Bonjour à toutes et à tous ! J'espère que ce chapitre vous plaira ^w^ à mon sens, il marque le tournant de l'histoire vers quelque chose d'un peu plus sombre (même s'il y a de l'humour !), j'ai l'impression que tout ce que j'écris devient soit à l'eau de rose soit dark. Enfin bon, on verra bien. Enjoy, et merci pour les reviews, les favs et les follows !
Angelic Warriors
Episode 4
Aggravation - Here We Go
Le ciel était d'un noir d'encre, et pourtant c'était le milieu de la journée. Il pleuvait, et les vêtements de Mathieu lui collaient à la peau, l'humidité s'infiltrant dans son corps, le faisant frissonner. Les rues étaient désertes, les gens cantonnés chez eux, terrorisés. On entendait toutefois des cris déchirants de temps à autre. Une armée d'ombres se tenait face à lui, leurs griffes plus aiguisées que jamais, leurs yeux scintillant d'une lueur mauvaise. Antoine avait succombé à leurs assauts, comme Stéphane, Richard et Maître Panda, et c'était de sa faute, entièrement de sa faute, il aurait du les protéger... Et les ombres se précipitaient vers lui, fusionnant ensemble en une vague noire et menaçante, mais il ne leur résisterait pas. À quoi bon ? Il avait échoué. Le Patron avait gagné, et il l'entendit rire, alors même que la masse ténébreuse l'ensevelissait-
"Mathieu ?! Ça va, mec ?"
Le jeune homme ouvrit subitement les yeux. Un cauchemar. Tout n'avait été qu'un affreux cauchemar. Les cris, la peur, la mort, tout cela n'avait été que le fruit de son imagination.
"Ouais... Juste un très mauvais rêve.
- Ah, Richard m'a dit que ça arrivait souvent après avoir affronté des ombres ! Antoine affirma, fier de savoir quelque chose. Enfin, euh, j'imagine que tu dois être habitué.
- Mmmh. Il est quelle heure ?
- Trois heures douze.
- Oh. On ferait mieux de retourner au lit, alors.
- Ooook."
Après leur discussion tardive de la veille, Antoine était resté passer la nuit chez le petit brun ; ainsi, ils pourraient s'entraîner tôt. Mathieu entendit son partenaire se reblottir sous les draps, puis tourner un peu, et bientôt la respiration du touffu devint plus calme. Il s'était rendormi.
L'adolescent soupira. Quatre ans après ses débuts en tant que guerrier céleste, il s'était habitué à passer des nuits agitées, et s'était souvent réveillé en hurlant. Mais cette fois, c'était différent. Son songe lui avait paru tellement réel, qu'il en tremblait encore un peu, et qu'il sentait que son pouls était plus rapide que la normale. Les cris de terreur qu'il avait poussés dans son rêve résonnaient encore dans son crâne, se mêlant aux éclats de rire du Patron.
Convaincu qu'il ne parviendrait pas à retrouver le sommeil, et de toute manière habitué à fonctionner en ne dormant que très peu, Angelic Slayer quitta doucement la chambre, veillant à ne pas réveiller son compagnon d'armes. Il se dirigea vers le laboratoire de Stéphane, sachant pertinemment que ce dernier serait debout. En effet, le scientifique ne s'accordait que de rares siestes l'après-midi, et était parfaitement capable de tenir deux semaines d'affilée sans fermer les yeux. Cela avait surpris Mathieu dans un premier temps, mais après tout, on parlait là d'un homme doté d'un bras robotique et aux origines plus que mystérieuses.
"Eh bien, déjà debout ? Quelle heure est-il ? Aurais-je loupé le petit-déjeuner ?
- Non, Prof, il est trois heures et demie. Je... Je suis simplement tombé du lit.
- Mmmmh, je vois. Inutile de te proposer un somnifère, je suppose ?
- Bien vu.
- Oh, au fait, Maître Panda est passé en coup de vent me parler d'une nouvelle recrue hier. Alexandre, ou Anthony, n'est-ce pas ?
- Antoine.
- Ah, Antoine, voilà ! Angelic... Destroyer ?
- En effet.
- Bon. Je trouve cela très bien que tu aies un camarade pour t'accompagner dans le feu de l'action."
Mathieu leva les yeux au ciel. Stéphane aimait beaucoup se comporter comme s'il était son père, ce qui avait parfois le don de l'agacer. Mais parfois, cela le rassurait.
"Ouais, c'est un gars plutôt cool, je l'avais mal jugé initialement. Je vais prendre son entraînement en charge. D'ailleurs, en parlant de lui... Je me demandais si vous pourriez pas lui bricoler deux-trois gadgets. Il en aurait bien besoin."
Les yeux de l'homme à la blouse blanche s'illuminèrent.
"Bien sûr ! Il n'aura qu'à passer me voir demain- ou plutôt, tout à l'heure.
- Parfait. Alors, sur quoi vous bossez en ce moment ?
- Ah-ah. C'est une surprise, mais je pense qu'elle devrait te plaire !
- J'ai hâte de voir ça."
"Alors, si j'ai bien compris, tu t'es toujours battu avec ta hache ?
- Oui.
- Bon. Comme tu as pu... le voir, un guerrier angélique est doté de certaines capacités spéciales, qui permettent d'infliger des dégâts beaucoup plus conséquents. En revanche, les utiliser peut te fatiguer rapidement.
- OK.
- Ah, et ces capacités diffèrent selon les guerriers. On peut tous lancer des petits faisceaux d'énergie, mais c'est notre seul point commun. Peut-être que ton truc, ce sera de manipuler la foudre, ou bien les flammes. On va vite voir ça."
Antoine acquiesça silencieusement. Mathieu se tenait face à lui, une main posée sur un mannequin d'entraînement. Maître Panda et Richard, de leur côté, étaient assis au fond de la pièce, qui se trouvait être l'ancien grenier de la demeure.
"On va commencer par la base. Concentre-toi sur Bob, à côté de moi.
- Le mannequin ?
- Exactement."
L'ébouriffé s'exécuta, focalisant son attention du mieux qu'il pouvait sur la silhouette.
"Bien. Maintenant, relâche toute ta tension corporelle, et concentre-là dans tes mains. Sens un fourmillement au bout de tes doigts. C'est bon ?
- ...ouais ?
- Parfait. A présent, tu devrais sentir un crépitement. Concentre-toi dessus, imagine qu'il s'amplifie, jusqu'à devenir une masse d'énergie que tu redirigeras vers Bob."
Le lycéen obéit une fois de plus, et fut récompensé par un jet bleuté qui fusa droit sur sa cible, la carbonisant à moitié.
"Bravo Toinou ! s'écria Richard, tandis que Maître Panda et son protégé applaudissaient.
- Super ! Tu vas voir, ça sera rapidement plus simple, plus rapide, et moins fatiguant. Assieds-toi un peu."
En effet, Antoine titubait légèrement, pris d'une légère nausée. Aussi s'assit-il prestement, tandis que Mathieu lui apportait un verre d'eau et quelques carrés de chocolat.
"Mange, ça ira mieux après. On va juste trouver ta première attaque spéciale, s'entraîner un peu au corps à corps, et ça sera tout.
- Ça me va."
Après une petite pause, les deux adolescents reprirent l'entraînement.
"Bon, cette fois ça va être un petit peu plus dur, et il faudra être très concentré, d'accord ?
- Oui.
- Alors, tu vas commencer par fermer les yeux. Ça y est ? Maintenant, imagine que tu es... Dans un endroit reposant. Je sais pas, euh, une plage, ou une prairie... Tu es seul, tu sens un petit vent agréable. Il fait bon, et tu te sens très bien. Tu es détendu.
- OK...
- Mais soudain, quelque chose arrive au loin. Une forme menaçante. Une ombre gigantesque. Mais tu la vois arriver, et tu as le temps de te préparer. Tu puises au fond de toi, dans une réserve fantastique d'énergie. Tu sens l'énergie affluer dans tout ton être, courir dans tes veines, dans tout ton corps. Et le danger s'approche. Alors tu concentres toute cette énergie incroyable dans tes mains, prêt à la relâcher sur ton ennemi, alors même que tu cries...
- DANGER TENTACLES !
- What the-"
Le souffle de Mathieu fut coupé net. Malheureusement pour lui, Antoine s'était trompé de cible, et il avait encaissé l'attaque de plein fouet. Des tentacules sortis de nulle part s'étaient enserrés autour de ses membres et de sa gorge, rendant sa respiration difficile.
"Euh...
- Ah bah ça c'est le hentai, hein, si vous aviez vu son historique internet, vous comprendriez.
- Ta gueule Richard ! Comment est-ce que j'arrête ça ?! paniqua Antoine, tandis que son ami suffoquait de plus en plus.
- C'est une question de volonté, c'est toi qui les contrôles ! lança Maître Panda.
- D'accord, alors euh... Euh... Relâchez Mathieu... Et capturez Bob !" hurla le jeune homme en se concentrant.
Aussitôt, les tentacules lui obéirent, se saisissant du mannequin avec facilité tandis que l'autre guerrier tombait violemment sur le sol, le visage légèrement violacé.
"Disparaissez !"
Les appendices gluants se volatilisèrent à la seconde. De son côté, Angelic Slayer toussait violemment, gémissant alors que sa circulation sanguine se faisait à nouveau normalement.
"Vraiment désolé, mec, je...
- ESPÈCE DE CONNARD ! T'AS VOULU ME TUER OU QUOI ?! JE VAIS-"
Personne ne sut jamais ce qu'il allait faire, car Maître Panda s'était précipité sur lui, l'arrêtant dans son élan, et le forçant à avaler trois cachets bleus. Aussitôt, toute trace de colère disparut du visage du jeune homme, sous le regard médusé de Richard et Antoine.
"Là, là, ce n'est pas la peine de s'emporter parce que notre ami a un petit peu cafouillé ? Hein ? On va être un bon garçon et se calmer, d'accord mon petit Mathieu ?
- Oui...
- C'est bien. Allez, dis pardon à Antoine et va t'asseoir dans le coin, là-bas.
- Pardon Antoine...
- Bravo, Mathieu."
Le petit brun alla docilement prendre place à l'endroit que son mentor lui avait indiqué, un petit sourire timide aux lèvres.
"Putain c'est quoi ce bordel ?! s'exclama Richard.
- Mathieu a des... sautes d'humeur assez imprévisibles, qui peuvent être déclenchées par des événements soudains et/ou violents. Il ne faut pas lui en vouloir, il n'y peut vraiment rien.
- Le pauvre..."
Le cœur du lycéen se serra un peu en voyant son ami recroquevillé sur lui-même, la tête enfoncée dans ses genoux.
"Ce n'est pas grave, ne t'inquiète pas. Dans quelques minutes il sera à nouveau lui-même, mais peut-être qu'il vaudrait mieux arrêter l'entraînement pour aujourd'hui.
- Ouais, maintenant qu'on sait que Toinou peut devenir une star du porno japonais."
Le lundi matin, Antoine était frais et dispos pour se rendre au lycée. Stéphane lui avait donné un élixir qui réduirait ses besoins en sommeil, afin d'être toujours sur le qui-vive. Le scientifique avait beaucoup intrigué l'adolescent ; il était assez excentrique, mais semblait très concerné par le bien-être de Mathieu et attachait une grande importance à l'aider du mieux qu'il pouvait dans sa mission. De plus, le "Prof" - apparemment, seul Angelic Slayer était autorisé à l'appeler de la sorte - lui avait donné un genre de Taser amélioré pour ne frapper que les ombres - autant limiter les bavures.
Aussi, ce fut de bonne humeur et reposé que le jeune homme arriva à son établissement. Il avait même eu le temps de réviser pour son contrôle de biologie. Il croisa quelques camarades en gravissant les étages vers sa salle de cours, mais tous lui lancèrent des regards dédaigneux. Étrange, mais il décida de ne pas y prêter trop d'attention.
"Bonjour madame Therrien !" salua-t-il en prenant place.
L'enseignante était une femme dynamique - presque trop dynamique - d'une cinquantaine d'années.
"Bonjour Antoine, tu as l'air en forme.
- Mmh. Prêt à en découdre avec les gabbros et les éclogites."
Du fond du sac de son protégé, Richard leva les yeux au ciel - enfin, les aurait levés s'il n'avait pas été sous sa forme de peluche. On aurait dit une série américaine ! Quoi, une jolie blonde allait se jeter au cou d'Antoine qui allait la soulever vers un soleil couchant ?
La salle de classe se remplit rapidement, et les étudiants s'assirent, tandis que leur professeur distribuait les énoncés. Le silence se fit, et tous commencèrent à composer. Du moins, c'est ce qu'Antoine crut, jusqu'au moment où son voisin, Éric, lui décrocha un coup de poing dans la mâchoire.
"Mais ça va pas ?!"
Le jeune homme se tourna vers Éric, et étouffa un hoquet de surprise. Ses yeux brillaient d'une lueur rouge familière. Beaucoup trop familière.
"Euh, madame, je crois qu'Éric a besoin d'aller à l'infirmerie, je devrais peut-être l'accompagner.
- Oh, non, Antoine, Éric va très bien, et tu vas rester ici."
Leïla, la fille devant l'ébouriffé, se retourna et le gifla à son tour, le même sourire malsain aux lèvres. De même, Lucie, une adolescente derrière lui, lui frappa violemment la nuque.
"Non, vraiment, je dois y aller, en fait c'est moi qui me sens pas bien...
- J'insiste, Angelic Destroyer, restez."
Ni une ni deux, Antoine s'empara de son portable, poussa son voisin et quitta la salle en trombe.
"RATTRAPEZ-LE !"
Le jeune homme courut aussi vite qu'il le pouvait, filant vers les toilettes au sixième étage, où il s'enferma. Saisissant son téléphone, il composa fébrilement un numéro.
"Mathieu ? C'est Antoine, il faut absolument que tu viennes à mon bahut, il se passe des trucs carrément chelou... Non, des gens de ma classe ont viré barjo... Hein ? Non, ils avaient les mêmes yeux rouges que les ombres, et ils ont commencé à me frapper... Mec, je pense pas que je peux me battre contre eux seul, imagine que tout le monde soit atteint ? Fais vi- OH BORDEL !"
La porte des toilettes avait été fracassée, et nul doute que celle de la cabine où Antoine s'était réfugié n'allait pas tarder à suivre. Fourrant son portable dans sa poche, il se saisit du pendentif caché sous son tee shirt et s'écria : "POUVOIR STELLAIRE, ILLUMINE-MOI !"
Dès qu'il fut transformé, il ouvrit de lui-même la porte, armé de son Taser et de sa hache, et se retrouva face à ses camarades de classe, qui arboraient tous un air mauvais, prêts à en découdre.
"OK, alors écoute-moi bien, euh... Patron. Je sais que tu m'entends, je suis pas con, c'est toi qui a pris possession d'eux. C'est vraiment lâche et, euh... Pas bien. Alors quand je te verrai je te péterai doublement la gueule.
- En attendant, répliqua Marie, la déléguée, c'est nous qui allons te péter la gueule."
Aussitôt, elle se jeta sur Antoine, qui l'esquiva habilement. Il avait un plan. Si l'arme que lui avait donné Stéphane n'avait d'effet que contre les ombres, alors il y avait une chance, une toute petite chance...
Il commença à tirer, visant Yannick, un adolescent qu'il détestait. Le jeune homme s'effondra aussitôt, entouré d'une fumée noire qui se dissipa quasi-instantanément. Bien, son plan avait l'air de fonctionner, il n'avait plus qu'a taser tous ses camarades de classe. Et la totalité de l'école, au cas où. Alors il se mit à l'ouvrage, mais bien entendu, les élèves possédés ne l'entendirent pas de cette oreille. Ils essayaient de le frapper, le griffer, le mordre ; et Antoine tentait de ne surtout pas le blesser, mais il était des moments où il n'avait pas le choix. Il se contentait de les étourdir avec le manche de sa hache, afin de limiter les dégâts.
Mais au bout d'un moment, le guerrier fut submergé par l'ennemi, et, ayant une illumination subite, il décida de recourir aux grands moyens. Pressant le pas vers la cour de l'établissement, il s'assura que tous les lycéens le suivaient, et étaient à une distance raisonnable, avant de fermer les yeux et de se concentrer.
"OK, pensa-t-il, son cœur battant la chamade. Alors, je suis sur une plage... Calme, tranquille... Et une armée de crabes se dirige vers moi... Mais elle est perdue, elle veut juste retourner dans la mer... Alors je sens une énergie affluer en moi, pour simplement l'orienter... Pas la blesser... L'énergie est de plus en plus forte, elle est dans mes mains, et je la redirige..."
"DEEP MIST SHOWER !"
Un puissant torrent d'eau jaillit des mains du touffu, s'abattant sur ses adversaires, les submergeant. Antoine se sentit sur le point de s'évanouir, et sa vue se troubla, mais il tint bon. Enfin, le flux liquide s'arrêta, et le jeune guerrier constata que tous ses ennemis étaient au sol, étourdis, ou bien inconscients. Il vacilla un peu, avant de reprendre son travail, les tasant tous, à l'exception d'Olivia, une fille timide de Seconde qui était au cours de théâtre avec lui. Il la ligota solidement au moyen de plusieurs rubans de GRS trouvés dans le gymnase, avant de rédiger une note à l'intention de Mathieu. Puis il ferma les yeux et se laissa tomber au sol, exténué.
"Ngh...
- Ah, il émerge !"
Antoine se prit la tête à deux mains. Il avait terriblement mal, et avait la sensation que son corps entier était empli de crampes.
"Ouh là, doucement. Au vu de l'inondation qu'il y a eu ici, tu as fourni un gros effort, alors on va y aller tout doux, d'accord ?
- Oui...
- Bon, je vais quand même te donner un coup de pouce."
L'ébouriffé sentit vaguement que quelqu'un lui posait les mains sur les tempes.
"Nice Peace !"
Aussitôt, le jeune homme se sentit ragaillardi, et il reconnut le visage de Mathieu.
"Tu m'impressionnes, mec ! Arriver à gérer seul une armée de gens possédés... Bravo. Et alors, c'est quoi le truc avec toute la flotte ?
- Alors apparemment ça s'appelle "Deep Mist Shower" et je me transforme en tuyau d'arrosage.
- Stylé.
- Mmmh. Tu as eu ma note ?
- Oui, les autres sont en train d'examiner Olivia. C'est la première fois que l'on a affaire à des humains possédés, et c'est assez flippant. On doit affronter le Patron au plus vite.
- Mais on attend quoi en fait ?
- De trouver son repaire. On a déjà des idées mais... On ne veut rien tenter sans être sûrs. Et il faut encore que tu t'entraînes un peu. Ce que tu as fait là est impressionnant, mais je pense que l'endroit où il se cache sera bien mieux gardé.
- D'accord."
Antoine s'empressa ensuite de dévorer la nourriture que lui avait apporté son ami. Il avait terriblement faim, comme après chaque transformation. Pendant qu'il avait était inconscient, leurs quatre compagnons avaient portés tous les élèves et professeurs dans leurs classes respectives, même s'ils ne reprendraient toujours pas connaissance avant au moins une bonne heure, selon Stéphane, qui les rejoignit peu après.
"Alors ?
- Alors ce n'est pas bon du tout. D'après les examens que nous avons menés sur cette demoiselle, cette forme de possession n'a rien à voir avec des cas... classiques, si je puis dire. Elle se transmet, comme un virus.
- Oh merde.
- En effet... Heureusement, comme un virus, cela n'a pas l'air d'avoir effet dans cent pour cent des cas.
- Mais pourtant, tous les élèves ont été possédés, objecta Antoine.
- Bien observé. Mais c'est parce qu'il y a deux possibilités : soit ils ont été directement infectés, soit ils ont été contaminés. Je me suis permis d'examiner très rapidement trente élèves, et quinze d'entre eux avaient une toute petite cicatrice au niveau du front. Je pense que c'est ceux qui ont été infectés. Ils ont du transmettre cette... saleté aux autres, comme Olivia. Elle avait un simple petit bouton noir et rouge au niveau du bras, mais je n'ai retrouvé cela chez aucun autre élève. Je pense que pour les contaminés la marque disparaît avec la possession.
- Hmmm... Il va falloir surveiller cela de près, réfléchit Mathieu. Que le phénomène ne prenne pas plus d'ampleur."
Antoine hocha silencieusement la tête. Se battre contre des ombres, des entités ténébreuses et anonymes, c'était une chose. Affronter des humains ne disposant plus de leur libre-arbitre, c'était entièrement différent.
Mathieu se laissa tomber sur son lit, épuisé. Après la matinée mouvementée d'Antoine, il leur avait fallu combattre trois cents ombres dans le métro, et c'était exténué qu'il était rentré chez lui.
Il n'avait enfilé que son bas de pyjama, restant torse nu afin de procéder à son rituel quotidien. L'adolescent resta allongé quelques minutes, avant de se relever, de retirer le pansement recouvrant la totalité son bras et de se forcer à regarder dans le miroir accroché à son armoire.
Son état avait encore empiré. Les tâches noires avaient franchi la barre symbolique de son bras pour commencer à coloniser son épaule et son avant-bras.
Pourtant, il prenait son traitement, mais rien n'y faisait, ce qu'il avait surnommé "la gangrène" gagnait du terrain tous les jours. Elle avait débuté deux ans auparavant, par une simple tâche d'à peine deux millimètres. Et puis la tâche avait grandi, très lentement au début, puis de plus en plus vite. Et il lui arrivait de sentir quelque chose pulser au niveau de l'étendue sombre, comme si elle était vivante.
Par habitude, il gratta férocement sa peau, mais ne parvint qu'à obtenir une plaie suintante d'un pus ressemblant à du goudron fondu.
"Je t'ai déjà dit de ne pas y toucher !"
Stéphane se tenait sur le pas de la porte, un air désapprobateur mais également triste sur son visage aux traits tirés.
"Je sais, mais si vous aviez un truc pareil, croyez-moi, vous pourriez pas vous en empêcher non plus.
- Je m'en doute, mon ami. Tiens, voilà un tube de crème que Maître Panda et moi-même venons de mettre au point, cela devrait calmer ta douleur, et avec un peu de chance endiguer la progression de cette monstruosité. Tu me dis que cela ne se réveille que le soir ?
- Oui, le reste de la journée ça ne me pose pas vraiment de problème."
Mathieu se saisit du tube que son ami lui tendait, et s'enduisit rapidement les zones touchées au moyen de la substance pâteuse. Aussitôt, il sentit que son membre devenait comme plus léger, et cessa de se gratter.
"N'en mets pas trop, conseilla le scientifique, ton corps risque de s'accoutumer rapidement, et la crème n'aura plus d'effet.
- D'accord. Merci beaucoup, Prof.
- C'est bien naturel, voyons. Bonne nuit.
- Bonne nuit."
L'homme en blouse blanche quitta la pièce, fermant la porte derrière lui. L'adolescent se glissa sous les draps, bénissant ses protecteurs d'avoir pu apaiser ses démangeaisons.
Si seulement le traitement avait également pu faire taire les voix se faisant de plus en plus fortes au fond de son esprit, c'eut été parfait.
