CHAPITRE IV : LE CHOIX D'UNE VIE
Yannig et Morgane apparurent devant une grande maison, presque un manoir. Morgane s'émerveilla devant une si grande maison.
« Et bien ! fit-elle. Toi quand tu tombes amoureux, tu choisis bien !
-J'ignorais totalement qu'elle était riche et je m'en fiche.
-Je sais, je te taquinais. Ton air sérieux est de retour à ce que je vois. Cache-toi et laisse-moi faire.
-Au moindre problème, j'interviens.
-Je sais. »
Yannig se cacha dans une haie. Morgane se présenta seule devant la porte. Elle tira une chevillette et une cloche résonna. Il ne fallut guère attendre plus de deux minutes pour qu'un elfe de maison vint ouvrir. Le petit être s'inclina respectueusement.
« Bonjour, fit Morgane. Est-ce que Cho est là ?
-Mademoiselle Chang est bien ici, siffla l'elfe. Qui dois-je annoncer ?
-Luna. Nous étions ensemble à Poudlard.
-Veuillez entrer et me suivre mademoiselle. »
L'elfe guida Morgane à travers des pièces et couloirs où la décoration d'origine chinoise rendait chaque coin lumineux. L'elfe s'arrêta devant une porte. Il frappa et un timide « entrez » l'autorisa à ouvrir.
« Mademoiselle, siffla t-il. Votre amie Luna est là.
-Luna ! s'exclama Cho.
-Salut Cho, fit Morgane en entrant.
-Pardon mais… commença Cho en voyant entrer la druide. »
Elle s'arrêta net quand son regard fut attiré par la main de Morgane. Du bout d'un de ses doigts, une petite flamme était apparue. Cette fille connaissait la magie druidique.
« Ça fait plaisir de te voir Luna, sourit-elle. Tu peux nous laisser Julius, merci. »
L'elfe s'inclina et sortit en refermant la porte.
« Qui êtes-vous ? questionna Cho.
-Pas de ça entre nous, tu peux me tutoyer. Je m'appelle Morgane. Je suis une cousine à Yannig.
-Où est-il ?
-Pas loin, dans le jardin. J'ai réussi à le convaincre de me laisser faire pour qu'il n'y ait pas de bagarre. Tu es vraiment belle. Je comprends ce qui a changé l'âme de Yannig. Qu'est-ce que tu veux faire ? Tu veux t'enfuir ou que Yannig essaye de raisonner ton père ?
-Mon père est si buter que s'ils se rencontrent, ça va terminer en pugilat. Il vaut mieux que je m'en aille. Je reviendrais plus tard pour l'affronter.
-Alors cherchons un moyen de sortir. Le balcon. »
Morgane ouvrit la porte-fenêtre et se pencha au balcon. Un arbre n'était pas très loin. Ce serait plus facile encore, pensa Morgane. Elle dit à Cho de prendre quelques affaires rapidement.
« Il y a des chiens, prévint Cho. Et ils ne sont pas très gentils avec les inconnus.
-Ils ne feront rien. N'oublie pas je suis une druide moi aussi. Mais avant, voyons si l'arbre accepte de nous aider. »
Morgane murmura quelques paroles en breton. L'arbre se pencha vers le balcon, tendant une branche vers Morgane.
Cho allait enjamber le garde-corps quand la porte s'ouvrit à la volée. Fulminant de rage, sa baguette à la main, un homme asiatique fusillait les deux jeunes filles des yeux. Morgane comprit immédiatement qu'il s'agissait du père de Cho. Derrière lui, une femme observait la scène l'air apeuré, sûrement sa mère. Le père cria quelque chose en chinois. Morgane ne comprit pas les paroles mais en comprit le sens par le ton. Il était entrain d'engueuler Cho de vouloir défier son autorité. Puis il se tourna vers Morgane.
« Quittez ma maison, tout de suite, ordonna t-il.
-Vous ne devriez pas faire ça, dit Morgane. Vous devriez laisser votre fille choisir sa vie.
-Cela ne vous regarde pas.
-Je dis ça pour vous, pour vous éviter d'avoir mal.
-Est-ce des menaces ?
-Non, juste un constat.
-Dehors ! »
Morgane sourit à Cho et sortit de la chambre.
Le père de Cho escorta Morgane jusqu'à la porte. Mais avant de l'atteindre, la bretonne se tourna de nouveau vers la chinoise.
« Cho, tu peux choisir ta vie, il n'a rien à dire.
-Taisez-vous ! cria le père.
-C'est votre dernière chance monsieur. Si cette porte s'ouvre sans laissez Cho choisir de la passer, je ne réponds plus de rien.
-Qu'est-ce que vous racontez ?
-J'ai peut-être oublié de vous dire mon nom.
-Je m'en fous. Sortez. »
Morgane sourit d'un tout autre sourire. Un sourire presque effrayant.
L'elfe ouvrit la porte. Morgane ne se tourna même pas vers l'ouverture. Elle vit l'elfe reculer en fixant l'embrasure. Lentement, une silhouette sombre entra, le visage de Cho s'illumina bien que de la peur restait dans son regard. Elle savait de quoi son petit ami était capable dans cet état. Mais peut-être se contenterait-il de faire peur à son père ? Elle repoussa cette idée, son père était lui-même trop têtu pour se laisser impressionner par de simples paroles. Des coups seraient échangés.
« Gwenaël ! s'exclama le père de Cho. Gwenaël Teñval !
-Je vois que vous vous souvenez de mon père, monsieur Chang, dit Yannig d'une voix sombre et glaciale.
-Vous êtes Yannig Teñval ! Allez-vous-en ! Vous n'avez aucun droit ici.
-Je ne partirais qu'avec Cho ou la certitude que vous la laisserez choisir sa vie.
-Sa vie, c'est moi qui la choisirais. Elle fera ce que je lui dirais, un point c'est tout.
-Et ses sentiments, son libre-arbitre, qu'est-ce que vous en faîtes ?
-Elle est ma fille, elle me doit obéissance et respect. Je lui ais choisi un mari, quelqu'un de notre classe. Pas un petit sorcier sans avenir en marge de la société. Pads quelqu'un qui règle les problèmes à coup de poing.
-Je préfère régler les problèmes face à face que par la corruption.
-Elle restera ici, et épousera celui que je lui ais choisi. Allez-vous-en.
-Pas sans elle. »
Le père de Cho leva sa baguette, menaçant. Cho cria :
« Père ! Je veux partir avec lui. Et vous ne pourrez pas m'en empêcher. C'est mon choix.
-Tu feras ce que je te dirais, c'est tout.
-C'est lui que j'aime ! Pas votre Su-Chen ou je ne sais quoi ! Maintenant qu'il est là, vous ne pouvez plus rien. Laissez-moi partir sans violence. Vous ne pouvez rien contre lui. Il s'est battu contre Vous-savez-qui lui-même.
-Tu vas voir ce que je vais en faire. »
Le père de Cho agita sa baguette pour lancer un sortilège à Yannig. Mais le druide s'était approché rapidement, plongeant ses yeux noirs dans ceux du père de Cho. Il lui asséna un coup de poing dans l'estomac qui lui coupa la respiration. Il arracha sa baguette et la jeta par terre. Puis il fit un mouvement de la main, le chinois se retrouva plaquer contre le mur quelques secondes avant que le breton ne le laisse retomber sur le sol.
Cho s'approcha de Yannig et lui prit la main sans lâcher son père des yeux.
« Vous avez perdu père, dit-elle. Reconnaissez-le.
-Tu n'as donc aucun respect pour nos traditions, souffla t-il. Ni pour moi.
-Je vous respecte. Mais je ne respecte pas une tradition d'un autre temps qui n'a plus à avoir cours de nos jours.
-Va t-en. Tu n'es plus ma fille. »
Cho retint ses larmes, elle ne voulait pas pleurer devant son père. Lui montrer que ce dernier coup l'avait atteinte. Elle sortit, tirant Yannig derrière elle.
Il ne restait plus que Morgane qui toisait le père de Cho.
« Dehors, dit-il.
-Ta gueule, dit Morgane en tendant la main ce qui eut pour effet de plaquer de nouveau le chinois contre le mur. Ta gueule. »
Morgane n'avait plus du tout son expression joviale, elle était devenu effrayante.
« Yannig a été gentil avec toi. Par le passé, tu te serais retrouvé la gueule en sang et les membres brisés. Il t'a épargné car tu es le père de celle qu'il aime. Mais moi j'ai moins de scrupule. Tu voulais l'empêcher de vivre sa vie. D'être heureuse. Si cette fille est assez forte pour aimer Yannig, alors c'est qu'elle vaut bien plus que toi. Tu mérites une punition. »
Morgane ferma la main. Le père de Cho eut l'impression que son bras droit était serré dans un étau. Morgane tourna la main et le bras du chinois se brisa en prenant un angle inquiétant. Il hurla de douleur. Morgane le laissa retomber sur le sol sans ménagement.
« Essaye encore de t'opposer au bonheur de Cho et de Yannig, et je reviendrai. Et la, je serais encore moins gentille. »
Morgane sortit de la maison. Yannig et Cho n'était plus là, ils devaient déjà avoir transplané vers Brocéliande. Elle disparut à son tour.
