Bonjour à tous en cette belle matinée d'été! Merci encore pour vos gentilles reviews!
Et voici le chapitre interminable de woods! Il en fallait bien un! A la base c'était deux chapitre différents mais je les ai réunis en un seul d'où la longueur. Le titre du chapitre n'est pas très inspiré... mais bon... L'histoire continue de se décanter, tout doucement (avec un peu de guimauve tout de même)...
Bonne lecture!
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Woods
IV
Don't fear the reaper
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Sam avait l'impression qu'ils marchaient depuis des jours. Le paysage défilait à la vitesse d'un escargot fatigué et il ne changeait jamais. Rien ne ressemblait plus à un arbre qu'un autre arbre… Il avait mal aux hanches, mal aux genoux, mal aux pieds et depuis peu, mal au crâne.
Effectivement Dean s'était mis en tête d'égayer un peu leur marche, et malheureusement pour Sam, quand Dean était préoccupé et pensait qu'il devait le cacher à son petit frère pour faire bonne figure, il chantait.
Il en était au deuxième couplet de Don't Fear the Reaper de Blue Oÿster Cult quand Sam fut obligé de l'interrompre.
« Dean, sans déconner. Si on doit mourir ici je ne veux pas que la dernière chose que j'entende soit ton horrible voix massacrer un standard. Je t'en supplie. »
Dean eut un petit sourire en coin « Parce que tu t'y connais en standards ? »
« Je suis allé à bonne école avec toi et papa, tu sais. »
« Papa ? Oh je t'en prie, le vieux ne jure que par Johnny Cash ! Blue Oÿster Cult, man, ça c'est de la musique. »
« Ouais, sauf quand ça sort de ta bouche, là on dirait plutôt de la bouillie. » rétorqua Sam en souriant.
Dean haussa les épaules, faussement blessé.
« Et c'est quoi la musique à la mode à Stanford ? » demanda-t-il presque innocemment.
Sam ne laissa rien paraitre, mais il savait que c'était l'un de ces moments importants où il pourrait peut-être réussir à avoir une vraie conversation avec son frère… Comme Dean ne parlait jamais de leur mère, il ne parlait jamais non plus de l'époque Stanford. Du point de vue de Sam c'était absolument ridicule, un peu comme si tout le monde faisait semblant de ne pas remarquer l'éléphant rose qui dansait en tutu au milieu du salon. Mais c'était la façon qu'avait Dean de gérer les problèmes. Exactement comme avec les esprits, Dean salait, brulait et enterrait très profond tout ce qui pouvait, de près ou de loin, le faire souffrir. Sam se disait souvent qu'à force de cacher des squelettes dans le placard et d'ignorer des éléphants roses, Dean allait finir dans une camisole.
Quoiqu'il en soit, une fois n'était pas coutume, c'était Dean lui-même qui avait amené le sujet. Une aubaine incroyable pour Sam. Il savait que s'il jouait bien ses cartes à ce moment précis, il pourrait amener son frère à s'ouvrir un peu. Le tout était d'arriver à trouver exactement les mots qu'il fallait, le ton qu'il fallait et surtout, surtout, ne pas avoir l'air d'insister. Ce qui pour Sam était probablement le plus difficile.
Il y avait une espèce de connexion instantanée entre les muscles de son visage et ses émotions et Dean avait un doctorat en 'Paralangage de Samuel Winchester'. Tout ce que sa bouche ne disait pas, son grand frère le lisait dans ses yeux, dans sa façon de serrer la mâchoire, de se tenir…
Sauf bien sur quand il essayait de lui dire que la fille qu'il avait dans les bras était morte…
« Bah tu sais les mecs là bas sont des intellos… ils écoutent de la musique d'intellos. » avança-t-il prudemment.
« Oh. Genre Mozart, ce genre de conneries ? »
Sam sourit de toutes ses dents « Plutôt des trucs progressifs, un peu torturé, émo machin chose…. »
« La vache. Et t'a survécu ? T'es plus costaud que ce que je croyais. »
« Ca m'allait très bien. A dire vrai, sur le coup j'étais plutôt allergique au classic rock.»
« C'est possible ça ? »
« Hum, j'étais aussi allergique aux grosses voitures noires, au sel, aux armes… »
« Ouais je vois le tableau. » coupa sèchement Dean.
Et pendant une seconde Sam se maudit d'avoir dit ça. Il se mordit la lèvre, réfléchissant au meilleur moyen de revenir sur le sujet sans faire fuir son frère. Il fut surprit que ce soit Dean qui reprenne la parole le premier.
« T'en es revenu ? » demanda-t-il sur un ton qui se voulait surement indifférent, même si la façon dont il regardait dans le vague en disait plus long à Sam.
« Dean, je crois qu'il y a un truc que t'as jamais compris : ce n'est pas pour vous fuir toi et papa que je suis parti.» tenta le plus jeune.
Dean sourit sans humour en secouant la tête. « Je suis pas le cerveau de la famille, Sam, je le sais bien, mais je suis pas complètement con non plus. Je sais comment je suis parfois… souvent… et »
« Ca veut dire quoi ça exactement ? » coupa Sam.
Dean haussa les épaules, le regard toujours fuyant. « Bah tu sais. » répondit-il dans un souffle.
« Non, justement. J'aimerai que tu m'éclaire. »
« Ca n'a pas toujours été facile entre toi et papa, mais il à toujours fait… »
« On était en train de parler de toi, pas de papa. Qu'est ce que tu veux dire quand tu me dis que 'tu sais comment tu es ?'» interrompit le petit frère en essayant d'être le moins brutal possible.
« Ah merde, Sam ! Tu vas m'obliger à le dire, hein ? Je sais que je suis un emmerdeur. Voilà t'es content ? Toujours sur ton dos, toujours le premier à me foutre de ta gueule, toujours le premier à te foutre la honte… bref… J'imagine que j'en aurais marre de moi aussi si je devais me supporter. »
Sam sourit plus avec tendresse qu'avec joie. « Ouais c'est vrai que t'es un chieur. Le chieur qui m'a quasiment élevé, qui m'a appris à marcher, à parler, qui à toujours reçu les coups à ma place, qui m'a sauvé la vie un million de fois… » Énuméra-t-il en ayant bon espoir que le sens de ses mots atteignent sa cible.
Dean se grata l'arrière de la tête, mal à l'aise, comme à chaque fois que Sam esquissait l'ébauche d'un remerciement pour 22 ans de bons et loyaux services.
« Dean, je ne t'ai jamais demandé d'être parfait. Le fait que je sois parti à Stanford n'a rien à voir avec toi, au contraire. Et ça n'a rien à voir avec papa non plus, quoi qu'il en pense. Ca a à voir avec moi. Et seulement moi. J'avais besoin de ça. J'avais besoin de savoir si une autre vie était possible. J'avais besoin d'oxygène, de vivre 'normalement' juste un petit peu… juste pour voir. » Sam respira un grand coup avant de donner le coup de grâce, celui qui ferait le plus mal mais celui qui aiderait le plus Dean à comprendre « Tu as eu quatre ans avec maman. » Murmura-t-il.
Après un très très long silence où Sam se demanda même s'ils n'allaient pas finir cette conversation comme ça, Dean se racla la gorge et bredouilla quelque chose qui ressemblait à « Désolé. »
Et ça mit Sam hors de lui. Il s'arrêta, obligeant par les menottes son frère à faire de même.
« Désolé ? Mais tu sais dire que ça ? Arrête d'être désolé tout le temps ! Et désolé pour quoi d'abord ? Nom de dieu Dean… Pourquoi t'es comme ça ? »
« Comme quoi ? »
Sam soupira « Tu sais quoi ? T'as raison. T'es un emmerdeur. Mais pas pour les raisons que tu crois. Le fait de se foutre de ma gueule en permanence et d'être le mec le plus lourd de l'univers, ça fait parti du package 'big brother', ça ne me dérange pas. Et tu veux que je te dise ? Ca me manque même, quand t'es pas là. Mais là où t'es carrément nul Dean, vraiment au niveau zéro et même encore en dessous, c'est côté égoïsme. »
Sam illustra ses paroles sur les niveaux sub-zéro avec de grands gestes énervés de sa main libre.
Fini le temps des pincettes et du self control.
« Oh excuse-moi d'être désolé. Je veux dire, mon égo démesuré et moi sommes désolé. Ah ben non, faut pas. Bon ben on n'est pas désolé, ah et puis on t'emmerde aussi. » Cracha Dean, sans vraie méchanceté, mais plutôt avec la hargne d'un animal blessé.
« Putain, mais tu piges rien! C'est l'inverse, abruti ! Tu n'as absolument aucune estime de toi, Dean. On dirait que tu n'existes que pour les autres, et en l'occurrence, que pour moi. Ca me fait flipper et ça m'emmerde !»
Sur le moment Dean ne répondit rien. Sam sentait dans sa posture que le coup de poing n'était pas loin. S'ils n'étaient pas attachés, il aurait volontiers fait un pas en arrière. Tout, depuis la mâchoire tendue, jusqu'aux poings serrés, était un avertissement que Dean était en train d'encaisser le coup et pourrait aussi bien le rendre physiquement dans les secondes à venir. Ses yeux étaient plantés dans ceux de son petit frère et y restèrent de longues secondes. Sam, ne sachant sur quel pied danser, préféra rester silencieux. Il savait qu'il avait raison, et même s'il risquait de s'en prendre une dans la tronche, tout compte fait, il était assez content d'avoir réussi à lui dire.
Contre toute attente Dean finit par se détendre et même placarder un sourire en carton pâte sur son visage.
« C'est ridicule, Sam. » et, après une petite pause, il fit un geste de la tête en direction de la forêt « Allez viens, on n'a pas de temps à perdre. »
Et là, juste comme ça, il reprit la route, trainant son petit frère estomaqué derrière lui. Le champion de l'esquive avait encore frappé. Toute cette conversation n'avait-elle servit à rien ? Dean n'avait-il vraiment rien entendu de ce que Sam essayait de lui dire ?
« Dean ? » tenta-t-il.
Il ne fut pas surprit de n'obtenir qu'un grognement agacé en guise de réponse. Son frère ne ralentit pas le pas et continua de marcher, enjambant racines et branches, comme si de rien n'était.
« Dean. » répéta Sam plus fermement.
« Quoi? J'ai pas envie d'entendre ces conneries. On a autre chose à foutre. » Lança Dean, espérant ainsi mettre un terme définitif à cette conversation.
C'était sans compter sur la ténacité de Sammy. Il avait réussi à faire s'ouvrir son frère au moins un tout petit peu, et il n'avait pas l'intention de lâcher le morceau maintenant. L'obstination est un trait de caractère inhérent chez les Winchester.
« Il nous reste deux heures à vivre Dean, alors même si tu veux pas parler au moins tu pourrais m'écouter. Je n'ai jamais voulu te fuir. Je ne suis pas parti à cause de toi. Et papa n'a pas disparu à cause de toi non plus. Rien de ce qu'il s'est passé dans cette famille n'est de ta faute, Dean. Je sais pas pourquoi tu te crois obligé de porter le poids du monde sur tes épaules, mais tu vaux mieux que ça. T'es le meilleur frère qu'on puisse avoir, crois moi. Le seul à douter de toi ici, c'est toi.»
Cette fois Dean s'arrêta, et après avoir regardé un moment le ciel, puis ses chaussures, puis les arbres – enfin tout ce qui n'était pas Sammy – il fini par hausser les épaules.
« Dean ? »
« J'ai entendu, ok ? »
C'était tout ce que Sam voulait et de toute façon, c'était tout ce qu'il obtiendrait. Il ne s'attendait pas à un câlin, ni même à une tape dans le dos.
« J'ai entendu. » répéta l'aîné. « Bon, on pourrait peut-être essayer de survire maintenant ? » demanda-t-il en reprenant la marche.
Cette fois Sam le suivit avec un léger sourire. Il avait dit ce qu'il avait à dire, Dean avait entendu, c'était suffisant pour lui.
Au bout de quelques minutes où ils n'échangèrent pas le moindre mot, laissant la parole au vent dans les branches, Dean se racla la gorge.
« Toi aussi t'as des défauts, tu sais ? » dit-il sur un ton mystérieux.
Sam sourit « Tiens donc. »
« Tu te crois toujours obligé de faire des discours hippie à chaque fois qu'on est dans la merde. T'as une sorte de don pour me mettre mal à l'aise. Et puis tu sais, je préférerais vraiment que t'arrête ton trip 'gay' tant qu'on est enchainés. » Il marqua une courte pause avant d'enfoncer le dernier clou: «Et en plus t'écoute de la musique de merde.»
Le petit frère leva les yeux au ciel dans une magnifique interprétation d'un Sammy outré, alors que son sourire trahissait son vrai sentiment. « Dean, mon vieux, t'es irrécupérable. »
Dean sourit à son tour. « J'espère bien. »
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Il faisait très beau quand je suis mort.
Un beau soleil d'hiver dans un ciel turquoise. C'est presque agréable de mourir devant ce paysage. Je ne sens quasiment pas la pelle qu'il abat sur moi, encore et encore. Je crois que mes os craquent, ça devrait faire mal, mais je ne sens rien.
Je regarde juste ce ciel qui m'hypnotise.
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« …et là évidemment, moi je sors mon 347. T'aurais du voir la tronche qu'elle tirait Sam, c'était splendide ! Un peu comme la tête que tu fais quand il y a Ronald McDonald à la TV.»
Ils marchaient, marchaient et marchaient, sans savoir où ils allaient, à la recherche d'une introuvable rivière. Alors pour passer le temps les deux frères se racontaient leurs aventures respectives pendant qu'ils étaient séparés, l'un à Stanford, l'autre sur les routes.
« J'ai pas peur de Ronald ! » s'écria Sam.
Dean siffla entre ses dents pour bien signifier son point de vue à ce sujet et continua son histoire.
« Quoi qu'il en soit, elle s'est évanouie. J'ai bien cru qu'on allait la perdre ! J'ai dit à papa 'hors de question que je fasse du bouche à bouche à une vieille' et là il a commencé à la trainer sur le sol jusqu'à… »
Dean s'interrompit au milieu d'une phrase et arrêta carrément de marcher.
« Qu'est ce qu'il y a ? » demanda Sam.
Le grand frère n'eut pas besoin de répondre. Il se contenta de soupirer, laissant s'échapper un nuage de brume. Sam devint instantanément blême, une expression d'angoisse figée sur le visage. Dean commençait à trembler tandis que ses lèvres prenaient une légère teinte bleutée.
Sam posa les mains sur ses bras, répétant les frictions que son frère lui avait prodiguées quelques heures auparavant. Il ne faisait pas froid. Il ne faisait absolument pas froid, malgré le ciel grisâtre de ce 4 juillet.
C'est alors que Sam remarqua quelque chose, quelque chose qui le frappa en plein visage tellement c'était incroyable. Les arbres étaient nus, la terre était grise, la nature entière était morte et terne à l'exception de ce magnifique ciel turquoise.
C'était l'hiver.
« Nom de dieu… » Marmonna-t-il en continuant de frictionner les bras d'un Dean grelotant.
La nouvelle saison avait rafraichit l'atmosphère de plusieurs degrés et si Sam n'aurait pas refusé un pull supplémentaire, il n'y avait pas non plus de quoi frissonner comme son frère le faisait. C'était certainement la même sensation qu'il avait lui-même ressentie tout à l'heure… juste avant que… Mais bien sur ! C'était Katharine ! La présence d'un esprit en colère provoque ce genre de réaction. Elle essayait probablement de communiquer avec eux de cette façon.
« Katharine ? » appela Sam.
Sous ses doigts il commençait à sentir son frère trembler un peu moins. Le plus dur devait être passé. L'esprit avait été entendu.
« Merde. J'aime pas quand ils font ça… » Grommela Dean en reprenant ses esprits. « Hey… depuis quand c'est l'hiver ? » Sa voix était étouffée dans sa gorge par l'étonnement.
« Katharine ? » répéta Sam en regardant autour de lui.
Des bruits de pas derrière eux les firent bondir. Quand ils se retournèrent, ils ne s'attendaient pas à ce qu'ils virent. Ce n'était pas Katharine. C'était un homme.
Sa tête était recouverte de sang, et plutôt abimée, comme s'il avait reçu de nombreux coups. Impossible de lui donner un âge. La trentaine peut-être... à dix ans près. Ses mains, étaient attachées devant lui par une corde qui lui entaillait les poignets. Déchirés et sales, ses vêtements consistaient en un simple jean et un t-shirt gris. Même sans tenir compte de la poussière et du sang, il avait l'air misérable. Maigre, vouté, les yeux tristes.
Il ne fit aucun mouvement en direction des frères qui étaient quand à eux, en position pour fuir rapidement.
Il y eu de longues secondes de silence où chacun se jaugeait, appréciant la menace que l'autre pouvait représenter. L'homme ne fit pas le moindre geste, seuls ses yeux vides se baladaient d'un frère à l'autre.
« Comment est ce que vous vous appelez ? » demanda prudemment Sammy.
« Charlie. » fut la seule réponse de l'esprit à la voix brisée.
Dean jeta un œil à son frère pour obtenir confirmation. Sam fronça les sourcils pour mieux se concentrer. Il essayait de retrouver un 'Charlie' dans la liste de nom des victimes du culte de Dagda. Au bout de quelques secondes il s'écria :
« Charles Jonathan Teddensky ! »
L'esprit acquiesça avec un sourire abattu qui vint déformer un peu plus son visage roué de coups. Sam ne pu voir l'expression de totale admiration qui se peignait sur le visage de Dean. Les capacités intellectuelles de son petit frère pour arriver à se souvenir d'une liste de victimes sur 10 années étaient hallucinantes.
« Vous savez que… enfin… que vous êtes…euh… » Bredouilla le plus jeune des Winchester.
« Mort ? Oui. Je sais. C'est l'hiver tous les jours maintenant. » Murmura-t-il en regardant les arbres.
« Charlie, on peut vous venger, tuer la créature qui vous à fait ça, mais vous devez nous aider à sortir d'ici. Est-ce que vous savez où se trouve la lisière de cette forêt ? » S'enquit Dean.
Le fantôme secoua lamentablement la tête. « Partout où je vais, c'est ici. Je peux marcher pendant des heures, je reviens toujours ici et la nuit ne vient jamais. »
L'infinie tristesse dans ses mots retournait le cœur de Dean. Il n'était pas du genre à se laisser émouvoir, et surtout pas par des fantômes… mais ce type avait l'air inoffensif et tellement malheureux… l'état dans lequel il se trouvait, les mains jointes par la corde, le sang, les vêtements déchirés… Tout témoignait de la violence de ses derniers instants. Sa mort, un jour d'hiver, seul au milieu de la forêt. Personne ne méritait de partir comme ça.
« Et la rivière ? Est-ce que vous savez où est la rivière ? » Demanda Sammy.
Le fantôme regarda sur sa gauche, comme s'il avait entendu quelque chose. Les frères l'imitèrent bien qu'eux n'aient rien remarqué.
« Vous entendez ? » demanda Charlie.
« Euh… Non, quoi ? »
« L'eau. »
Les frères tendirent une oreille attentive à la forêt mais n'entendirent rien.
« Vous entendez la rivière Charlie ? » demanda Sam.
Le fantôme acquiesça et s'approcha lentement du plus jeune.
« Hola, hola » intervient Dean, sur le qui vive « Et si vous restiez où vous êtes ? »
Charlie continua d'avancer, ses yeux tristes plongés dans ceux de Sam. Dean tira un coup sur les menottes et murmura avec un soupçon de panique dans la voix. « C'est le moment où on se met à courir Sam, on n'est pas armés. »
« Non, je ne crois pas qu'il nous veuille du mal… »
L'esprit n'était plus qu'a quelques mètres. Un pas de plus et il pourrait toucher le plus jeune frère en tendant les bras.
« Sam. » intervient Dean d'une voix autoritaire.
« Non, non, ne bouge pas. » répondit-il sans lâcher Charlie des yeux.
L'esprit tendit une main en avant, invitant Sam à la saisir.
« Ca c'est une mauvaise idée, une très très mauvaise idée. » marmonna l'aîné.
Mais Sam ne l'écoutait pas et, avant que son frère n'ait le temps de réagir, saisi la main du fantôme.
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Il m'a attaché les mains avec une corde. Elle rentre dans ma chair, elle me déchire la peau. J'ai les pieds libres pourtant. Alors je me relève. C'est difficile, j'ai du mal à retrouver mon équilibre. Il m'a assommé, drogué peut-être, je ne sais pas. Je ne vois que des arbres, partout. J'aperçois la buée s'échapper de ma bouche à chacune de mes respirations erratiques. Il doit faire froid. Je ne sais pas. Je ne le sens pas. Mon cœur bat très fort dans ma poitrine, je n'entends que lui. Il faut que je me calme. Il faut que je coure.
Mes jambes avancent sans même que je ne m'en rende compte et je vois les arbres défiler à une vitesse folle. Il faut que je sorte, il faut que je sorte… Je suis déjà dehors, en pleine forêt sous un ciel d'hiver bleu azur mais je n'ai jamais autant eu l'impression d'être en cage.
Je ne sais pas où je suis, je ne sais pas où je vais, mais je cours à m'en arracher le cœur. J'entends de l'eau… c'est proche. Une rivière sans doute. J'essai de l'atteindre. Je trébuche sur une racine et m'étale de tout mon long. Je ne peux pas me servir de mes mains pour amortir la chute, ma tête heurte le sol.
C'est là que je le vois. Sa forme sombre avance sur moi comme un rapace fond sur sa proie. Je vois la pelle dans ses mains, et je comprends. Je comprends qu'il n'y a pas d'issue. Mais j'entends toujours l'eau, la rivière. Elle devient mon espoir, mon ridicule radeau au milieu de la tempête.
Alors je rampe.
Je ne peux plus rien faire d'autre. J'enfonce mes doigts dans la terre, je m'agrippe à ce monde avec toutes les forces qu'il me reste. J'avance de quelques mètres, mais il me rattrape. Je suis sur le dos maintenant et je vois ce ciel azur. Aussi pur et glacial qu'il peut l'être à cette saison. Je vois les branches le découper dans leurs méandres sinueux et je me dis que c'est magnifique.
Une ombre passe devant mes yeux. Il lève la pelle en l'air avec ses deux mains. Je sais qu'il va l'abattre sur moi. Il frappe. Une fois. Deux fois. Trois fois. Peut-être plus. Je ne sais pas à quel moment exact je suis mort. Mais je sais qu'il à du frapper encore, et encore.
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« SAM ! » hurla Dean.
Au vu du ton et du volume de sa voix, ce n'était pas la première fois qu'il criait.
« SAM ! » appela-t-il une fois de plus.
Cette fois le petit frère ouvrit les yeux.
« Non ! » cria-t-il aussitôt sur un ton déchirant, mêlant panique et désespoir.
Il ne pouvait pas retenir les larmes dans ses yeux. Quand il réussit à focaliser son regard sur la présence devant lui pour y découvrir son grand frère, Sam se sentit respirer à nouveau.
« Non, non, non… » Marmonna-t-il frénétique avant de se jeter littéralement contre son frère.
Il s'accrocha à lui comme à une bouée en plein océan et Dean n'eut pas d'autre choix que de resserrer un bras autour de Sam. L'autre, à cause des menottes, était plié dans un angle étrange, autorisant Sam à s'agripper autour de son cou. L'aîné faisait son possible pour ne pas se déboiter le poignet et traçait des cercles apaisant dans le dos de son frère avec sa main libre.
Quand Charlie avait touché Sam, le vent s'était levé et Dean avait observé, fasciné, l'été reprendre ses droits sur l'hiver. L'herbe avait jaillit déjà haute de la terre, les feuilles étaient nées sur les arbres à une vitesse folle jusqu'à ce que toute la forêt ne prenne des tons émeraudes. Le ciel azur avait à nouveau revêtu son manteau gris. C'était l'un des très rares moments de l'univers où Dean Winchester était sans voix. Complément ensorcelé par la beauté de cette métamorphose, il en avait presque oublié Sammy qui avait gardé les yeux fermés tous le long et l'esprit, qui avait disparu.
Quand l'été était revenu complètement, Sam avait poussé un hurlement terrible et s'était effondré, entrainant son frère menotté dans sa chute. Ignorant ce détail, Dean s'était rué sur Sam pour l'aider. Sa peau était glaciale.
Après avoir hurlé plusieurs fois son nom, le plus jeune avait fini par se réveiller, paniqué, en larmes.
« Hey, Sammy, ça va maintenant. » murmura Dean dans l'épaisse chevelure de Sam.
« J'ai vu… j'ai vu… » Bredouilla-t-il
« Qu'est ce que tu as vu ? »
« J'ai vu la mort… la mort de Charlie… comme si c'était la mienne… oh mon dieu… »
Sam tremblait encore mais Dean commençait à se dire que ça n'avait plus rien à voir avec le froid.
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Quand Sam fut calmé il pu enfin parler et raconter à Dean ce qu'il avait vu.
« Le corps de Charlie n'a jamais été retrouvé. » Dit-il « Il doit être enterré ici. »
« Il y a un truc que je pige pas.» annonça Dean. « Dagda tue les gens à coup de pelle ? Ce n'est pas très 'dieu païen', si ? »
Sam fit une moue sceptique. « Je ne sais pas. Ce doit être les adeptes du culte, ils massacrent ceux qui essaient de fuir. »
« Ca veut dire qu'on doit s'attendre à voir débarquer un mec avec des outils de jardinage ? » demanda l'aîné, peu convaincu.
« J'en sais rien. C'est étrange. »
« Tu as vu le visage du mec à la pelle ? »
« Je… non… je ne crois pas. Je ressentais ce que Charlie ressentait. Il avait tellement peur, je ne crois même pas qu'il ait fait attention à ce type. Tout ce qu'il voyait, c'était la pelle. »
Dean prit une grande inspiration et se mordit la lèvre inférieure.
« Quoi ? » s'enquit Sam.
« J'en sais rien. Ca colle pas. Sam, un dieu païen ne ferait pas ça et je ne vois pas pourquoi les adeptes prendraient la peine de nous tuer avant qu'il arrive. De toute façon on ne peut pas se cacher avec ce truc. » Il désigna la marque au fer rouge qu'ils avaient tous les deux sur la poitrine.
« Tu penses à quoi ? »
« Je ne sais pas encore.Tu as dis qu'on avait jamais retrouvé le corps de Charlie, alors pourquoi tu le classes dans les victimes du culte ? »
« Parce qu'il à disparu un soir de pleine lune. »
« C'est tout ? »
« On est dans un coin reculé. Depuis 10 ans il y a eut 7 disparitions un soir de pleine lune, tu compares ça à la moyenne nationale des disparitions rapporté au nombre d'habitants et t'obtiens des chiffres qui font péter tous les quotas nationaux. »
« Et la police en pense quoi ? »
« T'aurais quand même au moins pu ouvrir le dossier, Dean ! » s'écria le plus jeune, agacé.
« Pas la peine puisque t'es là pour tout me raconter ! » s'exclama le grand frère.
Sam grogna, prit une grande inspiration et expliqua « Jusqu'à l'année dernière la police n'avait rien du tout, et les chasseurs non plus. Ca pouvait être n'importe quoi. Mais ensuite on a retrouvé Katharine et là la piste est remontée jusqu'à la forêt. Les flics ont fait des battues mais sans rien trouver. On sait juste que les 7 victimes ont certainement été tuées et enterrées ici. »
« Ok, j'ai lu le dossier à partir de là. Caleb à retracé l'histoire de la forêt et c'est là que Dagda intervient. »
« Exact » confirma Sam « On est sur le territoire d'une ancienne communauté irlandaise qui s'est installé ici après la guerre d'indépendance, on suppose qu'ils ont amené leur dieu avec eux. »
« Et régulièrement Dagda envoute plusieurs personnes de Green Hollow et les oblige à pratiquer un sacrifice humain. »
Sam hocha la tête. « Ce qui est étonnant c'est le timing. Depuis 10 ans le nombre de disparitions à littéralement explosé. Depuis la guerre d'indépendance, on avait peut être 2 ou 3 disparus tous les 30 ans, pas plus. 7 en dix ans c'est énorme. »
Dean fit une drôle de grimace.
« Quoi ? » demanda son petit frère.
« C'était ça la recherche historique que tu m'as envoyé faire à la bibliothèque ? »
« Euh… oui. Je t'ai demandé de chercher des infos sur des disparitions à partir de 1775. Tu m'as dis que t'avais rien. »
Dean fit un sourire qui lui donnait un air particulièrement stupide. On aurait dit un gosse de quatre ans prit en flagrant délit, la main dans la boîte à biscuits.
« Dean ? » s'enquit Sam.
« Euh… il est possible que j'ai un peu bâclé ces recherches… »
Les yeux de Sam s'ouvrirent tout rond, sa mâchoire se contracta dans la parfaite expression d'une personne scandalisé.
« Un peu bâclé… ? Elle s'appelait comment ?? »
Dean se grata s'arrière de la tête « … Suzie… »
Sam leva les yeux au ciel, soupira, battit des bras en l'air. Si Dean ne le connaissait pas aussi bien, il aurait pu croire qu'il allait faire une crise de spasmophilie.
« De toute façon ça ne change pas grand-chose » tenta-t-il pour se rattraper « Dagda doit être stoppé. Il tue des gens, peu importe le nombre. »
Sam resta un moment silencieux, perfectionnant son attitude 'gastro'. « Si, ça change beaucoup de choses, Dean. C'est important que je puisse te faire confiance quand je te demande de faire des recherches sur une affaire où on risque notre peau. » Dit il sur un ton étonnement calme.
« Putain, tu vas pas t'y mettre aussi… » Marmonna Dean.
« De quoi tu parles ? »
« De me donner des ordres, de me rappeler en permanence à quel point j'ai merdé, j'ai pas besoin de vous pour ça. » dit il dans un souffle.
A peine le dernier mot eut il quitté ses lèvres qu'il regretta l'ensemble de la phrase. Mais c'était trop tard pour faire marche arrière. Sam avait déjà mué son expression constipée vers quelque chose que Dean détestait voir sur le visage de son petit frère : la pitié. Il leva les yeux au ciel en soupirant.
« Oh ça va, oublie ce que je viens de dire. J'ai déjà eut ma dose de Chick-flick moment. »
Sam le regarda un moment, se demandant s'il valait mieux laisser couler ou insister. Finalement il hocha la tête.
« On à toujours une rivière à trouver » dit Dean.
Le petit frère scruta la forêt pensivement. « On ne sait même plus d'où on vient, si ça se trouve on va retourner sur nos pas. »
Dean haussa les épaules. « De toute façon on a pas le choix. On va pas rester plantés là comme des cons à attendre Dagda. Je crois que Charlie à regardé de ce côté en entendant la rivière. » il désigna une direction du doigt « On a qu'à commencer par là. »
« Attends une seconde. » Sam semblait perdu dans ses pensées.
« Quoi encore ? » s'impatienta Dean.
« J'entends la rivière. Alors je rampe. Je m'agrippe à la terre et je rampe. J'avance vers l'eau, mais il me rattrape… » Murmura tout à coup le plus jeune.
« Qu'est ce que tu racontes ? » demanda Dean avec de gros yeux inquiets.
« C'est ce qu'a dit Charlie quand j'étais dans sa tête… ou lui dans la mienne, peu importe. Bien sûr ! » S'écria le petit frère.
« Bien sur quoi ?! »
« Charlie à entendu la rivière, il a essayé de la rejoindre en rampant mais il n'a jamais réussit, il a été tué avant. Depuis il erre dans cette forêt sans jamais pouvoir trouver la sortie ! »
« Hum… et alors ? » Dean paraissait plus que sceptique.
Sam en train de péter un plomb était la dernière chose dont ils avaient besoin en ce moment.
« Dean, une seule personne sait où est la rivière parce qu'une seule personne à pu l'atteindre ! »
« La seule qui ne sache pas qu'elle est morte… » Souffla Dean qui venait de rattraper le cheminement de pensée de son frère.
« La seule à pouvoir partir d'ici. » compléta Sam.
« Katharine ! » s'écrièrent-ils à l'unisson.
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TBC
