[Une semaine plus tard, le mercredi soir]


« Dîtes-donc, c'est marrant, ça. Vous faîtes une soirée privée après les cours, comme ça ? Comme si c'était autorisé ?

- Tiens, Lee, salut ! répondit Michelle, entourée de sa sœur et de quelques… incrustés qui passaient par là.

- Ouais, on essaie de finir le DM que j'ai pas rendu aujourd'hui, expliqua Paul.

- Ils essaient de le faire, mais en fait c'est Julia qui fait tout pendant qu'ils parlent, corrige la brune d'un ton grinçant.

- Paul, c'est toi qui ramène de l'alcool dans le bahut aussi facilement ? poursuivit Lee pour le taquiner.

- Les deux autres me collent, et j'y peux rien s'ils sont pas sérieux, se défendit le blond, en tendant le bras pour dénoncer ses deux amis, Marshall et Forest.

- Mais j'te jure qu'un type bizarre m'a croisé dans la rue et m'a demandé de prendre ça, sans jamais revenir la chercher ! commença à geindre le plus jeune, pendant que son frère le regardait en faisant « non » de la tête. Mais c'est vrai, pourquoi personne me croit ?

- Y'a des chaises là-bas, si tu veux nous rejoindre, proposa Michelle à Lee, en désignant les sièges empilés dans un coin de la cafétéria.

- Oui, après tout… ils ne vont sûrement pas vérifier s'il reste des gens à une heure pareille. Mais d'ailleurs, ce n'était pas fermé à clef ? Comment avez-vous fait pour entrer ? interrogea le jeune homme en regardant de tous les côtés, agitant ses cheveux argentés.

- C'était déjà ouvert, intervint Julia en relevant la tête de sa copie, avec de grands yeux sincères.

- Sûrement un oubli » se rassura alors Lee en voyant le hochement de tête approbateur des quatre autres.

Il s'installa alors avec eux et passa une main pour ajuster sa coiffure avant de reprendre la conversation sur un ton de gentleman :

« Mais quel sujet peut bien vous retenir aussi longtemps même après avoir écrit la conclusion ? »

Là, Paul, relevant légèrement le menton avec le regard de celui qui comprend, lui dit :

« J'imagine que ça t'a rappelé la même chose qu'à nous, l'arrière cour et tout le tintouin ? »

En effet, si au départ la réunion avait bien pour but de plancher sur le DM, en réalité les terminales s'étaient attablés en espérant ne pas être vus par du personnel, pour partager leurs impressions. Lee l'avait compris tout de suite, et l'invitation de Michelle à les rejoindre n'avait fait que le confirmer.

« On est tous quasiment sûrs que Jun est morte ici, dans le lycée. En plus, l'arrière cour, c'est là où ils se retrouvaient tous les deux… poursuivit Paul.

- D'habitude, je suis sceptique aux histoires de fantômes, mais avec le bordel qui s'est passé derrière, j'ai revu ma position, appuya Marshall.

- Vous croyez à ça, vous ? s'étonna Lee, même s'il partageait leur théorie.

- Ca ne m'étonnerait pas qu'il existe des fantômes. D'autant plus que notre perception d'eux… le fait d'y penser, d'en parler, de les avoir connus… toutes ces choses, ça doit alimenter leur volonté d'apparaître et d'être entendus, exposa Julia.

- Ouais, d'après ce que j'ai compris, tout le monde la connaissait cette fille, ajouta Forest qui n'avait jusque-là l'air de n'écouter que la moitié de ce qui se disait.

- Eh, les aliènes existent, pourquoi pas les fantômes ? plaisanta Paul, qui se reprit vite : Mais, sérieux, Lee, tu sais ce qui s'est passé toi ? »

Lee restant silencieux, le regard fixe, tout le monde se tourna vers lui en attente d'une réponse. Le jeune homme aux cheveux argentés ferma les yeux et respira un grand coup. Puis il éclata de rire :

« Mais ne me regardez pas comme ça !… Je n'en sais rien… »

Chacun commença à regarder ses genoux, la main sur le menton, la bouche, ou le front, élaborant des théories dans sa tête. Puis Lee, qui décroisa ses jambes, leur dit :

« Vous feriez mieux de partir, je sais que M. Jinrei est sympa, mais s'il vous voit alors que vous n'êtes pas internes, ici qui plus est…

- Tu n'as jamais rien entendu de suspect dans la nuit, par hasard ? lui demanda Michelle.

- Nan, rien de spécial »

Et après un temps mort, Lee se força à sourire à nouveau.

« Ce n'était peut-être qu'un accident ! »

Ce n'était pas vraiment la phrase qui allait taire les interrogations, mais Lee n'avait pas franchement envie de reparler de… son « frère ». D'ailleurs, c'était bizarre pour lui de croiser d'autres élèves de l'extérieur qui connaissaient un peu Jun, là, le soir.

Lee avait décidé d'être interne cette année, justement, après les évènements de l'an passé. Son prétendu père adoptif n'allait pas le garder longtemps de toute façon. Et d'ailleurs, Lee savait bien qu'il n'avait pas de famille, et que ça ne changerait pas. Pourtant, il continuait à utiliser des nominatifs qui renvoyaient à des membres de la famille pour désigner les gens qui l'avaient « adopté » sans jamais en faire un Mishima.

L'avantage de l'internat, c'était que tous les élèves ici étaient de parfaits inconnus, des gens qui n'avaient jamais eu de problème, ni bagarre, ni rien du tout. Comme toujours, Lee avait réussi à sympathiser avec son entourage. Il avait toujours été le type qui connaissait tout le monde dans la tête de chacun, il était détaché de tout lien avec les Mishima si quelqu'un s'en rappelait, on avait toujours droit à un « ah oui… c'est vrai… ».

Et franchement, lui-même l'aurait oublié si Heihachi n'avait pas été aussi dur pendant les entraînements. Tout ce qui revenait à l'esprit du jeune homme, c'était la douleur. Et encore une fois, avec ce fameux drame connu dans tout le lycée, Lee était encore celui qui était censé savoir quelque chose, mais au final, ne savait rien. Comme les fois passées, pour lui, tout ce qu'il allait rester, allait être son impuissance, son incompréhension, la douleur…

« C'est quand même bizarre que ton f…

- Paul ! » l'interrompit l'indienne en le fixant avec ses yeux verts grand ouverts.

Lee se rendit compte qu'il avait effectivement l'air absent. Avec un nouveau sourire un peu factice, il se leva et leur répéta :

« Vous devriez vraiment partir. Il n'y a pas de fantôme, c'est fini »

Puis il s'en alla. De dos, on voyait encore plus sa solitude.


[Le lendemain matin]


Réveillé par du rap plein d'amertume sur un rythme mélancolique…

Les internes avaient convenu entre eux que passé neuf heures, on pourrait mettre de la musique un peu plus fort – mais pas à fond – histoire de faire bouger les retardataires. Quand Lee se réveilla, lui qui était d'habitude toujours de bonne humeur, il n'arriva pas à décoller. Impossible de bouger, comme si on était en train de l'enterrer avec du béton coulant. Avec cette musique déprimante en plus…

Comment en était-il arrivé là…

Ca commence toujours avec des petits problèmes futiles, et puis petit à petit ça devient un cadavre qu'on sort d'un placard. Tout était si bon au départ : Lee avait enfin une famille. Mais il avait fallu que ce soit les Mishima et tout s'était cassé la gueule en un rien de temps.

C'était ce genre de réveil où on se donne cinq minutes qui en un clin d'œil – et là, un clin d'œil, littéralement –, se transforment en un quart d'heure. Puis parfois une demi-heure. Ce qui est trop court pour nous est une éternité pour le reste du monde qui est debout. Heureusement, Lee s'était simplement dit :

« Une minute de plus »

… Qui se transformèrent en cinq – pendant laquelle sa mémoire commença à émerger aussi. Il avait très mal dormi, à force de penser au feud qui avait alimenté le plus clair de son séjour chez les Mishima.

« Tu parles d'une famille pathologique », lui avait fait remarquer Paul une fois.

Avec ça, Lee esquissa un sourire (dont seul son oreiller fut témoin), se leva seul et commença à battre la mesure sur ses genoux. Quand certains se lamentent de s'être fait jeter après avoir goûté au paradis, Lee se félicita, avec une familiarité inhabituelle, d'être parti quand il en avait encore le choix et la force pour limiter les dégâts :

« J'ai bien fait de me tirer », marmonna l'orphelin avec une familiarité inhabituelle.

Mais son expression s'effaça quand il aperçut son réveil. Dix heures ? Il se leva alors pour de vrai, ouvrit la fenêtre en plissant les yeux. Quand la musique se termina, il put entendre du bruit qui venait de la cour.

« Oh non, pas encore… »

Quand Lee sortit de sa chambre, dans le couloir après avoir enfilé son habituel combo chemise en satin-pantalon serré, il ne vit plus personne. Celui qui avait laissé son PC et ses enceintes allumées avait dû partir en catastrophe. Sans même avoir avalé quoi que ce soit, Lee se hâta vers la réunion.

Quand il arriva enfin en bas, les escaliers souvent trop courts avant d'arriver à la salle de classe, avaient cette fois paru durer une éternité, une foule de visages se tourna vers lui. Dans le brouhaha, on distinguait quelques têtes blanches comme un linge. On aurait dit qu'ils avaient vu un fantôme… Et quand le jeune homme qui peinait toujours à se réveiller, aperçut l'un des curieux de la veille au soir, il se précipita vers eux jusqu'à ce que…

Au loin, un individu ne lui avait pas échappé. Toujours le même regard noir comme si le monde était son ennemi.

« Kazu… »

Tout à coup, sur sa ligne de mire apparurent deux tresses agitées. La « petite Julia » – comme Lee aimait bien l'affubler – s'arrêta dans sa course quand elle le vit.

« Il paraît qu'ils ont vu Jun Kazama… Ma sœur et les autres… D'un tour de la tête, elle regarda leur direction pour lui montrer : Ils sont là-bas ! »

Lee avait commencé à refaire toute la conversation de la veille dans sa tête. Puis tout le reste en fait. Il aurait volontiers laissé les choses en plan, continué comme si de rien n'était, prendre quelques vacances de cette maudite famille. Pourquoi faut-il toujours régler les problèmes ?

En regardant autour de lui, Lee réalisa qu'il n'était pas le seul à voir son petit bonheur, son petit nuage, suspendu, réduit à néant par une vague de plomb. Le fantôme de Jun avait rappelé tout un tas de choses à tout un tas de monde. On reconnaissait ceux qui avaient pu s'en rapprocher à leur regard qui s'inondait petit à petit. Même Lei avait perdu sa mine décontractée, les gens arboraient une expression solennelle, Michelle était sur le point de déborder de larmes bouillantes.

Tous ces gens qu'on voyait du coin de l'œil, tous baissaient la tête, même ceux qui la connaissaient à peine. Sa présence n'avait pas forcément été spéciale pour tout le monde, mais sa réapparition avait fait rejaillir les effets de son absence. Tout le monde regardait par terre, mais une personne fit demi-tour pour s'en aller nonchalamment, Kazuya. C'était quoi, ça ? Il s'en fichait complètement ? De dos, on ne pouvait pas deviner son expression, mais on pouvait toujours espérer qu'il y avait quelque chose.

Lee commença à suivre Julia qui s'empressa vers sa sœur. Ils avaient tous l'air grave, mais pour Lee cette histoire de fantôme était tout à coup d'un moindre intérêt. Il ne savait pas ce que, eux, ils avaient vu, mais lui en tout cas, il avait vu quelque chose qui le chiffonnait bien. C'est avec surprise que Michelle, Julia, Paul, Forest, Marshall, Lei, et Baek découvrirent Lee comme ils ne l'avaient jamais connu : stressé, en colère, prêt à rugir.

« Qu'est-ce que Kazuya fiche ici ? Depuis quand… ? »

Réalisant que tout le monde, en plus du choc qu'ils venaient de vivre, le scrutaient, tous interdits, Lee s'interrompit de lui-même.

« De quoi tu parles ? » lui demanda Paul qui semblait très réceptif à l'irritation générale.

Mais quand Lee, pour appuyer sa question, s'apprêta à leur montrer à travers la foule, il s'aperçut que l'intéressé avait disparu. Ainsi que les deux autres personnes qui l'accompagnaient. Les yeux grands ouverts, les dents serrées, Lee projetait son regard comme un serpent, droit devant lui, mais il n'y avait plus rien. Michelle vint poser sa main sur son épaule.

« On dirait que tu es ailleurs depuis hier »

Lee se tourna vers elle, le regard trouble, comme ses pensées.

« En fait, tu sembles plus préoccupé par ton frère que par la pauvre Jun… ajouta un peu sèchement Lei, qui surprit tout le monde à son tour par une attitude inhabituelle.

- Ce n'est pas mon… » répondit immédiatement Lee avec une voix qui aurait été terrifiante si on n'avait pas su que c'était lui.

Mais Lei poursuivit plus calmement :

« On m'a dit que Jin Kazama était revenu. Je sais pas où il est, mais s'il n'est pas là, ça vaut peut-être mieux. Ce qui m'ennuie, c'est qu'il va forcément entendre parler de ce qui vient de se passer… »

Dur de se regarder dans les yeux avec une telle tension dans l'air. Lee continuait de balayer la cour sans accorder d'attention à ses interlocuteurs.

« Je n'ai pas halluciné, il était là » s'obstina-t-il, pour se justifier.

- Mais bordel Lee ! Arrête j'ai failli être exclu juste pour avoir prononcé son nom l'autre jour ! » gronda le biker.

Mais quand Julia releva les yeux, en voyant la tristesse qui l'habitait, le gentleman d'habitude si chaleureux se rendit compte qu'il ne se reconnaissait plus lui-même. Il commença enfin à s'intéresser à ce qui les touchait :

« Mais qu'est-ce que vous avez vu au juste ? » demanda-t-il sur un ton plus doux qui le ramenait à lui-même.

- Elle était là-bas, au bout, vers l'arrière cour, lui expliqua la grande indienne.

- Vers les débris, ouais, précisa Paul qui se calmait aussi de son côté.

- Mais ça n'avait rien d'un fantôme ! s'exclama tout à coup une petite voix en sanglots.

- Julia ! Pas si fort ! rétorqua sa sœur sur un ton autoritaire.

- C'est vrai, elle est partie si vite que j'en ai encore des doutes, mais je ne crois pas vraiment aux fantômes »

Sur cette dernière affirmation du détective en chef, on aurait dit que le monde s'écroulait de nouveau.

En gros, le peu qu'on savait, on ne le savait plus. On ne savait même plus si la fille était morte au final. Quand Lee s'apprêta à cracher au groupe qu'il n'en pouvait plus de cette vaste blague, la remplaçante de la défunte au poste de présidente du comité de discipline, Asuka, débarqua avec sa manière personnelle de remettre de l'ordre.

« Lei ! Vous tous ! Vous pouvez m'expliquer ce qui se passe ? Et je vais avoir besoin de vous !

- Ah ? Et pourquoi ? s'interrogea Lei en envoyant ses longs cheveux en retrait. J'espère que ça a un rapport avec notre problème.

- C'est quoi ce problème ? » fit Asuka en s'adressant à tout le monde cette fois.

Alors qu'ils commençaient tous à se demander comment annoncer la chose – en se grattant l'arrière de la tête pour certains, en hochant les épaules pour d'autres…

« C'est sa cousine quand même… » pensaient-ils tous.

Lei se lança dans la détente absolue :

« On a aperçu Jun Kazama. Et elle avait l'air en pleine forme »

Contrairement à l'attente générale, Asuka ne se mit pas en colère en les engueulant du style « Et pourquoi vous lui avez pas parlé ? ». Elle avait poussé un cri, oui, mais un cri de surprise.

« Jin m'a dit qu'il pensait qu'elle était vivante aussi ! », rapporta la lycéenne, les yeux ronds.

- Qu'est-ce qu'il cherche à faire, Lui ? l'interrogea Baek, plutôt méfiant.

- Rien qu'on ne sache pas… réagit Asuka interloquée, j'imagine…

- Et qu'est-ce qu'on doit faire, chef ?

- Je pense qu'on devrait inspecter les bâtiments le plus fréquemment possible… Il faut qu'on la trouve ! décréta la jeune fille en serrant le poing. Mais moi je suis coincée au gymnase avec la petite princesse…

- On fera de notre mieux, la rassura le brun à la longue crinière.

- Mais pas un mot au proviseur et à Monsieur Mishima ! ordonna Asuka. Il faut qu'ils en sachent le moins possible sur ce qui vient de se passer, ça vaudrait mieux. Mishima a déjà fait des avertissements à Jin dès l'instant où il est revenu. Faut faire gaffe, sinon, on va encore se retrouver sous le régime de la terreur… »

On n'avait jamais vu cette jeune gaillarde aussi inquiète, et pourtant, elle faisait preuve d'une maturité rarement vue jusque là : pour prendre des décisions comme ça, sur un ton calme et ferme, et avec une détermination qui avait redonné des couleurs à chacun de ses interlocuteurs. Lee avait l'habitude de la voir courir dans tous les sens et disputer tout le monde, du vrai fautif à la personne qui passait juste trop près d'une table…

Et à en croire son assurance soudaine, Asuka avait bien décidé de faire passer le mot non seulement à ses « subordonnés », mais aussi aux autres, les Chang, les Law, Paul et Lee lui-même. Donc elle devait savoir qu'elle pouvait leur faire confiance.

« Si forte et presque maternelle ! Ma chère Asuka, tous ces évènements ont l'air de faire de toi une nouvelle femme ! s'amusa Lee.

- Je déteste les impertinents, tu mériterais une claque ! s'indigna la jeune fille, en rougissant, les cheveux tous hérissés sur la tête.

- Blague à part, je suis d'accord. Si on fait les choses ensemble, le vieux ne pourra rien contre nous. On devrait tout faire pour ne pas le mettre en alerte.

- On se prendrait presque pour des héros de shonen dîtes-donc ! s'enthousiasma Paul à son tour.

- Oui au fait Asuka, comme tu as dû te le dire la dernière fois, Xiaoyu et Hwoarang ont presque été témoins du ravage qui a été causé à l'arrière cour. Autant que moi, en tout cas, précisa Lei.

- On pourrait les mettre sur le coup. Oui… la jeune japonaise réfléchissait à voix haute, la main sur le menton, ça ne serait pas bête, vu qu'ils sont dans d'autres classes… Très bien, je vais informer Jin.

- On était en gros les personnes qui connaissaient le mieux Jun. Il faut qu'on la trouve avant que quelqu'un d'autre ne lui tombe dessus, dit Michelle.

- Ca va, d'après mes souvenirs, elle sait se défendre, hein ! plaisanta Lee.

- Et encore une fois, ne rien dire au principal. Ce que disent les autres gens, ce sera du pipeau pour lui, mais nous, il pourrait nous prendre au sérieux. Donc, silence total ! répéta Asuka. Maintenant, il faut que j'y aille. Soyez discrets et restez en contact ! »

Asuka repartit en faisant un coucou de la main, on ne la voyait pas souvent si cool.

« Elle est incroyable… constata Michelle avec un regard de mère.

- Même après le choc de revoir son cousin, et sur une affaire qui concerne sa propre famille, elle s'est redressée avec beaucoup de force et de courage. C'est bien là que tu veux en venir ? comprit Lee.

- Et elle a l'air d'avoir les idées parfaitement claires, confirma la brune avec un sourire confiant.

- On dirait que les choses vont mieux en tout cas ! » se rassura Forest, le plus jeune de la troupe.

Son grand frère commença à rire un peu nerveusement au départ, puis les autres l'accompagnèrent, la tension retombait.

« C'est vrai, non ? Tout le monde a l'air d'aller mieux » poursuivit Forest qui avait toujours l'impression que personne ne le suivait.

Et ayant presque oublié la possible présence d'une certaine personne dans les locaux du bâtiment, Lee, prit acte du relâchement général :

« Excellent »


Plus tard, en classe...

« Hum…, le professeur Bosconovitch, ajustant ses lunettes avec ses vieilles mains tremblantes, en essayant de regarder au fond de la classe, voulut s'assurer d'une voix calme et un peu vacillante : Tout le monde a bien eu le polycopié ? »

Mais trois mains se levèrent pour signifier que non. Lee en profita alors :

« Monsieur, je peux aller faire des photocopies supplémentaires si vous ne souhaitez pas interrompre le cours », déclara le jeune homme poliment.

Le professeur, vieux mais d'une naïveté bienveillante que les élèves avaient toujours aimé – mais dont on pouvait profiter – laissa Lee sortir de la classe. Une fois dans le couloir, Lee, qui savait qu'il avait peu de temps, se dirigea immédiatement vers l'arrière-cour, à nouveau. Mais en arrivant dans la salle d'entrée principale – celle où les escaliers étaient souvent trop courts – trop pressé, Lee ne se fit pas très discret, et c'est la tête du proviseur qu'il vit au loin, sur le balcon d'en face, se tourner vers lui. Par chance, la photocopieuse était aussi dans le coin.

« Il faut que je trouve un autre moyen d'y aller » pensa alors le lycéen, pendant que les feuilles sortaient de l'imprimante.

Une fois les copies en main, Lee ressortit en essayant le moins possible de regarder autour de lui pour ne pas paraître bizarre.

« Je peux passer par l'étage des prépas là-haut, si personne ne me voit »

Avec un petit sourire en coin, Lee se hâta en essayant de faire le moins de bruit possible.

Dans le couloir du troisième étage, tout était calme. Quand on passe par un endroit qui est normalement interdit d'accès, parfois, on a l'impression d'être loin de tout – déjà parce qu'en général si l'accès est restreint, il y a peu de monde, et en plus, les lieux défendus inconnus se présentent souvent comme une dimension à part, parce qu'on n'y va jamais, justement.

Là, tout en haut du bâtiment, les fenêtres révélaient une vue inédite de la cour et de la ville. Quelques visages d'une salle de classe dont la porte était entrouverte se tournèrent simultanément vers Lee quand il passa devant, pour l'oublier la seconde d'après.

Une fois au bout, le jeune homme franchit les doubles-portes, et redescendit. Le cours avec le professeur Bosconovitch était dans l'autre aile du bâtiment, ce qui rappelait à Lee qu'il ne lui restait que peu de temps. De ce côté-ci, les lumières étaient éteintes pour que soit plus visible l'écriteau réfléchissant :

Sortie de secours

Lee poussa la porte, grimaçant au son désagréable de celle-ci : s'il y avait quelqu'un de l'autre côté c'était fichu.

Et malheureusement, c'était bien le cas. Mais fausse alerte : en fait, il s'agissait juste de Hwoarang. Le coréen avait les yeux écarquillés, comme pour pallier le silence de sa frayeur. Tandis que Lee passa la porte tranquillement, avec un ricanement étouffé, le roux le somma de se taire, d'une onomatopée, et avec les mains crispées.

« Qu'est-ce que tu fiches ici ? » l'interrogea Lee avec un air moqueur.

Le plus silencieusement possible, Hwoarang lui répondit brièvement :

« Je me suis fait sortir et je suis venu voir là »

N'ayant entendu qu'un mot sur deux parce que Hwoarang ne parlait pas dans sa direction, Lee se contenta d'acquiescer comme si sa réponse avait eu quelque sens, et porta son regard là où il semblait intéressant de le porter là tout de suite : il fallait croire que Heihachi était arrivé avant eux, et il parlementait avec quelqu'un, mais le mur cachait la vue, et au risque de se faire repérer, impossible d'aller voir.

« Ca a l'air sérieux… » chuchota Lee.

Mais ça n'avait pas l'air d'être ce pourquoi il était venu. Pour ne pas provoquer une réaction inattendue de la part de son camarade, l'orphelin aux cheveux argentés se garda un moment de finir sa phrase, n'étant pas sûr que Hwoarang sache à propos de Jun. Mais c'est ce dernier qui prit l'initiative de lui confirmer qu'il avait bien été informé :

« Ca n'a rien à voir avec la fille visiblement, mais je me demande ce qui se passe, affirma-t-il. J'ai l'impression que c'est encore Jin qui se fait engueuler…

- On ne devrait pas être vus ensemble, et moi il faut que j'y retourne.

- Ah moi j'ai le temps, je me suis fait virer de cours : j'avais pas le bon livre… encore… » soupira Hwoarang en ébouriffant sa crinière de rider.

Lee tenait la porte ouverte – et se rendit compte que pendant ce temps-là, n'importe qui pouvait les voir de l'intérieur –, n'écoutant pas vraiment son camarade.

Il s'apprêta à partir quand Hwoarang ajouta, les yeux toujours fixés devant :

« Ca fait longtemps que je suis pas allé sur le toit »

Là, il se tourna vers Lee, s'adressant directement à lui :

« Le vieux m'a interdit d'y aller, il m'avait pris en train de sécher. Ca fait des semaines, maintenant »

Mais oui… le toit, et dire que Lee venait de passer par le dernier étage, et il y avait pleins de salles vides en plus… il n'y avait même pas pensé. Face à ce constat affligeant, il posa son poing un peu plus brutalement que la normale sur la barre qui longeait l'escalier en haut duquel les deux lycéens se trouvaient. Interpelés par le bruit, les ailerons que le père adoptif de Lee avait en guise de cheveux pivotèrent, il les toisait d'un regard noir. Lee était figé, ce fut Hwoarang – habitué à ce genre de situation – qui réagit :

« Je crois qu'il t'a pas vu, fonce ! »

Obéissant, sans rien dire ni poser de question, Lee s'évada et se pressa vers son cours. Une fois revenu en classe, légèrement essoufflé, Lee se présenta feignant un beau sourire :

« Voilà, monsieur ! »

Ce qui ne manqua pas de faire jubiler les autres élèves. De nouveau assis, alors que les autres détenteurs du « secret », ses amis, essayaient de croiser son regard pour déceler un feedback, Lee resta pensif et se demandait comment Hwoarang allait s'en sortir. Et lorsqu'il commença à lire le texte du polycopié, les autres élèves semblaient avoir leur attention portée sur ce qu'on pouvait voir du couloir. Là, Heihachi fixa Lee suspicieusement du regard pendant quelques secondes, puis s'en alla. Lee se tourna vers ses amis, avec une expression qui les fit comprendre que ça ne présageait rien de bon.