Bonjour à tous !

Nous sommes officiellement le 31 décembre, je publie donc comme promis ce chapitre pour... changer d'année ! Et j'en profite pour vous souhaiter une bonne année 2012, avec tout ce que vous pouvez y souhaiter !

Merci encore à LyssHeap, et Poussifoutre pour leurs encouragements au chapitre précédent ! A tous ceux qui me lisent de même !

Je vous laisse à la lecture, j'espère que ce chapitre vous plaira ! Dites-moi ce que vous en pensez !

Bonne année, et bon réveillon !

Disclaimer : Je ne possède rien... Enfin, pas le monde, pas le nom des personnages, et les 2/3 d'entres eux existent déjà dans la saga. Donc, oui, je ne suis pas richissime, et je n'ai pas une inspiration si sublime ! Dommage !

Résumé : Victoire Lupin, la quarantaine, voit sa fille partir vivre sa vie. Et ce jour là, elle met la main sur un petit carnet qui, visiblement, n'a rien à faire là. Un petit carnet qu'elle va chercher à déchiffrer, et à comprendre, et qui va lui permettre de prendre un nouveau départ dans sa vie alors qu'elle découvre laborieusement la vie et la personne de Minerva McGonagall. Retrouver un rôle de femme en découvrant la vie d'une autre femme. Quête et découverte de soi, ce récit est le parcours de deux histoires qui s'entremêlent à plus de 40 ans d'intervalle.

Je vous souhaite une excellente lecture !

Bergère.

Chapitre 2 : Premiers changements, débuts de pistes.

Teddy n'avait rien dit en voyant les nouveaux livres sur le bahut. Elle savait qu'il les avait vus, et qu'il avait reconnu que c'en était d'autres. Mais il ne lui avait rien dit, d'abord. Et il avait été peu causant, toute la soirée. Et puis, finalement, quand ils s'étaient couchés, il s'était rapproché d'elle, presque à poser sa tête sur son épaule, et lui avait murmuré :

« - Je comprends, tu sais… Seulement, je n'ai pas le courage, moi.

- Teddy…

- C'est vrai. Je t'admire, vraiment. »

Cette nuit-là, ils avaient fait l'amour. Un peu plus, un peu mieux, un peu plus entièrement que d'ordinaire. Au lendemain, elle se sentait bien. Avec le sentiment de ce respect, de cette acceptation, imprimée en elle comme la marque de ce fameux progrès qu'elle faisait, jour après jour. Elle avait lu les deux livres en seulement trois jours, et pourtant en prenant son temps : elle n'avait que cela à faire, après tout. Alors… dedans, il y avait quelque chose d'un peu plus précis sur Severus Rogue : c'était dans la rubrique mangemort, bien sûr. Le portrait n'était pas flatteur. Elle comprenait, soudain, ce besoin de réhabilitation. C'était un pan du voile qui s'en allait. Une simple gaze, très légère, facile à soulever, presque évidente. Mais c'était un premier pas. Elle avait envie de repartir à la bibliothèque, tout de suite. Pour avoir d'autres livres, et pour avoir cette explication. Pour avancer, davantage. Elle n'y alla pourtant pas après les avoir fini : elle voulait être certaine de tomber sur Mircea Vane.

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Severus Rogue, espèce d'imbécile. Mourir comme ça, et tu ne pouvais pas attendre au moins que tout le monde sache qui tu es vraiment ! Assise face à son bureau, enfermée à double tour, Minerva McGonagall pleurait. De chaudes, tristes, inutiles larmes. Il s'était cru permis de mourir, maintenant que c'était fini ! De mourir et de lui laisser en héritage le rôle de ne pas laisser le monde salir son nom… de lui laisser une école, sur le dos, et un monde sorcier en ruine, comme ça !

Bien sûr qu'elle ne pleurait pas parce qu'elle allait devoir faire quelque chose, fût-ce pour lui ou pour le reste de la communauté. Elle pleurait parce que cet imbécile de Severus Rogue était mort hier soir, et que son cadavre blême reposait encore dans une pièce fermée de l'infirmerie, attendant qu'elle aille décider de le faire enterrer…

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C'était un mardi, le jour où elle devait y aller. Et elle avait dit à Teddy, la veille, qu'elle irait à la bibliothèque. Pour le faire participer à son courage, peut être, ou alors pour se séparer de cette étrange culpabilité insensée. Elle s'était maquillée. Pas pour le bibliothécaire. Vraiment pas : elle n'avait même pas eu à chercher à se convaincre du fait que ça n'était pas pour le séduire, tant il était évident que ça n'était pas ça. Et en effet, bien sûr c'était une forme d'occasion, mais la raison était plus profondément ancrée : se sentir bien. Se sentir belle. Différente. Changée.

En elle, une nouvelle image de femme commençait à se former. Une femme forte. Et dans cette force, une beauté : c'était l'influence de Minerva McGonagall, bien sûr. Et, pourtant, elle n'avait pas encore rouvert le carnet. Il l'appelait, régulièrement, elle l'effleurait du bout des doigts en fouillant dans ses placards, et elle sentait comme la palpitation du papier attendant qu'elle feuillette les pages. Mais elle ne l'avait toujours pas vraiment repris. Elle résistait. Elle voulait avoir avancé un peu, avant. Elle ne se faisait pas confiance, elle dévorerait le petit carnet. Sans lui laisser le temps de se découvrir à elle.

L'image qu'elle avait de Minerva McGonagall n'était pas celle d'une femme qui se maquille. Mais c'était la manière qu'elle avait, elle, de se sentir plus forte, plus capable d'affronter le monde. Se maquiller, vraiment. Elle s'installa dans sa salle de bains, sortit les ombres à paupières, les crèmes, les rouges à lèvres, les crayons… le rendez-vous d'une femme avec elle-même, sourit-elle en contemplant son reflet. Un peu fatigué, et, surtout, accusant les années. Les petites rides, le grain de la peau qui s'altérait. Il était temps de laisser parler le côté français en elle. Celui qui savait allier les teintes et les épaisseurs de traits ; celui, surtout, qui avait bon goût.

Elle passa sa main sur les boites et les tubes, attrapa une poudre et, légèrement, avec un gros pinceau à blush, elle commença à se le poser, fardant légèrement son visage pour le réveiller. Elle reposa délicatement le récipient, le ferma, et jeta à nouveau un œil à son reflet : le maquillage était une affaire de travail, de sculpture presque – plus que de peinture, d'ailleurs. Imaginer jeter un simple sort et se considérer maquillée était pour elle une forme d'hérésie. Elle posa avec le coin du petit doigt de l'anticerne, puis uniformisa avec le reste du visage. La base était posée. Restait à donner corps, à donner caractère à son visage. Du bleu. Non, c'était trop agressif, trop puissant, pour son âge. D'autant plus qu'elle n'avait pas fait ce travail de maquillage méticuleux depuis trop longtemps, elle ne voulait pas tout saboter, pas en faire trop, se transformer en clown.

Les yeux, se serait un far beige, presque invisible, mais avec cette délicatesse de la couleur, ce léger brillant des teintes. Elle le passa au doigt, cela aussi, puis, prit une teinte presque orangée, assez dangereuse à vrai dire, et la déposa vers le coin des yeux, la dissémina comme une poignée d'étoile dont le cœur était presque à l'extérieur de la paupière, et qui ne se voyait qu'à peine à l'abord du nez. Avec cela, pas de noir. Seulement un peu de mascara, bien noir pour sa part, qui allongeait les cils. Pas de pâtés empesés, pas d'épaisseur : seulement cette finesse du trait accentué. Elle se regarda, se sourit. Elle n'avait pas trop perdu la main. Alors, rangeant la plupart des produits et ustensiles, elle choisit au passage un rouge à lèvre d'un ton ou deux de plus que la carnation naturelle de ses lèvres : comme un carmin étouffé, adouci. Elle le posa, légèrement, frotta ses lèvres l'une contre les autres.

Satisfaite, elle sortit de la salle de bains avec une sorte de joie inhabituelle, et assez ridicule d'ailleurs. Le sentiment d'une certaine beauté, d'une certaine habileté, une véritable compétence. Elle s'habilla bien. Simplement, mais bien. Tout était déjà dans le maquillage : l'art de la beauté était chez elle retenue, plus encore que par le passé, sans doute. La retenue de la femme qui sait qu'elle n'a pas besoin d'être trop pour être. Ou simplement celle de la discrétion. Elle prit sa baguette, un sac à main et, dedans, les deux livres qu'elle avait à rendre. Mais, plutôt que de passer par la cheminée, comme d'ordinaire, elle sortit de chez elle, ferma tout, et transplana sur le chemin de Traverse. Une envie de se promener, de… vivre, autre chose, un peu. Il n'y avait pas grand-monde, alors elle se promena un peu au hasard.

Et puis, sur un coup de tête, entra dans une boutique de vêtements. Celle où, un jour, elle avait acheté des uniformes pour Poudlard. La vendeuse, visiblement, s'ennuyait : une vingtaine d'années, elle se mordillait un mèche de cheveux en rêvassant. Mais, voyant entrer une cliente, elle se redressa puis jeta un regard de haut en bas à Victoire, regard de jugement visiblement, mais qui fut suivi d'un léger rougissement et d'un sourire assez admiratif. Ou du moins, c'est à ça que ça ressemblait.

« - Madame, je peux vous aider ? offrit-elle comme pour se rattraper.

- Je ne sais pas… je ne sais pas vraiment si je cherche quelque chose.

- Je vous laisse faire un tour, alors… »

La jeune fille l'abandonna en retournant derrière le comptoir, et elle entreprit de faire un tour des rayonnages, marchant au hasard. Alors qu'elle lézardait au rayon des robes de soirée, tâtant la soie et le velours d'un peu tout sans vraiment s'arrêter à grand-chose, elle reconnut le bruit de pas non loin d'elle – après un moment d'hésitation elle se retourna, pour faire face à la jeune vendeuse, comme cela était prévisible.

« - Une robe de soirée ? demanda-t-elle, comme si de rien n'était.

- A vrai dire, pourquoi pas…, répondit Victoire, je ne cherche rien de toute manière.

- Si c'est une robe de soirée, alors celle-ci, répliqua la vendeuse en lui fourrant presque de force dans la main une robe vert émeraude.

- Pourquoi ? demanda-t-elle, presque agressive.

- Parce que mon instinct de vendeuse de robes me dit qu'elle est faite pour vous. Vraiment, finit-elle avec un sourire encourageant. L'essayer ne vous coûte rien. »

Sans rien répondre, elle se dirigea vers la cabine, pensive. Que faisait-elle ici, déjà ? Pourquoi était-elle entrée dans ce magasin, elle n'en savait plus rien. Mais, surtout, elle voyait s'imposer à son esprit le vert émeraude qui couvrait au moins la moitié du carnet de Minerva McGonagall. Néanmoins, elle tira le rideau, se déshabilla, et puis pris la robe en main, cherchant à établir l'avant et l'arrière. Une sorte de fourreau ? le velours était assez léger, en tout cas, et trouvant l'arrière, elle passa la robe et se mettant face au miroir, tacha de l'arranger convenablement. La jupe était plus ample qu'elle ne s'y serait attendue, elle touchait ses pieds et même atteignait le sol, laissant entendre que cela se portait avec des escarpins. Au niveau de la taille, resserrée, presque trop, accentuant la finesse féminine de la silhouette. Quant au haut… l'avant était sage, presque trop : l'échancrure sérieuse, un arrondi dégageant le cou, et les bras laissés à l'air, parachevaient l'air d'une robe correcte. Elle se tourna, observa l'arrière. Ouvert jusque presque le bas de son dos, l'espace laissé libre était lacé, de longs rubans qui, en bas du dos, formaient un lourd et majestueux nœud.

Elle ouvrit le rideau d'un mouvement violent, et fixa la jeune fille avec stupéfaction.

« - Mais ça n'est vraiment plus de mon âge ! s'exclama-t-elle.

- Cette robe est magnifique, Madame, répondit l'autre, insistante.

- Je ne peux pas porter ça…

- Qui d'autre que vous ? Vous avez peut être deux fois mon âge, mais moi j'aurais l'air ridicule là-dedans. C'est une robe de femme. Et elle ne choque pas. »

Il y eut un long silence. Elle entendait ce que Teddy lui avait dit de Minerva McGonagall : le mot femme remuait dans son crâne, violemment. Comme si, avant de découvrir ce carnet, elle n'avait jamais été une femme. Seulement une jeune fille, ou simplement inaccomplie. L'envie que cette gamine ait raison, puissante, la bouleversa : peut être qu'en effet elle avait acquis la prestance qui fait que le plus noble vous anoblie encore, et que le plus vulgaire vous va tout de même.

Secouant la tête, elle sourit désabusée. Il lui prenait une folie des grandeurs. Ca n'était que des fumisteries, tout ça, ça n'était qu'une envie d'être quelque chose.

« - Vous auriez une occasion de la mettre ?

- Peut être… des soirées au Ministère, ou… ce genre de choses.

- Alors voilà.

- Non, c'est trop, protesta-t-elle.

- Je vous la fais moitié prix, déclara la vendeuse, insistant encore.

- Mais pourquoi vous ingéniez-vous à vouloir me faire acheter cette robe ? s'agaça finalement Victoire en fixant la jeune fille avec insistance.

- Parce que la beauté n'a pas de prix, Madame. Je dessine, alors j'ai un goût pour ce genre d'harmonie. Laissez-moi vous dire que vous y êtes, dans l'harmonie !

- Je la prends, finit-elle par dire de manière mécanique, rentrant à nouveau dans la cabine. »

C'était la référence au dessin qui l'avait achevée. Elle comprenait, elle qui pourtant n'avait pas tenu entre ses mains un crayon pour dessiner depuis des années, ce souci de la ligne, de la couleur. Si, vraiment, il y avait une moindre chance qu'elle atteigne cette perfection picturale, alors…

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Se retrouvant dehors, dans la rue, avec à la main ce sac encombrant, elle fut frappée, violemment, par l'air froid. Elle venait d'acheter une robe, assez chère d'accord, qu'elle ne mettrait sans doute jamais, parce que… elle n'était même pas sûre du pourquoi. Et, pendant quelques instants, elle resta hagarde, presque immobile, sur le chemin de Traverse, à tenter de comprendre ce qui l'avait poussée à ça. Que faire maintenant ? malgré tout, elle se sentait comme attachée à cette belle robe. Elle la garderait. La bibliothèque… elle hésita presque une quart d'heure, se mettant à marcher de long en large dans l'allée sorcière, incertaine. Elle ne prenait pas vraiment de risque en y allant, bien sûr, seulement… elle avait la sensation que tout lui montait à la tête, depuis qu'elle avait commencé cette recherche. Il fallait que les choses redescendent, se calment. Définitivement. Et puis, de toute manière, elle devait rendre ces livres ; alors, diminuant son paquet pour cacher l'extravagant achat, elle rangea le tout dans son sac et transplana.

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« - Bonjour Madame, dit le jeune homme au moment où elle allait pousser porte qu'il tenait déjà ouverte.

- Euh, bonjour, répondit-elle un peu étonnée de le voir directement face à elle. »

Il s'écarta pour la laisser passer, mais affichait une expression presque peinée, hésitante. Elle en était encore à passer le pas de la porte quand il se décida à toussoter en prenant la parole.

« - A vrai dire, il est midi, j'allais fermer la bibliothèque pour prendre ma pause déjeuner.

- Oh… je, je reviendrai plus tard, se reprit-elle, déçue. Elle avait donc vraiment beaucoup trainé avant de venir ici…

- Par contre, si vous voulez… enfin, nous pouvons déjeuner ensemble, il y a une petite brasserie qui vient d'ouvrir à quelques pas, c'est sympa et pas très cher. Enfin, je ne vous force pas la main, s'empressa-t-il de rajouter, mais je crois que vous vouliez des informations sur mes recherches sur la guerre, alors… »

Pendant l'espace d'un court instant, elle ne sut que dire. La demande la prenait totalement au dépourvu, alors qu'elle en était encore à chercher à comprendre comment elle avait pu mettre tant de temps à venir, à se dire que visiblement une part d'elle-même cherchait à l'empêcher de venir aujourd'hui. Mais, secouant la tête pour retrouver ses esprits, elle parvint à acquiescer, décidant que c'était un moyen comme un autre d'en apprendre davantage sur ce qui l'intéressait. Alors, sans plus se poser de questions, comme soulagée d'un poids que remplaçait l'anticipation de ce savoir qu'elle allait peut être acquérir, elle revint sur ses pas et l'attendit tandis qu'il scellait de quelques sorts l'entrée de l'établissement.

La brasserie ressemblait plutôt à une petite cantine familiale, assez vide d'ailleurs, et elle fut soulagée de n'y voir personne qu'elle connaissait. Il semblait bien connaître l'endroit, et serra la main du serveur avec amabilité avant de se tourner vers elle.

« - Vous prendrez ?

- Je ne sais pas… Choisissez donc d'abord, s'empressa-t-elle.

- Une part de quiche au Potiron pour moi, et une Bière-au-beurre, s'il-vous-plait.

- La même chose, ajouta-t-elle, tout en fouillant dans son sac à la recherche de son porte monnaie.

- Je vous invite, coupa-t-il en tendant quelques pièces.

- Arrêtez, c'est gênant…

- Pas du tout, venez, coupa-t-il en avançant vers une petite table auprès d'une fenêtre et s'asseyant. »

Elle s'assit face à lui, gardant son sac sur les genoux comme une forme de protection décalée, plaquant sur son visage un sourire qui n'avait pas grand-chose de naturel. Tout cela, c'était toujours beaucoup plus facile en théorie qu'en pratique. Elle attendit, silencieuse, guettant anxieusement le moment où il faudrait prendre la parole sans quoi l'atmosphère deviendrait pesante, jusqu'à l'arrivée de leur commande. Elle murmura bon appétit en prenant sa fourchette, et entendant le cliquetis des couverts en face, fut soulagée qu'il se décide à commencer la conversation.

« - Donc vous faites des recherches sur la guerre, c'est cela ?

- C'est beaucoup dire, força-t-elle dans un sourire qui se voulait détaché. Au sein de ma famille, cette Guerre est plus que connue… mais j'avais besoin d'une approche plus historique, plus scientifique.

- Ah, effectivement, si vous cherchez quelque chose de scientifique, je comprends que les ouvrages du rayon de la bibliothèque ne vous plaisent pas franchement… C'est de la généralisation.

- C'est intéressant tout de même, répondit-elle honnêtement, mais c'est vrai que pour certains détails…

- Vous avez un aspect qui vous intéresse plus particulièrement ? demanda-t-il avec un ton d'honnête curiosité en prenant une bouchée de tarte.

- A vrai dire, oui, se décida-t-elle à avouer. Je cherche à comprendre l'implication véritable de Severus Rogue, et j'avoue que l'absence apparente d'ouvrages à son sujet me laisse étonnée. Et j'ai une affection pour le rôle de Minerva McGonagall, mais inutile de vous dire que trouver quoique ce soit sur elle dans un ouvrage est comparable à chercher… des Ronflaks Cornus ! »

Il laissa échapper un petit rire, manqua de s'étrangler avec sa bouchée, et finalement avala une longue gorgée de bière-au-beurre. Puis, toussotant encore un peu mais avec un grand sourire, il lui jeta un regard amusé mais sous-tendu par la pointe d'intelligence qui ne le quittait visiblement pas.

« - Comme je vous comprends ! C'est ce que je vous disais sur mes recherches… moi, j'avais cherché à comprendre le professeur Lupin, et c'est la croix et la bannière pour trouver quelques pauvres informations disséminées.

- Et vous avez réussi ?

- Pas vraiment, mais j'ai été guérie de cette obsession en comprenant que c'était une passion de ma mère, pas la mienne, sourit-il. Romilda Vane ? vous en aurez peut être entendu parler…

- Non, je l'avoue, fit-elle un peu gênée. J'ai une question indiscrète... Mircea, d'où cela vient-il ?

- Ah ! ce prénom… C'est un prénom roumain. Je n'ai jamais connu mon père, c'était un moldu d'origine roumaine, mais il a eu le temps de laisser à ma mère un roman d'un de leurs auteurs, Mircea Eliade. Et ma mère a… enfin, vous voyez.

- Bien sûr. C'est un bon roman, au moins ? badina Victoire, un sourire amusé sur les lèvres.

- A vrai dire, je ne l'ai jamais lu… Il ne doit pas être mal, j'espère du moins ! »

Pendant quelques minutes après cela, ils restèrent tous deux, sans parler, mangeant lentement les restes de leur plat. Elle avait oublié ses hésitations de la matinée, et la robe réduite dans son sac ; elle en avait même oublié pourquoi elle était venue, au départ. Il faisait bon, elle se sentait à l'aise. Cette histoire de prénom était cocasse, et, finalement, s'appeler Victoire, ça n'était pas si original que ça. Tamponnant sa serviette sur ses lèvres, elle s'apprêta à poser une question.

« - Mais… ?

- Si vous voulez…

- Non, non, allez-y d'abord se dépêcha-t-elle. Ce que j'avais à demander était sans intérêt.

- Voyons, je ne…

- Allez-y ! commanda-t-elle.

- S'il le faut, je m'incline, pouffa-t-il. Si vous voulez, disais-je, je regarderai aujourd'hui dans les archives ce que je trouve, et à quels autres centres de données me renvoie ce que vous cherchez, et si vous passez demain dans la matinée je vous donnerai tout ça ?

- Avec grand plaisir, c'est… merci beaucoup.

- Ce n'est rien.

- Non, vraiment, je vous jure, insista-t-elle, étonnée de sa propre insistance. Je ne saurais comment vous remercier.

- Continuez de sourire comme cela, répondit-il sur un ton taquin. Excusez-moi, c'était déplacé. Posez-moi donc votre question.

- C'était de la simple curiosité, parlez-vous Roumain ?

- Pas un mot ! rit-il.

- Mon beau-frère y a vécu des années, et je crois qu'il n'en connait pas un mot non plus, s'amusa-t-elle.

- Langage maudit, peut-être !... »

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« - Severus, j'ai besoin de votre aide !

- Ah oui, et à quoi Minerva ? se moqua le professeur de Potions en levant un sourcil.

- A décortiquer la bibliothèque, imbécile ! fusa depuis l'autre extrémité du salon de la Directrice adjointe.

- Et pourquoi ? j'aurais cru que vous laisseriez à Albus le privilège de tout savoir…

- Parce que, si vous voulez être en mesure de comprendre quel est l'état magique du Seigneur des Ténèbres ressuscité, sans avoir à vous fier à la seule parole de cet imbécile à barbe, il va falloir s'y mettre…, vociféra-t-elle en se rapprochant de lui.

- Je crois que vous êtes entourée de beaucoup d'imbéciles, ricana-t-il gentiment.

- Ca, vous l'avez dit ! répliqua-t-elle cassante, mais avec un sourire dans le regard. Si vous ne m'embêtez pas trop, je ne répéterais à personne que vous connaissez par cœur les Bizarr'Sisters.

- Maudite bonne femme ! grogna-t-il en poussa la porte de ses appartements, et mettant un pied dans le couloir. Votre Majesté vient, ou bien a-t-elle mangé trop de pudding pour passer la porte ?

- Estimez-vous heureux que j'aie besoin de vous… »

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Le lendemain, elle était au poste, arrivée à la bibliothèque aux alentours de 10h, ne s'étant pas, cette fois, permis de faire des choses et d'autres en chemin. L'impatience la rendait irritable, elle avait quasiment envoyé Teddy au Ministère en le trainant dans la cheminée ; et avait manqué incendier sa salle de bain quand elle avait eu à régler un problème avec l'alimentation en eau. Finalement, elle était là, devant l'accueil où personne n'était encore arrivé. Mircea Vane, essoufflé, déboula de la pièce par laquelle elle l'avait vu sortir précipitamment quelques jours auparavant, et eu un sourire en la voyant.

« - Déjà ?

- Bonjour à vous aussi, taquina-t-elle, s'étonnant elle-même de cet humour inhabituel.

- Donnez-moi un instant, je vais chercher ce que je vous ai mis de côté, annonça-t-il avant de disparaître à nouveau. »

Pendant son absence, elle laissa son regard courir sur les murs et les étagères en forêt organisée : c'était si blanc, si… il y avait là le silence et la netteté d'un hôpital, c'était peut être pour cela qu'elle n'y était pas impressionnée par la sensation d'un savoir. La bibliothèque de Beauxbâtons, c'était autre chose… et quant à Poudlard, une véritable œuvre d'art à côté de ces étagères de bois peintes de blanc, et cette impersonnalité de tout.

« - Vous admirez les lieux ?

- Je trouvais plutôt ça assez peu… engageant, pour un lieu de savoir.

- Peut être… écoutez, je n'ai sans doute qu'à moitié le droit de vous faire part de presque tous les papiers qui sont ici : s'il-vous-plait, ne les consultez que chez vous, et prenez en note ce qu'il vous faut afin de me les ramener la semaine prochaine sans que personne ne sache rien.

- Bien sûr, acquiesça-t-il.

- Alors, voilà. »

Et, contournant le comptoir, il lui tendit une liasse de papiers reliés de en quelques tas de façon plus ou moins précaire, et sur le dessous un véritable ouvrage. Elle ouvrit des yeux étonnés, mais se saisit des documents sans se plaindre le moins du monde, et les rangea précautionneusement dans sa mallette qui, pour une fois, lui servirait à quelque chose.

« - J'ai ratissé assez large, à mon avis s'il y a des informations, à l'exception d'une liasse que je devrais particulièrement ne pas prêter, elles seront disséminées ici et là dans les papiers. Ce qu'il me manque, ce sont des ouvrages que seul Poudlard possède…

- C'est déjà énormément. Je vais aller m'y mettre tout de suite, je… Merci encore.

- Pour une belle femme comme vous…

- Arrêtez, ça n'est même pas vrai ! lança-t-elle en riant, tout en entrant dans la cheminée.

- Libre à vous de ne pas y croire ! cria-t-il presque, pour qu'elle l'entende avant que les flammes vertes ne l'emportent. »

Rentrée chez elle, elle n'enleva même pas son manteau, et commença par sortir les documents qu'elle avait, et en lire les titres. Il y avait trois registres de Poudlard, sur la période d'enseignement de Minerva McGonagall, sans doute ; une série d'articles et coupes de presse sur Severus Rogue, tout ce qui avait été écrit l'ouvrage était la toute nouvelle édition de l'histoire de Poudlard. Quant à la dernière liasse, elle faillit laisser échapper un cri… comment avait-il eu en sa possession une copie du dossier du Ministère sur cette femme ? Retenant sa respiration, elle s'assit à la table et, approchant d'elle ces papiers, inspira fortement en ouvrant ce qui servait de couverture, prête à entrer dans la vie – juridique et officielle du moins – de Minerva McGonagall.