Auteur : Crazyitachi-la-malade-de-Shaka~
Bêta : Tenebrous Lombric
Luka
Chapitre 4
Aizen Ichigo
« Ichigo… Ichigo… »
Le petit garçon émergea du sommeil, un peu groggy. Il ouvrit les yeux et tomba sur le visage de Sôsuke.
« Papa ?
-Allez, c'est l'heure de se lever. »
Ichigo écarta la couverture, se redressa et attrapa sa robe de chambre à l'aveuglette avant de se lever et suivre Sôsuke d'un air comateux. Il parvint à rejoindre la cuisine au radar et, tout aussi aveuglément, se laissa servir un bol de céréales.
« Le réveil a l'air dur. Mal dormi ?
-Hum… J'ai fait un cauchemar…
-Le même ?
-Oui… »
Il baissa la tête, dépité. Sôsuke tendit le bras pour lui caresser les cheveux.
« Maintenant tu es réveillé, ça n'a plus d'importance.
-… Oui, Papa. »
L'enfant sourit à son tour et commença à manger avec entrain.
« Je ne pourrais pas te déposer à l'école ce matin, c'est Grimmjow qui t'emmènera.
-Pourquoi ?
-Je dois aller à une réunion importante et si je t'emmène, je serai en retard.
-Oh, je vois. »
Le père guetta la réaction d'Ichigo.
« J'espère que tu ne m'en veux pas ?
-Hein ? Non non ! Je sais que tu dois travailler ! Je te reverrai ce soir ! Et tu me liras une autre histoire du même livre.
-Oui, Ichigo. Si tu veux. »
Le petit garçon finit son bol et, en se levant pour aller s'habiller, n'oublia pas de le poser dans l'évier. Il remonta rapidement dans sa chambre, suivi de l'adulte.
« Il fait beau aujourd'hui ? demanda Ichigo. Je voudrais mettre mon nouveau pantalon !
-La météo annonce du soleil. Ton pantalon va être content.
-Yeah ! »
Ichigo prit les habits sortis par Sôsuke et commença à se déshabiller de suite, nullement dérangé par la présence de son père à ses côtés. Celui-ci en était plutôt content, il craignait qu'Ichigo ne se renferme plus encore et que la bataille pour qu'il s'épanouisse physiquement soit plus ardue. Mais il avait visé juste et Ichigo était plein de surprises.
« Prêt ! Et Grimm ?
-Ouaip'. »
Ichigo avisa le nouveau venu adossé au chambranle de la porte de sa chambre. Il sauta vers lui pour lui faire la bise du matin.
« Tu as bien dormi malgré ton bras ?
L'inquiétude perçait dans la voix enfantine.
-Ouais, Little Berry. Je t'ai dit, te bile pas, il en faut plus pour m'avoir ! »
L'enfant sourit et descendit les escaliers, prêt à aller à l'école. La porte était ouverte lorsqu'un très distingué raclement de gorge les fit s'arrêter.
« Si vous faites l'école buissonnière, prenez au moins le cartable pour faire semblant, non ? »
Ichigo s'empourpra, gêné que Sôsuke l'ait surpris sur le point d'oublier son sac. Il l'attrapa précipitamment des mains de son père et le mit sur ses épaules.
« Désolé…
-Tu es adorable, Ichigo, plaisanta-t-il. Travaille bien à l'école. »
Le concerné saisit la cravate de l'adulte et tira pour qu'il descende à sa hauteur et il lui colla un gros bisou sur chaque joue.
« A ce soir, Papa ! »
Grimmjow ne dit rien devant cette démonstration d'affection. Il avait déjà eu l'occasion de s'en remettre depuis la veille, quand il avait croisé Ichigo qui répétait des « Papa » à tout bout de champ sans arrêter de tourner autour de Sôsuke comme des indiens autours d'un feu de bois la nuit. Sur le coup, il avait été partagé entre le rire, car voir le si puissant Aizen Sôsuke réduit à l'état de tipi dans l'ouest américain valait son pesant de cacahuètes. Puis il avait ressenti une légère pointe de jalousie en se disant que l'enfant avait retrouvé un semblant de figure paternelle alors que lui n'avait jamais pu guérir mais finalement, c'était la joie qui l'avait emportée. Juste parce qu'il savait qu'Ichigo réussissait à reprendre le cours de sa vie comme s'il avait eu la chance d'être un enfant normal.
« Allez, Little Berry, vu qu'on est à pied faut pas être en retard !
-On fait la course, hein ?
-T'es sûr que tu peux gagner ?
-Ouais ! Je vais te défoncer tu vas voir !
-Ichigo, ne parle pas comme Grimmjow, gronda la voix de Sôsuke sur le palier.
-Oui, Papa ! »
Et alors qu'Ichigo et Grimmjow partaient en courant vers l'école primaire, il se dit qu'il venait de prendre un sacré coup de vieux.
CCC
Les deux amis coururent sur une bonne partie du trajet avant que le plus petit ne finisse par peiner, mais voyant qu'il ne lâcherait jamais le morceau et ne désirant pas déposer un gamin complètement K.O, Grimmjow fit semblant de se laisser battre.
« Ouaiiiiiis ! Je t'ai eu ! Je t'ai eu ! »
Ichigo sautillait autour de Grimmjow, exhibant fièrement ses muscles. Grimmjow rit et le taquina sur ses hypothétiques futurs énormes biscottos qui le battraient sans nul doute dans dix ou quinze ans.
« C'est ça, Little Berry ! Commence par manger de la soupe et des épinards.
-Bweeerk, c'est pas bon les épinards…
-Sauf les tortellinis d'Hinamori, hein ?
-C'est pas des épinards, c'est des pâtes !
-Y'a que l'emballage qui change ! »
Ils continuèrent de se chamailler jusqu'à l'entrée de l'école où la maîtresse attendait avec un drôle d'air. Elle les vit arriver de loin et les salua poliment.
« Alors Ichigo, ton week-end s'est bien passé ?
-Ouais ! s'exclama-t-il. Papa m'a lu plein d'histoires et on a été à la fête foraine ! J'ai fait des manèges, du poney, des montagnes russes et j'ai aussi donné à manger aux canards !
-Oh, c'est un sacré week-end. »
Grimmjow ébouriffa les cheveux d'Ichigo et s'agenouilla pour être à sa hauteur.
« Bon, je viens te chercher ce soir, okay ?
-Okay !
-Et pas de bêtises, hein ? »
Ichigo acquiesça.
« Promis ?
-Promis !
-Bien. Alors à plus, travaille bien ! »
Pour se venger du regard moqueur de Grimmjow au mot 'travaille', Ichigo lui colla aussi deux gros bisous dont un qu'il prit soin de rendre bien baveux.
« Aagh ! T'es qu'un petit… »
Mais Grimmjow ne put poursuivre, Ichigo s'était déjà enfui en courant. Restée abasourdie devant l'échange, la surveillante rit discrètement.
« Hé bien dis donc, vous semblez vraiment bien vous entendre ! Ça fait plaisir de voir des enfants aussi joyeux.
-Ouais, soupira le plus âgé, j'avais une question au fait.
-Oui ?
-Il a des bleus sur les bras et on est quasiment sûr que c'est à la récréation. Ichigo dit qu'on se moque de lui pour ses cheveux.
-Mais… si les enfants se battaient, nous le verrions ! Enfin, c'est très grave, soyez sûr que je vais demander à ma collègue de la récréation de redoubler d'attention.
-Bien. Il veut rien dire donc il faut le prendre sur le fait. Il fonctionne comme ça. »
Elle acquiesça.
« Et excusez mon impolitesse, mais il a dit 'Papa'. Je ne voudrais pas faire de bêtises mais je croyais que ses parents étaient morts ?
-Oui, il est orphelin officiellement. Il a décidé ce week-end qu'il voulait qu'Aizen devienne son père.
-Oh, je suis ravie pour lui. Les enfants de cet âge ont besoin de modèles et Monsieur Aizen semble parfait pour assumer cette responsabilité.
-Hn. C'est ça. »
Grimmjow se retint d'ajouter un 'si seulement tu savais' mais s'en alla simplement après de brèves salutations. Il se rendit dans une brasserie à côté de l'école et commanda un café noir. Il en profita pour sortir son téléphone et vérifier le contenu de ses mails. Son équipe se débrouillait bien, c'était le principal.
Cette histoire de camions d'armement volés l'avait mis sur les nerfs pendant un temps. En même temps, on ne pouvait se permettre d'égarer ce genre de chargement et encore moins quand le commanditaire représente le gouvernement. Et si Grimmjow n'avait toujours pas pu trouver les preuves certifiant que le gang de Ginjou était derrière tout ça, ses hommes cherchaient activement de quoi le faire tomber une bonne fois pour toutes.
Il savait que cela s'avèrerait inutile, ce vieux singe sur le déclin de Ginjou était peut-être fou d'ambition et s'attaquait à plus gros que lui, mais il était toujours un as pour camoufler ses traces.
L'homme aux cheveux bleus avisa un distributeur de journaux en libre-service et en prit un qu'il survola brièvement pour passer le temps jusqu'à la récréation du matin.
En tant que « garde du corps » comme Sôsuke l'avait si joliment dit pour qu'Ichigo ne s'inquiète pas, Grimmjow savait se battre, manipuler toutes sortes d'armes, filer quelqu'un et également prendre connaissance d'un terrain. Du peu qu'il avait vu, la cours de récréation ne laissait que deux endroits où Ichigo irait se cacher pour éviter tout passage à tabac.
Et il comptait bien acculer l'enfant devant le fait accompli.
Une ou deux heures plus tard, s'étant occupé en flânant dans la galerie marchande à côté de l'école et surtout en passant des coups de fil à ses indicateurs, Grimmjow partit rôder autour des grillages qui bordaient la zone réservée aux enfants. Il observa tout d'un œil aguerri et perçant, d'une discrétion parfaite, histoire qu'on ne puisse pas le confondre avec un pervers. Il capta rapidement, dans un coin reculé, la tête orange d'Ichigo, et ce qu'il vit le gonfla de rage mais il se força à ne pas réagir tout de suite.
Il sortit son téléphone et composa le numéro de l'école. Il demanda rapidement à être mis en ligne avec la directrice et lui expliqua qu'il venait juste de voir Ichigo se faire embêter par un enfant dans la cour de récréation. Il précisa qu'il avait demandé aux surveillantes de la classe de veiller spécialement sur lui mais omit le fait qu'il avait pris une photo. Il demanda s'il lui était possible de rentrer immédiatement voir si Ichigo n'était d'une part, pas blessé, et ensuite, s'expliquer sur le fait qu'Ichigo était la tête de turc de gosses de neuf ans.
Dès que Grimmjow agita le drapeau 'enfant battu et ré-adopté', la responsable ne se fit pas prier et accorda un rendez-vous exceptionnel et immédiat.
CCC
Après la récréation, alors qu'il était aux toilettes pour essayer de résorber le bleu qui n'allait pas tarder à apparaître sur son bras, Ichigo entendit d'autres élèves dire qu'on le cherchait. Il profita d'un maximum de temps sous l'eau froide pour aider à résorber la marque et sortit finalement dans le couloir où il tomba nez-à-nez avec une surveillante. Elle lui expliqua gentiment qu'il devait aller voir la directrice mais qu'il n'y avait rien de grave.
Ichigo n'avait jamais mis les pieds dans cette partie du bâtiment, aussi se sentait-il un peu perdu. Il arriva dans une salle où trônaient un grand bureau, un fauteuil pour la responsable et deux chaises en face dont une était occupée par Grimmjow.
« Qu'est-ce qui se passe… ?
-Hé, Little Berry, viens t'asseoir à côté, là. »
Le petit garçon hocha la tête. Grimmjow était étonnement rassurant. Il croisa le regard de la responsable qui lui présentait aussi la chaise et obtempéra.
« Il faut que nous parlions de ce qui se passe pendant les récréations, Ichigo, commença la directrice d'un ton doux mais assez ferme.
-Je vais à la cantine avec les autres maintenant ! se défendit l'enfant, j'ai fait comme on m'avait demandé… »
Voyant qu'il se mettait sur la défensive, Grimmjow coupa la dame.
« Viens sur mes genoux, Little Berry. »
La rapidité avec laquelle Ichigo s'exécuta prouva à quel point il était effrayé mais cherchait à ne pas le montrer.
« Et si tu nous parlais de ce garçon avec des cheveux noirs ? »
Le plus petit pâlit ostensiblement et tourna lentement la tête vers son vis-à-vis. Comment pouvait-il savoir ?
« Little Berry, allez. Tu sais qu'tu peux me faire confiance, non ? »
Ichigo baissa les yeux et enlaça Grimmjow de ses petits bras. Blotti contre lui malgré l'inconfort de son bras en écharpe, il murmura quelque chose qu'on eut du mal à comprendre. Usant de son dernier bras, le plus âgé entoura l'enfant contre lui.
« J'ai pas entendu, répète ?
-Il… se moque de moi…
-En te frappant ? »
L'enfant garda son visage bien enfoui contre l'homme sans rien ajouter de plus.
« Montre-moi tes bras, Little Berry.
-Mais…
-N'aie pas peur. Relève juste un peu tes manches, c'est tout. Pour montrer à la directrice. »
Ichigo obéit docilement et ferma les yeux comme si cela l'aiderait à se cacher. Il essaya d'ignorer les murmures indignés de la responsable qui réfléchissait à ce qu'elle pourrait bien faire. Convoquer les parents de l'autre enfant ? Et pour quoi faire ? Elle ne pouvait prouver qu'Ichigo avait été malmené uniquement cette fois. Elle serra discrètement les poings.
Grimmjow lui jeta un coup d'œil et avisa qu'elle avait compris. Il passa une main dans les cheveux orange et déclara :
« Organisez-vous pour que ce gosse recommence plus. J'peux paraître brute mais vous aimerez encore moins la réaction d'Aizen s'il doit venir pour que les choses changent.
-Je comprends parfaitement, Monsieur. Nous allons tâcher de résoudre ce problème rapidement. L'école est un lieu d'épanouissement, Ichigo mérite ça.
-Je vais le ramener à la maison.
-Oh… Bien, mais…
-Il est sonné. Il ne faut pas le brusquer quand il s'agit de ça.
-Oui, je comprends, je vais vous conduire dans sa salle de classe pour prendre son cartable. »
Quelques minutes plus tard, Grimmjow et Ichigo quittaient l'école silencieusement. L'enfant tenait fermement la main du plus âgé et si cela le dérangea un peu, il n'en dit rien, pensant que le contact était rassurant.
Alors qu'ils étaient à mi-chemin pour le manoir, Ichigo se décida enfin à ouvrir la bouche, laissant sortir les mots qu'il retenait depuis leur départ.
« Je suis… désolé… »
Grimmjow crut qu'ils étaient revenus quelques temps en arrière, quand Ichigo craignait que chaque parole ne soit le barrage fragile d'une cascade de coups. Grimmjow posa un genou à terre et prit la tête de l'enfant pour la caler dans son cou. Il le serra fort un moment et murmura :
« Non, je suis fier de toi. »
Le plus petit tiqua. Sôsuke aussi lui avait dit ça mais il ne comprenait pas pourquoi, lui qui ratait tout.
« Tu as été fort en voulant le garder pour toi. Mais n'oublie pas que pour être fort, faut avoir des appuis solides.
-… Vrai ? Tu… t'es pas déçu parce que je me fais battre tout le temps… ?
-Hé Little Berry, t'es un gosse, pas un boxeur.
-Oui mais…
-Shh… »
Grimmjow crut sentir l'enfant secoué de sanglots mais quand il le lâcha pour reprendre la marche, ses yeux étaient bien secs bien que tristes.
« J'ai une idée.
-Quoi ?
-On dit comment, tss… Sôsuke me tuerait s'il savait comment j't'apprends à causer…
-Non, parce que Papa sait que je t'aime beaucoup. »
Le sourire malicieux de l'enfant rassura Grimmjow.
« Ah ouais ?
-Sûr !
-Et tu crois que si tu lui demandes de me glisser une augmentation il voudra bien ? »
Ichigo rit doucement et le plus âgé put voir concrètement la tension quitter les épaules de l'enfant. Il prit son téléphone et appela un taxi qui arriva dix minutes plus tard.
« On va où ?
-Surprise.
-Mais…
-Tss. Tu vas voir. »
Grimmjow montra l'écran de son téléphone sur lequel était écrite l'adresse au chauffeur.
« Bien, Monsieur !
-Grimm ! Répond, où on va ?
-Je t'ai dit, Little Berry. Surprise. »
Ichigo se renfrogna et se cala dans son coin pour bouder.
« C'est un sacré petit bonhomme que vous avez là, Monsieur.
-Vous pouvez l'dire ! rétorqua Grimmjow avec un regard taquin vers l'enfant, une sacrée tête de mule.
-J'suis pas pire que toi, d'abord !
-J'ai 22 ans d'expérience, moi.
-Tu triches ! Moi je suis trop jeune pour rivaliser. Pff… »
Les passagers de la voiture eurent tout juste le temps de voir le temps passer tant le trajet s'écoula rapidement. En sortant, Grimmjow donna distraitement quelques billets et attrapa la main tendue d'Ichigo avant d'avancer d'un pas certain dans une rue.
« Je vais t'montrer un truc qui va te plaire, Ichi. Arrête de bouder. Après, on ira manger un hamburger.
-Ouais ? Un hamburger, carrément ?
-Juste parce que Sôsuke aime pas ça. »
Ichigo s'amusa de la réaction de Grimmjow et rangea son air grognon. Ils entrèrent dans un gymnase et passèrent quelques couloirs avant d'entrer dans une salle. De l'extérieur, Ichigo entendait des bruits qu'il n'osait pas qualifier. Des personnes se battaient ? Il darda un regard interrogateur à son accompagnateur qui se contenta de lui sourire avant de lui ouvrir la porte.
L'enfant se retrouva dans une très grande salle vitrée dont le sol était couvert de tapis verts et orange qu'il n'avait jamais vu auparavant. Il y avait de nombreux adultes, que des hommes, qui se battaient dans des tenues qu'il ne pouvait que qualifier de bizarres, toutes blanches.
« Grimm… »
Le susnommé conduisit Ichigo sur le côté de la salle, sur un banc. Il fit signe à l'enfant de s'asseoir et commença tout bas :
« Tu es ici dans un dojo. C'est un lieu spécial où on pratique les sports de combats qu'on appelle les arts martiaux. »
Ichigo écoutait d'une oreille, observant en même temps les prouesses au combat et poussant des murmures émerveillés.
« Ici, on apprend à se battre selon des règles précises et efficaces.
-Tu fais ça, toi ?
-Oui, depuis très longtemps. Et d'autres choses aussi. »
L'enfant était tout simplement subjugué. Les gens devant lui se battaient, certes, mais cela ne provoquait en lui aucun malaise. Leurs mouvements, secs et précis, étaient empreints d'une grâce qu'il n'aurait jamais, jusqu'alors, associée au combat.
« Tu dis qu'il y a des règles ?
-Oui, chaque sport de combat a de très vieilles origines. Et celui-là a tout un grand code d'honneur.
-C'est quoi ?
-Du karaté.
-Ah ! Quelqu'un dans ma classe en fait !
-Bah voilà. Mais eux sont beaucoup plus forts.
-Je m'en doute…
-Je sais que t'es pas du genre à faire de la boxe ou des trucs comme ça, Little Berry. J'pense même que si tu pouvais tu aimerais ne pas t'battre. L'ennui, c'est que tu vas y être forcé. »
Ichigo tourna la tête vers Grimmjow, l'écoutant attentivement.
« Et j'veux pas qu'on te fasse du mal en profitant du fait que t'es trop gentil.
-Tu voudrais…
-Ce sont des arts martiaux, ça veut dire qu'il y a un code d'honneur, je te l'ai dit. Et à mon avis, tu te sentiras bien mieux là que dans un truc trop violent.
-… C'est vrai que ça a l'air bien…
-Il s'agit pas d'aller casser la gueule à tout le monde, Little Berry. Mais juste de pouvoir te défendre quand on t'cherche des noises, okay ? »
L'enfant sourit et appuya sa tête contre le plus âgé qui le prit contre lui.
« T'es super gentil, Grimm. Je veux bien apprendre ça ! Et comme ça, je te montrerai que je sais me défendre et tout ! »
L'homme admit un sourire et appuya sa tête sur le mur. Ils demeurèrent silencieux, à regarder un long moment et quand le cours se termina, Ichigo s'étonna de voir le professeur s'approcher d'eux. C'était un homme assez âgé, un peu moins grand que Grimmjow avec des cheveux clairsemés et grisonnants. Intimidé, l'enfant se cacha plus ou moins derrière l'adulte.
Ichigo s'était admirablement bien remis de ses mauvais traitements, mais chaque nouveau visage le mettait sur la défensive. Et depuis qu'il avait rencontré Grimmjow, l'homme devenait la référence en la matière. Si Grimmjow était à l'aise, il pouvait alors penser que l'inconnu méritait le bénéfice du doute.
« Jaggerjack, ça faisait longtemps.
-Ouais, M'sieur. J'suis venu pour montrer à Ichigo ce que c'était de se battre avec honneur. »
L'homme, dans la même tenue que tous les autres, se pencha vers Ichigo qui fit un effort pour ne pas se fondre dans le mur. Malgré son mutisme le petit garçon remarqua néanmoins qu'il avait une ceinture rouge à la taille, une couleur qui n'était pas sur les panneaux explicatifs des différentes prises au sol et debout qui couvraient les murs.
« Rassure-moi, il n'est pas aussi violent que toi ?
-Grimm est pas violent ! s'étonna Ichigo, il est super gentil… »
Le professeur écarquilla les yeux et rit doucement.
« On ne parle pas du même homme, je crois. »
Ichigo regarda Grimmjow comme pour l'encourager à dire que cet homme avait tort mais ce dernier le prit contre lui.
« Et ouais, Little Berry. T'es mon p'tit protégé, normal que je sois gentil qu'avec toi. »
Au travers d'une courte discussion où les deux adultes échangèrent de leurs nouvelles, Ichigo put jauger par lui-même de ce professeur. Et s'il l'avait d'abord trouvé intimidant, il jugea qu'il était simplement fort et que cela irradiait dans son charisme. Et si Grimmjow allait jusqu'à utiliser le 'vous' et faire un effort de politesse, cela signifiait forcément quelque chose.
Réunissant son courage, le petit garçon se dégagea de l'étreinte de son héros et se redressa bien fièrement, mimant sans le vouloir le maintien de Sôsuke.
« Pourriez me prendre dans votre cours, Monsieur ? »
Grimmjow haussa un sourcil en voyant l'audace de l'enfant.
« Dis-moi comment tu t'appelles.
-Je m'appelle Ichigo! Je vous promets que je ferai toujours de mon mieux ! »
L'homme jaugea un instant ces paroles et déclara :
« Une chose est sûre, c'est que tu as l'air aussi déterminé que cette tête de lard. Mais en plus sympathique.
-Je veux pas apprendre pour me battre, juste pour me défendre.
-C'est un discours bien intéressant que tu tiens là. Explique-moi, car pour se défendre, il faut attaquer.
-Attaquer directement c'est pas pareil que rétorquer, déclara simplement Ichigo.
-Tu as l'air bien sûr de toi.
-Oui… »
Ichigo se rétracta alors devant le regard pénétrant de l'homme. Son courage prit alors la poudre d'escampette et il se réfugia discrètement derrière le bras de Grimmjow.
« Les inscriptions sont déjà finies, Jaggerjack, et il aura trop de retard. Mais parle-en à ton patron, il sait quelles ficelles tirer.
-Il parle de Papa ? demanda l'enfant.
-Ouais.
-Papa ? »
Le professeur n'insista pas quand il n'eut pas de réponse et laissa ensuite son ancien élève et son probable futur quitter le dojo puis le gymnase.
Les deux comparses rejoignirent ensuite le fast-food le plus proche pour y déjeuner et Grimmjow s'amusa de l'air carnassier d'Ichigo devant le hamburger qui avait eu le malheur de croiser sa route. Ils se promenèrent ensuite dans la galerie marchande où se situait le restaurant, discutant de choses variées. Le petit garçon raconta ce qu'il faisait à l'école, le cours qu'il ratait ce jour.
« Sôsuke sera tout à fait capable de te faire le cours, t'inquiète.
-Dis… Il fait quoi Papa comme travail ? »
Grimmjow avait encore un peu de mal avec l'appellation « Papa » mais il réfléchit tout de même à la réponse.
« On pourrait dire qu'il est le patron d'une très grosse entreprise.
-Grosse comment ? Elle fait quoi ?
-Elle vend des choses, en achète, en crée même… C'est vraiment très large.
-Oh… Il a dû beaucoup travailler non ?
-Ouaip'. Beaucoup d'études. C'est très important les études, Little Berry. Pour l'instant tu t'amuses à l'école, après ça te fera chier et à la fin t'en auras carrément marre. Mais faut jamais lâcher parce que pour être en haut de l'échelle, faut des putains de diplômes. »
Ichigo prit la main de Grimmjow, sentant quelque chose comme de l'amertume dans ses paroles.
« T'as pas fait d'études, toi ?
-Personne voulait d'moi, je pose trop de problèmes. »
Le petit garçon hocha la tête et renchérit :
« Mais Papa sait que tu vaux quand même quelque chose, sinon il ne t'aurait pas gardé. »
Le plus âgé étouffa un rire, attendri et ébouriffa les cheveux orange. Ichigo ne broncha pas car il savait que cela soulageait son ami.
« On va où maintenant ? »
Grimmjow leva les yeux au ciel et ensuite regarda l'heure.
« Ça te dirait d'aller nager un peu dans la piscine du manoir ?
-Ouais ! Mais avec ton bras… ?
-Je n'aurais qu'à rester au-dessus de l'eau. Tu sais nager, Little Berry ? »
Ichigo baissa les yeux. L'homme se mit à sa hauteur et prit sa joue ronde dans sa main.
« Hé, y'a énormément de choses que tu sais pas faire, c'est normal, dit-il en articulant bien chaque syllabe du mot.
-… Mais…
-Nous, on est là pour t'apprendre. Okay ? »
L'enfant hocha la tête, assimilant, puis il acquiesça vigoureusement.
L'après-midi se déroula donc autour d'une longue baignade qui se termina en bain de soleil puis en une partie de tennis. A la fin de l'après-midi, Ichigo demanda à jouer à un jeu de société, c'était moins fatigant et, il ne le dirait jamais, mais il gagnait plus souvent contre Grimmjow.
Quand les deux compagnons entendirent la porte d'entrée s'ouvrir et le pas caractéristique de Sôsuke, ils se levèrent pour aller l'accueillir.
« Papa !
-Ichigo, mais que fais-tu ici à cette heure ?
-Pas été en cours, lança Grimmjow, des problèmes. »
Le nouvel arrivant fronça les sourcils et regarda l'enfant mais ce qu'il vit l'étonna. Il aurait pensé qu'Ichigo aurait adopté une attitude passive et rétractée, car le sujet le rendrait certainement un peu honteux et triste. Mais ce qu'il vit fut un petit garçon au regard déterminé qui lui déclara :
« Je dois te parler, Papa. Y'a des choses à l'école et… il faut que je t'en parle. »
Le concerné sourit et acheva d'ôter sa veste qu'il posa distraitement sur la table de l'entrée avec les clés de la voiture. Il fit signe à Grimmjow de les suivre tandis qu'il rejoignait le salon principal. Pour donner un aspect sérieux à la discussion, comme semblait le vouloir Ichigo, il s'assit à la table et invita ses deux interlocuteurs à en faire de même.
Une fois autour de la table, l'enfant se sentait moins à l'aise. Il trouvait parfois Sôsuke si grand. Comme s'il ne pourrait jamais dépasser quelqu'un de si parfait à ses yeux, pourtant il ne se laissa pas démonter et prit son courage à deux mains.
« Aujourd'hui Grimm est venu à l'école parce qu'il a vu que des gens me frappaient.
-Des gens de ta classe ?
-En fait ils sont dans la classe au-dessus mais ils se moquent de moi tout le temps à cause de mes cheveux… Et y'en a un qui me frappe, ajouta-t-il plus bas, et je sais pas me défendre… Il est plus grand et moi je suis trop nul pour ça et… »
Voyant que l'enfant s'enfonçait dans une explication qui n'en finirait pas et qui lui ferait sans doute du mal, Sôsuke relança la conversation.
« Tu as donc été voir la directrice avec Grimmjow, je suppose.
-Oui et tout va changer, mais moi aussi je veux changer. »
L'étincelle de détermination qui brilla alors dans les yeux enfantins fit s'enorgueillir le chef de famille.
« Tu veux changer ?
-Grimm m'a montré les arts martiaux. Je veux faire ça ! Comme ça je saurais me défendre quand il le faut et vous pourrez tous les deux ne plus vous inquiéter ! »
L'adulte écarquilla les yeux.
« Les arts martiaux ? répéta-t-il en adressant un regard suspicieux à Grimmjow, tu as montré à mon fils les cours des adultes en perfectionnement ? »
Le reproche grondait à peine dans la voix et Ichigo se dressa entre les deux hommes.
« Grimm sait qu'il pourra pas être toujours là, et moi je veux plus que vous ayez peur pour moi. Il a rien fait de mal.
-Et puis de toutes manières, y'a que toi qui puisse signer des papiers pour l'inscrire à ce genre de trucs, ajouta l'autre homme nonchalamment.
-Tu veux faire du karaté ?
-Oui. »
Aizen garda le silence un moment.
« Je veux bien que tu apprennes les arts martiaux, mais tu commenceras par l'aïkido.
-C'est quoi ?
-Moins violent mais tout aussi efficace.
-D'accord ! »
L'enfant sauta alors de sa chaise et enlaça son père.
« Merci, Papa ! Je te promets que je ne te décevrai pas.
-J'en suis sûr. Et maintenant, je vais te montrer un papier qui va sûrement te plaire… »
L'homme d'affaire se redressa et alla quérir son attaché-case dans l'entrée. Il revint et sortit un dossier qu'il feuilleta rapidement jusqu'à trouver une feuille qu'il sortit et présenta à l'enfant.
« Ceci est un papier officiel. Cela veut dire que c'est le gouvernement qui nous l'a envoyé. »
Grimmjow dressa l'oreille tout en restant silencieux, l'enfant fronça les sourcils et prit la feuille qu'il lut avec application.
« Je comprends pas tout ce qu'il y a d'écrit…
-Il y a marqué que, aux yeux de la loi, tu es officiellement mon fils adopté. »
L'enfant bondit de joie en admirant la simple feuille. Alors c'était officiel maintenant, il n'était plus un orphelin perdu avec des beaux-parents monstrueux. Mais il était un petit garçon comme tant d'autres. Il avait un papa très intelligent, gentil et super classe et il vivait avec un homme qu'il ne pouvait qu'identifier comme son Captain America.
« C'est génial !
-Que dirais-tu que nous allions fêter ça au restaurant ce soir ?
-Ça serait trop énorme ! Oui oui ! Et on invite Grimm aussi ! »
En retrait, le concerné haussa un sourcil.
« Parce que vous comptiez m'laisser croupir au manoir pendant que vous faisiez la fête ?
-Jamais ! s'offusqua l'enfant, c'était pour préciser.
-J'préfère ça, Little Berry !
-Cours vite te préparer, Ichigo, je vais réserver une table. »
Le petit garçon quitta la pièce rapidement et Grimmjow en profita pour prendre le papier d'adoption.
« Adoption plénière ?
-Oui.
-Comment as-tu pu accélérer à ce point la procédure ?
-Je sais à qui m'adresser.
-Et tu ne penses pas qu'il t'en voudrait d'effacer son acte de naissance et tout ? »
Sôsuke darda un regard froid à son subordonné mais ce dernier ne cilla pas.
« Tu aurais pu faire une adoption simple où Ichigo aurait été vu comme ton fils et il resterait dans les archives de l'état civil son acte de naissance et ses origines. Mais t'as choisi la plénière et du coup tu détruis tout ça pour qu'il devienne ton héritier légitime.
-Je n'ai pas à m'expliquer avec toi.
-Si. Tu ne dois pas mêler Ichigo à tes affaires et tu fais de lui ton héritier légitime ! Même moi qui suis ton second je n'ai pas autant de privilèges. Si tu meurs il devient ton descendant. Tu as effacé toute une partie de son passé, peut-être la seule où il était heureux et tu fais passer ça pour je sais pas quoi c'est…
-Ce ne sont pas tes affaires, répéta Aizen avec une froideur effrayante, Ichigo est maintenant mon fils et cela ne te concerne pas.
-Hors de question ! Dis-lui, toi ! Dis-lui que tu as gommé son passé pour tout recommencer à zéro ! On a peut-être pas eu une enfance fantastique lui moi, tous les autres, mais on a quelque chose quand même et on veut pas s'en séparer parce que c'est ce qui nous a forgé. Tout le monde ne veut pas comme toi relancer tout depuis le début et oublier ce qu'il y avait au départ. Tu as pris une décision qui ne t'appartient pas ! Et si tu lui dis rien, moi j'le ferai.
-Tu vas…
-Non ! Non je me tairai pas. Cette adoption est irrévocable et tu l'as fait sans rien lui dire. C'est toi qui sais pas ce qui te concerne ! »
Grimmjow se retrouva tout à coup à terre, une main sur la joue et les yeux crispés. Il grogna, clairement mécontent et ressentant la violence du choc irradier dans sa tête. Il ne sentit qu'à ce moment son épaule le lancer douloureusement et il étouffa une exclamation.
« Cette affaire ne te concerne pas. N'outrepasse pas tes droits et sache rester à ta place. »
L'estropié se redressa lentement, craignant de ne pas tenir sur ses jambes s'il y allait trop vite. Il ricana :
« Ça fait du bien de te revoir sous ton vrai jour. Quand tu n'as plus cette facette de gentil papa.
-J'aime profondément Ichigo, et tu sais que je ne joue pas la comédie avec lui.
-Pour que t'en arrives à ce point… T'es qu'un sale…
-Papa ? Grimm ? »
Les deux hommes sursautèrent. Grimmjow écarquilla les yeux alors qu'Ichigo lançait un regard noir à Aizen.
« Que…
-Pourquoi t'as frappé, Grimm ?
-… C'est une affaire de grandes personnes. »
L'enfant eut un air blessé et rétorqua :
« Grimm m'a dit que personne me frapperait jamais ici, que j'étais en sécurité, mais si c'est pour qu'il prenne les coups à ma place, c'est pas la peine ! Si t'es comme mon beau-père, j'veux pas de toi ! J'veux pas de toi ! »
Si l'homme ne laissa rien paraître, intérieurement il en fut profondément blessé. Il ne savait comment réagir et allait s'en aller quand, avec stupeur, Grimmjow s'agenouilla pour être à la hauteur d'Ichigo. L'enfant s'était mis à pleurer sous l'émotion et la confusion.
« Little Berry, j'ai mis Sôsuke en pétard et il m'a filé un bon coup de poing, faut pas te biler.
-… Mais Papa est… est toujours si calme ! Il, il s'énerve jamais, lui !
-Oui oui, mais tu sais à quel point j'suis chiant, hein ? »
Le petit garçon rit doucement entre deux sanglots.
« Alors t'inquiète pas. J'suis vraiment pas sûr de l'avoir mérité ce coup de poing mais je l'avais cherché. Et tu verras, c'est un truc de gars de se foutre sur la tête pour s'expliquer.
-C'est stupide.
-Ouais mais ça détend, Little Berry.
-…
-C'est fini maintenant ? Shh… »
Le plus petit acquiesça et enlaça brièvement Grimmjow. Ce dernier se redressa ensuite et partit chercher de la glace pour sa joue et des antidouleurs. Ichigo était prêt à le suivre mais il le retint :
« T'as pas un truc à dire à ton père ? »
L'enfant tiqua et acquiesça, penaud.
« A plus alors. »
Une fois le père et le fils seuls dans la pièce, le silence s'installa. Aizen finit par soupirer et s'assit sur le canapé. Ichigo le rejoignit rapidement, toujours sans un bruit et les deux hommes fixèrent le téléviseur éteint un moment avant que le premier ne déclare :
« Je n'aurais pas dû le frapper.
-J'aurais pas dû te dire ça… Je te demande pardon. Mais j'ai eu peur et… Je sais que t'es pas comme lui, t'es beaucoup mieux et tu es gentil, toi…
-Je suis désolé de t'avoir fait peur comme ça. Je te promets que ça ne recommencera plus. »
L'adulte passa un bras autour des épaules de l'enfant.
« Je me dois de te montrer l'exemple et je n'ai pas bien fait ce soir. Mais je veux que tu sois sûr que personne ne frappera qui que ce soit gratuitement ici, je ne veux pas d'un tel climat dans ma maison. »
Le petit garçon se blottit contre l'homme et ajouta :
« Alors c'est fini ?
-Oui, Ichigo. Tu veux toujours qu'on aille au restaurant ?
-Non, je préfère aller voir si Grimm a besoin d'aide.
-D'accord. Je te rejoins, je range mes papiers. »
Quand le plus jeune eut passé la porte du salon, Sôsuke serra les poings en contenant sa rage. Ichigo avait tous les droits de devenir son héritier légitime et quoiqu'en dise Grimmjow, cette adoption plénière n'obligeait pas forcément Ichigo à prendre sa suite. Même s'il devenait le seul héritier de l'empire financier d'Aizen Sôsuke.
CCC
A l'heure de se coucher, Sôsuke n'échappa pas à l'histoire. Et sous le regard encore accusateur de l'enfant, il dut même obtempérer pour lire une bonne partie de la nouvelle. Sous la couette et bien au chaud, Kon coincé contre lui, l'enfant écoutait religieusement la voix de son père. Il ne faisait presque plus attention à histoire sur la fin, préférant se concentrer sur cette voix grave et chaude. Et au final, Ichigo ne retint presque rien, trop occupé à admirer la beauté de son visage parfait.
« Ichigo ?
-Hm ?
-Il faut dormir maintenant. »
L'enfant acquiesça et ferma les yeux le temps que l'adulte dépose le bisou du soir sur son front. Mais plutôt que de se retirer tout de suite, Sôsuke caressa ses cheveux.
« Je t'aime, tu sais.
-Moi aussi, Papa.
-Bonne nuit.
-Fais des beaux rêves. »
Aizen se leva et alluma la veilleuse. Il éteignit ensuite la lumière en sortant. Seul au fond de son lit et pas vraiment enclin à s'endormir sur l'instant, Ichigo retourna Kon et tritura entre les poils de la fausse fourrure pour trouver l'attache d'une fermeture éclair. Il la descendit et glissa deux doigts pour attraper une petite chaîne dorée terminée d'un médaillon un peu plus gros qu'une pièce de deux euro.
Il monta un peu la puissance d'éclairage de la petite lumière et appuya sur un bouton du côté du bijou. Le déclic d'un mécanisme se fit entendre et l'objet s'ouvrit comme un livre miniature. Dans le côté droit, protégé, on pouvait discerner un visage sur une photo. Celui d'une jeune femme aux cheveux clairs. Il était difficile de savoir quelle couleur précisément étant donné la teinte sépia.
L'enfant regarda rêveusement ce visage angélique, espérant et imaginant nombre de scénario la mettant en scène dans sa vie. Elle pourrait arriver ici un jour, parce qu'il pleuvrait et que sa voiture serait tombée en panne par exemple. Son père l'accueillerait et lui offrirait le logis pour la nuit et il y aurait une sorte de coup de foudre. Ils se reverraient dans la rue par hasard et ils se diraient qu'ils s'appréciaient et qu'ils voudraient se fréquenter un peu plus.
Ils tomberaient amoureux et elle deviendrait sa maman et qui sait, peut-être que son père voudrait un autre enfant et qu'elle serait d'accord. Et il aurait un petit frère ou une petite sœur. Avec Grimmjow ils pourraient jouer à beaucoup plus de jeux et le plus grand leur apprendrait plein de choses…
Si seulement il savait qui était ce visage sur la photo.
La photo du médaillon de son enfance, le seul objet qu'il avait réussi à garder avec lui. La seule chose qui lui avait toujours appartenu. Ichigo referma le bijou et le serra contre son cœur, très fort. Il le rangea ensuite soigneusement dans la pochette secrète de sa peluche et éteignit la lumière pour dormir, la tête pleine de rêves et d'espoirs.
CCC
Aizen venait tout juste d'éteindre la lumière. Il avait relu pendant de longues minutes les deux courriers du Tribunal de Hautes Instances et repensait à cette adoption. Il ne regrettait rien car il avait tous les droits d'être le père d'Ichigo mais…
« Papa… »
La voix fit bondir l'homme qui alluma la lumière d'un geste. Il avisa l'enfant à la porte de sa chambre qui pleurait à chaudes larmes et qui avait clairement l'air de souffrir. Il tremblait et serrait Kon dans ses bras. Le plus âgé se précipita auprès de lui et toucha son front brûlant.
« Ichigo !
-Papa, j'me sens pas bien, gémit-il la voix déformée par ses pleurs, j'ai mal et j'ai fait un cauchemar et… »
L'adulte prit le plus petit contre lui et le coucha dans le lit immédiatement, l'emmitouflant bien au chaud. L'enfant criait presque entre deux énormes sanglots et Sôsuke comprit sans peine sur quoi portait le cauchemar. Les viols. Et, l'espace d'un instant, Aizen se trouva animé d'une ire pure.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
Grimmjow se tenait à l'entrée de la chambre, inquiet.
« Va vite chercher du paracétamol effervescent !
-Okay ! »
L'adulte restant prit ensuite son téléphone portable.
« Aizen-sama ?
-Viens ici tout de suite, mon fils est malade.
-Votre f… Oh euh oui, Aizen-sama, je viens immédiatement ! »
A peine avait-il raccroché que Grimmjow lui tendait un verre où le médicament fondait.
« Un 500 grammes, t'inquiète.
-Hm…
-Papa… J'ai froid…
-Shh, Ichigo, je suis là. Tout va bien se passer, je vais te donner un médicament et le médecin arrive.
-J'ai mal… »
Les gémissements de l'enfant malade firent de l'effet à Grimmjow qui fronça les sourcils, maudissant n'importe qui pour soulager un peu sa rage.
« T'as appelé Syazel ? J'peux pas l'piffer.
-Hum. Ne le tue pas dès son arrivée.
-Et laisser Ichi dans la merde ? Tss… »
Grimmjow quitta la chambre quelques minutes plus tard pour aller ouvrir la porte. Il ne prit pas la peine de saluer l'homme aux cheveux roses et le conduisit à la chambre d'Aizen.
« Bonsoir, Aizen-sama.
-Occupe-toi de lui, vite. »
Le médecin acquiesça et se pencha vers l'enfant. Il lui touchait simplement le front tout en ouvrant sa mallette quand Ichigo se mit à se débattre violemment.
« Calme-toi, Ichigo. Ce n'est que le docteur, il va te soigner. Là, calme-toi…
-Papa…
-Shh, je suis là. »
Une main caressant les cheveux mouillés, Syazel sortit son thermomètre électronique et le posa sur la tempe.
« 40°, lui avez-vous donné quelque chose ?
-Du paracétamol il y a deux minutes.
-Il faudra continuer pendant toute la nuit et probablement demain. »
Le docteur continua d'ausculter l'enfant, tâtant sa gorge et son foie entre autre.
« A-t-il vomi ?
-Non. Il a fait un cauchemar et je pense qu'il est stressé.
-Hm… Il a dû attraper froid vu la fièvre mais il n'a rien de grave. Cela devrait passer, gardez-le au calme et au chaud. »
Aizen acquiesça d'un signe de tête, rassuré.
« Il est inutile de lui donner un bain tiède après les médicaments mais lui mouiller le visage pourrait lui être agréable. Déshabillez-le et qu'il reste sous la couverture mais ne surchauffez pas de trop, prenez sa température régulièrement pour voir l'évolution, si ça baisse continuez le traitement aux antipyrétiques, sinon rappelez-moi. Il faut aussi qu'il boive mais ne le forcez pas.
-Bien.
-Si dans trois jours la fièvre n'a pas baissé, rappelez-moi. Dans 24 heures, si les médicaments fonctionnent, la température devra être stable, si elle ne l'est pas, rappelez-moi aussi. »
Le père montra qu'il avait entendu d'un signe de tête.
« Mais rassurez-vous, cela ne m'a pas l'air grave, Aizen-sama. Impressionnant, j'en conviens.
-Papa, j'ai… j'ai froid… »
Sôsuke caressa le visage de l'enfant avec affection, l'air sérieux et pensif.
« Si ce genre de crise se reproduit, il est très probable que la cause soit en partie psychologique.
-Je me charge de son suivi psychologique.
-Bien, Aizen-sama. Puis-je faire quelque chose d'autre ?
-Non, merci. Tu peux disposer. »
Le médecin quitta alors la chambre et prit le chemin du retour, suivi par Grimmjow.
« Aizen-sama tient à cet enfant, commença-t-il.
-Ouais.
-Ton éloquence me sidèrera toujours, Grimmjow. »
Le ton et les manières du scientifique et médecin avaient toujours eu le don d'énerver le garde du corps et, à deux heures du matin, sa patience était extraordinairement limitée.
« Cet enfant, comme tu dis, s'appelle Aizen. »
Syazel écarquilla les yeux, n'osant imaginer ce que tout cela impliquait.
« Même nous n'avons jamais eu ce privilège, bredouilla Syazel, cet enfant est vraiment… ?
-Le seul à avoir le nom d'Aizen donc la prochaine fois que tu lui parles, oublie pas le 'sama'. »
L'air goguenard de l'homme aux cheveux bleus fit se renfrogner le scientifique qui remonta ses lunettes sur son nez avec un reniflement de dédain.
« C'est cela, bonne nuit à toi, Grimmjow. »
Quelques minutes plus tard, l'homme remontait dans la chambre de Sôsuke pour voir l'évolution des choses. Le père avait ôté son haut de pyjama à Ichigo et l'avait recouché, remontant la couverture jusqu'à ses épaules.
Grimmjow fronça les sourcils en avisant l'expression crispée et douloureuse sur le visage de l'enfant.
« Je vais chercher un peu d'eau fraiche et un gant de toilettes. Reste avec lui pendant ce temps.
-Okay. »
A peine Sôsuke était-il parti qu'Ichigo se mettait à l'appeler en gémissant. L'autre homme s'assit au bord du lit et posa une main sur la joue brûlante.
« Little Berry, shh… J'suis là aussi, t'inquiète. »
Cette nuit-là, Sôsuke dormit avec Ichigo, le gardant contre lui pour veiller à ce que la fièvre ne monte pas trop haut. Grimmjow, quant à lui, retourna dans sa chambre et ne trouva le sommeil qu'aux premières lueurs du jour.
Anonymes :
Ninie-san : Merci ^^
Lylyn972 : En même temps Kon est une peluche et je suis pas dans un genre fantastique donc ça restera une peluche silencieuse :D Le côté obscur d'Aizen hin hin hin, tu vas vite voir ! Merci de te review et bonne lecture !
Kalach Ruskov MSAE : « simplement merveilleux » hé bien écoute, j'aime la simplicité quoi xD (okay je me rendors) Je t'avoue qu'un Aizen complexe mais gentil après mon autre fic ça me fait du bien aussi :D Sinon un gros merci à toi et à bientôôôôt !
Noa Death : Je suis bien contente de t'avoir turlupiné comme ça x) mais j'ai pas tout compris, je n'ai pas de blog :o j'ai un fb et ffnet c'est tout xD Sinon je te remercie grandement de tes compliments, ça me fait plaisir et j'espère que la suite te plaira autant ! sinon je suis en vacances depuis le 2 mai environ, 1er juin officiellement mais comme j'ai eu une année de dingue, ça me sert aussi à retrouver une vie sociale ) Oh et un spécial thanks pour t'être embêtée à écrire mon pseudo en entier avec un suffixe ! bravooo !
Surprise au prochain chapitre!
