Manipulation – Médusa/Elka
Dès qu'elle eut rejoint la tanière de l'autre sorcière, Elka demanda à ce qu'un serpent fut retiré de son corps, comme chaque fois qu'elle parvenait à remplir une mission qui lui avait été donnée. Médusa quitta son livre des yeux, sourit et répondit bien sûr.
Alors qu'elle s'approchait d'Elka, elle s'arrêta pour l'observer. Elka étant assise, elle se trouvait comme souvent forcée de voir ces yeux cruels la regarder de haut.
« Quoi ?
—Oh rien, je me demandais juste tout ce que tu pouvais être capable de faire, afin de te débarrasser de mes chers animaux de compagnie. »
Serrant les dents, Elka se retint de répondre. Il n'y avait certainement rien de bon à s'engager sur ce terrain glissant. Elle baissa la tête, pour mieux couper le contact, avant de sentir un doigt venir se placer contre son cou, l'ongle limé dirigé vers la carotide, menaçant de percer la peau. Il lui suffit de le glisser légèrement vers le haut pour que le menton d'Elka suivit automatiquement le mouvement.
« Que serais-tu prête à faire pour moi Elka, afin de garder la vie sauve, hmm ? »
Tremblante, elle voulu détourner les yeux sans pour autant que son corps lui obéisse.
« Si tu as quelque chose à me demander de faire, dis le tout de suite », répliqua-t-elle d'une voix qu'elle espérait ferme.
Médusa esquissa un nouveau sourire, comme pour lui indiquer qu'il n'en était rien.
« Je pourrais te demander de tuer une sorcière. T'envoyer risquer ta vie dans les tréfonds de Shibusen. T'humilier devant la doyenne. Te faire nettoyer un de mes laboratoires rempli d'expériences dangereuses. Je pourrais te forcer à me satisfaire ou au contraire te prendre de force. Les choix sont vastes, vraiment... »
La nausée monta dans le ventre et à la gorge d'Elka à l'image des mains de Médusa tâtant son corps avec une possessivité morbide, griffant sa chair en guise de marques de fausse affection. Il était difficile de savoir si celle-ci était sérieuse ou simplement d'humeur à la titiller, tel un chat se jouant d'une souris, ou bien sûr un serpent d'une grenouille.
« Est-là un signe de protestation ? »
Son malaise avait dû se voir sur son visage, Elka se mordit la lèvre. Comme elle aurait voulu pouvoir crier son dégoût mais la peur était plus forte. Instinctivement, elle baissa à nouveau la tête en signe de soumission.
Un léger soupir de mépris traversa les lèvres de Médusa.
« Aah, tu abandonnes si facilement ? J'aurais presque pitié de toi. »
C'était probablement faux, Elka ne sentait que du dédain dans sa voix, face à cette servilité pathétique qu'elle avait sûrement voulu tester par simple curiosité cruelle.
Un claquement de doigts, puis elle sentit une chose longue et visqueuse traverser son corps, remonter sa gorge et traverser sa bouche. Malgré la sensation terrible du serpent la quittant, elle se savait prête à tout, ou presque, pour que son âme en soit débarrassée jusqu'au dernier et tant pis si elle devrait souiller son corps.
Satisfaction – Arachné et Kim
Arachné observait Kim du haut de sa toile, affichant l'air rassurant, presque maternel, qu'elle pouvait prendre lorsqu'elle s'adressait à ses troupes. Cela lui plaisait de voir à travers leur joie fébrile le symbole de son influence.
Kim cependant, n'avait pas l'air joyeuse, les yeux dans le vide, venant tout juste de passer par le démodulateur d'éthique afin d'être débarrassée plus facilement de ses derniers doutes.
« C'est un plaisir d'accueillir une jeune sorcière comme toi ici, Kim. Je suis sûre que tu te plairas parmi nous et que nous ferons de grandes choses ensembles » promit-elle d'une douce voix.
En l'entendant, une brève lueur passa dans les yeux bleu-vert de l'adolescente. Espoir d'être acceptée, d'avoir vraiment trouvé sa place quelque part, sûrement. La satisfaction écarta davantage les lèvres d'Arachné, qui cacha son sourire derrière son éventail.
Recruter ses jeunes consœurs, les voler au conseil des sorcières et ainsi damer le pion de la Doyenne était là un plaisir rare comme il y en avait peu. Surtout lorsqu'elle pouvait admirer son reflet distordu dans leurs iris teinté d'effroi et d'admiration à la vue de la sorcière hérétique.
D'un léger geste de la main, elle fit couler de sa toile un filin translucide et collant pour l'envoyer caresser la joue de Kim, la faisant frémir au passage. Elle aurait pu s'amuser avec elle tout de suite, après avoir renvoyé les deux gardes qui se tenaient à l'entrée de la pièce mais elle préférait prendre son temps. Laisser les émotions troubles de ses subordonnés s'entremêler, instiller davantage encore effroi et adoration mais surtout, leur donner l'envie de plaire via des encouragements, des récompenses soigneusement choisies ainsi que rarement données. Et puis peut-être avec l'aide d'un peu de magie aussi. Cela n'en était que meilleur au final.
« Oui, je suis sûre que nous nous entendrons bien », conclut-elle avant de la laisser retourner à ses nouveaux quartiers. À une prochaine fois.
Punition – La Doyenne/La Juge
La Doyenne était très exigeante envers la Juge du tribunal des sorcières. Elle contestait souvent ses décisions, quand elle ne les outrepassait pas complètement par quelque lubie.
La Juge endurait tout cela parce que les règles était les règles, que la Doyenne était au dessus de tout, que c'était sous son aile que le monde des sorcières pouvait survivre, prospérer même et qu'on lui devait ainsi le respect. Ce qui ne l'empêchait pas de trouver les choses difficiles.
Quand la Doyenne avait perdu son œil sous les griffes de l'ignoble loup-garou, la Juge avait immédiatement mobilisé toutes les troupes de la milice, laissant tomber les autres affaires en cours pour le capturer. Puis elle s'était ruée vers la demeure de la Doyenne.
Il y avait plus que du respect, dans les sentiments de la Juge pour leur aînée à toutes.
Aucune lumière n'était allumée et, dans l'obscurité du salon, elle pouvait à peine distinguer le bandeau suintant de sang sur la silhouette de la Doyenne. La Juge s'approcha, les yeux humides de larmes, en laissant échapper tour à tour des phrases de regrets, des paroles éplorées, des mots de réconfort et de haine. Ah ! N'était-ce pas sa faute aussi, parce qu'elle était trop indulgente et avait laissé la porte de leur monde ouverte aux loups-garous chassés par Shinigami. En voilà le résultat, sa chère maîtresse était maintenant défigurée.
La Doyenne rouspéta, lui dit d'arrêter ses idioties et de se concentrer sur son travail qui était d'appliquer la loi et pas de la décider ou modifier. Elle plaça sa main contre son crâne alors qu'elle refoulait un grognement de douleur, puis fit un geste pour partir. Cependant, avant qu'elle n'ai pu se fondre dans les ténèbres tel un chat, la Juge s'était approchée et l'avait attrapée, la retenant par les épaules. L'émotion la rendait impertinente, se trouver si proche de son idole dans cette situation, seule, dans le noir, l'enivrait. Sans compter sur l'odeur du sang, forte à l'en rendre folle.
« Tout ce que vous voudrez, je ferais tout ce que vous voudrez mais ne me dites pas de ramener le gros des troupes, laissez-moi le capturer, laissez-moi le punir, lui et ses semblables, laissez-moi les mettre dehors. »
Elle posa ses lèvres au dessus de la paupière, là où se trouvait un trou béant caché sous le tissu sali de pourpre, puis se mit à genoux, baisa plusieurs fois ses mains et le bout de ses doigts. La Doyenne n'ajouta rien, ne contesta pas ses supplications. Elle était une sorcière après tout, la rancune coulait dans ses veines.
