Chapitre 4 – Projets de vacance

Square Grimmaurd,

Remus respirait tranquillement. Délicieusement conscient de la présence de Tonks contre lui. Il était plus heureux qu'il ne pouvait se souvenir. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Il s'était volontairement tenu à l'écart du monde pendant plusieurs années. A cause de sa condition de Lycanthrope, mais pas seulement. La mort de Lily et de James, et la condamnation de Sirius avait compté pour plus encore. J'étais dégoûté de la vie et de vivre.

Il sentit Tonks bouger sous les draps. Sa tête ébouriffée aux cheveux vert vif se tourna vers lui. Elle lui lança un clin d'oeil malicieux.

- Hmm, Ne penses tu pas que c'était exactement ce qu'il convenait de faire ?

- Je n'ai rien à dire contre, répondit il en souriant.

Il l'embrassa et elle se coula contre lui. Ils restèrent l'un contre l'autre pendant un moment. Graduellement leurs pensées retournèrent vers le reste du monde.

- J'ai du rater quelque chose hier, dit elle. Il va falloir que tu me racontes.

- Dumbledore ne m'a expliqué les choses qu'à la dernière minute, mais son pari avec Hermione a payé gros. Il m'a dit que cet endroit est désormais mieux protégé contre Voldemort que Poudlard.

Elle acquiesça. Le projet de reconstruire les défenses autour d'Harry avait été discuté au sein de l'Ordre, mais il était resté largement théorique.

- Ce ne sera pas inutile d'avoir une position de repli si les choses tournent mal.

Il afficha un sourire moqueur.

- Je suis étonné d'entendre parler de repli. Je croyais que les Aurors, sans peur et sans reproche, ne battaient jamais en retraite ?

Elle lui jeta un regard froid.

- Tu veux peut être une démonstration de mes talents de combattant ?

Il leva immédiatement les mains dans un geste de soumission.

- Pitié ! Je n'ai pas encore récupéré de ton dernier assaut. Heureusement que les Loups-garous peuvent se régénérer.

Elle le frappa avec un oreiller et lui sauta dessus. Ils roulèrent au milieu des draps en riant.

- Tu as remarqué comment ils se tiennent proches désormais ? dit il, revenant sur ce qui c'était passé. Et ils ne quittent plus Harry des yeux.

- Ils ont affrontés la mort ensemble, acquiesça-t elle. Ca crée un lien qui ne disparaît jamais.

Sa voix exprimait à la fois son admiration et une crainte respectueuse. Remus la regarda curieusement.

- Tu en parles comme si tu voulais la même chose ?

Elle haussa les épaules.

- Tu peux te moquer de cette mystique de guerrier, mais ça existe et c'est très fort. Quelquefois, lorsqu'une unité résiste à une bataille terrible, les survivants restent ensemble et deviennent une force de combat exceptionnelle. Il se battront mieux, résisteront à tout, et ils rallieront les autres, même dans des conditions désespérées. (Elle se tourna vers lui.) Dumbledore savait ce qu'il faisait, et lui est peut être capable de les contrôler, mais aujourd'hui, ils ont pris leur indépendance.

- Et ils regardent vers Harry, ajouta Remus.

- Je pense que notre mission est d'aider Harry à devenir un chef. Ce n'est que le début.

- Oui. Hier, l'Armée de Dumbledore, et maintenant, quelque chose d'autre.

L'Armée de Dumbledore avait été un groupe de soutien formé par les élèves l'année précédente, pour remplacer leur inefficace professeur de Défense. Il avait eu un succès imprévu au delà de Gryffondor, un des rares exemples de coopération entre les Maisons de Poudlard. Pour Harry, en prendre la tête avait été une excellente occasion de développer ses capacités de commandement, et de gagner le respect des autres élèves.

Le groupe avait été une idée d'Hermione.

- Je les ai vu monter tous les deux, dit Tonks en souriant.

- Tu penses... commença Remus en fronçant les sourcils.

- Non. Ils vont prendre leur temps. C'est normal pour des gosses sensibles. (Elle sourit malicieusement.) Pas comme nous, mon grand loup lubrique.

Il réagit avec indignation.

- Comment ça, lubrique ! J'ai été honteusement séduit, voilà ce qui c'est passé.

- Et tu as adoré.

- Et j'adore ça.

- - -

Le terrier,

La famille Weasley arriva chez elle dans une atmosphère tendue. Ils n'avaient pas beaucoup parlé pendant le trajet, chacun était encore en train de digérer les événements du matin, et puis il y avait quelque chose de nouveau. Pour la première fois, Ron et Ginny se sentaient plus proches l'un de l'autre que de leurs parents.

Ils n'avaient pas beaucoup parlé pendant le trajet, chacun d'eux était encore en train de digérer les événements du matin. Pour la première, fois Ron et Ginny se sentaient plus proches l'un de l'autre que de leurs parents. Arthur et Molly le percevait et ça les dérangeait, surtout Molly qui était toujours très sensibles en ce qui concernait ses enfants.

- Avant d'aller chercher vos affaires, je voudrais vous dire quelque chose ? dit Arthur.

Il lança un regard appuyé à Molly, qui hésita plusieurs secondes avant de s'éclipser. Renouer le dialogue serait déjà assez difficile sans qu'elle soit présente. Ron et Ginny se regardèrent. Ginny hocha silencieusement la tête.

En rentrant dans la pièce principale, Arthur mit un point d'honneur à consulter l'horloge qui indiquait la position de chaque Weasley. Il nota qu'ils suivirent la direction de son regard, et que leurs expressions s'adoucirent un peu. Oui, vous faites partie d'une famille, les enfants. Nous ne sommes pas vos ennemis. Souvenez vous toujours de cela, quelques soient nos désaccords.

En plus d'être un membre important de l'Ordre du Phénix, Arthur était aussi un des plus proches confidents de Dumbledore. Il connaissait certains de ses projets. Et des projets dans les projets. Comme ils avaient souvent parlé de Harry, il avait été moins surpris que les autres ce qui s'était passé.

Mais il n'avait pas prévu une telle violence.

- Dumbledore m'avait prévenu, mais rien de ce qu'il m'avait dit n'aurait pu me faire comprendre Harry comme vous le comprenez maintenant.

Après un moment, ils acquiescèrent, mais ils gardaient toujours leurs distances.

- Quelque soit la manière dont les choses tourneront, je veux que vous sachiez que je suis fier de vous, et que je respecterais votre décision. (Il marqua une pause.) Et bien sûr, vous aurez toujours mon affection.

Lorsque le visage de Ron se déforma en une grimace gênée, il sut que ses paroles avaient fait mouche.

- P'pa, on sait ça. On comprend mieux les choses, maintenant, mais ce qui a été dit reste vrai. Vous ne pouvez plus nous traiter comme des enfants.

Ginny hocha la tête pour confirmer les paroles de son frère.

- Et nous allons prendre nos propres décisions en ce qui concerne Harry, désormais.

Arthur soupira. Un arrêt des hostilités, à défaut d'être une reddition inconditionnelle. Je n'espérais pas mieux et en vérité, je craignais même pire.

- On vous aime aussi, toi et Maman, dit Ginny. On a besoin de prendre le large, c'est tout.

Elle avança vers son père pour l'embrasser. Ils retrouvèrent ensuite Molly pour faire aussi la paix avec elle, ce qui fut une scène beaucoup plus émotive, mais après cela, la famille Weasley était réconciliée. Sauf pour Percy.

- - -

Square Grimauld

Harry et Hermione se réveillèrent dans les bras l'un de l'autre pour la première fois. Harry se sentait délicieusement reposé et en paix. Il pensa à tous les futurs et précieux moments comme celui là qu'ils allaient vivre, et c'était un sentiment merveilleux. Sa main caressa son front et écarta une mèche de cheveu. Elle traça la marque de sa cicatrice.

- Est ce qu'elle te fait toujours mal ?

- Non. J'ai eu quelques élancements habituels ces derniers jours, mais rien depuis que je suis ici.

- Alors la maison te protège vraiment ? C'est fascinant.

- Grâce à toi, encore. Dumbledore m'a laissé entendre que ça pourrait être le cas. Ca serait vraiment super, et aussi...

Sa voix se perdit, puis il se mit à rire.

- Qu'est ce qu'il y a ?

- Je viens d'avoir une idée démente. Tu sais que la cicatrice me fait mal lorsque Voldemort est en colère ou sous le coup d'une forte émotion. (Elle acquiesça avec une grimace inconfortable.) Et bien, peut être qu'il y a un effet inverse. (Il la regarda avec un sourire espiègle.) Peut être que lorsque je t'embrasse passionnément, je lui cause une douleur épouvantable.

Elle sourit à peine. Ce n'était pas vraiment drôle, et elle ne pouvait pas se résoudre à se moquer de leur ennemi mortel. Harry éclata de rire et se leva, plein d'énergie, en étendant les bras, comme pour mieux s'approprier ce qui l'entourait.

- Tu sais, je n'ai même pas pris le temps d'explorer cet endroit.

Il marcha vers une petite table contre le mur. Mon bureau, dans ma chambre, dans ma maison.

Quelqu'un avait pris soin de l'arranger soigneusement. Sur le coté, il y avait une photo animée de ses parents qui lui faisaient signe. Il prit le cadre et les regarda pensivement. Maman et Papa, comme j'aimerai que vous soyez là avec moi.

Il le remit à sa place. Il y avait aussi de quoi écrire : un plumier, de l'encre, un buvard et des parchemins, et un livre qui semblait très vieux. Sur la couverture il y avait une enveloppe avec marqué dessus : Pour Harry. Il reconnut l'écriture de Sirius. Il la décacheta.

Harry,

J'ai trouvé ça l'autre jour en nettoyant le grenier, et je sais que ça va t'intéresser. Nous en reparlerons avec Dumbledore.

Sirius.

Hermione se leva à son tour et le rejoignit. Il lui montra la lettre et examina le livre de plus près. Un dernier cadeau de la part de Sirius.

Le titre était inscrit sur la première page : L'épée et le Serpent - L'héritage de Gryffondor et de Serpentard. Cela semblait être un ouvrage sur la vie de Godric Gryffondor et de Salazar Serpentard à l'époque de la création d'Hogwarts. Il était vraiment très ancien, une véritable pièce de collection.

- Tu auras envie d'y jeter un oeil, toi aussi, dit il à Hermione. Ca devrait faire une annexe intéressante à ton livre préféré.

Hermione examina le volume et en convint. Elle lui rendit la lettre de Sirius avec une expression gardée.

- Ca va ? demanda-t elle doucement en lui touchant le bras.

Elle craignait toujours sa réaction à chaque fois qu'il était question de Sirius. Il haussa les épaules.

- Ça me rend triste, mais je ne vais pas m'effondrer à chaque fois que je pense à lui. Je crois que j'ai enfin accepté qu'il ne soit plus là. (Il la regarda d'un air décidé.) On n'a pas vraiment parlé de ce qu'on allait faire. Qu'est ce tu dirais de préparer un petit snack, et d'aller s'asseoir quelque part dehors ?

- Excellente idée.

Ils descendirent dans la cuisine pour rassembler les éléments d'un thé garni, et ils transportèrent le tout dans le jardin, près de la piscine et sous l'ombre d'un groupe d'arbres. Hermione remarqua que la maison était vraiment très calme.

- Je crois que nous n'étions pas les seuls à faire une sieste, dit Harry avec un sourire provocateur. Je ne sais pourquoi, mais j'ai l'impression que l'été va être chaud. Je me demande si elle va rougir.

- Gardez le contrôle de votre imagination, monsieur Potter, répondit elle avec froideur. Nous sommes venus ici pour parler sérieusement.

- Oui Hermione.

Il parvint à garder son expression sérieuse pendant presque quatre secondes. Ils éclatèrent de rire tous les deux.

Ca va vraiment être un été super.

Harry voulait d'abord se débarrasser d'un sujet précis.

- Parlons d'abord des Elfs de Maison, proposa-t il.

- J'allais te le proposer, répondit elle. Et d'abord, qu'est-ce tu comptes faire au sujet de Dobby ?

Harry redevint immédiatement sérieux. Il y a des jours où j'aurais voulu ne jamais entendre parler de ces créatures.

- Dobby est un Elf libre, présentement employé par Poudlard, dit il en choisissant ses mots avec soin. Je le considère comme un ami, (Après tout, c'est moi qui l'ai libéré.) et je veux qu'il soit heureux, ce qui suppose qu'il soit libre de faire ce qu'il veut. S'il veut être payé pour ses services, je suis évidemment prêt à y participer.

- Dumbledore lui verse un salaire dérisoire ! protesta Hermione.

Harry la regarda avec agacement. Hermione était une fille merveilleuse, mais il y avait des moments où elle devenait carrément impossible. Dobby n'est qu'un cas particulier. Il faut qu'on se mette d'accord sur les Elfs dans le cas général, et on verra ensuite pour lui.

- Peut on évoquer d'abord la condition générale des Elfs de Maison ?

Elle acquiesça. Il réfléchit un instant, et prit une profonde inspiration avant de se lancer.

- Premièrement, je suis d'accord avec toi que tenir en esclavage des créatures intelligentes est immoral, et quand on y ajoute des mauvais traitements, alors cela devient répugnant et méprisable.

Hermione hocha vigoureusement la tête. Il continua.

- Deuxièmement, j'étais finalement moi même dans cette situation avec les Dursley, et ça me donne quelques droits à avoir une position privilégiée sur la question. Ouais, ça c'est un bon argument.

Il marqua une pause et regarda Hermione qui acquiesça après un moment.

- Troisièmement, je rends hommage à ton sens moral pour améliorer la condition des Elfs de Maison. Je sais que tu le fais pour d'authentiques raisons éthiques, et je j'adore pour ça, et pour d'autres choses.

Il lui offrit un large sourire, mais l'expression d'Hermione était réservée. Bon.

- Quatrièmement, je crois que tu devrais te poser plusieurs questions, et je ne suis pas sûr que tu l'ais fait. Spécifiquement : Pourquoi Winky, ou les autres Elfs de Maison de Poudlard, n'adhèrent ils pas à ton projet ? (Hermione fronça immédiatement les sourcils.) Quel est ton but exactement ? Qu'ils soient heureux ou bien de leur imposer une organisation sociale que tu considères juste, quelque soit les conséquences pour eux ?

Je vais en prendre plein la figure avec ça, mais je dois le lui dire.

Effectivement les yeux d'Hermione brillèrent de colère, et sa bouche se ferma en une ligne serrée, mais elle ne dit rien. Pour l'instant. Il dégluti et continua.

- Quelle est la meilleure stratégie pour atteindre ton but ? Ce n'est pas forcément la plus directe. (Hermione ne broncha pas.) As tu considéré d'autres créatures que les Elfs de Maisons, comme les Centaures et les Loups-Garous par exemple ? (Elle hocha lentement la tête.) Cinquièmement, si tu peux me convaincre que tu as un projet qui a une chance raisonnable de faire quelque chose de bien, alors je suis prêt à financer S.A.L.E. de manière plus que raisonnable. (Le visage d'Hermione s'adoucit légèrement.) Sixièmement, tant que cette histoire avec Voldemort n'est pas terminée, je pense que tu devrais engager quelqu'un pour gérer S.A.L.E. à ta place. (Ses sourcils re-froncèrent immédiatement.) Et septièmement, je suggère que nous discutions de ce problème à Dumbledore. Il m'a déjà exprimé des sentiments proches des tiens. Nous devrions aussi en parler avec Hagrid et Remus, et bien sûr avec Dobby.

Harry arrêta là son discours, et il se dépêcha de se servir une tasse de thé. Maintenant, on va voir si j'ai fichu le reste de la journée en l'air en déclenchant notre première dispute.

Hermione se repassa silencieusement ses paroles. Au moins il n'est pas indifférent sur le sujet. Je suis à peut prêt d'accord avec la plupart de ses idées, et je vais au moins devoir réfléchir en ce qui concerne les autres.

Harry attendait toujours sa réponse. Elle prenait son temps, et il commençait à s'en inquiéter.

- Merci Harry, dit elle finalement.

Il hocha prudemment la tête. Et bien nous n'allons peut être pas avoir de dispute.

- J'accepte quelques un de tes arguments, mais j'en ai aussi de mon coté, continua-t elle.

Son sourire était vaguement inquiétant. C'était celui qu'elle arborait aux échecs, deux ou trois coups avant d'annoncer un mat.

- Premièrement, les attitudes de Kreattur, Winky, et même de Dobby, sont la preuve que le système actuel aliène les Elfs, et leur inflige quelque chose qui ressemble à un lavage de cerveau. Le fait que la magie y joue un rôle ne fait que le rendre encore plus immoral. Deuxièmement, l'histoire de la lutte contre l'esclavage, dans le monde des Moldus, confirme la nécessité d'une position morale pour faire avancer les réformes. Le simple bon sens ne suffit pas. S.A.L.E. sera cette position morale.

Harry écoutait attentivement. Pour l'instant, sa réaction n'était pas trop négative.

- Troisièmement, continua-t elle, je suis d'accord avec toi qu'il faut définir un projet précis. Je vais donc y réfléchir, très sérieusement.

Elle conclut en affichant un sourire triomphant.

- Quatrièmement, et finalement; je considère que je peux désormais compter sur ton soutien actif, dès que j'aurai mis au point une stratégie efficace pour améliorer la situation des Elfs de Maison, et des autres minorités magiques.

Il veut se servir de la logique contre moi, très bien. J'ai juste besoin de renforcer un ou deux arguments et ensuite il sera fait comme un rat.

Harry était plutôt soulagé.

Je crois que j'ai gagné le premier round, de justesse, mais je ne suis pas très confiant sur la suite. Il vaudrait mieux changer de sujet.

Ce qu'il fit que la manière la plus simple possible. Il se pencha vers elle et l'embrassa.

- Sinon, en dehors de ça, qu'est ce que tu veux faire après Poudlard ?

- Je ne sais pas. Je n'ai pas vraiment fait de choix sur une carrière particulière, mais dans tous les cas, je voudrais devenir une sorcière puissante et respectée.

- Comme Dumbledore ?

- Et bien, je n'imagine pas être aussi puissante que lui, répondit elle. (Bien sûr que si, ma grande.) Mais j'aimerai bien être quelqu'un vers qui les gens se tournent dans des situations difficiles.

- Comme maintenant.

- Oui, comme maintenant. (Et c'est ce que fait Dumbledore. Il est en train de préparer Harry, mais sans tout lui dire.) Mais moi, je ne serai pas aussi manipulateur que lui.

Harry hocha la tête, mais sa remarque le fit réfléchir.

- Tu sais, s'il avait annoncé la prophétie à tout le monde, un des complices de Voldemort se serait probablement occupé de moi avant même que je n'arrive à Poudlard.

- On aurait pu te protéger, le Ministère... Oh.

Le Ministère ne l'a pas cru l'année dernière. Harry a raison. Ce n'est pas si simple.

- Oui, et je comprend mieux l'attitude de Dumbledore maintenant, acquiesça Harry. Même si nous ne connaissons pas vraiment sa stratégie.

- Il nous manipule tous.

- Ca te gêne ?

- Pas toi ?

Harry haussa les épaules.

- Non, pas vraiment. Je crois que ses intentions sont honorables, et j'ai confiance en lui. (Mais nous devrions nous attendre à d'autres surprises.) Et puis, ça ne s'est pas trop mal passé, la dernière fois.

- "Et puis ça ne s'est pas trop mal passé."

Il lui tendit la main. Elle la prit et sourit.

- Non, pas trop mal, effectivement.

Ils se regardèrent un moment sans rien dire.

- Et toi, demanda Hermione. Quels sont tes plans, quand tu auras fini tes études à Poudlard ?

- T'épouser !

- Harry ! (Est ce que tu le penses vraiment ?) C'est trop tôt pour parler de ça !

Il rit.

- Non bien sûr, tu as raison. Il va d'abord falloir que je sorte avec d'autres filles. Pour vérifier qu'il n'y a pas mieux ailleurs.

- Harry ! Tu es impossible !

- J'adore quand tu réagis comme ça. (Il l'embrassa et continua d'une voix plus sérieuse.) Pour répondre à ta question, et bien j'avais pensé devenir un Auror, mais je ne crois pas que ce soit la seule chose que je veuille faire.

- Pourquoi pas devenir un joueur de Quidditch ? Comme professionnel ?

Il afficha un sourire malicieux.

- Comme Viktor, tu veux dire ?

Elle refusa de mordre à l'hameçon.

- Oui monsieur Harry Potter, répondit elle très dignement, comme Viktor Krum, qui est un très bon ami à moi, et rien d'autre.

Harry hurla de rire.

- Bien répondu, dit il. Ok, Quidditch comme professionnel pourrait m'intéresser, mais... je ne sais pas. Je continuerais sûrement à y jouer, mais en amateur.

- Pourquoi tu veux devenir un Auror ?

Il fit un geste vague.

- En fait, c'est un peu comme toi. Etre puissant et défendre les autres. Je suppose aussi que le fait que Papa en était un m'influence également. (Il eut un sourire embarrassé.) Et puis il y a le coté prestigieux.

Ils restèrent silencieux pendant un moment.

- Présenté comme ça, nos projets sont un peu gamins, dit finalement Hermione. Il va falloir trouver mieux.

- C'est une bonne chose que nous ayons deux ans devant nous, et Voldemort à vaincre, avoir d'avoir à nous en occuper, dit il avec un petit rire.

Elle était stupéfaite. Voldemort ! Il fait des blagues à propos de Voldemort, alors que la plupart des gens ne supportent même pas d'entendre son nom, sans parler de le prononcer. Je vois maintenant qu'il s'en est vraiment remis, mais il exagère peut être un peu.

Elle le lui dit et il en convint.

- Tu as raison. C'est un peu une surcompensation par rapport à mon attitude précédente. (Il sourit.) Et aussi de l'euphorie à cause de toi, mais j'ai l'impression d'avoir atteint un stade où il ne me fait plus peur. (Harry la regarda très sérieusement.) Il peut me faire du mal, même me tuer, moi ou d'autres, et je le hais plus que tout au monde, mais je n'ai pas peur de lui, désormais.

Hermione admirait sa détermination, mais elle ne se sentait pas aussi sûr d'elle même. Moi j'ai peur, pour moi, pour lui, et pour les autres.

Elle n'avait pas encore affronté le danger comme lui. Pendant la dernière bataille ils avaient combattu en groupe, emportés dans l'action immédiate. Elle savait qu'elle avait suffisamment de courage pour faire bonne figure dans des telles circonstances, mais qu'est ce qui se passerait si elle se retrouvait seule devant le mal qu'ils affrontaient ? Comment réagirait elle face à une souffrance atroce, pour elle ou pour ses amis ? Ets-ce qu'elle serait capable de dépasser sa peur, et d'agir comme il le faudrait ? Je ne sais pas. Tous ce que je sais, c'est que je ne suis pas aussi fort que lui.

Ses doutes devaient se lire sur son visage, et elle ne voulait pas que Harry s'en rende compte, et qu'il ait honte d'elle. Elle se réfugia dans ses bras, pour y trouver le confort mais aussi pour cacher sa faiblesse. Mais elle frissonnait d'angoisse, et ça elle ne pouvait pas le cacher.

- Hermione ?

Elle parla d'une toute petite voix, très différente du ton décidé qu'elle avait normalement.

- J'ai peur, Harry. Je ne sais pas... j'ai tellement peur de ce qu'il pourrait arriver. Harry, je ne suis pas aussi courageuse que toi. Je suis désolée, je vais essayer mais...

Son imagination reconstruisait les horreurs qui avaient déjà eu lieu, et elle lui montrait des variantes où c'était elle même qui figurait dans ces cauchemars, ou ses parents.

- Mon amour, je ne suis pas courageux tout seul. C'est vous tous qui m'aidez à l'être, et même si j'étais seul vous seriez dans mon coeur et ça suffirait. C'est pareil pour toi.

Elle essaya de se raisonner, mais une pensée terrible lui glaça le corps, et elle se mit à trembler encore plus. Je ne pourrais vaincre ma peur qu'après avoir affronté, et survécu, aux mêmes épreuves que lui.

L'idée de la douleur ou de blessures physiques la terrifiait, mais elle savait que c'était quelque chose à laquelle elle ne pourrait pas échapper. Je doit me durcir pour cela, quand ça arrivera je devrait être prête. Lui, il l'avait fait, mais il n'avait pas eu à y penser à l'avance. Elle aurait aussi à lutter contre la peur de l'anticipation.

Harry s'en rendait compte. Il se souvenait de sa propre terreur à la vision de Voldemort dans le cimetière. Il la prit par les épaules.

- Hermione, regarde moi.

Elle essayait désespérément de garder le contrôle d'elle même, mais ses lèvres tremblaient. Il la força à lever les yeux.

- Hermione ! Ecoute moi. Quoiqu'il arrive. N'abandonne jamais. Jamais. Tu entends ?

Elle le regardait, en essayant de se raisonner mais la logique ne lui était d'aucun secours, au contraire.

- Je ne t'abandonnerai jamais, Hermione, dit il avec force. Je trouverai toujours un moyen de t'aider. Ne perds pas espoir, jamais. Promets le moi.

Elle s'accrocherait à ça. A la pensée qu'il serait là pour elle, qu'il la sauverait, quoiqu'il arrive. Si une personne en était capable, c'était lui. Elle acquiesça et se calma un peu. Il la serra dans ses bras et caressa doucement ses cheveux en murmurant des paroles apaisantes.

Le temps passa en silence. Du coin de l'oeil, Harry vit Remus et Tonks qui s'approchaient.

- Nous allons avoir de la compagnie. Nos gardiens sont de retour.

Elle suivit son regard. Harry fit signe aux adultes de les rejoindre.

- Essuie tes yeux, taquina-t il. Sinon ils vont croire qu'on est déjà en train de se disputer.

Elle utilisa rapidement sa serviette. Harry se pencha pour chuchoter à son oreille.

- A propos, je trouve que Tonks est radieuse.

En même temps, il laissa sa main lui caresser le bas du dos. Hermione dégagea et le renversa sur le sol.

- Harry ! Est ce qu'il t'arrive de penser à des choses sensées ? accusa-t elle seulement à moitié amusée, en lui plaquant les mains au sol.

Il se laissa faire et la regarda tranquillement sans répondre. Ca l'énerva jusqu'au moment où elle perçut une trace de sérieux sur son visage.

- Je pense surtout à toi, répondit il doucement. Et je ne lutte que contre ce que je veux pas.

Elle fronça les sourcils. Il est en train de me dire que maintenant qu'il accepte ce qu'il ne peut pas changer, je devrais faire pareil. Elle réalisa qu'il parlait à la fois de ses peurs et de son attitude en général.

Je ne suis pas coincée ! Bon ok, peut être un peu, par rapport à d'autres. Mais je ne me laisse pas aller n'importe comment. Est ce que je suis gênée à propos des choses physiques ?

Elle était assise à califourchon au dessus de lui. Ca ne la gênait pas de le toucher, et d'être à son contact. Elle aimait ça, mais elle voulait contrôler la situation. Mais je ne pourrais pas toujours le faire. Est-ce de ça donc j'ai vraiment peur ? Etre emportée par des sensations physiques que je ne contrôle pas, comme la douleur ou le plaisir ?

C'était une réflexion intéressante. Quand elle se posait des questions elle voulait des réponses, et si elle ne les trouvait pas toute seule, alors elle allait les chercher, dans les livres ou ailleurs.

- On ne vous dérange pas, j'espère ? dit Tonks.

Hermione tourna la tête. Elle et Remus se tenaient par la main. C'est vrai qu'elle est ravissante, et je suis très contente pour Remus.

- Non, en fait nous parlions du futur.

Remus leva un sourcil interrogateur.

- Et alors ?

Elle retourna son regard vers Harry.

- Il y a beaucoup de choses à faire, et à apprendre.

- Nous sommes là pour cela, répondit Remus en souriant.

- Alors on va en profiter, mais on va attendre les autres. Est ce que vous voulez un peu de thé ?

- - -

Les deux Weasley arrivèrent peu de temps après. Ginny avait une idée à leur soumettre.

- Je me disais qu'on pourrait organiser une fête ici et inviter le groupe de Défense. Par exemple, le jour de ton anniversaire, Harry.

Ron opina.

- Ça serait génial, et on pourrait en profiter pour discuter de l'activité du groupe l'année prochaine.

Tout le monde était d'accord. Il fut rapidement décidé que le meilleur point de ralliement était devant le magasin de Fred et Georges, dans le Chemin de Traverse.

- Et à partir de là nous utiliserons le Portoloin de Dumbledore pour les amener tous ici.

La discussion s'engagea sur divers détails d'organisation de la maison où ils allaient passer tout l'été ensemble, pour en arriver naturellement à ce que Remus et Tonks pourraient leur enseigner.

- Vous avez réfléchi à des sujets précis ? demanda Remus.

Hermione consulta ses notes.

- Et bien, le principal c'est combat et défense, bien sûr, mais ça c'était prévu, et je pense que vous jetterez un oeil sur ce que Harry nous a appris l'année dernière. Ensuite, Dumbledore a mentionné le Transplanage. Combien de temps est-ce qu'il nous faudra pour passer l'examen ?

- Je pense que vous serez prêt dans deux à trois semaines, si vous êtes aussi motivés que je l'imagine.

Il parcourut leurs visages soudainement sérieux. Ils acquiescèrent tous solennellement.

- Harry aura aussi besoin de s'entraîner en Occlumencie," ajouta Hermione en cochant une autre case sur sa liste. Nous aussi peut être, et pourquoi pas en Legimencie ? ajouta-t elle interrogative.

Remus échangea un regard avec Tonks. La Legimencie était une pratique très strictement encadrée. Mais ça pouvait leur servir, certainement.

- Hum, je suis d'accord sur le principe, mais je vais quand même demander à Dumbledore s'il n'a pas d'objection.

- Est ce que je vais encore devoir travailler avec Rogue ? demanda Harry.

- Non, répondit Tonks. Tu auras assez de lui pendant l'année scolaire.

- Mais tes relations avec lui sont un problème qu'il faudra résoudre un jour, souligna Remus.

Le visage de Harry se ferma brusquement.

- Après la manière dont il a traité Sirius ! (Il secoua la tête.) De toute façon, quoique je fasse, je suis sûr que ça ne donnerait rien.

- Peut être, mais il faudrait quand même y songer, dit Hermione. (Il lui jeta un regard surpris.) Ne fais pas cette tête. Remus a raison. Et de la même façon, nous devrions définir une stratégie vis à vis des Serpentards, et sur la manière de gérer les provocations de la part de ceux comme Drago.

- Qu'est ce que tu veux dire ?

- Vous vous souvenez que chaque année le Choixpeau ressort la même litanie, comme quoi les quatre Maisons doivent travailler ensemble.

- C'est pas demain la veille ! s'exclama Ron.

- Mais ça doit avoir de l'importance, sinon il ne le répéterait pas à chaque fois, insista Hermione. En fait, je ne serais pas surprise si Poudlard était quelque part affaibli, dans un sens magique, lorsque les Maisons sont désunis. (Elle se tourna vers Remus et Tonks.) Ça vous parait logique, non ?

Harry fronça les sourcils. Les quatre maisons. Gryffondor et Serpentard, comme dans le livre de Sirius.

- Ce n'est pas impossible, dit Remus. Bien sûr la personne la mieux à même de répondre est le Directeur. (Il la considéra avec curiosité.) Est ce que tu penses à quelque chose de précis ?

- Et bien, répondit elle, je me disais que Poudlard avait été étrangement passif dans la lutte contre Voldemort, et malgré ça l'école est impliquée, et pas seulement à cause de nous... (Elle soupira.) Mais il me manque des informations. Je viens des Moldus et il y a trop de choses que je connais pas encore de votre monde, et en particulier sur votre l'organisation sociale, mais j'ai noté plusieurs points :

Elle énuméra sur ses doigts.

- Il y a un Ministère, plusieurs anciennes familles, dont certaines sont importantes, des écoles, et pas seulement Poudlard, qui elle même est divisée en quatre Maisons, auxquelles certaines familles sont fortement associées. Il y a aussi les Mages Noirs qui semblent apparaître préférentiellement dans certaines familles.

- Et surtout chez Serpentard, insista Ron.

- Oui, sans doute, mais je me demande s'il n'y a pas des liens profonds entre toutes ces choses. Des liens cachés que nous devrions peut être prendre en compte. (Elle regarda les quatre sangs purs.) Est ce que je parle de choses qui vous semblent évidentes ? Ça ne fait certainement pas partie du programme de l'Histoire de la Magie, à moins que j'aie raté quelque chose.

Ron et Harry échangèrent des sourires amusés. L'Histoire de la Magie était enseignée par le professeur le plus barbant de l'école. Un fantôme qui faisait le même cours depuis des siècles, et qui ne couvrait que les anciennes guerres avec les Goblins. Personne ne faisait attention à lui, sauf quelques fanatiques comme Hermione.

- Tu es en train de parler de l'organisation entre les pouvoirs, dit Remus.

- Euh, oui, si vous voulez.

- D'accord. (Remus hocha la tête et passa en mode conférencier.) Là, je dois pouvoir compléter ce que tu sais déjà. Dans le monde des Moldus, si j'ai bien compris, le pouvoir est souvent économique, ou appuyé sur des éléments de l'économie, l'argent, la propriété, les entreprises. Les sorciers ne sont pas assez nombreux pour opérer de la sorte. L'argent compte un peu, mais pas tant que cela.

Ron et Ginny affichèrent des mines embarrassées, comme ils le faisaient à chaque fois que le sujet était abordé. Les Weasley n'étaient pas riches. Remus les ignora.

- En fait, il est principalement utilisé pour acheter directement des objets ou des services, continua-t il. La seule institution financière est Gringotts. Une seule banque pour l'ensemble du monde magique. Ce que nous avons en quantité c'est la magie, et c'est donc la base de nos organisations. Il ne s'agit pas tant de l'importance des sorciers individuels, qui sont plus ou moins puissants, mais surtout d'alliances et de rituels qui remontent à l'époque des premières communautés de sorciers.

Harry et Hermione écoutaient attentivement. Les autres devaient savoir ça, mais c'était complètement nouveau pour eux.

- Ces rituels et ces alliances sont une source importante de puissance magique, expliqua Remus. Beaucoup d'entre eux sont des secrets jalousement gardés. Certains sont dépendants de reliques ou de lieux particuliers. Les écoles comme Poudlard, et les organisations comme le Ministère sont en réalité des développements relativement récents. Poudlard est la plus ancienne école, et son système à quatre Maisons est unique.

- Mais il y a d'autres écoles.

- C'est exact, mais elles sont toutes plus petites et plus homogènes. En ce qui concerne le Ministère de la Magie, il y a un organigramme officiel qui représente une répartition superficielle de certaines juridictions, mais celles-ci ne concernent en fait que des activités secondaires. Derrière cette façade, il y a plusieurs groupes qui coopèrent généralement, mais pas au delà de leurs intérêts particuliers, et qui sont essentiellement des alliances d'anciennes familles.

Remus hésita.

- Je ne suis pas sûr, mais il est possible que les Maisons de Poudlard aient été une tentative de réorganiser ces communautés. Là encore, il faudrait demander au Directeur. En ce qui concerne les Mages Noirs, c'est un fait qu'ils sont plus présents dans certaines familles que dans d'autres.

- Le discours officiel est bien sûr qu'il n'en est rien, dit Tonks, et que chaque occurrence est un cas particulier de déviance individuelle. En fait, c'est un sujet tabou.

- Oui, dit Remus. Je ne serais pas surpris s'il y avait quelque chose d'autre, une sorte de vulnérabilité intrinsèque, mais même si c'était le cas, et que cela puisse être prouvé, il n'y a probablement aucune chance pour qu'une famille renonce à son héritage sans se détruire elle même.

- Comment ça ? demanda Hermione.

- Et bien, une des raisons de l'importance donnée aux sangs purs, et surtout à certaines familles, est l'existence de rituels familiaux, souvent très anciens, et qui leur confèrent des pouvoirs particuliers.

- Drago ! cria Harry.

- Oui, il y a de bonnes chances pour que la famille Malefoy utilise des rituels de magie noire, et que Drago y est, ou va y être, associé.

- Mais Voldemort n'est pas un sang pur, remarqua Ginny. Et pourtant, il s'allie avec eux.

- C'est vrai, mais nous savons que Tom Jedusor est l'héritier de Serpentard, donc il peut invoquer cette légitimité, répondit Hermione. (Elle réfléchit à ce que Remus venait de dire.) Je pense que ce serait très intéressant de rechercher toutes les informations qui lient les Mages Noirs à certaines lignées.

- Et on sait tous qui est la personne la mieux placée pour le faire, dit Ron d'un ton ironique.

- Peut être, répondit elle avec un sourire charmeur. Mais je pense que ça irait plus vite si d'autres personnes m'aidaient dans les lectures et les prises de notes. Merci de t'être porté volontaire Ron.

Tout le monde éclata de rire, sauf Ron qui grimaça. Harry expliqua qu'il voulait d'abord lire le livre de Sirius, et donc qu'il ne participerait pas à leurs travaux au début, ce qui lui valut un regard écoeuré de la part de Ron. Ils iraient visiter la bibliothèque de Poudlard, demain, et en attendant, ils passeraient en revue les livres disponibles ici.

Ils se levèrent tous pour se diriger vers la maison. Tonks annonça qu'elle allait prendre des affaires chez elle, et qu'elle serait de retour en fin d'après midi. Remus se cala confortablement contre un arbre, et il commença la rédaction de quelques notes sur les futurs cours de défense et de Transplanage. Harry le rejoignit avec le livre de Sirius. Hermione, Ginny et Ron revinrent avec une grande quantité de livres, plumes et parchemins, et ils s'installèrent sur la table de la terrasse. Hermione organisa le travail et Ron poussa un gros soupir avant d'ouvrir un vieux grimoire à la couverture poussiéreuse.

Pendant plusieurs minutes, le seul bruit fut celui des pages qui se tournaient, et des plumes qui grattaient le papier.

Remus était extrêmement satisfait. Bien des choses avaient changé depuis deux jours et il pouvait anticiper une longue période d'enseignement et de leçons particulières au bénéfice de ses élèves préférés, sans parler de Tonks. Il jeta un oeil à Harry qui était plongé dans la biographie des anciens sorciers. Sirius lui avait un peu parlé de ce livre, mais il n'avait pas eu l'occasion de le consulter, en dehors d'un balayage rapide de quelques pages. Une des choses que Sirius avait mentionnées était la similitude troublante entre la situation actuelle et celle qui existait à l'époque de la fondation de Poudlard. Ce serait très intéressant de creuser ça.

Le temps passa, rythmé par leurs activités silencieuses. Tonks était revenue, son arrivée annoncée par un bruit de déplacement de coffres et de bagages divers en provenance du hall, puis elle vint rejoindre Remus.

Le soleil venait de passer derrière un arbre. Harry se leva et s'approcha de la table où ses amis travaillaient toujours, à coté d'une pile impressionnante d'ouvrages en provenance de l'ancienne bibliothèque de la famille Black. Ron s'appliquait très sérieusement et méthodiquement à mettre à jour des listes de références détaillées. Pour Harry, qui avait plutôt l'habitude de le voir bâcler ce genre d'activité, ce n'était rien moins qu'une révélation. Ginny était aussi sérieuse qu'Hermione, mais ça, ce n'était pas vraiment une surprise. Harry les regardait avec affection. C'était la même impression de fierté et de camaraderie qu'il avait eut lors des cours de défense. Tous ensemble, ils oeuvraient en vu d'un objectif commun important.

Il se mit derrière Ron et Ginny et plaça ses deux mains sur leurs épaules. Ils levèrent les yeux. Harry était prêt à taquiner Ron sur son assiduité, mais ça ne serait pas approprié. Il pourrait le faire plus tard, pour l'instant, il voulait simplement les encourager. Il serra doucement leurs épaules et hocha la tête, admiratif. Il accrocha le regard d'Hermione.

- Vous êtes là dessus depuis plus de deux heures. Pourquoi ne pas faire une pause et piquer une tête dans la piscine ?

- Oui ! approuva Ron. Et ensuite ça va être l'heure de dîner. (Hermione lui jeta un regard sévère.) Euh... je veux dire, pour que nous soyons en pleine forme pour continuer ce soir, ajouta-t il rapidement.

Hermione fronça les sourcils, mais sa bouche se tordait malgré elle, avant d'afficher un sourire amusé. Elle marqua sa page et ferma soigneusement son livre.

- D'accord. On arrête là et on se contentera d'une synthèse rapide pour ce soir. Je ne voudrais pas vous faire trop travailler pour un premier jour.

- C'est très aimable à vous, professeur Granger, railla-t il.

- Surtout que tu ne peux pas lui emprunter ses notes comme d'habitude, ajouta perfidement Ginny, avant de courir se réfugier dans la maison pour éviter sa réaction.

Harry la suivi en riant. Ron se tourna vers Hermione.

- Tu sais, ce genre de truc n'est pas trop pénible, finalement. En tout cas, pas comme les devoirs qu'on nous donne à l'école.

- Et bien en fait, c'est exactement la même chose qu'un devoir scolaire, sauf que là nous le faisons pour nous, répondit elle.

- Et pour Harry.

Hermione le regarda avec attention.

- On n'a pas eu l'occasion d'en parler. Tout c'est passé si vite. J'espère que tu es... bien, avec le fait que Harry et moi on soit ensemble ?

Il détourna son regard. Est ce que je devrais lui dire ce que j'avais espéré ? Quel intérêt ça aurait il ?

- Ron ? (Elle étendit le bras et prit sa main dans la sienne.) Toi et Harry vous avez toujours été mes amis, et vous êtes très important pour moi... et nous ne nous sommes jamais menti.

Il se tourna vers elle et baissa les yeux. Elle ne m'a jamais pris la main avant. En fait aucune fille ne l'avait jamais pris par la main. Il se rendait compte que c'était quelque chose qui lui manquait.

- Et bien, on ne se dit pas tout non plus, répondit il, sans la regarder en face.

Elle était quoi pour lui ? Une amie, oui bien sûr, mais pas vraiment une confidente. Il savait qu'il pouvait lui faire confiance, mais pas jusqu'à évoquer ses propres sentiments, c'était autre chose.

Hermione sentait son embarras et elle en devinait la cause. La situation était délicate. Sans aller jusqu'à se mêler de choses intimes, elle voulait être sûr que Ron ne gardait pas des regrets ou des blessures, qui pourraient se transformer en ressentiment plus tard.

- Ron, écoute moi...

Elle avait parlé d'une voix très douce. Pas du tout le ton qu'il avait l'habitude d'entendre de sa part. Il tourna enfin la tête pour la regarder.

- ... tous les trois, on a grandit ensemble, et découvert le monde. Au début, on n'est pas toujours conscient de certains sentiments. L'amitié, l'admiration, l'attirance... et l'amour. Je ne savais pas que j'était amoureuse de Harry jusqu'à quelques jours, mais je crois que j'ai toujours eu des sentiments particuliers pour vous deux, même si ce n'était pas très clair pour moi. (Elle plaça son autre main sur celle de Ron.) Et je sais qu'il y avait aussi de ça pour Harry... et peut être pour toi aussi ?

Il déglutit et détourna à nouveau son regard. Elle vient de le dire, mon vieux. Tu peux bien avoir le même courage non ?

- Euh, oui... un peu, marmonna-t il.

Il était très inconfortable, mais c'était une occasion parfaite pour éclaircir les choses. Instinctivement, il en sentait l'importance. Il la regarda en face.

- Je crois que j'aurais aimé sortir avec toi, moi aussi, dit il enfin.

Il réalisait à peine ce qu'il venait de dire, mais Hermione affichait un sourire affectueux.

- Je suis désolée. Maintenant, je sais que tu as un peu de peine, et je suis désolée pour ça aussi.

Il haussa les épaules.

- C'est bon. Enfin non, c'est pas bon. (Il se tortilla sur sa chaise.) Je veux dire, ne t'inquiète pas pour moi. Tout ça, c'est des gamineries, ajouta-t il, en retrouvant de son esbroufe habituelle.

Elle ne s'y trompa pas.

- Je ne suis pas inquiète pour toi. Je me sens concernée et je tiens à toi.

- Je suis vraiment très heureux pour toi et pour Harry, dit il sincèrement. C'est vrai, je le suis vraiment.

Le fait de le dire lui réchauffa le coeur. Hermione était touchée de sa sincérité.

- Maintenant j'ai une dette envers toi.

- Hein ?

- J'aimerai que tu trouves quelqu'un, toi aussi. Le jour où ça arrivera, je serais là pour t'aider.

Il afficha une expression indignée.

- Parce que tu crois que j'ai besoin d'aide !

Mais en vrai, l'offre d'Hermione ne lui déplaisait pas. Elle était même très tentante.

- Bien sûr que oui ! Tu as un coeur gros comme ça, et tu es adorable, mais je te connais, et je sais que tu en verras de toutes les couleurs. Tu te souviens de Cho et de Harry ? (Ron acquiesça en grimaçant. Elle continua.) Non pas que je sois une experte, mais au moins je serais impartiale. (Son sourire devint malicieux.) A moins que tu ne préfères voir avec Ginny ?

"Non pas que je soit une experte mais au moins je serais impartiale." Son sourire devint malicieux. "A moins que tu ne préfère demander l'aide de Ginny?"

Sa grimace se changea en une expression horrifiée.

- Non ! Il vaut mieux que ce soit toi.

Il était sûr qu'il préférait rester célibataire toute sa vie plutôt que de subir l'humiliation de demander à sa petite soeur, la bonne manière de sortir avec des filles.

- Alors c'est entendu. On va se baigner maintenant ?

- Je veux !

Ils se levèrent. Spontanément Hermione s'approcha et lui mit les bras autour du cou avant de l'embrasser doucement sur la joue. Ron était surpris, et un peu embarrassé. C'était aussi la première fois qu'elle avait fait ça. Le contact du corps d'Hermione contre le sien était... Il valait mieux qu'il arrête d'y penser. Harry t'es un sacré veinard!

- Dommage que tu n'ais pas une soeur jumelle, dit il en blaguant, presque. (Il secoua la tête et se dégagea avant qu'elle ne puisse répondre.) Allez, on avait dit qu'on aller nager.

- - -

Après leur baignade, des Hiboux furent envoyés à ceux qu'ils voulaient inviter, puis ils dînèrent. Dobby avait glissé ses cadeaux sous leurs serviettes. Chaleureusement félicité et remercié, l'Elf se tordit de plaisir et expliqua longuement que, au contraire, c'était lui qui les remerciait d'être si bons et généreux, et qu'ils étaient les plus nobles sorciers et sorcières qu'un Elf pouvait rêver connaître et servir. Hermione fit un effort héroïque pour ne rien dire.

Le reste de la soirée se poursuivit tranquillement. Tonks mis en service son phonographe, et Hermione et Ginny en profitèrent même pour donner des cours de danse à Harry et Ron.

L'été ne faisait que commencer.