Coucou tout le monde!

Comme promis, je poste un dernier chapitre avant de déménager (demain!!) et de devoir faire un break dans mes publications.

Aucune inquiétude à avoir, je reprendrai mon rythme habituel dès que ma ligne sera rétablie!


Disclaimer : ceci est une traduction de la fic "Coping with hope" de Laurenke1. J'ai obtenu son autorisation pour la traduire et la publier.

Bonne lecture!!


Chapitre 4

Les hiboux étaient rares à Londres. La plupart des habitants de cette cité n'avaient jamais vu une chouette, sauf peut-être au zoo. Ces oiseaux nocturnes voletant durant la journée étaient encore plus rares, mais là encore, les Londoniens avaient la présence d'esprit de ne pas questionner les phénomènes inexplicables. Il pouvait tout aussi bien s'agir du réchauffement climatique que de la pollution, ou bien de la bizarrerie inhérente au règne animal.

Pour certaines personnes, les chouettes n'étaient pas de rare occurrence, et jamais hiboux n'avaient été attendus avec autant d'impatience et d'effroi que ceux-ci. Les résultats d'examens l'étaient également mais le sentiment n'était pas exactement le même.

Deux chouettes descendirent vers un petit parc dans la banlieue de Londres. Les riverains de la Place Grimmauld estimaient être les victimes d'une numérotation fantasque. Quelle personne saine d'esprit placerait le numéro 11 à côté du numéro 13 ? Mais il en avait toujours été ainsi et cela ne changerait certainement pas de si tôt.

Il existait cependant un 12 Place Grimmauld, et il s'agissait de la destination des volatiles. Ils se glissèrent dans la cheminée de la maison inexistante. A l'intérieur de la vieille cuisine, un vénérable elfe de maison leva les yeux. Ses rares cheveux hirsutes au-dessus de ses oreilles chauves se dérangèrent davantage lorsqu'il sursauta à l'apparition des deux oiseaux qui traversèrent élégamment la pièce pour atterrir sur la table.

« Maître Harry, vous avez du courrier. » couina l'elfe dans la cage d'escalier avant de s'en retourner à sa cuisine, murmurant pour lui-même, trop bas pour que qui que ce soit l'entende, alors que les hiboux attendaient patiemment que les destinataires des missives arrivent.

Harry descendit les escaliers au cri de Kreattur. Les lettres leur étaient enfin parvenues. Il semblerait que Snape ait tenu sa parole et ait effectivement envoyé un mot au professeur McGonagall. L'espace d'un instant, Harry avait craint que Snape n'ait déclaré qu'il ne s'était pas présenté et qu'il ne doive par conséquent repasser le test, ce qu'il n'était pas sûr de pouvoir faire.

Après cette épreuve, il s'était senti mieux mais très fatigué. Sa magie avait été un peu instable et Hermione avait requis de sa part une visite chez Madame Pomfrey. Mais pourquoi faire ? Il n'avait pas de problème. Il lui fallait un peu de repos et tout se passerai bien.

Il soupira. Parfois, il lui semblait que, tout comme sa vie, sa magie prenait son temps pour revenir à la normale. Bien sûr, sa connexion à Voldemort avait disparu maintenant et, en conséquence, la magie d'Harry le faisait souffrir. Son corps et son esprit étaient entièrement siens, pour la première fois depuis aussi longtemps qu'il s'en souvenait, et cela demandait quelques ajustements, voilà tout.

« Hermione ? » appela-t-il.

« Oui Harry ? » La voix d'Hermione provenait de la bibliothèque et Harry sourit. Il aurait du le savoir. Il s'autorisa un grand sourire et se dirigea vers la bibliothèque, entrant dans la pièce étouffante. Il regarda autour de lui. Des étagères chargées occupaient les murs et Hermione lui jeta un coup d'œil au-dessus d'un épais volume, ses sourcils se rejoignant presque sous l'effet de la concentration.

Harry ne voulait même pas savoir ce que contenait ce livre et il se contenta de s'adosser contre le chambranle de la porte, croisant les bras sur sa poitrine alors qu'il déclarait : « Kreattur dit que les lettres de Poudlard sont arrivées. »

Il vit Hermione se tendre soudainement et il lui sembla que sa propre nervosité augmentait d'autant. Il lui lança un vague sourire et elle ferma sèchement son livre, se levant, lui répondant faiblement. « Bon, allons-y. Nous verrons bien avec qui ils nous ont placé. »

Harry acquiesça et la suivit. Il prit une profonde inspiration lorsqu'ils atteignirent la cuisine. Il aurait pensé que les lettres arriveraient plus tôt mais deux jours après son dix-huitième anniversaire laissaient suffisamment de temps. L'école ne pourrait après tout rouvrir que dans presque deux mois.

Harry observa les lieux et soupira. A l'exception d'Hermione, de Kreattur et de lui-même, la maison était vide. Pendant un temps, Ron avait considéré l'opportunité d'emménager également mais il avait finalement décidé de rester chez lui, d'aider sa famille à surmonter la perte récente de Fred.

Harry frissonna au souvenir de ces yeux qui fixaient le plafond sans ciller. Du sourire qui s'était à jamais gelé sur le visage de Fred. Le sourire qui n'avait pas reparu sur celui de George. Il se força à se distancer de ses réminiscences.

Il était plus aisé de ne pas penser à tout cela, même si Hermione ne cessait de lui dire que la bonne manière de faire son deuil était de parler des défunts. Et si Harry n'avait pas envie d'en parler ? En outre, à qui devrait-il en parler ? Aux Weasley ? Ron ? Ginny ? Tous avaient leurs propres problèmes… Non, il valait mieux que la vie reprenne son cours le plus rapidement possible.

Même son anniversaire avait été très calme. Il avait apprécié un dîner tranquille chez les Weasley, mais la cuisine de Mrs Weasley n'avait pas été à la hauteur de ses prouesses coutumières. Mais à quoi d'autre s'attendre ? Elle venait de perdre un fils et, bien qu'elle essaye de toutes ses forces – Harry pouvait voir qu'elle faisait vraiment de son mieux –, il était très clair que le cœur n'y était pas.

« Harry Potter, Monsieur, Kreattur a renvoyé les hiboux… » L'elfe s'inclina si profondément que l'extrémité de son nez toucha le sol. Harry était distrait par les deux lettres qui reposaient sur la table et il le congédia : « Oui, merci, Kreattur. »

Hermione inspira profondément et prit brièvement la main d'Harry avant de s'emparer de sa lettre. Ses yeux brillaient lorsqu'elle demanda : « Ne devrions-nous pas les ouvrir au Terrier ? Je suis certaine que Ron et Ginny ont tous deux reçu les leurs. »

Oui, Ron et Ginny. Ginny serait dans la même année que lui désormais. Harry souffla et hocha la tête. Il se demandait qui serait son tuteur, qui serait considéré comme étant à la hauteur pour lui enseigner la Défense, entre autres choses ? Serait-il possible qu'il soit avec Neville ou bien serait-il seul ?

Il soupira. Il n'avait qu'un seul moyen de le savoir. Il prit la main d'Hermione et, avec un dernier regard en direction de Kreattur qui leur sourit avant de continuer à remuer la quelconque mixture qu'il cuisinait, ils transplanèrent à la maison des Weasley, le Terrier.

***************

Plop.

Les oreilles d'Harry sifflaient lorsqu'ils arrivèrent sur la pelouse entourant ce qui semblait être une bâtisse pour le moins instable. Le Terrier avait toujours été un lieu qui inspirait à Harry la joie et le réconfort, mais à l'heure actuelle, il sentait des frissons le parcourir alors qu'il regardait le bâtiment biscornu. De la fumée s'élevait de la cheminée et Harry se demanda si quelqu'un les avait entendus approcher.

Hermione lui jeta un coup d'œil, puis à la lettre qu'elle tenait serrée entre ses doigts. Harry lui sourit. « Attendons-nous Ron ou ne peux-tu patienter ? »

« Oh, Harry ! Je suis affreusement prévisible, n'est-ce pas ? C'est seulement que… tout redeviendra normal. On va retourner à Poudlard et on va continuer nos études et oublier l'année qui vient de passer. » cria-t-elle.

« Ouvre là alors. » Hermione lui offrit un sourire si heureux et soulagé qu'Harry sentit le sien vaciller. Mais qu'avait-il eu en tête, l'année précédente, pour emmener ses amis dans ce voyage infernal ? Il repoussa ses pensées au fond de son esprit avec un froncement de sourcils lorsqu'Hermione laissa échapper un cri joyeux.

Ce fut le seul avertissement que reçut Harry avant que la jeune femme ne jette ses bras autour de lui. « Oh, Harry, c'est extraordinaire ! Le professeur McGonagall est ma tutrice et la lettre dit que je serais prête à passer mes ASPICs dans toutes les matières si je le souhaite, qu'elle m'aidera et oh… »

Harry ne put que lui tapoter le dos, sincèrement heureux pour elle. Cela ne fit que le rendre plus curieux de l'identité de son propre tuteur.

« Ah, le grand Harry Potter apparaît une fois de plus pour sauver la journée ! » Harry fronça les sourcils lorsqu'il entendit la voix douce de Ron alors qu'Hermione enlaçait le sorcier roux.

« Qu'est-ce que tu veux dire, Ron ? » demanda-t-il d'une voix un peu dure, sentant la frustration montrer le bout de son nez.

« Et bien s'il ne sauve pas le monde, il tente de faire en sorte que les paparazzi le prenne en photo avec son amie ! » La voix de Ron était glaciale.

« Mais qu'est-ce que tu racontes, vieux ? Hermione était juste heureuse d'avoir un tuteur qu'elle apprécie. »

« Oh, donc tout va bien, alors ? » le défia Ron, le ton montant. Harry s'énerva immédiatement, ses yeux verts se rétrécissant et sa magie enflant légèrement. Mais qu'est-ce qui lui prenait ?

« Le professeur McGonagall est ma tutrice, Ron. As-tu déjà ouvert ta lettre ? Viens à l'intérieur, il fait trop chaud dehors… » Hermione lança à Harry un regard lui intimant de ne pas insister. Ron avait été d'une humeur étrange depuis le décès de Fred et, pendant un temps, Harry avait essayé de l'ignorer, de traiter Ron comme avant, mais il devenait de plus en plus difficile pour lui de gérer tout cela patiemment.

Ron fixa Harry durement puis se dirigea vers la maison, permettant à Hermione de le traîner derrière elle, Harry les suivant en soupirant, sa lettre encore intacte à la main. Serait-ce de cette manière qu'il serait toujours reçu dorénavant ou bien était-ce son imagination qui lui faisait croire que Ron le blâmait pour la mort de Fred ? Cela se pouvait mais il avait cette drôle de sensation au creux de son estomac… Ce n'était pas le fin mot de cette histoire.

*************

La cuisine du Terrier était toujours la même mais une certaine tension flottait dans l'air. Quelque chose qu'Harry n'arrivait pas à identifier mais qui le mettait mal à l'aise alors qu'il prenait place dans l'une des chaises dépareillées derrière la table miteuse.

Il jouait avec sa lettre, tentant faiblement de sourire à Hermione alors qu'elle arborait un sourire rayonnant. Mrs Weasley s'affairait, leur servant à boire avant de sortir du four, d'un coup de baguette, ses gâteaux fraîchement préparés. Elle lança un sort de refroidissement sur ses pâtisseries avant de les poser sur la table.

« Donc nous savons qu'Hermione va étudier avec Minerva et Ron avec le professeur Flitwick. Il ne nous reste plus qu'à savoir avec qui Harry va travailler ? » La voix de Molly était forte mais Harry pouvait y entendre une once de douleur qu'il n'aimait pas du tout.

« Oui, ce très cher Harry passe en dernier parce qu'il est si important que… » Harry leva brutalement la tête lorsqu'il perçut le léger murmure de Ron. Son meilleur ami rencontra son regard sans tressaillir, de la colère brûlant dans ses yeux bleus. Une colère avec laquelle Harry n'était pas familier et qu'il trouvait quelque peu terrifiante.

Il décida de l'ignorer et ouvrit sa lettre, ses yeux scannant le parchemin devant lui.

Il fronça les sourcils. Voilà qui était étrange. Hermione se pencha, le bras de Ron glissant de ses épaules alors qu'elle demandait, inquiétée par le regard d'Harry : « Qui est-ce ? Est-ce… Snape ? » Sa voix tremblait.

« Non, c'est un mot du professeur McGonagall… »

« Oh, laisse-moi deviner… Ils veulent que le grand et unique Harry Potter partage ? » Harry leva les yeux pour tomber sur le sourire moqueur de Ron. Il était fatigué et en avait franchement marre. Il ouvrit la bouche et s'apprêtait à rétorquer lorsque Mrs Weasley le devança. « Ronald, arrête ! »

Ron regarda sa mère de travers avant de reporter son regard sur Harry. Hermione lui demanda anxieusement de continuer.

« Je n'ai pas du tout besoin de partager. Elle me demande de venir dans son bureau aussi vite que possible à réception de la missive. Elle dit qu'elle veut me parler. »

« Quand je vous dis qu'il est particulier. Il a droit à un traitement spécial, juste parce qu'il retourne à Poudlard. » l'interrompit hargneusement Ron, regardant à nouveau sa mère. La colère avait fait son retour dans ses yeux et Harry se leva, vibrant de rage.

« Et qu'est-ce que c'est sensé vouloir dire ? Ou alors c'est encore cette vieille rancune ? Celle dans laquelle tu ne te sens suffisamment spécial parce que tu n'as pas cette foutue cicatrice !! » Harry savait qu'il aurait dû traiter Ron comme à son habitude mais il ne pouvait pas.

Ron se leva également et ils se fixèrent méchamment du regard par-dessus la table. Harry n'aperçut même pas Ginny lorsqu'elle entra dans la pièce. Hermione les regardait comme des joueurs de tennis sur un court.

« Je ne voudrais pas de ta cicatrice même si on me payait pour ça ! » gronda Ron, la main sur sa baguette.

« Je suis chanceux alors de devoir porter cette cicatrice qui me rappelle ma famille jour après jour ! Tu n'as pas idée comme j'aimerais m'en débarrasser ! »

« Et bien, laisse moi donc t'aider avec ça ! Peut-être que je deviendrais célèbre pour avoir assassiné Harry Potter ! »

« Comme si tu n'étais pas assez spécial en ayant une famille normale. » grogna Harry.

« Une famille qui a souffert parce qu'elle s'est placée aux côtés d'Harry Potter. Tu n'avais rien à perdre l'année dernière, moi si ! »

« C'est pour ça que tu es parti ? » Harry savait qu'il se montrait injuste et, alors qu'il regardait les yeux de Ron s'assombrir et son visage se colorer, il sut qu'il avait porté un coup bas. Hermione hoqueta mais garda le silence. Harry tremblait mais il se sentait si bien à laisser ainsi s'exprimer sa colère, la reportant sur Ron, bien qu'il soit conscient qu'il risquait d'endommager leur amitié. Il avait besoin que Ron redevienne comme avant.

« Je suis parti parce qu'il s'agissait à nouveau de la même rengaine. Harry Potter ceci, Harry Potter cela… Et maintenant tu recommences. Il n'y a que toi qui aies de l'importance, personne d'autre ! Tu te fiches de savoir qui tu blesses ou ce que les autres peuvent sacrifier pour être à tes côtés. Tu n'as pas de famille donc tu n'as rien à perdre mais cependant tu essayes toujours de voler ce qui m'appartient. »

Le coup frappa Harry profondément et il siffla, fixant Ron : « Et qu'ai-je donc volé qui t'appartienne ? »

« Tu essayes de me prendre Hermione ! » Cette réponse était si inattendue qu'Harry dut combattre l'envie d'éclater follement de rire. Hermione sauta sur ses pieds et Mrs Weasley s'exclama : « Ronald ! »

Les yeux de Ginny se rétrécirent mais Harry ne s'en rendit pas compte tandis qu'il s'efforçait de retrouver son calme. Il déclara avec un petit sourire en coin : « T'as définitivement perdu les pédales, mon vieux, si tu penses qu'Hermione et moi sommes autre chose que des amis. Peut-être que si tu étais moins absorbé par toi-même, tu l'aurais compris. »

Sur ces mots, sa lettre froissée dans la main, Harry sortit de la cuisine et se dirigea vers l'entrée. Il frémissait de rage et, sur le point de quitter les lieux, il entendit la suite de la conversation.

« Ronald, ce n'était pas juste de dire ça ! Et en outre, je n'appartiens à personne d'autre que moi-même ! » La voix d'Hermione semblait un peu froide.

« Ouais, mais je… c'est compliqué et difficile, Hermione. C'est juste… il est Harry et je ne sais pas quoi faire d'autre pour l'atteindre ! » Le ton de Ron était toujours coléreux mais Harry tenta de se focaliser sur la discussion.

« Tu pourrais essayer de lui parler, Ron. Il comprendrait que tu te sens responsable de la mort de Fred. »

« Harry ? » Harry cessa d'écouter et n'entendit pas la réponse de Ron. Il était sûr de ne pas vouloir l'entendre de toute manière. Il vit que Ginny se tenait là. Elle le regarda dans les yeux, très déterminée. « Il ne faut pas en vouloir à Ron. C'est un crétin invivable en ce moment. Je suis sûre qu'il se calmera. »

La colère d'Harry s'attisa de nouveau et il répondit d'une voix tendue : « Je préférerais ne pas parler de Ron. »

Ginny sourit et elle se pencha vers lui, raccourcissant la distance qui les séparait, et dit sur un ton léger : « Tant mieux, parce que je n'ai pas envie d'en parler non plus. »

Harry aurait dû se sentir transporté de joie lorsqu'elle lui sourit comme elle le faisait auparavant, il aurait dû, vraiment. Mais il en était incapable. Il n'arrivait pas à ressentir quoi que ce soit à part une forte envie de partir. Il secoua la tête, se forçant à sourire, tout comme il se força à passer un bras autour de Ginny.

« De quoi veux-tu parler alors ? »

« Qui a dit que je voulais parler de quoi que ce soit ? » demanda-t-elle, ses lèvres incroyablement proches. Harry se contenta de la fixer alors qu'elle pressait ses lèvres contre lui, murmurant : « Joyeux anniversaire, Harry. »

Puis ses lèvres se posèrent sur les siennes et Harry savait qu'il aurait dû ressentir une certaine félicité, sentir que tout se remettait enfin en place. Il aurait dû se sentir léger et heureux que tout soit redevenu comme avant, comme lorsqu'il sortait avec Ginny, au début. Mais il ne l'était pas. La sensation était étrange et très bizarre. Comme si quelqu'un d'autre l'embrassait et non sa douce et innocente Ginny.

Il se sentait mal à l'aise, mais pourquoi ? Il avait une autre chance avec Ginny et tout était normal. Voldemort avait été vaincu alors pourquoi n'était-il pas heureux avec sa petite amie ? Pourquoi avait-il cette sensation si bizarre alors qu'il devrait être transporté d'embrasser à nouveau la rouquine ?

Il lui sembla que Ginny le sentait également parce qu'elle se recula et lui sourit : « C'est étrange, n'est-ce pas ? »

Harry ne put qu'opiner.

« Je suis persuadée que ça redeviendra vite comme avant. » Et alors qu'Harry hochait de nouveau la tête, soulagé, il pensait que, peut-être, il ne désirait pas vraiment que les choses reviennent à leur état antérieur.

***********

Severus darda un regard sombre sur le vieux château menaçant qui lui faisait face.

Poudlard.

Son passé.

Le lieu dans lequel il avait vécu ses pires années, et ses meilleures.

Sa maison.

Oui, un refuge pour ceux dont la présence était indésirable dans le monde sorcier.

Un sanctuaire pour les enfants dotés de pouvoirs magiques et pour les parias, comme lui, Voldemort, Albus Dumbledore et Harry Potter.

Il secoua sèchement la tête avant de boitiller vaillamment le long du chemin sinueux qui conduisait au château. Les sangliers gardant les grilles le regardèrent silencieusement passer, retournant une fois de plus, presque brisé, vers ce lieu qu'il n'avait aucun droit de considérer comme sien.

Il s'était tenu au même endroit, près de vingt ans auparavant, souffrant du même prédicament.

Ses espoirs détruits et ses rêves perdus ou abandonnés.

Il soupira. Seulement maintenant était-il sûr que le peu de respect qu'il avait réussi à gagner avait irrémédiablement disparu.

Il n'avait aucune protection, à l'exception, peut-être, de celle de Potter, mais il refusait de seulement considérer ce fait. Il serait coincé avec le gosse jusqu'à ses vieux jours, non merci ! Il ricana à cette idée.

Albus était mort, tout le monde l'en savait responsable. Tout le monde. Tous le condamnaient pour cela de toute manière.

Tout ce qu'il pouvait faire était leur faire face, la tête haute, un rictus sarcastique fermement plaqué sur le visage, et si qui que ce soit croyait pouvoir connaître son état d'esprit, il se tromperait lourdement. Il avait survécut à bien pire. Il aurait simplement souhaité discerner une petite lueur d'espoir pour rendre les choses plus aisées.

Enfin, tout du moins Potter n'était-il pas présent, ce qui était un grand soulagement. Severus ne pouvait s'imaginer qu'il reverrait Harry si rapidement.

*************

« Vous m'avez convoqué ? » Harry entra dans la pièce circulaire. La sévère sorcière, assise derrière le lourd bureau, leva les yeux sur lui avec un sourire. Elle l'étudia pendant quelques instants et Harry se força à la regarder calmement dans les yeux. Il ne détournerait pas le regard, il n'était plus un élève de première année terrifié.

Les portraits accrochés dans le bureau directorial remuèrent, certains assoupis, d'autres éveillés. Harry n'avait pas mis les pieds dans cet endroit depuis plus de trois mois et, à ce moment, tous les portraits avaient été soit endormis, soit s'étaient éclipsés pour assister à la bataille. Harry secoua violemment la tête alors que des souvenirs ne lui appartenant même pas menaçaient d'émerger à la surface de son esprit. Il avait rendu ces réminiscences, pourquoi devait-il encore se les remémorer ?

Il les avait montrées au Magenmagot et, pout être honnête, avait été soulagé de s'en débarrasser. Il n'en serait que plus heureux s'il parvenait à les faire également sortir de sa tête. Il s'obligea à sourire mais celui-ci vacilla rapidement lorsqu'il entendit une voix profonde s'adresser à lui.

« Harry, mon cher petit, tu sembles te porter à merveille. » Le professeur Albus Dumbledore, ou tout du moins son portrait, portait une robe de sorcier d'un pourpre sombre et ses yeux brillaient follement derrière ses lunettes en demi-lune qui dansaient précairement sur l'extrémité de son nez crochu. Harry sentit soudainement quelque chose enfler en lui.

Il n'arrivait pas très bien à cerner cette émotion. Il ne s'agissait pas de haine mais il était en colère. Comment Dumbledore pouvait-il prétendre que tout allait bien entre eux alors qu'il ne lui avait pas même présenté d'excuses pour la manière dont il l'avait volontairement induit en erreur, ne prenant pas la peine de lui dire la vérité ?

Harry soupira et décida de se limiter un simple : « Bonjour, Monsieur. »

Il se reconcentra sur le professeur McGonagall mais il semblait que Dumbledore ne puisse être ignoré si aisément. Le vieil homme tenta à nouveau sa chance : « Alors comment vas-tu ? »

Harry lui jeta un coup d'œil et répondit froidement : « Je vais bien, professeur. »

Dumbledore fronça les sourcils : « Bien, bien… Et comment vont Miss Granger et Mr Weasley ? »

« Pourquoi voudriez-vous le savoir, professeur ? Vous ne vous en êtes jamais préoccupé avant. » Sa colère jaillit, cette rage qui bouillonnait juste sous la surface ces derniers jours, et Harry siffla sèchement sa réponse au vieux sorcier.

Le portrait parut surpris et, si cela s'était avéré possible, Dumbledore aurait reculé d'un pas alors que le professeur McGonagall créait une perturbation de sa baguette. Harry la regarda, étonné, tandis qu'il s'apprêtait à continuer de crier après Dumbledore. La directrice tourna son siège pour faire face au tableau installé derrière elle.

« Albus, sortez, je vous prie. Allez ennuyer quelqu'un dans la salle des professeurs, et voyez donc qui est déjà présent pour la réunion du personnel. »

« Mais Minerva ? »

« Albus, pour une fois, faites ce que je vous dis ! J'ai une affaire à régler avec Harry et celle-ci ne vous concerne en rien. Etant donné qu'il ne peut se contrôler lorsque vous êtes dans la pièce et le fait que vous ne me semblez pas capable de saisir l'allusion qu'il vous a offerte sur un plateau, je me vois dans l'obligation de faire sortir l'un de vous. Puisque je dois discuter avec Harry, vous allez nous quitter. » La voix de la sorcière était fort sévère et Harry détourna le regard, proprement châtié.

Dans un froufroutement de robes, Dumbledore disparut et le professeur McGonagall reporta son attention sur Harry. « Et bien, Potter, comment allez-vous ? »

Harry leva les yeux. « Je vais bien. »

Elle se hérissa et lui répondit : « Oui, évidemment, vous n'allez pas bien, c'est en partie pour cette raison que vous êtes ici. Je suis sûre que vous vous demandez qui a été désigné comme votre tuteur pour cette année. Et bien, Potter, pour parler franchement, vous êtes un cas à part, ainsi que vous le savez. Vous n'apprécierez peut-être pas mais il est indispensable que vous ayez un professeur qui se montre capable de discerner vos besoins tout en restant apte à vous enseigner les sorts nécessaires. Vous excellez en Défense et j'ai considéré comme adapté de vous octroyer un enseignant à même d'anticiper vos besoins en ce domaine. Vous suivrez tous vos cours avec le reste des élèves de septième année, à l'exception de ceux de Défense. »

Harry opina. C'était logique. Il l'avait soupçonné. Il remonta les manches de son pull et observa le professeur McGonagall alors qu'elle farfouillait dans une pile de parchemins devant elle. Elle lut quelques mots et fronça les sourcils. Quand elle joignit ses mains et le regarda, Harry se sentit tout à coup mal à l'aise.

« Voyez-vous, Potter, vous êtes un sorcier très puissant et ce que vous avez fait il y a trois mois est extraordinaire, mais ce n'est absolument pas normal pour un sorcier de 17 ans. D'après ce que me dit le professeur Snape, vous souffrez de divers problèmes. »

« Je suis persuadé que son rapport sur ma condition était excellent. » Harry ne put se défaire de la colère qui s'insinua dans sa voix.

« En fait, Potter, au vu de votre passé commun, son rapport l'était. Brutalement honnête comme lui seul en est capable, mais excellent. Il n'est nullement question de douter de vos compétences ou de vos talents, Potter, mais certains points me préoccupent. C'est une des raisons pour lesquelles je vous ai convoqué. »

Harry s'assit sur une chaise sans quitter le professeur McGonagall des yeux alors qu'elle faisait une pause pour commander du thé. Elle lui tendit la théière mais il refusa d'un signe de tête. Il voulait savoir ce que ce traître avait osé écrire sur lui.

La directrice but une gorgée et reposa sa tasse avant de reprendre : « Je suis consciente qu'il n'y a aucune affection entre vous et le professeur Snape mais il a soulevé plusieurs points dans son compte-rendu qui le préoccupent tout autant que moi. Il déclare que vous souffrez non seulement d'une déplétion de votre force magique, mais également de ce qui semble être une grave dépression. Il a, bien évidemment, inclus dans ce document la manière dont vous avez réussi à ne pas obéir à tous ses ordres mais je sais prendre cette information avec le recul qu'elle mérite. »

Harry se pencha. Allait-elle finir par lui révéler l'identité de son tuteur ?

Le professeur McGonagall reprit une gorgée de son thé et, regardant le visage anxieux d'Harry, dit avec le sourire : « C'est pour cela que j'ai décidé, en accord avec Madame Pomfrey, de vous attribuer un tuteur pour vous aider avec votre magie sans vous faire courir le risque d'aggraver votre déplétion. Plus rapidement vous vous remettrez, plus aisé sera votre ajustement à la routine quotidienne de la vie normale. En ce qui concerne votre état mental, l'année précédente a été extrêmement difficile pour les élèves, bien que ne doute pas que, dans votre cas, cela ait été encore plus dur. Je souhaiterais en conséquence étendre la présente invitation pour toute la durée de l'année. Vous pouvez venir me parler si quoi que ce soit vous chagrine, Mr Potter. »

Harry opina et murmura un bref remerciement. Il regretta soudainement de ne pas avoir accepté une tasse de thé. L'attente était interminable.

« J'ai choisi de vous confier au professeur Snape… » Le monde sembla tout à coup s'écrouler devant les yeux d'Harry tandis qu'il sautait sur ses pieds.

« Lui ?!?!? Comment pouvez-vous ? Savez-vous ce qu'il a fait ? Avez-vous la moindre idée de la manière dont il m'a toujours traité ? Et vous voulez me coller avec lui ? Comment cela pourrait-il… »

« Harry James Potter ! Contrôlez-vous ! » déclara-t-elle brusquement. Harry se rassit.

La sorcière passa une main lasse sur son visage et Harry put subitement voir à quel point elle était fatiguée. Il se sentit étrangement coupable. Il tenta de se débarrasser de ce sentiment alors que la directrice lui parlait gentiment : « Je sais que ce n'est pas facile, Harry, mais Severus est vraiment le meilleur tuteur que je puisse trouver pour vous. Son expérience en magie défensive est exceptionnelle et il arrive, je ne sais comment, à tirer le meilleur de vous. Son analyse et son évaluation de presque toutes les situations sont merveilleuses et ses méthodes d'enseignement sont exactement ce qu'il vous faut en ce moment. En outre, je pense qu'il vous faut une certaine normalité dans votre vie et si le professeur Snape peut vous apporter cela d'une façon qui revête un sens pour vous, alors qu'il en soit ainsi. »

Harry ne put que sourire tristement à cette tirade. Il soupira. Il n'était pas très sûr de savoir comment il aurait dû se sentir en la présente circonstance. Pendant un an, une année toute entière, il avait pensé à Snape et à ce que le sorcier avait fait. Il avait voulu être celui qui tuerait Snape, ou qui obtiendrait sa vengeance, mais il semblerait que cet honneur avait été réservé à Voldemort en personne.

Harry avait été empli d'horreur à l'instant où il avait vu Voldemort lâcher son serpent sur Snape. Quoi que le sorcier plus âgé ait pu faire, rien ne méritait un tel châtiment. Mais maintenant que Snape avait survécu, plus ou moins grâce à Harry, il pouvait recommencer à le détester en paix.

Désormais, il devrait passer du temps avec l'homme qu'il haïssait alors comment pourrait-il continuer à le maudire ? Soit cela le consumerait, soit… Il y avait tant de choses qu'il voulait lui demander. Snape avait connu sa mère, il avait fait la connaissance de Lily lorsqu'elle était une petite fille, avant même qu'elle n'arrive à Poudlard.

Pourquoi Lily avait-elle rompu leur amitié ? Que s'était-il passé entre eux pour qu'elle ne puisse pas lui pardonner ? Harry se tortilla sur sa chaise. Sa mère était-elle si mesquine qu'elle avait été incapable de pardonner à un ami alors même qu'il était très clair qu'il avait besoin d'elle, à tel point qu'il était prêt à renoncer à sa vie, à lier son avenir à sa mémoire pour protéger son fils ? Il n'était pas surprenant que Snape le déteste à ce point.

Harry se haïrait également s'il rappelait à quelqu'un ce qu'il avait perdu des années auparavant. Était-ce pour cette raison que Snape était devenu si aigri ? Parce qu'il aimait une femme décédée, une femme qui ne lui avait jamais pardonné ? Harry rappelait à Snape ce qu'il avait perdu…

Il soupira. Il leva les yeux sur le professeur McGonagall pour s'apercevoir qu'elle le regardait. Un petit sourire jouait sur les lèvres fines et sévères de la directrice et elle demanda : « Puis-je vous présenter une requête, Mr Potter ? »

« Tant que cela ne signifie pas que je doive enseigner ou déménager dans une autre maison ou encore aller vivre avec le professeur Snape, et si tant est que cela soit en mon pouvoir, alors oui. » répondit Harry.

Cela sembla faire plaisir à la directrice : « Puisque vous êtes le propriétaire légitime de la Baguette des Anciens et que je sais que vous souhaitez la retourner à la tombe d'Albus Dumbledore, je voulais vous demander si vous souhaitiez participer à l'ajustement des murs de protections du château. Nombre d'entre eux étaient liés à Albus et m'ont été transférés à son décès mais beaucoup furent brisés lorsque Voldemort a attaqué. Nous avons besoin de les recréer pour la sécurité des élèves. Pourquoi ne pas le faire avec la baguette la plus puissante de l'histoire ? »

« Serais-je le seul élève à contribuer à la protection du château ? »

« Oui, puisque vous êtes le porteur de la Baguette des Anciens. Tous les professeurs ont ajouté leurs propres murs dans les semaines passées, depuis la reconstruction, à l'exception du professeur Snape. »

Harry fut pris d'une sensation étrange qui s'installa dans son ventre et il regarda autour de lui. « Est-il ici ? »

Le professeur McGonagall fronça les sourcils : « Il est ici pour la fête de bienvenue des professeurs. Maintenant, pourrions-nous descendre et renforcer les protections ? »

Harry acquiesça d'un petit signe de tête alors qu'il espérait de tout cœur ne pas rencontrer Snape.

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Severus prit une grande inspiration en ouvrant la porte de la Grande Salle. Sa jambe le faisait souffrir pour avoir été soumise au trajet interminable depuis les grilles. Il était sûr que les elfes de maison avaient diligemment transporté ses malles et autres possessions dans ses quartiers. Il n'avait, quoi qu'il en soit, pas l'énergie nécessaire pour descendre dans les cachots s'en assurer, et remonter. Il aurait besoin de temps pour retrouver son endurance.

Il pouvait entendre des voix dans le château et il lui fallut rassembler toute sa volonté pour ne pas courir se blottir sous ses couvertures. Il avait enduré les regards de ses collègues l'année précédente, alors pourquoi ne les supporterait-il plus désormais ? Serait-ce parce que la haine et la colère seraient remplacées par la pitié, peut-être même par un certain respect, dans leurs yeux ? Respect d'une décision qu'il avait soigneusement dissimulée pendant de nombreuses années. Respect pour avoir été amoureux de Lily Evans durant la plus grande partie de sa vie d'adulte.

Oui, la plus grande partie. Il était difficile d'aimer une femme décédée, surtout lorsqu'au plus profond de la nuit, il ne pouvait s'empêcher de la blâmer d'être morte et de ne pas lui permettre d'avancer. Toutes les erreurs commises venaient de lui, bien sûr, mais il avait essayé si longtemps d'être celui qu'elle voulait qu'il soit… Il n'était pas ce genre d'homme.

Il était mesquin et aigri de part sa nature propre, et parce que sa vie en avait décidé ainsi. La vie n'avait jamais été tendre avec lui, même lorsqu'il faisait un effort. Il soupira. Il n'y avait plus rien dont il ait besoin de se préoccuper maintenant, pourquoi ne pas prendre un nouveau départ ? La préséance n'était plus de mise.

« Severus ? » Severus aurait reconnu cette voix couinante n'importe où. Elle appartenait au professeur de Sortilèges.

Il baissa les yeux pour voir non seulement Filius Flitwick, mais également Madame Bibine. Les yeux jaunes de la petite instructrice de vol aux courts cheveux gris s'étaient un peu étrécis mais sa collègue légèrement plus âgée le surpris en tendant la main. Severus la regarda poser sa main sur son épaule avec de grands yeux alors qu'elle lui demandait doucement en souriant largement : « Et bien, avez-vous besoin d'aide ou parviendrez-vous à destination sans vous écrouler ? »

La première chose qui lui vient à l'esprit, et qui s'afficha sur son visage, fut un froncement de sourcil prononcé qui fit dire à Madame Bibine avec un petit sourire en coin : « Je vois que vous êtes toujours incapable de sourire. »

« Je vous assure que je n'ai nul besoin de l'aide d'une femme plus à l'aise dans les airs que sur le sol. » grogna Severus, boitant vers la table professorale.

Horace Slughorn était déjà là, apparemment fort occupé à manger, et Severus plaqua un rictus méprisant sur son visage. Il était conscient que la tension existant dans la pièce s'était amplifiée lors de son entrée bien que seules quelques personnes soient présentes.

Madame Bibine glissait dans son sillage alors que Flitwick s'était précipité vers la table. Il lui recula un siège mais Severus l'ignora, ainsi que cette marque de gentillesse, et dépassa la chaise offerte pour s'effondrer dans celle d'à côté. Il ne put retenir le soupir de soulagement qui lui échappa.

« Je suis ravie de constater le retour de notre bon vieux Severus. Je me serais follement inquiétée de le voir joyeux et souriant maintenant que sa couverture est fichue. J'aurais eu l'impression de retrouver Gilderoy Lockhart. » s'amusa Madame Bibine sous le regard horrifié de Severus.

« Il semblerait que mon retour soit une erreur si vous me comparez avec cet ahuri. » dit-il en secouant la tête.

Madame Bibine se contenta de sourire mais, alors que Severus se forçait à se détendre sur son siège, il attendait que quelqu'un lâche la proverbiale bombe. Lorsque l'un d'entre eux commencerait à poser des questions ou à l'accuser de différentes choses, choses qu'il avait faites.

Il observa les personnes assemblées dans la pièce s'entreregarder jusqu'à ce qu'il craque : « Quoi ? » Il grogna, les dents découvertes, et Flitwick répondit.

« Nous étions tous au procès, Severus, nous avons vu vos souvenirs et nous savons ce qui s'est passé. » Un sentiment d'horreur s'épanouissait dans sa poitrine. Il aurait volontiers fui mais n'était pas certain de pouvoir atteindre la porte. Il fut immensément soulagé lorsque Minerva requit son attention.

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Harry fit tournoyer la baguette dans sa main. La sensation était étrange, débordante de pouvoir, lançant des étincelles. Harry frissonna. Il mourrait d'envie de la balancer. Il détailla le hall d'entrée, un peu mal à l'aise de se trouver à nouveau à l'école dans laquelle s'étaient déroulés récemment des événements qui hantaient encore ses rêves.

Son estomac se rebellait alors qu'il pensait à réutiliser la magie. Combien de temps serait-il capable de tenir ? Il repoussa ces pensées aux tréfonds de son esprit. Il était fort, il devait l'être.

Il jeta un coup d'œil en direction de la porte fermée de la Grande Salle par laquelle McGonagall avait disparu. Elle avait dit qu'elle allait chercher Snape mais pourquoi le sorcier viendrait-il avec Harry alors qu'il renforcerait les protections ?

Il regarda dehors, fronçant les sourcils. Le bruit de la porte lorsqu'elle s'ouvrit le fit sursauter et il se retourna. Il sentit son masque glisser et se mettre en place sur son visage quand il repéra Snape boitillant vers lui. Le sorcier plus âgé l'accueillit d'un léger rictus méprisant et Harry se surveilla. Il était hors de question qu'il soit le premier à articuler un mot.

Il rencontra les yeux noirs sans ciller et se tourna pour suivre McGonagall lorsque le professeur les précéda vers les jardins. Il ne montrerait pas une seule faiblesse devant Snape, jamais.

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Harry essaya de se focaliser sur le sort mais sa concentration lui échappait. Il secoua la tête, murmurant dans un souffle une autre incantation. Il cligna des paupières, la sueur qui coulait sur son front rendant sa vision difficile, et obligea sa main tenant la Baguette des Anciens à rester stable.

Ils étaient au milieu de l'opération délicate qui consistait à imbriquer les différentes magies ensemble et la moindre erreur entraînerait un défaut dans les murs de protection. Il devait se concentrer, mais il était si fatigué.

Il ne pouvait pas laisser tomber. Ils n'avaient commencé que depuis une heure. Il avait juste besoin de tenir encore un peu et après il pourrait transplaner à la maison et se reposer… mais cela lui semblait si long…

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Severus regarda Potter du coin de l'œil lorsqu'il vit sa baguette trembler un peu. Il permit à sa magie d'affluer et il la libéra. Il reporta son regard sur le jeune homme debout à sa droite mais, ne discernant pas d'autre faiblesse, il se reconcentra sur ses propres murs.

Sans le moindre doute, les protections que Potter ajoutait étaient un peu plus puissantes mais il se demanda si le garçon avait jamais fait cela auparavant. La réponse lui sembla positive car, jusqu'à ces dernières secondes, Potter n'avait pas eu de difficultés avec la magie qu'il utilisait.

Severus tourna brusquement la tête vers la droite lorsque Potter chancela. Il jeta un coup d'œil à sa gauche, là où se tenait Minerva. Elle également surveillait Potter.

« Harry ? » appela-t-elle, essayant d'attirer son attention.

Le gamin ne réagit pas. Il avait l'impression que Potter était parti bien trop profondément dans sa magie pour les entendre.

« Potter, arrêtez ! » s'exclama Severus.

Mais encore une fois, le gosse n'entendit pas. Potter chancela à nouveau et Severus sut qu'il serait bientôt trop épuisé pour continuer. Il regarda derechef Minerva, qui lui donna un bref signe de tête.

Il soupira. Serait-il toujours celui qui devrait secourir le Survivant ? Il combla la distance qui les séparait et plaça la main sur l'épaule tendue de Potter.

« Potter, concentrez-vous ! Mettez fin au sortilège ! » exigea-t-il. La seule réponse qu'il obtint fut que les ternes yeux verts se tournèrent brièvement vers lui alors que Potter marmottait d'indistinctes paroles dans sa barbe inexistante.

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Harry sentit sa magie lui échapper et vaciller. Il était si fatigué qu'il menait un combat désespéré pour garder les yeux ouverts. Il tenta de se concentrer sur les murmures qui l'entouraient mais en fut incapable.

Il essaya de se raccrocher à la sensation des doigts sur son épaule mais il ne le put. Tout ce qu'il put faire fut de s'autoriser à sombrer dans les Ténèbres, sachant que les bras derrière lui l'avaient toujours rattrapé lorsqu'il chutait, même s'il ne l'avait jamais désiré.