4. De surprises en surprises.

L'attente a été plus longue prévue et je m'en excuse, ma bêta étant en vacances à Londres (veinarde!) je poste sans recevoir sa correction. Il est donc fort possible que certaines fautes soient encore présentes, et je m'en excuse également!

Encore merci à tout ceux qui suivent cette fiction, et j'espère pouvoir poster le prochain chapitre rapidement.

Les reviews, critiques et commentaires sont les bienvenus!

Hope you Enjoy!


Nous pénétrons dans un large couloir, doté de nombreuses portes métalliques. Je suis les quinze tributs qui me précèdent accompagnés de leur garde, et je les vois, un à un, entrer dans les salles latérales. Chaque mouvement semble être calculé au centimètre près, les bottes frappent le sol à l'unisson et le cortège avance méthodiquement. Seuls les pas saccadés des tributs viennent parasiter cette rigoureuse procession.

Une fois le tribut entré, le pan métallique coulisse silencieusement puis émet un bruit sourd pour indiquer la fermeture. Les gardes respectifs se positionnent ensuite au garde à vous devant les portes.

Je regarde cette scène avec détachement, comme je regarderais un reportage sur les coulisses des Hunger Games. Ne suis-je pas encore arrivé à la réalisation que je ne suis plus spectateur ? Ou ai-je, au contraire, parfaitement assimilé mon rôle d'acteur ? Oui. Depuis l'instant où je me suis avancé vers l'estrade, je suis entré dans mon personnage. Un individu calme et détaché prêt à affronter son destin. Je vis ces moments dans la peau de ce courageux jeune homme que je ne suis pas. Et aussi inconfortable que cela puisse être, je ne suis pas impatient de sortir de ce rôle.

Culpabilité, terreur, lâcheté et chagrin. Voilà ce qui m'attends une fois sorti du champ des caméras. En un mot, désespoir. Non, je ne sortirai pas de ce solide personnage que je me suis créé. Et je m'en fais la promesse.

Mon garde m'arrête. Je me retourne pour voir les neuf autres portes se refermer derrière les tributs. L'espace d'un instant je me retrouve dans cette embarrassante position, seul au milieu de ce couloir, encerclé par vingt-cinq gardes immobiles. Une entrée, une sortie et vingt-quatre portes. Une scène digne des plus sinistres cauchemars.

Quand nous nous remettons en marche je trouve une pointe de douceur au fond de cette impasse. Devant la dernière porte, Kurt regarde dans ma direction. J'aimerais lui montrer que je n'éprouve aucun regret, que j'assume complètement la décision que j'ai prise. Mais je n'en ai pas l'occasion car il pénètre rapidement dans sa salle et le panneau de métal se referme derrière lui.

Je ne pourrais l'expliquer mais au fond de moi je sais qu'il est capable de me faire sortir de l'image que je me suis donnée. Ce regard plein d'émotions que je lui ai offert lorsqu'il était dans les bras d'Effie en est la preuve. Seulement les émotions sont un luxe que je ne peux plus m'offrir.

Je prends conscience que Kurt est le premier tribut sur lequel je pose un nom – hormis Talulah. J'essaie de me convaincre que cela doit être du au fait qu'il était le dernier moissonné. Ou peut-être est-ce seulement parce que je me sens plus coupable de sa présence ici que de celle des autres. Je commence à réaliser que ma promesse ne sera pas aussi simple à tenir que ce que je pensais. Si je me sens coupable maintenant qu'en sera-t-il dans quelques jours lorsque je devrais le tuer ? Voilà une des questions aux quelles je ne devrais pas penser en ce moment. Je me dois de réfléchir méthodiquement, affronter les épreuves unes à unes.

Pourtant, je me rends soudain compte que je n'ai pas la moindre idée de l'identité de mes vingt-deux autres concurrents. Tout s'est enchaîné si vite, que je n'ai pas remarqué un seul visage après m'être aligné avec les autres tributs. Cependant avec les phases d'entraînements et les interviews je devrais avoir encore du temps pour remédier à ce problème.

Réfléchir méthodiquement. J'essaye de me rassurer en me disant que cela demande sûrement plus d'efforts dans une situation comme celle-ci.

La prochaine étape sera le tête à tête avec mes parents et Cooper. Les événements qui m'attendent ces prochains jours ne sont qu'une suite de durs moments à passer. Toutefois je redoute particulièrement celui-ci. Ni moi, ni mon personnage, ne sommes programmés pour trouver ce qui pourrait être les derniers mots que j'échangerai avec ma famille.

Quand J'imagine le silence de mon père et les sanglots de ma mère, tous les gardes, comme des automates, quittent leurs postes à l'unisson et se dirigent vers la porte au fond du couloir. Celui chargé de mon escorte me fait signe de patienter ici, et les suit.

Je me glisse le long du mur et m'assieds la tête entre les genoux.

Un instant de répit.

Assez court malheureusement puisqu'à peine installé, les gardes arrivent accompagnés des familles.

Un vingt-cinquième tribut pose quelques problèmes de logistique mais je comprends rapidement que me faire patienter dans le couloir n'est pas un manque d'organisation. Les parents me jettent des regards noirs, remplis de haine et de mépris. Je suis ici pour leur rappeler que j'avais une chance de sauver leurs fils ou leurs filles, mais que je ne l'ai pas fait. Je comprends que ma stratégie était bonne, tellement que les juges ont décidé de la retourner contre moi. Je suis la dans ce couloir à jouer malgré moi le rôle que les juges m'ont donné.

Rester dans mon personnage n'est pas simple au centre de cette rancœur, et ne pouvant décemment pas supporter toute cette pression sur moi, je repose mon visage sur mes genoux et ferme les yeux. Je sens les larmes monter. Les pensées dansent dans ma tête.

Je sens une main se poser sur mon épaule. Pas une forte pression, mais le doux contact et la chaleur d'une main bienveillante. Relevant doucement la tête, je vois le sublime visage d'une jeune femme accroupie à côté de moi. Cette femme est plutôt naturelle pour une mère du Capitole. Aucun tatouage, ou implant seul ses cheveux roses, coupés très courts, et ses longs cils ne sont pas authentiques. Je m'apaise, c'est un visage connu.

Christia Greenlaw est la mère de Cordo, un ami de la Haute École. Il est sans nul doute le plus puissant des enfants du Capitole. Son père étant formateur à la prestigieuse école des Game Maker, il a hérité d'une influence sociale impressionnante. Cordo règne sur l'École d'une main de fer, faisant respecter les frontières sociales. Par principe il n'accorde généralement de l'importance qu'aux enfants extrêmement riches où dont les parents travaille dans la filière des Hunger Games. Lorsque Cooper est entré au service de Seneca, Cordo m'a pris sous son aile à l'école. C'est aussi grâce à lui que je suis entré dans l'élite de l'H.E.C.

- Son père t'en veux. Mais il sait aussi que Cordo voudra former une alliance avec toi. Pas qu'il n'ait besoin de tes compétences, mais vous êtes amis, et les amis doivent se soutenir dans une situation pareil. Tu es quelqu'un de bien Blaine, et je sais aussi que tu es un fidèle ami. Si tu me promets de ne pas te retourner contre mon fils, je ferai tout mon possible pour vous obtenir des sponsors. Et ainsi son père ne ferait pas de toi sa première cible. Vous êtes ensemble dans ce cauchemar, tu n'es pas seul Blaine. Nimmo, Magnus et Gauis feront aussi partis de cette alliance. Il faut que tu leur fasses confiance, ils te protégeront jusqu'au moment où...

Elle marque une pause.

Jusqu'au moment où nous devrons renoncer à cette alliance et s'entre-tuer. Évidemment.

Je plonge mes yeux dans les siens. Christia a toujours été une femme d'une impressionnante gentillesse, face à la froideur et la perfidie de son mari. Je comprends que chaque mot lui coûte une grande énergie. Elle prend sur elle, mais ce n'est pas dans sa nature de céder à la violence des Hunger Games, au jeu des stratégies. Je sais, pour en avoir souvent parlé avec Cordo, que sa mère a beaucoup de mal à s'imposer dans ce foyer où règne les Jeux. Pour une femme douce et raffinée vivre avec deux hommes passionnés des Hunger Games n'est pas si facile. Alors j'essaie de ne pas montrer mon étonnement en l'écoutant.

Elle semble chercher les bons mots, puis elle reprend

- S'il te plaît, promets moi qu'à l'instant où vous ne serez plus que vous six, tu supprimera Auricula.

Auricula Redpath !

Je m'en souviens maintenant. Son nom est sorti avant celui de Kurt. Cette demande ne présage rien de bon pour moi. Auricula est la fiancée de Cordo.

- Pardon ? Vous me demandez de tuer Auricula, pour que Cordo m'élimine ensuite ?

- C'est exactement ce que je te demande. Comprends que ce n'est pas facile pour moi, de te demander cette faveur. Mais un seul en sortira vivant, et bien entendu je veux que ce soit mon fils. Blaine, tu n'as aucune chance sans lui, il t'aidera jusqu'au moment décisif. Tu n'irais jamais aussi loin sans cette alliance, et tu le sais aussi bien que moi.

Chaque parent veut que son fils, ou sa fille soit vainqueur, évidemment. Je peux comprendre sa demande, mais je ne suis pas en mesure de lui accorder cela maintenant.

- Vous savez comment sont les Hunger Games, madame. Cordo peut perdre la vie des les premières minutes. Nous n'avons pas les compétences qu'avaient les tributs des districts, mais nous avons tous de grandes connaissances sur les Jeux et les coulisses de cette horreur. À votre place je ne sous-estimerais pas autant les autres tributs. Et même si je comprends votre demande, je ne peux malheureusement rien vous promettre.

- Tu as l'espoir de rentrer chez toi vivant, n'est ce pas ?

J'acquiesce d'un léger mouvement de tête. Elle me sourit, puis se relève élégamment, pour s'éloigner vers une porte voisine.

Oui si je veux remporter ces Jeux, m'allier avec son fils n'est pas la réponse à mes problèmes. Une fois l'alliance dissoute, je serai dans une position bien inconfortable. Cordo est facilement deux fois plus fort que moi, et tuer Auricula signerait définitivement mon arrêt de mort. Je vais devoir espérer assez fort pour que quelqu'un d'autre se charge d'eux avant que je n'en ai plus le choix. Mais avant tout je vais devoir réfléchir aux premières stratégies plus tôt que prévu.

Je réalise difficilement que tous mes amis seront dans l'arène avec moi. J'entends encore Christia, « Nimmo, Magnus, Gauis feront aussi partis de cette alliance » Nous cinq sommes l'élite de l'École. Malgré les différends liés aux jalousies, et à la hiérarchie dans notre propre groupe, nous sommes assez proches les uns des autres. Je comprends que, malgré toute ma volonté, je ne pourrai me résoudre à tuer certains d'entre eux.

Les gardes demandent aux familles de se retirer après seulement quelques minutes dans les salles privées. Il faut absolument que je parle de ce qu'il vient de se passer à mon frère. Lui saura quoi me conseiller, et maintenant plus que jamais j'ai besoin de ses conseils.

Je garde intentionnellement ma position recroquevillée le temps que les familles sortent du couloir. Lorsque le silence s'installe de nouveau je relève la tête et vois que les vingt-cinq gardes sont de nouveau là. Le mien me fait signe de me relever, je m'exécute et une fois debout, les vingt-quatre portes coulissent en même temps et libèrent les tributs. Nous sommes conduits vers la porte de sortie au bout du couloir. Il débouche sur une grande salle circulaire, très sombre. Seules des petites fenêtres à plus de trois mètres du sol laissent filtrer un léger rayon de lumière. Les gardes nous rangent en ligne de cinq tributs, face à l'estrade qui surmonte la pièce.

Effie arrive par une porte dérobée et se positionne au centre de l'estrade. Elle jette un œil à chacun d'entre nous, avant de s'éclaircir la gorge :

« Maintenant que vous avez tous eu quelques minutes avec vos familles, nous devons vous annoncer un changement de dernière minute. »

Elle marque une courte pause. Je comprends maintenant que je ne verrai pas mes parents avant les Jeux. Les juges ne cesseront de mettre de nouveaux obstacles sur ma route. Et pourtant je ne sais si cette nouvelle est vraiment mauvaise. De cette façon je me battrai dans l'arène pour les revoir. Et puis je n'aurai pas su réconforter ma mère, ni supporter le silence de mon père. Mais j'espère tout de même qu'ils me feront passer un message par le biais de Cooper.

Effie reprend : « Vous allez maintenant inscrire le nom du membre de votre famille que vous choisissez pour mentor sur les papiers que vous allez recevoir. »

Les gardes font effectivement passer des petits papiers semblables à ceux utilisés pendant la moisson. Je n'hésite pas une seule seconde avant d'y inscrire le nom de Cooper. Puis les précieux papiers sont ramassés. Un énième garde s'introduit dans la salle par la même porte dérobée qu'Effie. Il apporte une grande bulle de verre.

Effie semble emballée. Je le suis beaucoup moins.

« Nous allons maintenant procéder au tirage au sort. »