Chapitre 4 : L'anniversaire de Dudley.
Le 23 juin 1991, au 4 Privet Drive.
Cela faisait presque dix ans que Harry avait été adopté par les Dursley, mais en dix ans le quartier n'avait quasiment pas changé. Le seul détail qui prouvait que l'on était plus en 1981, c'était les modèles de voitures qui s'alignaient dans les allées.
À l'intérieur de la maison des Dursley, c'était exactement la même chose : il y avait toujours les mêmes meubles et les mêmes objets placés aux mêmes endroits. Là encore, un seul détail pouvait rappeler la date : le modèle de téléviseur. Un autre changement, par rapport à 1981, était visible sur la commode du salon : là où se trouvaient auparavant les photos d'un unique bébé potelé habillé d'une grenouillère et d'un bonnet bleus, il y avait désormais les photos de deux garçonnets, l'un maigrelet et brun, l'autre dodu et blond.
Il était encore tôt, ce matin-là, mais Pétunia s'activait déjà dans la cuisine : c'était aujourd'hui le douzième anniversaire de son petit Dudley, et il fallait que tout soit parfait, à commencer par le petit-déjeuner. En dix ans, Pétunia n'avait pas beaucoup changé ; tout au plus avait-elle désormais quelques petites rides sur le côté de la bouche et des yeux.
Au fur et à mesure qu'elle préparait les plats, s'amoncelaient sur la table d'énormes quantité de nourriture : lard fumé, œufs brouillés, saucisses, œufs à la coque, flageolets à la sauce tomate, pain grillé, miel, marmelade, beurre et confitures diverses. Il y en avait pour au moins dix convives, même s'ils ne seraient que quatre à manger. À tout cela, s'ajoutaient les boissons : lait, jus d'orange, chocolat au lait, café et thé noir.
Vernon Dursley entra dans la cuisine en humant l'air avec satisfaction. La journée commençait bien.
Le temps avait laissé une empreinte plus marqué sur Vernon : il avait pris du ventre et des joues, et avait perdu son apparence de jeune premier, qu'il semblait avoir troqué contre un air grave et sérieux.
Il s'installa à table et entama la lecture de son édition du dimanche du Times, que Pétunia avait déposé devant sa place. Caché derrière son journal, il avança alors discrètement une main vers l'assiette de tartines beurrées ; mais sa femme le vit et il reçut un coup de cuillère en bois sur le dos de la main, ce qui lui arracha un grommellement de surprise.
« Attends que les enfants soit là pour manger, le gourmanda-t-elle d'un air sévère. »
Pétunia se dirigea alors vers le vestibule, mais lorsqu'elle arriva en bas de l'escalier, et se souvint d'une chose et fit demi-tour. Elle s'approcha du placard sous l'escalier, et en ouvrit la porte pour y attrapa une pile de paquets joliment emballés qu'elle alla installer dans le salon. Elle repartit ensuite vers l'escalier. À l'étage, elle frappa à une première porte, d'où sortit un grognement indistinct.
« Harry chéri, réveille-toi, il est l'heure. C'est l'anniversaire de ton frère, aujourd'hui, n'oublies pas. »
Harry sortit de sa chambre, dans son pyjama bleu, les yeux encore tout plissé, encore à moitié endormi.
« Allez, file dans la cuisine, vous vous préparerez à partir quand Dudley aura ouvert ses cadeaux. »
Harry descendit mollement en direction de la dite cuisine, et Pétunia alla frapper à une autre porte.
« Dudley chéri, il est l'heure de se lever : c'est ton anniversaire, aujourd'hui. »
Dudley sorti en courant de sa chambre, plein d'enthousiasme, et Pétunia dut l'intercepter au vol avant qu'il ne dévale les escaliers, afin de lui souhaiter un joyeux anniversaire et de lui déposer un baiser sur la joue. Il descendit alors en trombe vers le salon, impatient de déballer ses nouveaux jouets.
Dudley était bien en chair, mais sans être véritablement gros : il avait une forte carrure, et était donc ossu et musclé en plus d'être gras. C'est-à-dire tout le contraire de son frère : Harry, pour son âge, était plutôt petit et mince, et il était tout sauf musclé. Il découlait de tout cela que bien que Dudley ait douze ans et Harry bientôt onze, on leur donnait facilement trois ans de différence.
Quand Pétunia arriva dans la cuisine, Harry et Vernon était installé à table, et Dudley avait amené ses paquets depuis le salon et commençait à les déballer en s'extasiant. Il avait reçu une voiture télécommandée, deux jeux de construction, plusieurs films en VHS et quatre jeux vidéo. Après avoir chaleureusement remercié ses parents, il s'installa à table et commença à engloutir tout ce qui était à sa portée.
Pétunia ramassa les lambeaux de papier et le bolduc qui jonchaient le sol puis s'assis à son tour.
Le petit-déjeuner se passa dans un silence relatif : Vernon se plaint à sa femme du mauvais temps pour la semaine à venir, et Dudley décrivit à son frère toutes les caractéristiques sa voiture télécommandée. C'était sans doute le cadeau qui lui plaisait le plus, de tous ceux qu'il avait reçus.
Lorsqu'ils furent tous rassasiés, Vernon se tourna vers son glouton de fils.
« Dudley, va faire ta toilette. Il faudrait que nous soyons partis dans une demi-heure. »
Dudley obéit promptement à son père, et Vernon attrapa alors Harry par le bras pour le prendre à part.
« Écoute-moi, mon garçon, lui dit-il. Aujourd'hui, j'aimerais qu'il n'arrive rien de fâcheux. Tu comprends de quoi je parle, n'est-ce pas ? »
Harry hocha de la tête.
« Je ferais de mon mieux, répondit-il. »
Vernon le laissa alors partir à contrecœur. Ce genre de précautions était souvent inutile, mais Vernon avait bien été forcé de s'habituer aux imprévus causé par son fils adoptif.
Pétunia débarrassa la table de tout ce qu'il y avait dessus, et se mit à ranger pendant que son mari reprenait sa lecture du journal. Malgré l'appétit vorace de Dudley, et bien que Vernon ait lui aussi un bon coup de fourchette, il subsista de nombreux restes que Pétunia fit rentrer tant bien que mal dans le frigo.
Quand Harry arriva à l'étage, Dudley avait déjà fini de se laver : il était tellement impatient de partir qu'il s'était préparé en un temps record, lui qui d'habitude rechignait à aller se laver lorsqu'il fallait partir pour l'école. Harry prit alors sa douche, s'habilla dans sa chambre et descendit.
Devant la porte d'entrée déjà ouverte, Vernon, Pétunia et Dudley étaient prêts à partir. Ils n'attendaient plus que lui.
« Ah ben quand même », lança Dudley, manifestement énervé d'avoir dû attendre Harry.
La famille sorti, et Vernon ferma à double tour derrière lui. Ils montèrent en voiture ; Dudley ne tenait pas en place.
« Où va-t-on cette année, maman ? demanda-t-il.
- C'est une surprise mon chéri, tu verras bien lorsque nous serons arrivé. »
Vernon démarra la voiture, et ils se mirent en route. Durant tout le trajet, Dudley se trémoussa sur la banquette arrière et tenta de soutirer à ses mères des informations sur la surprise du jour. Harry resta plus calme ; il avait toujours été moins exubérant que son frère. Cela ne signifiait pas qu'il appréciait moins les choses que lui, mais simplement qu'il le montrait moins. Il était, pour dire vrai, assez réservé, alors que son frère était plutôt extraverti. À ce sujet, Harry se demandait parfois comment ils pouvaient être frère : même s'ils s'entendaient globalement bien, ils ne se ressemblaient ni de caractère, ni d'aspect.
