Après quelques années loin du monde de la fanfiction, j'ai décidé de venir terminer cette histoire. Bonne lecture !

IV

Les Délices Enchantés se trouvaient sur le Cours Ecarlate, le quartier sorcier le plus chic de la capitale. C'était un peu l'équivalent du Chemin de Traverse pour les sorciers fortunés. Le Cours se composait de trois grandes allées entrecoupées de petits passages et accueillait boutiques de luxes, restaurants chics et hôtels prestigieux.

A l'intersection des deux allées principales, se dressait fièrement le Théâtre de Damasus le Décadent, le théâtre le plus illustre du pays. C'était une bâtisse très ancienne, érigée même avant Gringotts qui accueillait traditionnellement tous les événements culturels de la communauté magique londonienne. Mais si la culture s'était démocratisée depuis, le Théâtre, lui, était resté un lieu réservé aux familles les plus aisées et les plus nobles de la communauté magique. Il appartenait à deux familles d'entre elles, les Notts et les Wards qui gardaient jalousement le lieu.

Dès que ses pieds eurent touché les pavés carrés et lisses du Cours Ecarlate, Ginny fut prise d'un sentiment désagréable. Elle attribua d'abord la faute au transplanage – elle avait toujours des haut-le-cœur, même après plusieurs années d'exécution. Toutefois, après quelques instants, elle réalisa que ce n'était pas l'unique raison. En regardant autour d'elle, elle éprouva une impression désagréable, celle de ne pas être à sa place. Elle jeta un rapide coup d'œil au Théâtre qu'elle apercevait au loin mais ne s'y attarda guère. Elle était déjà en retard et n'avait pas le temps de faire du tourisme.

La nuit était déjà tombée et la brise présente dans l'air la fit frissonner, la forçant à resserrer sa veste sur ses épaules. Elle croisa un couple qui lui jeta un regard curieux et elle pressa le pas, l'air embarrassée. Pourquoi l'observaient-ils ainsi ? Ils n'avaient tout de même pas remarqué qu'elle était une Weasley ? Se sentir mal-à-l'aise dans les environs était une chose, mais s'il fallait en plus que tout le monde remarque son trouble, cela devenait problématique.

Elle prit le premier virage qu'elle atteint, quittant le passage étroit et se retrouvant ainsi sur l'une des grandes allées du Cours Ecarlate. Une foule de personnes y marchait et comme aucune d'entre elles ne lui jeta de coup d'œil étonné, elle se détendit. Elle secoua la tête, irritée par sa propre paranoïa. Elle aperçut le restaurant au loin. C'était la première fois qu'elle s'y rendait et les seuls aperçus qu'elle avait eus du restaurant se trouvaient dans Sorcière-Hebdo.

La façade des Délices Enchantés était très illuminée, donnant à l'enseigne un aspect presque féerique. Et lorsqu'elle s'approchait, passant par un long chemin démarqué par de grands haies de buis ornées par des callas blanches, elle eut tout le loisir découvrir la beauté de la façade brillante et extravagante. La jeune femme traversa l'allée d'un pas impatient et anxieux. Impatient parce qu'elle se faisait une joie de dîner aux Délices Enchantés et anxieux parce que le repas serait en compagnie de Draco Malfoy.

« Allez Ginny, ce n'est pas Malfoy qui va t'intimider. Tu es bien au-dessus de ça. » se dit-elle afin de se donner du courage.

Elle traversa les derniers mètres qui la séparaient de l'entrée du restaurant d'un pas un peu plus déterminé. Dès qu'elle eut franchi le seuil, elle fut surprise de l'immensité du Hall dans lequel elle se retrouva. Il avait dû faire l'objet d'un sort d'agrandissement car, de l'extérieur, le restaurant n'avait pas paru aussi large. Le Hall se composait d'un salon-bar où des clients sirotaient des cocktails et discutaient d'un air enjoué. Les sorciers qui se trouvaient ici, lui semblaient presque ordinaires. Bien sûr, leurs vêtements paraissaient couteux, mais ils ne semblaient pas avoir l'attitude qu'elle prêtait généralement à ce genre de personnes. Elle avait toujours imaginé que les clients qui fréquentaient les Délices étaient des reproductions parfaites de Malfoy. Des gens hautains qui regardaient le peuple avec hauteur. A présent, la vue de ces gens sirotant paisiblement un verre et discutant comme n'importe qui l'aurait fait dans un pub, ébranla sérieusement ses idées reçues.

Avant qu'elle n'ait eu le temps de faire un pas, un homme vint à elle. Il portait un uniforme d'un rouge sombre et son expression paraissait si sérieuse et si formelle que Ginny se demanda s'il n'avait pas l'impression de recevoir le Ministre de la magie en personne.

« Miss ? » fit-il d'une voix courtoise.

Il fit apparaitre un parchemin de nulle-part.

« Weasley ? » répondit Ginny d'un ton hésitant.

« Bien sûr Miss. Weasley. Mr. Malfoy vous attend. » répondit-il aussitôt, surprenant la jeune femme. « Si vous voulez bien me suivre. »

Son parchemin disparut aussi soudainement qu'il était apparu et il invita Ginny à le suivre. Il la guida vers une grande salle où plusieurs dizaines de personnes dînaient, installés à des tables joliment décorées. La pièce, pourtant large et remplie avait une ambiance intime, éclairée par de grands lustres qui représentaient des gouttes d'eau en suspension dans l'air. Dans un côté de la pièce, un orchestre jouait un air classique et tellement discret que les personnes qui parlaient ne semblaient pas s'en rendre compte.

En marchant parmi les tables, la jeune femme put remarquer que l'ambiance qui régnait dans cette salle était bien différente de l'atmosphère qu'elle avait trouvé si détendue dans le Hall quelques instants auparavant. La jeune femme se sentit un peu embarrassée à la vue de toutes les clientes. Elles étaient toutes tirées à quatre épingles, coiffées à la perfection et vêtues de robes toutes plus jolies les unes que les autres. A côté d'elles, Ginny se sentait bien fade. L'homme mena Ginny vers une table dans un coin un peu plus discret de la salle où était installé Draco Malfoy. Lorsqu'il vit Ginny, il se leva, geste qui surprit la jeune femme. Personne n'était jamais levé à son arrivée à table. Malfoy, cependant, l'avait fait machinalement. Son air ennuyé lui prouva qu'il ne s'en était même pas rendu compte. Cela était sûrement le fruit de son éducation. Elle sourit intérieurement lorsqu'elle songea que ce n'était sûrement pas l'un de ses frères qui ferait un jour une telle chose.

Malfoy adressa un hochement de tête à l'homme qui avait escorté Ginny et ce dernier s'éloigna en déclarant qu'un serveur arriverait dans un instant. Malfoy s'approcha de Ginny et cette dernière l'observa avec étonnement. Elle comprit ce qu'il faisait lorsqu'il tira une chaise pour qu'elle s'y assoie. Elle s'y installa, surprise par cette attention. Aucun homme n'avait jamais eu une telle attention pour elle. Les gros rustres avec lesquels elle avait accepté de sortir n'avaient pas daigné montrer une once de galanterie, bien trop occupés à lorgner son décolleté sans la moindre gêne. Malfoy s'installa à son tour et son regard froid se posa sur elle.

« Tu es en retard Weasley. » dit-il avec cette voix traînante qu'elle détestait tant. « C'est impoli. »

Elle voulut répliquer mais lorsqu'elle croisa son regard, elle se retint. Il la fixait attentivement, une lueur inspectrice dans ses yeux gris. Soudainement, elle se sentit très embarrassée. Il l'examinait d'un œil sondeur et critique et même si elle voulait se faire croire qu'elle n'accordait pas d'importance à son opinion, elle se sentit soudainement très consciente de son image. Elle se surprit même à regretter de ne pas avoir passé plus de temps à parfaire sa coiffure. Elle jura intérieurement devant sa propre attitude. Elle ne devait pas laisser Malfoy la rendre mal à l'aise.

« Et dévisager est impoli, également. » rétorqua-t-elle en détournant les yeux.

Malfoy ne répondit pas et lorsqu'elle jeta un regard discret dans sa direction, elle vit qu'il arborait son habituel rictus moqueur. Jamais elle ne l'avait vu montré son amusement autrement qu'avec des airs narquois. Le rictus semblait chez lui ce que les autres appelaient communément le sourire. Soit il était avare de sourires soit il en était physiquement incapable. Elle l'ignora et s'empara du menu dans lequel elle se plongea avec concentration, déterminée à ne pas le laisser l'énerver.

Un serveur se présenta à eux pour prendre leur commande. Malfoy commanda des plats extravagants (du moins c'est ce que les noms laissent entendre) et Ginny, quant à elle, resta un peu plus classique. Elle ne jeta pas même pas un regard au prix. Après tout, c'était Malfoy qui l'avait invitée. Et comme elle savait que le dîner ne serait pas de tout repos, elle pensait mériter une petite compensation. L'irritation de la jeune femme grimpa d'un échelon supérieur quand Malfoy, avec son habituelle attitude suffisante, commanda un très bon vin (cette fois, ce fut l'air surpris et admiratif du sommelier qui le laissa entendre.)

« Excellent choix, Monsieur. » déclara celui-ci.

Malfoy reporta alors son attention sur Ginny.

« Tu es bien silencieuse, ce soir, Weasley. » commenta-t-il avec une moquerie à peine dissimulée. « Pas que cela me dérange foncièrement, évidemment. Mais je t'avouerais que je m'attendais à avoir une compagnie divertissante avec toi. Intimidée ? »

« Par toi ? » fit Ginny avec surprise. « Sûrement pas. »

« Par tout ça. » répondit Malfoy en désignant d'un mouvement de la tête ce qui les entourait. « Ce n'est pas le genre de lieu que tu es habituée à fréquenter, n'est-ce pas ? »

Cette provocation manifeste fit naitre un sentiment de colère chez la jeune femme. En venant ici, il l'avait fait entrée dans un milieu qui n'était pas le sien et dans lequel, comme il l'avait justement fait remarqué, elle était intimidée. Ici, Malfoy était en territoire conquis et à l'air suffisant qu'il affichait depuis son arrivée ici, il en avait pleinement conscience. Elle ne put répliquer car le sommelier vint faire gouter le vin. Mais dès que ce dernier eut disparut, Ginny ne put s'empêcher de répliquer :

« Si je me souviens bien Malfoy, ta formule exacte était « Dîne avec moi. » Je suis ici pour dîner, ne comptes donc pas sur moi pour te distraire. »

« Détrompe-toi, Weasley. » répondit-il alors qu'il portait son verre de vin à sa bouche. « Tu apprécies le vin ? »

« Oui, merci. » répondit Ginny avec un air crispé. « Il est excellent. »

« Cette fois encore, j'imagine que ce n'est pas le genre de vin auquel tu es habituée, je me trompe ? » dit Malfoy avec morgue.

« Si tu comptes passer cette soirée à m'insulter Malfoy, préviens-moi tout de suite, que je ne perde pas mon temps ici. » répliqua Ginny, sentant ses oreilles virer au rouge.

« J'étais simplement en train d'établir des constatations. » se défendit Malfoy en prenant un air innocent qui paraissait affreusement faux.

« Arrête Malfoy, tu n'es pas crédible. »

Un rictus amusé apparut ses lèvres et il admit :

« Ce n'est pas de ma faute si tu es offensée aussi rapidement pour des choses qui n'ont pas lieu d'être. Mais j'imagine que c'est un trait de caractère relatif à la famille Weasley. »

« Parce que tu crois que vais rester ici à t'écouter me critiquer sans rien dire ? » demanda Ginny avec dédain. « C'est très mal me connaitre, Malfoy. »

Son rictus s'élargit. Pour une raison qu'elle ne saisissait pas, il paraissait particulièrement amusé et, pour être honnête, elle ne voyait pas ce qu'il trouvait drôle dans cette situation.

« Trêve de provocation dans ce cas. » admit-il. Laissons nos vieilles rivalités de côté. Après tout, ce n'est pas pour cette raison que nous sommes là, n'est-ce pas ?

« Je te trouve assez culotté de dire une telle chose après que tu aies passé les dix dernières minutes à me faire des remarques désobligeantes. Personnellement, je ne me rappelle pas avoir t'avoir insulté, toi ou ta famille. » lança Ginny.

« Ton agacement est tellement facile à provoquer, Weasley. Tu sautes les yeux fermés sur les perches qui te sont lancées. » déclara-t-il avec amusement.

Elle leva les yeux au ciel. Il l'avouait finalement. Il appréciait provoquer Ginny et la voir réagir de manière aussi vive à chaque fois.

« Mais, je le répète, ce n'est pas la raison de notre entrevue, ce soir. » commença-t-il.

Il avait pris un air sérieux, comme s'il était dans une réunion d'affaires, prêt à négocier un contrat particulièrement important.

« Parlons affaires. » dit-il.

« Je t'écoute, Malfoy. »

« Tu n'es pas sans savoir que la réputation de ma famille après la guerre s'est vu ternir considérablement. »

« Et à juste titre. » commenta Ginny en buvant une gorgée de son verre de vin.

Malfoy fit mine d'ignorer son commentaire et reprit :

« Ma mère et moi-même avons subi les conséquences des indiscrétions de mon père durant toutes ces années et… »

Ginny faillit s'étouffer en entendant cela.

« Les indiscrétions ? » répéta-t-elle comme si elle n'en croyait pas ses oreilles. « Est-ce ainsi que tu décris les actions de ton père et de sa bande de Mangemorts ? »

Elle avait haussé le ton, sentant la colère grandir en elle un peu plus chaque seconde.

Un couple non loin de leur table leur jeta des regards curieux. Malfoy sembla se tendre. Il agita sa baguette autour d'eux et murmura un enchantement afin d'empêcher les tables voisines d'entendre leur conversation.

« Des dizaines de personnes ont été tuées, Malfoy. Ton père et ses amis ont décimé des familles entières, ils ont rendu des enfants orphelins. Mon frère a été tué. » martela-t-elle.

« C'était une guerre, Weasley. Il y a eu des pertes, des deux côtés. »

Sous la table, le poing de Ginny s'était serré. Entendre ce genre de discours la mettait hors-d'elle. Malfoy sembla remarquer sa fureur et s'empressa de rajouter :

« Ecoute Weasley, je ne suis pas en train de prétendre que ce que mon père et les autres ont fait est acceptable. Loin de là. Mais tout est loin d'être blanc ou noir. Oui ta famille était très claire dans ses croyances, mais c'était une minorité. »

Il désigna les personnes assises autour d'eux.

« La vérité, c'est que la majorité de ces gens autour de nous n'ont rien fait pour empêcher les horreurs de la guerre. Peut-être qu'ils ne cautionnaient pas les idées de Tu-Sais-Qui mais ils n'ont jamais activement participé à l'éradication de ces idées. C'est parce qu'ils étaient aussi passifs que Tu-Sais-Qui a pu atteindre les plus hautes sphères du pouvoir. »

Ginny sembla se détendre alors que les paroles de Malfoy retentissaient d'une manière étrangement intelligente dans son esprit. Il n'avait pas tort. La majorité de la communauté sorcière britannique ne s'était pas rebellée contre les idées sombres que prônait de Celui-dont-on-ne-devait-pas-prononcer-le-nom.

La plupart d'entre eux avait simplement suivi la politique de l'autruche du Ministère de la Magie, puis lorsque les sous fifres du Mage noir avait pris le pouvoir, ils étaient entrés dans le moule par peur ou par faiblesse.

Seule une minorité, regroupée autour d'Abus Dumbledore et de L'Ordre du Phoenix s'était révoltée. Leur courage et leur détermination leur avaient finalement permis de gagner la guerre, mais au sacrifice de nombreuses victimes de guerre. Le frère de Ginny, Fred, en faisait partie.

Comme à chaque fois qu'elle se remémorait la fin tragique de son frère, presqu'une décennie auparavant, des larmes menacèrent de couler de son visage. Sa mort traumatisait encore sa famille.

Elle se releva brutalement, et prétexta le besoin de se repoudrer le nez afin de quitter la table et de diriger vers les toilettes de l'établissement. Elle s'enferma dans l'une des cabines, essayant de reprendre son calme.

« Satané Malfoy. » murmura-t-elle entre ses dents.

Elle n'arrivait pas à croire qu'il l'avait fait perdre ainsi le contrôle sur ses émotions. Après quelques minutes où elle se força à prendre de grandes inspirations, elle retrouva son calme et retrouva Malfoy à la tablée.

Il paraissait impassible et elle le gratifia d'un regard noir.

Le serveur passa à ce moment-là et remplit leur verre. Elle prit le sien, avalant une gorgée un peu trop longue. Elle fixa ensuite Malfoy, un air de défi dans les yeux.

« Nous n'avons pas encore parlé de tes propres indiscrétions pendant la guerre. » dit-elle avec froideur.

« J'étais jeune, influençable, et j'ai fait des erreurs, c'est vrai. » admit Malfoy, d'une voix maitrisée. « Je suis certain que tu en as fait dans ta propre jeunesse, également. »

Son langage corporel prouvait que c'était un sujet qu'il ne souhaitait pas aborder. Son regard s'était fait un peu fuyant. Mais c'était mal connaitre Ginny.

« Mes erreurs n'impliquaient pas de prendre la marque des Ténèbres et d'orchestrer la mort d'un homme. » répliqua-t-elle d'une voix doucereuse.

« Si je me souviens bien, plusieurs élèves se sont retrouvés stupéfiés à cause de tes propres indiscrétions. » répliqua Malfoy sur le même ton.

Ginny, qui ne s'était pas attendue à cela, ouvrit la bouche, stupéfaite. Malfoy n'avait aucun scrupule à remettre sur le tapis sa première année. Elle avait été possédée par une partie de l'âme du Seigneur des Ténèbres après qu'elle ait naïvement communiqué dans un journal intime ensorcelé lui ayant appartenu. Sa fragilité avait fait d'elle une cible facile à l'époque et les choses horribles qui en avaient découlé lui avaient provoqué des cauchemars durant des années.

« Comment oses-tu, Malfoy ? » siffla-t-elle. Comparer ce qui m'est arrivé avec ce que tu as fait ? »

« Quelle hypocrisie, Weasley. Comme se fait-il que tu aies le droit de jouer la victime mais que les autres n'aient pas la possibilité de se justifier ? » rétorqua Malfoy.

Les joues de Ginny s'empourprèrent en un mélange d'embrassement et de rage. Elle ne put répliquer car le serveur arrivait avec leurs entrées et les déposa sur la table. S'en suivit quelques minutes d'un silence sordide où seuls les bruits de vaisselle et de couverts se firent entendre. Malfoy fut le premier à écourter leur silence.

« Ecoute Weasley, mon intention n'est pas de jeter la pierre à qui que ce soit. J'ai fait des erreurs graves dans ma jeunesse, je l'ai reconnu il y a des années de cela. Cela fait quasiment dix ans que mon père a été emprisonné pour les crimes qu'il a commis. La Justice ne m'a jamais reconnu coupable, ainsi que ma mère. »

« Ne pas être coupable ne te rend pas innocent. » commenta Ginny avec amertume.

« J'ai subi les conséquences de mes actes, je les paie encore aujourd'hui. Ce n'est pas juste que mon passé me soit sans cesse renvoyé à la figure. » assena-t-il. « Surtout par des personnes qui auraient agi de la même manière s'ils s'étaient retrouvé à ma place. »

Cette fois, c'était lui qui avait haussé le ton. Il paraissait frustré et semblait à tout prix vouloir se justifier.

« Je sais que tu ne m'apprécies guère Weasley. Et crois-moi, c'est réciproque. Ne penses-tu pas qu'il me coute de venir demander ton support après toutes ces années de haine entre ta famille et la mienne ? » demanda Malfoy.

« Pourquoi moi dans ce cas ? » interrogea Ginny avec curiosité. « Des dizaines de sorcières seraient ravies d'accepter ta proposition. Elles seraient même prêtes à oublier ton passé. »

« Justement. Ça n'aurait aucun impact s'il s'agissait de quelqu'un qui ne me déteste pas publiquement. Tout le monde connait le conflit qui lie nos familles depuis plusieurs générations. Ça ne peut être que toi. » dit Malfoy, sans en démordre.

Ginny soupira, ayant la désagréable impression d'être mise au pied du mur.

« Je vais écouter ta proposition. » dit-elle enfin. « C'est pour ça que je suis venue, après tout. Mais à une condition. »

« Laquelle ? » interrogea Malfoy, semblant soulagé.

« Une fois que tu me l'auras exposée, si je décide de ne pas accepter, tu devras arrêter d'insister. Plus de hiboux, plus d'harcèlement par le biais de ton avocat, plus rien. Tu accepteras et respecteras ma décision. » proposa-t-elle.

« Très bien. »

On leur servit le plat principal et les papilles de Ginny fondirent lorsqu'elle prit une bouchée du magret de canard.

« Ma proposition est simple. Je veux que prétendes avoir une relation romantique avec moi. » annonça Malfoy

« Combien de temps ? » demanda-t-elle en s'empêchant de grimacer.

« Un an. » répondit-il simplement.

Ginny faillit s'étouffer avec la nourriture.

« Un an ? » répéta-t-elle, abasourdie. « Je devrais mentir pendant un an et prétendre être amoureuse de toi ? »

Elle avec prononcé le mot « amoureuse » avec un ton dégout évident.

« C'est ça. » confirma-t-il.

« Pourquoi ? » demanda Ginny, un peu bêtement.

Elle avait du mal à comprendre les raisons derrière cette proposition indécente.

« Je ne sais pas si mon avocat te l'a expliqué mais j'ai hérité d'une partie des biens de ma famille depuis l'emprisonnement de mon père. Le reste m'a été transmis à sa mort, il y a trois ans. C'est un patrimoine conséquent que nous souhaitons faire fructifier. Mais nous avons perdu une majorité de nos investisseurs depuis la fin de la guerre à cause des inclinations de ma famille. » expliqua-t-il. « Toutes nos sociétés sont affiliées au nom Malfoy. Et comme tu le sais, ce nom n'inspire ni confiance ni bienveillance. Et mon patrimoine en a sérieusement souffert durant ces dernières années. »

« Pourquoi prétendre avoir une relation avec moi ? » qu'enquit Ginny. « Pourquoi ne pas prétendre que nous sommes simplement amis. Le résultat serait le même non ? »

« C'est un sujet sur lequel nous avons longuement débattu. Cela n'aurait pas assez d'impact. Si la communauté pense que tu serais prête à t'engager officiellement avec moi, sur le long terme, cela serait extrêmement bénéfique. Depuis la fin de la guerre la famille Weasley est immensément respectée pour son implication et son rôle. » expliqua Malfoy.

« Un an, cela me semble si long. » déclara Ginny.

Puis elle se percuta sur ce qu'elle venait d'entendre.

« M'engager officiellement avec toi ? » répéta-t-elle en lui jetant un regard soupçonneux. « Qu'est-ce que ça signifie exactement ? »

« Des fiançailles. » répondit Malfoy.

« Pardon ? Des fiançailles ? » répéta-t-elle, en ouvrant de grands yeux horrifiés.

Il hocha la tête avec sa bouche s'étira en un rictus.

« C'est complètement fou, insensé. Et pourquoi ferais-une une chose pareille ? Sacrifier un an de ma vie ? M'enliser dans une mascarade ? » demanda-t-elle.

« Tu seras largement compensée. 200 000 gallions au total. De plus, tes frais, déplacements, achats durant cette année seront intégralement pris en charge. » ajouta Malfoy.

Ginny n'en revenait pas. Deux-cent mille gallions ? C'était une somme astronomique.

« Je sais que tu as des difficultés financières, Weasley. Tu deviendrais aisée du jour au lendemain. Tu sortirais de ta précarité, ta vie deviendrais confortable. » continua-t-il en l'observant attentivement.

Prétendre qu'elle n'était pas intéressée aurait été hypocrite de sa part. Après tout, sa situation actuelle était compliquée. Toutefois, en acceptant une telle proposition, elle aurait eu l'impression de se vendre et pas à n'importe qui, à l'ennemi. C'était tout simplement immoral.

« Je t'offre une entrée dans le beau monde Weasley. Saisis l'opportunité. Tu n'as qu'une seule chose à faire : prétendre être ma fiancée. » acheva Malfoy.

Elle reposa sa fourchette, résolue. Elle n'avait pas besoin de réfléchir plus longtemps, elle avait pris sa décision finale.

« Dessert ? » proposa Malfoy.

Ginny secoua la tête.

« Merci, mais je suis rassasiée. » indiqua-t-elle.

Elle n'avait qu'une envie : quitter cet endroit et rentrer chez elle. Malfoy, qui l'observait avec intérêt, sembla le comprendre.

Il héla discrètement le serveur. Ce dernier hocha la tête et se présenta avant un parchemin. Malfoy sortit alors une bourse grise et la déposa sur la table.

Le serveur les remercia pour leur venue et les escorta jusqu'au hall où le majordome les attendait avec les vestes respectives.

A la sortie du restaurant, Ginny faillit trébucher sur ses talons hauts et sa démarche se fit moins sûre qu'à l'accoutumée. Elle se rappela qu'elle avait bu trois verres de vin pendant le repas.

« Je te raccompagnes. » insista alors Malfoy en lui tendant son bras. « Tu n'es pas en état de transplaner. »

Ginny prit son bras avec réticence. Quelques secondes plus tard, elle était emportée dans tourbillon désagréable et se retrouva devant son immeuble, toujours accrochée au bras de Malfoy. Elle se dégagea rapidement et se tourna vers lui.

« Merci pour le diner Malfoy. » dit-elle.

La porte de l'immeuble s'était ouverte et un homme en sortir, faisant léviter un canapé à l'aide sa baguette. Ginny leva les yeux au ciel. Etait-ce une heure pour faire un déménagement ? Probablement encore une lubie de son voisin de palier.

« Toutefois, je ne veux pas te faire perdre ton temps plus longtemps. Ta proposition ne m'intéresse pas. » continua-t-elle. « J'espère que tu trouveras quelqu'un qui l'acceptera. Je ne parlerai pas de ce que tu m'as dit de mon côté et… »

Deux autres déménageurs étaient sortis et faisaient cette fois léviter une table de chevet et divers meubles. Les yeux de Ginny s'écarquillèrent lorsqu'elle reconnut le vase égyptien que l'un deux portait.

« Hey, mais c'est à moi ! » protesta-t-elle.

Elle se rua vers l'homme et lui arracha le vase des mains.

« Que croyez-vous faire ? » s'écria-t-elle en tenant son vase contre sa poitrine, horrifiée.

L'homme haussa les épaules.

« Je fais simplement mon travail, ma petite dame. » répondit-il en essayant de lui reprendre le vase des mains.

S'en suivit un duel cocasse où Ginny tenta de garder le vase dans ses bras. Malfoy intervint.

« Si je comprends bien, il s'agit de sa propriété privée. De quel droit êtes-vous entré dans son appartement ? C'est illégal et je vais de ce pas contacter les forces de l'ordre. » dit-il d'un ton intimidant, empli de menaces à peine voilées.

Ginny, lui jeta un regard surpris mais reconnaissant.

« Le propriétaire est en haut, c'est à lui qu'il faut dire ça. » informa-t-il, en se grattant la tête, visiblement agacé. « C'est lui qui s'est occupé de la paperasse. »

« Merlin, pas ça ! » gémit Ginny en se ruant vers l'entrée de l'immeuble.

Elle monta les escaliers quatre à quatre, Malfoy sur ses talons. Lorsqu'elle arriva devant la porte de son appartement, elle reconnut un homme bedonnant et trapu. Il s'agissait de Jacobus Cloyd, son bailleur.

« Vous n'avez pas le droit de toucher à mon mobilier ! » s'écria-t-elle.

Il lui adressa un sourire faussement contrit.

« Détrompez-vous Miss. Weasley. Vous n'avez pas réglé votre loyer depuis quatre mois et j'ai obtenu une injonction du Ministère pour vous expulser de ma propriété. »

Il lui tendit un parchemin froissé qu'elle parcourut avec horreur. L'injonction la forçait à quitter l'appartement le jour même et autorisait le propriétaire du l'appartement à emporter les biens personnels de Ginny à valeur de la somme dont il avait été lésé.

Elle laissa échapper un gémissement plaintif.

« Malfoy ? » dit-elle alors, d'une voix étrangement maitrisée.

Ce dernier, qui l'avait suivi jusqu'à l'appartement, haussa un sourcil.

« Oui ? »

« J'accepte ta proposition. »

Fin du Chapitre.

Pensez-vous que Ginny s'est laissée convaincre trop facilement ? Ou s'est-elle retrouvée au pied du mur ? N'hésitez pas à me laisser un commentaire en attendant la suite !