, à mon plus grand étonnement, le centre était beaucoup plus grand qu'il n'y paraissait, proposant une multitude d'activités. Même si l'esprit une peu "vieille ville" était toujours présent, elle avait quand même l'air d'être une bonne cité réellement active. Et puis, il y avait aussi cette partie forêt et boisée que je devais voir à tout prix. Un lieu idéal pour se ressourcer et trouver de l'inspiration.

Tout en marchant le long des boulevards et des rues déjà bien vivantes à cette-heure, j'auscultai les devantures des différents magasins, échoppes et autres boutiques et restaurants dans le but de tomber sur des annonces intéressantes. Je ne savais pas trop où je me situais précisément mais je ne m'inquiétais pas plus que ça pour le chemin du retour : j'avais la carrure et la trempe d'une aventurière, quand même ! De plus, l'idée d'inquiéter Maïa si jamais elle rentrait plus tôt ne me turlupinait pas plus que ça non plus. Après tout, elle avait sûrement mon numéro dans ses petits papiers et dans le contrat de location de la chambre. Il ne lui restait plus qu'à le retrouver.

Mon regard noisette s'arrêta net devant la vitrine d'un diner américain. Sur une des fenêtres, il était rédigée, en grosses lettres capitales rouges "RECHERCHE SERVEUR/SERVEUSE À TEMPS PARTIEL.". Un sourire malicieux et satisfait éclaircissant mon visage, je m'engouffrai aussitôt à l'intérieur de l'établissement sans chercher à comprendre.

Le Crescent Bar. Tel était le nom de ce grand bâtiment-restaurant plutôt fréquenté du centre. De l'extérieur, il rendait plutôt bien avec le croissant de lune blanc qui ornait la typographie du panneau et qui rappelait le nom de l'endroit, ainsi que le fait qu'il faisait le service sept jours sur sept, de jour comme de nuit semblerait-il. L'intérieur, comme je m'y étais attendue, était tout aussi cosy, avec des tons bleutés et foncés, des murs fais de fausses briques et de bois, le tout complété par cet esprit moderne et minimaliste.

A la fois hésitante et curieuse, je marchai en direction d'une des serveuses qui préparait un bon café au lait derrière le comptoir. En m'apercevant, elle m'adressa un sourire chaleureux.

« Bonjour mademoiselle, me lança-t-elle promptement. C'est pour prendre un petit-déjeuner ?

- Bonjour, lui répondis-je simplement. Non... je ne viens pas pour ça. En fait, je suis là pour l'annonce. Je crois que vous rechercher une serveuse, non ?

- Une serveuse... ? Ah ouiiii ! Le poste de serveuse ! Tu as tapé dans le mille ! Ces-derniers temps, on a de plus en plus de clients et la surcharge de travail est devenue incroyable ! Avoir une paire de main supplémentaire peut se révéler utile ! »

La jeune serveuse se mit à rire aux éclats sans aucune raison apparente avant de se reconcentrer sur moi. Elle était bizarre mais elle avait l'air amicale. Aussitôt, elle reprit de nouveau.

« Bon, j'imagine que tu dois en avoir déjà marre de me supporter et moi de mon côté, j'ai des clients qui attendent leur commande. Allez viens, je vais te conduire jusqu'au bureau du gérant pour qu'il s'occupe de ton cas. Expéditif mais efficace au moins comme ça.

- Okay, merci. »

Sans trop me poser de questions, je suivis la serveuse derrière le comptoir avant d'atterrir dans un bureau situé bien à l'arrière du diner. Elle toqua trois fois à la porte et celle-ci ne mit pas longtemps à s'ouvrir.

Contre toute attente, c'était une femme qui se tenait face à nous. Les lèvres pincées sous forme de rictus, elle fixa d'une expression inquisitrice son employée avant de s'attarder davantage sur moi. De mon côté, j'exécutai le même geste, en la détaillant du regard. Cheveux bruns, des yeux couleur caramel et une peau hâlée, voire même mate. Il s'agissait visiblement d'une jeune femme adulte, qui gardait tout de même un petit côté revêche en elle, si je pouvais décrire ça comme ça. Elle devait avoir entre vingt et trente ans à tout casser.

« Penny, débuta la directrice d'un air amical. Qui est cette jeune fille avec toi ?

- Elle, elle aimerait postuler pour devenir serveuse ici. Du coup, je te l'ai amené.

- Okay, c'est parfait. Tu peux retourner bosser, je m'occupe de son cas.

- Entendu. »

Sans plus de cérémonie, la dénommée Penny repartit en direction de la grande salle, me laissant seule avec la patronne. Cette-dernière, d'ailleurs, me fit entrer dans son bureau et m'invita à m'asseoir en face d'elle. Puis, ce fut... le silence le plus complet. Elle ne cessa pas de m'étudier du regard avant de sourire et de commencer à me poser pleins de questions.


Quelques minutes plus tard, l'entretien d'embauche prit fin et je sortis du bureau accompagnée de ma supérieure. A vrai dire, celui ne c'était pas trop mal passé car - bonne nouvelle - j'étais prise ! Moi-même, j'en n'en revenais pas puisque vu comment c'était partit, je ne pensais pas être retenue. Car oui, le milieu de la restauration, j'en connaissais pas un seul rayon. J'avais jamais fait le service et d'ailleurs, c'était même mon premier petit-boulot étudiant. Du coup, après avoir baragouiné un peu et montrer mon côté un peu farouche, elle m'avait engagé avec quand même une période d'essai de deux semaines.

Ma première demi-journée de travail commençait demain après-midi et pour l'instant, je ne savais pas trop quoi faire d'autre aujourd'hui pour passer le temps. En consultant le site du lycée de Beacon Hills, je vis que les cours avaient bel et bien été annulés pour le reste de la journée. Je n'avais toujours pas reçu de nouvelles de Maïa et il n'était encore que 11h00.

Du coup, je décidai de rester encore un peu au Crescent avant de prendre le chemin de la maison. Plutôt contente du bon retournement de situation de cette fin de matinée, je m'installai à une table près de la fenêtre en sifflotant. Penny, d'air un enjouée, vint me féliciter et prendre ma commande. En éternelle gourmande que je suis, j'optai pour deux grosses gaufres à la chantilly et un thé bien chaud aux herbes. Puis, j'attendis tranquillement mon plat et ma boisson d'une expression songeuse, les yeux rivés sur la fenêtre et mon casque audio sur les oreilles.

Quelques minutes plus tard, la jolie Penny revint vers moi et me déposa le tout sur la table avant de me souhaiter bon appétit et de vaquer de nouveau à ses occupations. Je la remerciai à haute voix et elle me fit un clin d'œil sympathique. J'étirai un rictus amusé, avec de m'armer de mes couverts pour partir à l'assaut des gaufres sucrées. Pour moi, jouer les gloutonnes était un moyen d'oublier certaines idées noires et de chasser de mon esprit certaines arrière-pensées. Et avec ce qui m'était arrivé ce matin et dans la nuit, un tel remède n'était pas du luxe. Et ainsi, au fur et à mesure que je buvais et mangeais, les corbeaux, le rêve et le malaise se rangeaient déjà dans la partie oubliette de mon cerveau, qui était bien vaste. Tiens, en plus de ça, voilà que je me mettais à rire de tout ça comme une demeurée, toujours la musique dans les oreilles. Dans le même temps, la perspective de raconter un peu ma première journée à Katerine me titillait depuis un moment, et je sortis donc mon portable de mon sac pour lui envoyer un petit texto. Et puis d'un autre côté, je voulais aussi des nouvelles de Los Angeles : je n'y vivais peut-être plus à l'heure actuelle mais je désirais pas non plus loupés des wagons concernant les nouvelles croustillantes de la ville. Ah, et puis je devais aussi appeler ma famille pour leur faire savoir tout ça, si Maïa n'était pas en ce moment même en train de le faire.

Beaucoup trop concentrée sur mon écran tactile, je ne fis donc pas attention à l'homme qui s'installa silencieusement sur la banquette juste en face de moi. Ce n'était que lorsque je levai le nez de mon smartphone que l'aperçus, comme s'il était arrivé comme par magie. Prise de cours, je sursautai comme une idiote sur place tout en lâchant un gros "Oh bordel de m... !", qui m'avait valut de renverser mon thé par terre, en plus d'un regard interrogateur de quelques clients et de Penny depuis son comptoir. Oui bah quoi ? C'était pas ma faute, hein ! Il était apparut d'un coup ! Et puis vu que j'avais bouffé mon quotas en surprise et en apparitions mystérieuses aujourd'hui, il ne fallait pas s'étonner si je devenais paranoïaque.

En entendant mon juron, l'homme qui venait de s'asseoir en face de moi m'observa d'une expression amusée, tout en esquissant un sourire presque mesquin à mes yeux. Par la suite, il plia et posa sa canne en métal et ne fis plus rien. Un poil désemparée et méfiante, je détournai le regard et étudiai la grande salle dans son ensemble avant de finalement fixé intensément l'homme brun visiblement serein. Ne comprenant son agissement, je fronçai les sourcils tout en mangeant un autre morceau de ma deuxième gaufre. Genre... Sérieusement ? Avec toutes les places qu'il y avaient dans le diner il venait à ma table ? Moi qui détestait être dérangée par des inconnus ? 'Puis il se moquait de moi ou quoi ? Même en étant aveugle, avec tout le bruit que je faisais rien qu'en utilisant ma fourchette il aurait dû capter que j'étais là ! Attention : j'ai rien contre les handicapés, les malvoyants, et tout le reste, bien au contraire. Mais là... C'était un peu osé.

« Bonjour monsieur ! S'exclama Penny. Qu'est-ce que je vous sers ? »

La jolie serveuse blonde me lança aussitôt un regard qui se traduisait par "tu le connais ce type ?" et de mon côté, je lui répondis avec des gros yeux et en haussant les épaules, pour le signifier que je le ne connaissais ni d'Adam ni d'Eve. Mais pourtant... j'avais ce sentiment de l'avoir déjà vu quelque part. Je ne savais pas trop pourquoi, vu que ma mémoire des visages complètement défaillante par moment.

« Un café bien noir s'il vous plait, finit par répondre l'homme d'une voix posée. »

Penny acquiesça et fila derrière le comptoir pour s'occuper de la commande. De nouveau en tête avec cet homme et passablement embêtée, je terminai mon plat la gêne dans l'âme, en essayant de ne pas faire attention à lui. En regardant furtivement mon portable, je vis qu'il était déjà 11h30.

« Je vois. Ça vous ennui donc tant que ça que je sois là. »

Étonnée, je levai prestement la tête vers l'homme. Il venait de m'adresser la parole, si je n'avais pas rêvé bien sûr. Pourquoi il me causait comme ça tout d'un coup ? Alors que j'allais lui répondre, Penny revint au même moment avec sa tasse de café. L'inconnu la gratifia d'un léger geste de tête dans sa direction et elle repartit. D'ailleurs, est-ce que ça valait vraiment le coup de lui parler à celui-là ? De toute façon, j'allais bientôt partir alors... je ne tenais pas plus que ça à entamer un discussion mortellement ennuyante et inutile avec lui.

« Et bien. Vous avez perdu votre langue mademoiselle ? Ou alors je vous importune peut-être... »

Attendez. Attendez une seconde. UNE SECONDE. Ce type était aveugle et pourtant... Enfin... comment est-ce qu"il pouvait savoir que j'étais une fille alors que je n'avais même pas encore lâcher un son ? Et qu'est-ce qu'il me voulait au juste ? Je le trouvai un peu trop insistant là.

« Ma langue va bien, je vous remercie, rétorquai-je finalement d'un ton sec. Je peux savoir ce que vous me voulez ? Et puis vous êtes qui, hein ? Pourquoi vous venez squatter ma table alors qu'il y en a quatre de libres ? »

Devant mes questions incisives et mon attitude défensive, l'homme brun et aux verres de lunettes noires se mit tout simplement à rire, avant de faire progressivement silence. Il but ensuite une gorgée de son breuvage sombre sans me quitter du regard, du moins c'était l'impression que me donnait ses yeux derrière ses verres lunettes.

« Vous n'avez pas à être si agressive, mademoiselle Sigurd. Mais ceci dit... je vous reconnais bien là. La personne qui m'a parlé de vous avait totalement raison sur votre compte. »

Je haussai immédiatement un sourcil, ne comprenant pas du tout ses dires. Apparemment, ce type me connaissait mais moi, de mon côté... à part une vague sensation de déjà vu... je ne me souvenais pas de lui. En tout cas, la façon dont il s'adressait à moi ne me plaisait pas et j'avais bien la ferme intention de le lui faire savoir. Je n'aimais pas quand un inconnu se montrait trop familier avec moi.

« Vous n'avez pas répondu à ma question, rétorquai-je amèrement. Vous êtes qui ? Et vous me voulez quoi ? Si c'est pour me harceler, je vous préviens je...

- Loin de moi cette idée jeune fille, me coupa-t-il avant de vider son sucre en poudre dans sa tasse. Ce n'est pas dans mes habitudes. En fait... je suis de votre côté et vous... vous êtes du mien.

- ... C'est normal que j'ai l'impression de vous entendre parler chinois là ? Non parce que là... je ne pige rien du tout à ce que vous me dites. »

A mes mots, il saisit sa petite cuillère d'une main et mélangea sa substance chaude d'un mouvement méthodique et singulier. Le bruit du couvert contre la porcelaine et l'odeur du café sonnait comme un son léger brisant le court silence entre nous. Cet homme... il ne me disait rien que vaille. Vraiment rien qui vaille. Je devais partir... partir et très vite.

« ... Vous me voulez quoi, articulai-je lentement mais beaucoup plus calmement cette fois.

- Pas du mal, je vous rassure. En fait... je veux vous même du bien.

- Du... bien ... ? Qu'est-ce que vous voulez dire ? »

Se rendant compte de mon incompréhension la plus totale, l'homme étira un rictus avant de reprendre. Il me faisait vraiment froid dans le dos, même si je le croyais néanmoins lorsqu'il me jurait qu'il ne me voulait aucun mal. Paradoxal, n'est-ce pas ?

« Je vous connais assez bien en vérité, Andromeda Sigurd. Mais tel que je vous vois aujourd'hui... j'ai comme l'impression que vous vous éveillez à peine. Quel dommage. J'avais pourtant cru que Maïa aurait pris plus rapidement les devants, comme elle me l'avait promis.

- Maïa... Vous connaissez Maïa ? Soufflai-je, étonnée. Vous êtes un ami à elle alors ?

- Disons que nous sommes plutôt associés. Mais enfin. Vous n'êtes arrivée que hier à Beacon Hills alors je peux comprendre que vous ne soyez pas encore... prête.

- Mais... prête pour quoi au juste ? J'ai du mal à vous cerner là ! »

Ça y est. Ma patience atteignait déjà ses limites. Cet homme, assis en face de moi, je peinais de plus en plus à essayer de donner un sens à tout ce qu'il me racontait. Malheureusement, Maïa paraissait également avoir de drôles et inhabituelles fréquentations et je ne souhaitais pas être mêlée à elles. C'est vrai quoi : un homme aveugle qui balance des absurdités par-ci et par là... Ce n'était pas le genre de personne avec qui je voulais traîner au quotidien. Donc, peu rassurée et vu l'heure qu'il était, je déposai le montant exact du ticket de caisse sur la table et rassemblai mes affaires. Hors de question que je reste ici plus longtemps.

« Vous savez quoi ? Moi je vais y aller, hein ! Je vous laisse, vous et vos déli... »

Soudainement, ma tête - pour changer ces temps-ci - me fit une nouvelle fois souffrir et je fus rapidement prise de vertiges. Quand je tentai de me lever pour partir et affronter la douleur, mon corps ne l'entendit pas de cette oreille et je tombai lourdement sur la banquette. Tout en me massant les tempes, je marmonnai des mots incompréhensibles en me disant que ça passerait rapidement. Oh non... pourquoi est-ce qu'il fallait que ça m'arrive encore maintenant... ? J'avais réellement pas de chance aujourd'hui.

« Vous saignez du nez, mademoiselle Sigurd. »

Péniblement, je regardai de nouveau l'homme en face de moi, qui avait curieusement l'air d'apprécier le spectacle, c'est-à-dire celui où moi, Andréa, y tenait le rôle principal en souffrant de mon mal de crâne. Et en plus... Non. Attendez une minute. Comment il a su pour nez ?! Car bien entendu, il avait raison : je sentis du sang couler jusque sur mes lèvres et virai tout ça d'un geste de main peu adroit. Et comme pour empirer un peu plus les choses, peu à peu, la température de l'intérieur du bar-restaurant baissa considérablement. Bientôt, je me mis à claquer des dents et à greloter furieusement. Évidemment, ni l'aveugle, ni les toutes les autres personnes présentes autour de moi ne ressentaient la même chose que moi.

Une présence, comme dans la salle de cours, me tira de ma torpeur et je tournai partiellement la tête en direction du comptoir. Là, avec effroi, j'aperçus une jeune femme blonde qui me fixait d'un regard vide et d'un air étrangement assuré. Ce n'était pas la petite fille cadavérique à la gorge lacérée, bien au contraire. Elle, était plus âgée et avait environ mon âge. Elle était vêtue de manière plutôt osée et ses longues boucles d'or encadraient son visage. Dans un moment de doute, je jetai furtivement un œil sur l'homme en face de moi et à Penny derrière le comptoir, tout ça pour prestement en conclure que j'étais bel et bien la seule à la voir. Mais. C'est. Quoi. Ce. Fichu. Délire ?!

« Fais attention à lui. C'est le Démon-Loup. »

Je haussai un sourcil. La fille venait de me parler. De ses orbes marrons, elle désigna l'homme aveugle avant de se répéter. Même si ma tête me jouait toujours des tours, je me risquai à tenter de garder la tête froide, en me demandant si je n'avais pas de sérieux problèmes d'hallucinations. Non mais parce que là... ça devenait grave.

« Qui voyez-vous, Andromeda ? Que vous dit cette personne ? »

Un frisson parcouru mon échine lorsqu'il reprit subitement la parole. Sur le coup, ses paroles eurent du mal à atteindre mon cerveau. Mais, quand je réalisai ce qu'il venait de dire, j'écarquillai les yeux et bredouillai des choses inaudibles. Puis, la peur au ventre, je pris mon sac et quittai aussitôt la table pour sortir. Un peu bouleversée, je n'entendis pas les salutations de Penny et fonça à l'extérieur. Avant de sortir, il mentionna encore quelque chose.

« Nous nous reverrons bientôt très chère, j'en suis certain. Mais souvenez-vous également de mon nom : je suis Deucalion. »


L'esprit vachement retourné, je marchais à présent en direction de l'arrêt de bus pour rentrer chez Maïa. D'ailleurs, en guise de timing parfait, mon téléphone se mit à sonner quand je m'assis sur le banc de l'abri-bus. Après plusieurs secondes d'hésitation, je me décidai enfin à répondre au numéro qui apparaissait comme étant inconnu.

« Oui allô ?

- Andréa ?! Enfin j'arrive à te joindre ! »

Je soufflai légèrement en reconnaissant la voix à l'autre bout du fil.

« Maïa ? C'est toi ?

- Non, c'est le Père Noël mais j'ai un an de retard. ... Mais bien sûr que c'est moi ! Je me suis faite un sang d'encre ! Est-ce que tu vas bien ?! Où es-tu ?! Le lycée m'a appelé et m'a appris ce qui s'est passé ! Et j'ai enfin pu mettre la main sur ton numéro portable !

- Heu... Bun... Oui ça va, je vais bien. Je suis en ville en fait et je me cherchais un petit boulot pour m'enrichir un peu plus. Mais là, j'attends le bus pour rentrer.

- Le bus, hein. Tu viens d'arriver. Tu sais lequel prendre au moins ?

- Ouiiii, t'inquiète pas. Je rapplique vite fait. C'est bon, tu es rassurée ? »

Un léger blanc s'installa entre elle et moi, puis j'entendis un soupir. Elle s'était vraiment tant inquiétée que çà ? C'était pas comme si on était particulièrement proche. Quoique... en fin de compte, vu que légalement elle était responsable de moi le temps de mon séjour ici, s'il m'arrivait le moindre truc, c'était elle qui allait prendre cher. Et je supposai aussi qu'elle devrait en répondre auprès de mes vieux et de ma sœur.

« Oui, c'est bon, m'assura-t-elle en prenant un ton un peu plus posé. Je t'attends à la maison. Mais fais-vite s'il te plaît.

- Compris. »

C'est sûr ces mots que notre courte conversation téléphonique prit fin. Le bus de ville arriva quinze minutes plus tard et je pris place à son bord en direction de la banlieue de Beacon Hills, dans laquelle je vivais à présent - et espérons juste pour un temps. Il venait vraiment de m'arriver des trucs anormaux aujourd'hui, en pus de hier soir avec mon cauchemar. J'avais réellement l'impression... d'être tombée dans l'espèce d'horrible fourbi de cette ville qui, fraîchement débarquée, me rendait déjà folle. Entre le rêve atroce, les corbeaux, le fait que j'avais des absences et que je zappais certaines choses... sans compter le type qui m'avait abordé au diner. Tout ça commençait à sérieusement à me remuer l'esprit et je ne savais pas si je devais ce sentiment à Beacon Hills ou à moi-même.


J'eus droit à un accueil plutôt chaleureux lorsque je passai la porte de la demeure rouge et blanche. Maïa m'accueillit à bras ouvert, en ne manquant pas de me couvrir de sermons et questions. Personnellement, je trouvai qu'elle en faisant finalement un peu trop à me réprimander comme çà, surtout selon elle parce que je m'étais échappée un moment en ville. Décidément, en plus d'être un peu de nature excentrique sur les bords, elle était aussi très émotive et me faisait d'ailleurs bien rigoler avec tous les grands gestes qu'elle faisait pendant qu'elle me parlait de vive voix.

En fin de compte, suivant ça, elle m'invita toujours un peu inquiète à m'asseoir sur un des fauteuils moelleux de son salon, en attendant qu'elle prépare un peu de thé bien chaud. Me pliant à ses exigences - tandis qu'elle partit en direction de la cuisine -, je déposai mon sac à dos sur le sol, près du siège et m'y installai. Mes petites égratignures me démangeant un peu, je retroussai les manches de ma chemise et les examinai. Curieuse, je les touchais d'un doigté léger pour savoir si la douleur était toujours présente. Un sensation de picotement se fit alors ressentir et mon visage se déforma alors aussitôt.

Et alors que je comptais garder çà pour moi pour ne pas que mon hôtesse redevienne mortellement folle d'inquiétude, cette-dernière refit au même instant son apparition avec un plateau munit de deux tasses de thé et de biscuits.

« Oh mon dieu, s'écria-t-elle en voyant ma peau légèrement rougeâtre. Dis donc, ces oiseaux ne t'ont pas loupés ! Je vais chercher ma trousse de premier secours. Et toi, tu ne bouges pas d'ici, compris ? »

Je lui adressai alors, à contrecœur, un signe de tête las et ennuyé, qui exprimait mon approbation. Elle se rendit donc à l'étage, vers sa salle de bain vraisemblablement.

Toute seule dans la grande pièce, j'en profitai donc pour allumer la télévision du living room, juste histoire de mâter un truc. Je voulais juste avoir des images devant mes yeux et du son qui claque. Le programme, je m'en fichais complètement, du moment que c'était assez stupide pour capter mon attention. Ca m'arrivait aussi à L.A. de faire la même chose : allumer la télé, tout simplement, juste pour avoir ce sentiment de présence et de neurones actifs.

Avec la télécommande, je zappais les chaînes par-ci et par là et tomba sur un de ces jeux télévisés qu'ils passaient à midi pour les vieux retraités : cinq personnes, choisis au hasard dans le public, qui répondaient à des questions débiles et qui participaient à des épreuves qui l'étaient tout autant. Bordel... Ils étaient vraiment pathétiques mais ça fera l'affaire pour tenter de me faire oublier ce que je venais de vivre. C'était dingue de voir tout ce que des gens lambdas comme moi étaient capables de faire pour gagner deux milles dollars. M'enfin bon : pour le coup, dans leur cas à eux, le proverbe "le ridicule ne tue pas mais rend plus riche" s'appliquait.

« Me revoilà ! S'exclama Maïa en mettant ma main sur l'épaule. Tiens, tu n'as pas touché à ton thé ? Tu devrais pourtant. Ça te ferait du bien. »

Surprise, je tressaillis me je me repris rapidement. Le volume de la télévision avait masqué le bruit de ses pas dans les escaliers pas loin, d'où mon comportement. Dès qu'elle s'assit à son tour sur le siège d'à côté, je baissai donc le son avec la zappette. Visiblement, ça ne l'avait pas déranger que j'allume l'écran plat sans son consentement. Maintenant que j'y pensais, je ne lui avais même pas demander sa permission mais elle semblait être le genre personne qui se fichait royalement de ce genre de détails - et moi aussi pour le coup.

Sous mes yeux, la jeune femme à la chevelure châtaine et claire sortit de quoi soigner mes blessures superficielles, à savoir du coton, de l'alcool à usage médical et des pansements, objets qu'elle posa sur la table basse.

Sans un mot, sans broncher, je ne fis pas récalcitrante et me laissai faire, lui tendant mon bras pour qu'elle puisse s'en occuper. Durant un instant, je pensais à ma famille : est-ce que je devais leur raconter ce qui m'était arrivé ? En ce qui concernait Kat', elle, elle serait ravit que je la tienne au courant et je lui apprenne tout ça. Elle se moquerait bien tiens : "OMG mais t'attires les oiseaux, tu vis dans une serre ou quoi ? De toute façon j'ai toujours su que t'étais un nid à problème ! Mouhahaha !" serait bien un texto qu'elle pourrait m'envoyer en guise de réponse. Je ne pus réprimer un sourire en y songeant.

« Les corbeaux qui t'ont attaqué, m'interpella finalement Maïa en imbibant un coton de désinfectant, ils ressemblaient à celui que t'as vu ce matin ? »

Un peu décontenancée à cause de ce retour brutal à la réalité, je réfléchis deux ou trois secondes, avant de finalement hoché la tête en fronçant les sourcils.

- ... Hm ... Ouais. Maintenant que j'y pense, ils lui ressemblaient beaucoup mais en fin de compte, tous les corbacs ont la même tête non ? Mais finalement, on dirait que t'avais raison : tu sais, ton blabla de ce matin, tes histoires d'alertes aux dangers grâce aux rêves là, et tout ça. »

Je serrai les dents lorsqu'elle tapota doucement le coton imbibé sur l'ensemble des blessures de mon bras droit et reprit.

« Nan mais franchement Maïa : c'est comme ci j'étais en train de... perdre la boule. Déjà que dans ma tête je suis pas très clean alors si je deviens folle... Et pour tout te dire, j'ai l'impression de divaguer, de voir des choses que je devrais pas voir. Des corbeaux veulent ma mort et puis pour finir en beauté... il y a ce fou qui m'a abordé au diner où je suis allée postuler pour un emploi ! C'est parce que j'ai dis que j'aimais pas la ville que la ville elle-même essaye de me rendre complètement dingue ? »

Maïa, qui m'écoutait attentivement sans un mot laissa échapper une exclamation avec de se lever subitement et de me regarder d'un air hyper préoccupé. Et c'est reparti : il lui arrivait quoi cette fois-ci ?

« Un fou ? Tu dis qu'un homme t'as abordé, juste comme ça ? Sans raison ?

- ... Bun oui. Un homme hyper bizarre ! Il s'est assis tranquillement à ma table à commencer à me parler de m'éveiller et... »

Soudainement, je m'arrêtais de parler. Les phrases exactes de cet homme me revenaient en tête, et on ne peut plus clairement. Mon expression passa donc de l'inquisition à la méfiance.

« Et ? Insista la brune. Qu'est-ce qu'il t'a dit d'autre ? »

Mon regard marron se perdit instant dans l'ensemble de la pièce avant de finalement fixer mon hôte. Je l'observais à présent d'un air inquisiteur, les sourcils et les yeux froncés.

« ... Et il a mentionné ton nom. Il a dit que c'était dommage que je ne sois pas encore prête et qu'il pensait que t'avais tout faire pour, ou un truc du genre. J'ai pas tout capté sur le coup.»

Maïa, étrangement, me tourna le dos et se leva pour marcher silencieusement jusqu'à une des fenêtres du salon. Elle avait pas l'air d'aller très bien tout d'un coup.

« Mon nom ? ... Tiens donc. Et a quoi il ressemblait ? »

- Hein ? » Dis-je simplement, ne comprenant pas pourquoi elle s'attardait autant sur cet homme.

« L'homme. A quoi il ressemblait ? Répéta-t-elle avec plus d'insistance.

- Bun ... Grand ... cheveux châtains foncés si je me souviens bien, des lunettes de soleil et une canne pour malvoyant. Bref, un aveugle bizarre. Mais attends un peu.. Tu le connais ce type ou quoi ?

- ... Plus ou moins. »

Sans un mot, je dévisageai toujours aussi intensément la femme brune qui me soignait. De même, un long silence s'installa de nouveau entre nous mais ni une ni deux, j'y mis un terme.

« Comment ça plus ou moins ? M'exclamai-je. Tu es en train de me dire que tu connais ce taré ?

- C'est une vieille connaissance, rien de bien alarmant.

- Une vieille connaissance ?! C'est une blague ma parole ! Et pourquoi est-ce que ta vieille connaissance, tout droit sortie de nulle part, est venue m'ennuyer ce matin ?! Et qu'est-ce qu'elle me voulait ?! Tu sais quoi, je veux même pas rencontrer tes amis s'ils sont tous aussi cinglés que lui ! »

Soudainement, j'écartai ses mains de moi et me levai précipitamment. Non franchement, c'en était assez pour aujourd'hui. La Rougemont avait des fréquentations plutôt douteuses et ça m'effrayait un peu. De plus, je ne voulais rien avoir à faire avec eux.

« Attends Andréa, m'apostropha-t-elle. Je n'ai pas fini de m'occuper de tes blessures !

- Ça ira comme ça, merci bien, contestai-je. Et puis, j'ai vraiment besoin d'être un peu seule là. »

D'un geste ferme, je saisis une des bretelles de mon sac et me dirigeai vers les escaliers pour monter dans ma chambre. Cependant, au lieu de me laisser un peu tranquille, elle reprit la parole et je stoppai mes pas.

« Andréa, je suis terriblement désolée. En guise de premier jour de rentrée, j'imagine qu'il y a mieux.

- Ouais... Ça tu peux le dire, grommelai-je dans un soupir en tournant la tête dans sa direction. J'ai connu de meilleurs jours. Mais là... je dois me ressourcer un peu... à ma manière.

- Je comprends. Tu peux te reposer dans ta chambre si tu en as envie. Et... je dirais à cette personne de ne plus t'approcher à l'avenir.

- ... Merci. Ce serait cool. »

La discussion étant close, je marchai en direction des étages, d'un pas lent et le crâne bien lourd.

« Andréa. »

Avec une expression mécontente sur le visage, je me tournai une dernière fois vers elle. Bordel, qu'est-ce qu'elle me voulait encore ? On s'était tout dit pour aujourd'hui je pense. Et là... mon lit m'attendait avec impatience vu mon envie de pioncer pour récupérer de ma nuit agitée.

« Quoi ? Râlai-je bien disgracieusement. Qu'est-ce qu'il y a encore ?

- Ce soir... il faudra que l'on discute de certaines choses toutes les deux. C'est très important.

Okay, acquiesçai-je vaguement. Pas de problème. »

Suite à ces paroles, je me rendis enfin dans ma chambre, pour me prélasser et me reposer, mas également pour tenter d'oublier tout ce qui m'était arrivé aujourd'hui. Et bientôt, grâce aux coups de téléphone de ma famille et de Kat', de la musique, d'internet et de la télévision, ces mauvais souvenirs disparaissaient déjà définitivement.


Lorsque j'ouvris les yeux, je m'aperçus rapidement que ma chambre à l'origine remplie d'une chouette lumière du jour étant maintenant plongée dans le noir total. Seul l'écran de mon ordinateur en veille, que j'avais laissé allumé par inadvertance, émettait une faible lueur dans la pénombre. Mon bouquin préféré, celui sur l'occulte, était à moitié ouvert à côté de moi, sur la couverture. Ah oui... J'étais en train de le lire quand je me suis endormie. La preuve, j'avais encore mes vêtements sur le dos, et non une tenue plus confortable pour siester.

Tout en frottant mes yeux pour leur permettre de s'habituer à l'obscurité, je me redressai et m'assit sur le bord du lit. D'un geste de main habile malgré mon immersion un peu lente, j'atteignis mon portable et y vit qu'il était vingt-et-une heures trente. Wow... j'avais dormi aussi longtemps ? Et bun... à croire que j'avais été, en fin de compte, plus qu'épuisée.

Néanmoins, avec ça, je me sentais beaucoup mieux, même si cela signifiait que je n'allais pas dormir de la nuit pour les cours de demain et que mon temps sommeil allait être complètement déréglé.

A cette simple pensée, je me mis à sourire et m'étirai avant de me lever. Mon bruyant estomac, qui criait famine, me rappela aussitôt que je devais ingurgiter quelque chose. L'heure du dîner était passée et Maïa avait dû manger toute seule. Tiens, et puis, on devait causer de quelque chose toutes les deux, si j'avais encore bonne mémoire.

Après avoir troqué mes chaussures - que je n'avais pas retirer - contre mes pantoufles, j'avançai vers la porte de la pièce pour descendre farfouiller dans le frigo. Mais en ouvrant la porte, mon cœur s'arrêta et mes yeux s'écarquillèrent férocement. A cet instant précis, je priai pour être en train de rêver.

« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHH ! »

Sans un quelconque avertissement, je poussai un cri démentiel et en tombai, paniquée, à la renverse. Mon visage bordé de larmes se décomposait et se déformait à cause de l'horreur que j'avais sous les yeux et que je détaillai de plus en plus. Non. C'était pas vrai. C'était pas possible. Encore un... Encore un autre... cadavre. Juste là sous mes yeux. Une jeune fille... blonde... mais beaucoup plus âgée que celle qui j'avais déjà vu. En plus d'avoir la gorge complètement lacérée et pleine de sang, un trou creux et plein de lambeaux cervelle se trouvait sur sa tête, comme ci on lui avait violemment tapé la tête avec un marteau. Par contre, le froid s'abattit de nouveau autour de moi et mon nez refit des siennes. Mais cette fois-ci, ce n'était pas mes plus gros problèmes.

« C'EST PAS VRAI ! DITES MOI QUE C'EST PAS VRAI, PITIÉ ! »

Tandis que je continuais à hurler comme pas possible, le cadavre commença à approcher dangereusement dans ma direction, son odeur pestilentiel envahissant ma chambre. Effrayée, je reculai maladroitement sur le sol, dans le but de m'éloigner le plus possible d'elle. Mais bientôt, mon dos ne tarda en rentrer en contact avec le mur du fond de la pièce. Gesticulant de manière complètement incontrôlable, je criai encore plus fort au fur et à mesure que le tas de chair pourrie avançait près de moi et tournai la tête à droite et à gauche dans le but de trouver un moyen de pouvoir m'échapper.

Peu à peu, je sentis mon nez couler de plus en plus abondamment et une envie de vomir et de tête sur le point d'éclater dégradait mon état physique et mental. Comme si je perdais totalement pied, que ma raison et ma santé psychique s'effaçaient. Ne tenant plus, je plaquais mes mains contre mon visage et pleurait de rage, fatiguée de voir ces hallucinations. Je devenais folle. J'étais folle. Je n'enregistrais plus rien. Et cette chose, ce fille à l'aspect cadavérique, je ne savais pas ce qu'elle me voulait, ni pourquoi je la voyais. Est-ce qu'elle allait me faire du mal ? Est-ce qu'elle allait me tuer ? Non... Je ne voulais pas mourir, que ce soit physiquement ou psychologiquement. Mais, malgré çà, avec les troubles mentaux que je vivais actuellement depuis que je suis à arrivée à Beacon Hills, je me sentais bonne pour un séjour à l'asile. Tiens... à côté de ça, la perspective d'aller au lycée de la ville me paraissait tout-à-coup beaucoup plus sympathique.

Pourtant, voilà quelques minutes que j'étais restée dans cette position, c'est-à-dire assise contre le mur de ma chambre, les yeux clos et pleins de larmes cachés derrière mes mains. Ma respiration était saccadée et je transpirais en plus d'avoir froid. Aucun autre bruit dans la pièce était audible et je me risquai alors à jeter un coup d'œil par-ci et par-là.

La fille... elle n'était plus là. Elle s'était éclipsée. Soulagée, je me relevai difficilement et courut hors de mon logement. Cette fois-ci, pas de cérémonie, je filai directement à la recherche de Maïa, affolée. Je débutai tout d'abord par sa chambre à elle, où je tambourinai comme pas possible à la porte.

« MAÏA, C'EST MOI ! OUVRE LA PORTE ! IL M'ARRIVE DES TRUCS DE DINGUES... J'EN PEUX PLUS ! S'IL TE PLAÎT, OUVRES-MOI ! »

Aucune réponse. Je fonçai donc ensuite comme un bolide jusqu'au rez-de-chaussée en l'appelant à voix haute, en espérant la trouver. Seulement, en arrivant, un détail me surprit. Il n'y avait aucune lumière. Lentement, je marchais à travers la pièce principale, en tentant de la trouver dans la pénombre. Puis une petite lueur attira mon regard dans sa direction. Une petite lueur jaune semblable à celle d'une bougie jaillissait faiblement à travers la serrure d'une porte que je connaissais assez bien et qu'il m'était interdit de franchir : celle de la cave.

Prudemment, j'avançai vers cette-dernière, persuadée que mon hôte ne pouvait être que là dedans. Par contre, ma tête chauffait comme pas possible, comme si j'avais de la fièvre et qu'elle était en ébullition. Mais en attendant, je devais le supporter et faire avec : il fallait absolument que je parle à Maïa.

D'un poigne qui se voulait ferme, j'attrapai la poignet de la surface en bois, non pas sans appeler une dernière fois le prénom de la femme aux tâches de rousseurs. Vu que je n'obtins encore une fois qu'un silence dérangeant en guise réponse, d'une respiration saccadée, j'ouvris doucement le battant avant de m'engager un peu à l'intérieur.

Devant mes yeux, je vis de longs escaliers en pierre en forme de colimaçon, qui s'étendait plutôt profondément dans le sol. Des vieilles bougies en cire - qui validaient mes doutes au sujet de la source de lumière que j'avais discernée un peu plus tôt - ornaient les vieux murs pavés et poussiéreux et éclairaient l'ensemble de l'espace étroit.

De moins en moins confiante, je pris quand même mon courage à deux mains et entreprit une sorte de descente aux enfers. Hors de question qu'une simple cave me fiche la trouille du siècle, non mais. Déjà qu'avec les cris que j'avais poussé tout-à-l'heure j'avais perdu toute dignité... alors autant sauvé le peu de fierté qu'il me restait.


Les bras tendus vers les murs pour ne pas perdre l'équilibre, je posai les pieds sur quatre dalles supplémentaires avant de d'enfin déboucher sur du plat. Selon toute apparence, les escaliers prenaient fin ici et tant mieux. J'ignorai pendant combien de temps j'avais marché mais j'estimai que ça avait mis un petit moment pour une simple allée au sous-sol.

Une nouvelle porte - oui, encore une ! - se dressait devant moi. Mais contrairement à celle qui se situait à l'entrée, celle-ci était en métal et je ne saurais pas expliqué pourquoi. Autour de moi, l'air était glacé et l'atmosphère beaucoup plus lourde. Soucieuse, je poussai mon ouïe au maximum pour essayer de discerner tout bruit audible. Pourtant, je n'entendis rien de familier ou d'anormal.

« Pff... Mais qu'est-ce que je peux être bête moi, finis-je par lâcher dans un râle agacée. Je devrais plutôt remonter avec qu'elle ne me voit ici. »

Résolue, je me décidai enfin à faire demi-tour pour atteindre le rez-de-chaussée. Je ne connaissais pas trop cet endroit et je ne voulais pas me mettre Maïa à dos juste parce que je n'avais pas respecté l'une des seules règles de sa maison. Et alors que j'empruntai les marches deux à deux, une voix me figea net sur place.

« Où est-ce que tu vas Andréa ? Entre, je t'en prie. »

Mortifiée, je ne bougeai plus d'un iota durant plusieurs secondes avant de me retourner très lentement vers la porte blindée. Attends. Est-ce qu'il s'agissait bien de la voix de Maïa là ? Juste à l'instant ? Pour en être certaine, je ne laissai échapper aucun son, hormis celui-ci de ma respiration.

« Andréa. Je sais que tu es derrière la porte. Entre s'il te plaît, c'est ouvert. »

Bon okay. La voix... était belle et bien celle de mon hôtesse. Et moi qui voulait être hyper discrète pour ne pas m'attirer d'ennuis... C'était raté. Elle allait sûrement me massacrer pour être venue jusqu'ici. Mais bon.. ! Elle ne pouvait pas m'en vouloir, je devais absolument lui parler et je l'avais cherché partout ! C'était pas ma faute, quoi. Donc si elle comptait m'engueuler, je lui balancerai cet argument à la figure. Et si elle n'était pas contente... et bien tant pis, voilà.

Toujours aussi tremblotante - non pas à cause du fait que j'allais sans doute me faire trucider mais à cause du froid -, je baissais légèrement la poignée avant de pousser la lourde ouverture.

Une fois à l'intérieur de la pièce mystérieuse, une expression à la fois confuse et surprise s'empara de mon visage. Cet endroit... n'avait rien avoir avec le reste de la maisonnée et l'atmosphère et y était encore plus oppressante. Seulement illuminé que grâce à la lumière de pas mal de bougies tout comme dans la petite galerie des escaliers, les murs et le sol de ce lieu étaient faits de terre cuite et toutes sortes de draps aux motifs étranges, babioles et crânes d'animaux le décoraient et pendouillaient un peu partout. Et plus déconcertant encore, des masques et des écritures que je ne pouvais lire remplissaient les surfaces.

Le visage décomposé par la stupeur, j'avançai lentement dans la pièce, la tête bougeant dans tous les sens pour essayer de savoir où j'étais réellement. Assise sur un tapis, face à un petit feu de bois, Maïa - qui était vêtue d'un accoutrement étrange - me fixait sans un mot. Sa bonne humeur habituelle ne m'apparaissait pas et je frissonnai un peu d'effroi. Elle avait des marques colorées sous les yeux et ce qui semblait être des bois de cerf paraient ses cheveux. Derrière elle, je discernai une sorte de stèle en pierre, sur laquelle des espèces d'étiquettes étaient collées dessus. Mais bordel... C'était quoi cet endroit ?! J'étais où là ? ! Et puis tous ces os d'animaux... !

« Andréa, m'interpella Maïa d'un ton bienveillant. Assieds-toi en face de moi. »

Mon hôtesse venait de soudainement me sortir de mes pensées, ce qui me perturba un instant. Je ne parvenais plus tellement à réfléchir et j'en venais même à me demander ce qui m'arrivait et ce que je faisais. Ma tête, qui s'était un peu assagie, reprit ses bourdonnements incessants et j'avais le nette impression que j'allais m'évanouir tellement je vacillais sur place.

« Alors, qu'est-ce que tu attends, insista la brune aux bois de cerfs. Assieds-toi. Si ça continue, tu vas reperdre connaissance comme l'autre soir. »

Mon sang ne fit qu'un tour lorsque l'information qu'elle venait de me dévoiler fut enregistrer par mon cerveau. Quoi ? Qu'est-ce qu'elle venait de dire là ? Est-ce que j'avais bien entendu ? J'hallucinais encore ou quoi ?

« Qu'est-ce que... tu viens d'dire là ? Marmonnai-je d'un ton assez nerveux. L'autre... l'autre soir ? Il s'est passé quoi l'autre soir ? De quel soir tu parles d'ailleurs, hein ?!

- Allons. Tu m'as très bien comprise. Toi et moi nous savons bien que ce n'est pas la première fois que tu viens ici. »

Dans un rire claire et sincère, Maïa déposa une petite marmite sur son feu de camp miniature et se mit à mélanger son contenu liquide et non-identifiable à l'aide d'une cuillère en bois. Puis, elle avec une grosse louche, elle remplit l'espace creux avec l'élixir bizarre. De loin, on aurait juste dit du thé mais l'odeur était fortement désagréable. Cependant, je ne reconnaissais plus, une fois de plus, la femme un brin insouciante et joviale qui m'avait accueillit il n'y a pas si longtemps.

« Ta tête est sur le point d'exploser pas vrai ? Alors installes-toi et bois çà. Ça te fera du bien crois-moi. »

Sceptique, je scrutais tour à tour le récipient puis elle, avant de marcher dans sa direction et de m'asseoir le plus prudemment possible. Bien malgré moi, j'étais arrivée à un stade où je commençai à craindre la douce Maïa. Tout de suite après m'être installée confortablement sur le tapis, elle me tendit sa tasse, que j'acceptai avec scrupule. Peu rassurée, je humais une nouvelle fois l'odeur qui était parvenue jusqu'à mon nez tout-à-l'heure et poussai un gémissement de dégoût en la sentant de nouveau. Ce truc était vraiment buvable ? Et qu'est-ce qui me prouvais qu'elle n'avait rien mis de dangereux pour moi dedans ?

« Tu n'as pas d'inquiétude à avoir. Ce n'est qu'une boisson qui te permettra de mieux résister à leur assauts et à leurs apparitions.

- ... Pardon ? M'exclamai-je en fronçant les sourcils. »

Assauts, apparitions... je n'aimais pas du tout la tournure des événements. Et évidemment, même si je commençai à piger où elle voulait en venir, mon cerveau, lui, se résolvais à ne pas prendre en compte cette réalité troublante.

Les yeux fermés et armée d'un immense courage, je me risquai finalement à goûter à ce liquide chaud et à l'odeur désagréable au possible. La sensation de celui-ci qui coulait le long de ma gorge me fit pousser un cri de dégoût et je posai aussitôt la louche à côté de moi, sur le tapis.

« C'est dégueulasse ce truc, hurlai-je contrariée. Et puis c'est quoi ce délire là ?! Je suis encore en train de rêver, c'est ça ?! Ou alors je deviens vraiment schizophrène et parano ! Et toi ?! T'es qui au juste, hein ?! Qu'est-ce que tu me veux ?! Qu'est-ce qu'on fait là ?! Ne me dis pas que tu es une de ces cinglées au final qui...-

- Du calme, me coupa-t-elle posément en buvant à son tour un peu de son breuvage. Je comprends que tu sois un peu remontée et je suis consciente que je te dois des petites explications.

- Pas qu'un peu remontée, c'est sûr. Grommelai-je en détournant le regard. »

Cependant, en voyant un crâne d'animal sur le meuble pas loin à côté de moi, j'étouffai un cri de stupeur. Comment est-ce qu'elle pouvait conserver ces trucs-là ici ? Est-ce que c'était en réalité une de ces fétichistes un peu timbrée qui gardait ses folies dans sa cave ?

« Bon, reprit Maïa après un léger silence. Autant reprendre depuis le début, tu ne crois pas ? »

J'acquiesçai simplement, sans dire quoi que ce soit. Je voulais savoir ce qu'elle avait à me dire, et après ce serait mon tour.

« Andréa. Il faut tout d'abord que tu saches que Beacon Hills n'est pas une ville comme les autres. En effet, elle est unique en son genre et attire les personnes comme toi.

- Des personnes... comme moi ? Répétai-je d'un ton inquisiteur. Qu'est-ce que tu veux dire par des gens comme moi ? Tu veux dire des jeunes complètement tarés qui voient des choses qui n'existent pas ?

- Oui... On peut dire ça comme ça. Seulement, tu es loin d'être folle. Tout ce que tu as vu jusqu'ici est bien réel et ta sanité ne t'a pas fait défaut, tu peux me croire. D'ailleurs, je ne m'attendais pas à ce que tu sois si rapidement affectée.

-... Maïa... Je pige que dalle. Va à l'essentiel. »

J'avais sorti ça de manière las, réellement fatiguée par le fait qu'elle tournait au tour du pot. Je voulais absolument qu'elle en vienne au fait. De son côté, la brune aux yeux bleus, dans un sourire, s'empara d'un vieux calumet allumé et fumant et en respira une bouffée, pour ensuite l'expirer quelques secondes plus tard. D'une main, je dissipai le petit nuage qu'elle venait de former. Bah voyons, maintenait, j'apprenais qu'elle fumait. Qu'est-ce que j'allais découvrir d'autre à son sujet ?

« Très bien, si tu insistes, accepta-t-elle nonchalamment. »

Elle se leva et fit quelque pas de long en large dans la petite pièce. Entretemps, mon mal de tête avait cessé et mon nez ne coulait plus depuis un moment. Est-ce que c'était vraiment sa boisson qui m'avait guérie ?

« Andromeda, poursuivit-elle, il faut déjà que tu saches que le rêve que tu as fait la première nuit n'en était pas un. Tout les événements que tu m'as décrit le lendemain se sont réellement produits. J'ai d'ailleurs eu beaucoup de peine à enlever les tâches de sang que tu as laissé sur le parquet devant la cave et sur ta chemise de nuit. Un véritable calvaire, oui. »

Tout en l'écoutant, j'écarquillai les yeux et restai bouche bée. En toute discrétion, je me pinçai pour savoir si je ne dormais pas. Mais - malheureusement pour moi -, j'étais bel et bien réveillée.

« ... Quoi ? Tu... Non. C'est pas possible. C'est pas vrai. Tu mens.

- Non... c'est la stricte vérité, je te le jure. Le premier soir, tu t'es réveillée en sursaut et tu t'es retrouvée devant une situation invraisemblable. Une jeune fille est apparue devant tes yeux et tu t'es évanouie. ... Enfin, c'est l'impression que tu as eu je me trompe ?

- ... Oui. Mais ça ne prouve rien ! Je rêvais je te dis ! Je rêvais !

- Non, tu ne rêvais pas. Et tu le sais aussi bien que moi. »

A ces mots, Maïa se dirigea vers une commode qui trônait par là et pris une page de ce qui semblait être un journal. Puis, elle le mit juste sous mon nez. Au départ, j'y avais rien vu de bien intéressant, jusqu'à ce que mes orbes noisettes s'attardent sur la photographie au verso. Sur celle-ci, j'identifiai une petite fille blonde à la peau comparable à celle d'une poupée et aux yeux biens bleus. Son visage était encadré par des longues boucles blondes et elle souriait de toutes ses dents. Joliment vêtue, elle portait une robe rose à motifs vichy. Puis, je percutai mentalement en comprenant, bien malgré moi.

« Non... c'est impossible, murmurai-je en reculant sur le sol. C'est impossible...

- Et si. C'est elle que tu as vu l'autre nuit n'est-ce pas ? Une gentille petite fille qui vivait sa petite vie tranquille à Beacon Hills, et qui a fini par disparaître du jour au lendemain il y a de cela 20 ans. Quelques jours après sa disparition, les autorités l'ont retrouvé noyée dans conduit d'évacuation d'eau d'un chantier. Sa jambe était restée coincée dans le ciment mélangée à l'eau de pluie. »

Affolée, des larmes me montèrent aux yeux et levai mes yeux de la vieille photographie. Je ne pouvais pas y croire, je ne voulais pas y croire. Je ne voulais pas de cette vérité.

« Et depuis, reprit la femme aux bois de cerfs, je suppose que tu en as vu d'autres. Il y en a un qui est apparu dans ta salle de classe juste avant l'invasion des corbeaux, n'est-ce pas ?

- ... »

Devant mon absence de réponse, Maïa s'agenouilla pour se mettre à ma hauteur et leva mon menton pour que je puisse croiser ses prunelles azures.

« Andréa, je te le répète : tu n'es pas folle. Tout ce que tu as vu jusqu'ici est réel. Cependant, je te présente quand même mes excuses. Tout ça est arrivé si vite... Je ne m'attendais pas à ce que tu les attires autant. A croire que c'est vraiment toi que j'attendais.

- Qu'est-ce que... tu veux dire, articulai-je en reniflant. Tu es... en train de me dire que je ne suis pas cinglée mais que je vois des gens... qui sont morts ? C'est bien ça... ?

- ... C'est exact. Andréa... Tu as un don unique, tu es une créature unique. Ton destin était te venir ici, à Beacon Hills pour accomplir ta tâche. Ces pouvoirs que tu possèdes en toi, dont celui de pouvoir voir et interagir avec les fantômes et les esprits... Ils sont en toi depuis ta naissance. Il s'agit d'un don qui se transmet de générations en générations chez les tiens.

- Ma... naissance...?

- Oui, tout comme ce collier que tu portes. Il est le symbole qui représente tes origines. Beacon Hills t'a permis d'éveiller tes capacités à cause de la forte concentration spirituelle de la ville. Mais tu peines encore à résister aux esprits qui tentent de s'emparer de ton corps pour fuir leurs douleurs.

- Mais... enfin... Maïa... ! Pourquoi moi ?! Hein ?! Pourquoi ?! Et je suis quoi moi au juste ?! »

Je me levai d'un bond, furieuse. Je ne voulais pas ça. Je ne voulais pas y croire. Je ne voulais pas de ce don comme elle le disait si bien.

« Toi, Andromeda Sigurd, tu es celle qui possède le pouvoir d'interagir avec le monde spirituel et les différents plans astraux, celle qui possède les facultés de percevoir, contacter, contrôler, et négocier avec le monde spirituel. Tu es une Chamane. »

Instantanément, je me tournai dans la direction de la personne qui venait de formuler ces paroles, la voix provenant de derrière mon dos. Maïa en fit de même avant de se relever et de lancer un regard méfiant à la personne en question, qui elle-même était accompagnée d'un second individu.

« Oh non... alors là j'y crois pas, marmonnai-je en reculant à tâtons. »

La scène juste devant mes yeux m'ôta tous mots de la bouche. C'était hallucinant. Aberrant. J'étais perdue, déboussolée, fracassée de l'intérieur. Pourquoi eux ?

« Madame Morell, murmurai-je, sous le choc. Vous... Qu'est-ce... Vous faites quoi ici ? Et ce type ? Qu'est-ce qu'il fait ici avec vous ? »

En effet. Devant, juste à l'entrée de la cave, se tenait Marine Morell, mon ancienne professeure de français au lycée de Lawton West High de Los Angeles. Elle souriait. Et à son bras, se tenait l'homme aveugle de ce matin. Le cinglé qui m'avait accosté. L'homme qui s'appelait... Deucalion.

« Je vous avais bien dit que nous nous reverrions mademoiselle Sigurd, certifia-t-il avant de rire légèrement. »

Avec l'aide de mon ex-enseignante de français pour le guider, l'homme aux verres teintés avança dans ma direction avant de s'arrêter lorsqu'il fut très proche de moi. Prise au dépourvue à cause de sa proximité, je vacillai sur place et fit un pas en arrière. Malgré tout, ça ne l'empêcha pas de plier sa canne extensible et de passer une main sur mon visage. Contrariée, je pinçai mes lèvres et m'écartai légèrement, ce qui l'amusa un peu. Moi aussi, d'ailleurs, je mis à rire légèrement. Un rire jaune et sarcastique. Fatiguée de tout ça, je posai la paume de ma main gauche sur mon front avant de la laisser sur ma hanche. Franchement, ça en faisait des informations à encaisser. Et encore, je ne savais toujours pas si je devais croire tout ça.

« Une... Chamane... ? Réitérai-je d'un ton absent.

- C'est bien ça, me confirma Madame Morell. »

L'esprit totalement à l'ouest, je reculai d'un pas et me massa les temps. C'en était trop pour ma pauvre petite tête. Mais bientôt, Maïa enchaîna, bien décidée à ne pas me laisser tranquille avec cette histoire.

« Andréa. Une créature est apparue en ville il y a quelques temps et nous avons besoin de toi pour l'arrêter.

- Besoin... de moi ?

- Oui. Elle est déjà tuée une personne. Et cette personne, j'imagine que tu as dû la voir : il s'agit d'une jeune fille blonde d'environ ton âge qui ...

- ... à la gorge tranchée et la tête explosée, terminai-je d'un ton sombre. »

Les deux adultes féminines de la pièce s'échangèrent un regard tandis que le fameux Deucalion se contenta d'esquisser un sourire. Tout ça me dégoutait.

« C'est ça, me confirma mon hôtesse d'une expression concernée.

- Depuis quand est-ce qu'elle te hante Andréa ? Me questionna Marine Morell en croisant les bras.

- Depuis...depuis... heu... En fait, je l'ai vu avant de descendre. Et j'ai eu tellement peur que j'ai décidé de chercher Maïa jusqu'ici... ce que je regrette au final.

- C'est ce qui arrive en général avec les esprits qui ont vécus un décès brutal, développa Maïa. Les spiritualistes les attire et certains cherchent même à voler leurs corps pour fuir la douleur de leur mort. C'est ce qui t'es arrivée durant ta première nuit. »

Dépassée, je décidai de marcher de long en large dans la pièce en essayant de me dire, encore une fois, que tout ça n'était qu'un gros mirage. Mais j'avais beau la prier et la supplier, la dure réalité me rappelait à elle. Puis, un détail me revint en tête et je me dirigeai vers Deucalion qui était plutôt discret depuis tout-à-l'heure.

« Cette fille... enfin ce cadavre, n'est pas le seul que j'ai vu. Il y avait aussi une petite fille, qui m'a mise en garde contre vous au diner et qui me murmurait que vous étiez un Démon-Loup.

- Alors c'est ce qu'elle vous a dit ? Se contenta-t-il de me répondre nonchalamment. Intéressant.

- Intéressant ?! Explosai-je aussitôt. C'est tout ce que vous avez à dire ?! Je vous fais pas confiance et il est hors de question que je vous aide ! Je vous sens pas... ! »

Passablement en colère, je me retournai aussitôt vers Marine et Maïa.

« Et vous ? Vous êtes quoi dans tout ça vous, hein ?! Et toi Maïa, comment ça se fait que tu puisses aussi voir ce que je vois, hein ?! Réponds-moi et tout de suite avant que j'n'appelle mes parents pour me sortir de ce merdier ! »

Dans mon fort intérieur, je me maudissais d'avoir débilement mentionner mes parents. Mais alors que je ne m'attendais à ne pas recevoir de réponse, Marine s'avança vers moi et planta son regard dans le mien. Je ne me sentais progressivement de plus en plus mal.

« Andréa. Calmes-toi. Nous sommes de ton côté. Maïa est une médium ainsi que ta préceptrice. Pour ma part, je suis un druid. Quant à Deucalion... c'est un loup-garou. »

Horrifiée par ses dires, j'ouvris la bouche pour gueuler une fois de plus lorsque soudainement, quelque chose attira mon regard. Dans un coin de la petite pièce, un garçon, à la bouche pleine de sang, nous observait silencieusement. Il présentait les mêmes signes que la fille que j'avais vu un peu plus tôt : un peau pâle comme la mort, des yeux vides de toute étincelle de vie, la gorge sectionnée et le crâne fracassé. Ne pouvant plus tenir, je m'arrachais presque les cheveux, la bouche béante mais sans un son, avant de tomber à la renverse et de m'évanouir complètement.

Fin Chapitre 4


Et voilà ! :D Rendez-vous au prochain chapitre !~ N'hésitez pas à commenter pour me dire ce que vous en pensez. :)