Chapitre 4 : Le temps des confidences

Aragorn cru qu'il allait devenir fou. Il s'en voulait par avance de n'avoir pas mieux veillé sur son ami. Maintenant, les Valars seuls savaient où il pouvait être. Comment retrouver un elfe à l'esprit perturbé, bien plus grand connaisseur de la forêt que lui, à l'ouïe très fine et à la vue aiguisée, et surtout, parti peut être depuis plus de huit heures ?

Épuisé tant physiquement que mentalement, Aragorn s'assit sur un banc de la place principale. Et se releva presque aussitôt. « Je n'ai pas le droit de le laisser. Il n'est pas responsable de lui même ces temps-ci ». Il poursuivi une heure ses recherches et arrivé au bort des remparts, au bord de la crise nerveuse, cria :

« Legolas !

Il n'espérait pas obtenir une réponse, mais aurait le mérite d'avoir essayé.

-Oui, Aragorn ?

Ledit Aragorn cru qu'il allait avoir une crise cardiaque. Il sursauta et se retourna en même temps. Legolas se tenait devant lui. Il ne l'avait absolument entendu venir. Il passait par là pour la cinquième fois au moins, ne l'avait jamais vu, aucune fois qu'il y était passé, et voilà qu'il était là, comme une manifestation miraculeuse.

Aragorn se jeta sur l'elfe pour lui étreindre les épaules et s'assurer qu'il était bien vrai. L'elfe parut un peu surpris par cette subite marque d'amitié, mais se laissa faire, sans toutefois y répondre. Aragorn se dégagea et le regarda son ami plus sérieusement.

- Toute la cité est à votre recherche ! Elrond va être furieux !

Legolas haussa un peu les sourcils.

- Aussi que je me rappelle les 3000 années passées, je n'ai jamais vu Elrond furieux que contre un enfant humain qu'il a adopté il y 40 ans de cela.

- Ah ah ! Je vois que vous allez nettement mieux si vous pouvez reprendre votre air pince-sans-rire qui vous sied si bien.

Legolas eut un léger sourire.

- Dans tous les cas, ne vous en faites pas pour Elrond. Je viens de le croiser. J'avais bien remarqué que lui et quelques gardes paraissaient tendus aussi, de peur que ce soit de ma faute, me suis-je manifesté. Il a parut soulagé que j'aille bien, et a rit quand je lui dit où j'étais. Il a lui même avoué qu'il aurait dû y penser.

- Et il ne lui serait pas venu à l'idée de me communiquer votre position ? Fit semblant de s'outrer Aragorn. Où étiez-vous donc ? Remarquez, je ne devrais sans doute pas m'étonner de ne pouvoir trouver un Maître Assassin de Mirkwood. Le contraire serait inquiétant pour vous !

Le regard de Legolas s'assombrit à l'évocation de la formation qu'il avait reçue. Aragorn se gifla mentalement mais l'elfe finit par sourire et hocha la tête :

- C'est vrai. Quoiqu'il en soit, je vais vous montrez mon lieu de retraite, mais s'il vous plait, puis-je vous demandez une faveur ?

- Tout ce que vous voudrez, mellon min.

Surpris que son ami humain utilise ce terme en elfique, Legolas dévisagea Aragorn, cherchant une trace d'ironie dans ses yeux. Mais le ranger lui sourit en retour et ajouta :

- Je n'ai pas utilisé l'elfique pour me moquer de vous. Ce terme est à mon sens plus fort dans votre langue que la mienne, mon ami.

Legolas ne sourit pas mais parut soulagé qu'Aragorn ne se moque pas de lui.

- Quelle était cette faveur, Legolas ?

Ce dernier sourit en entendant qu'Aragorn revienait au sujet initial.

- Voulez-vous m'y laisser méditer seul, lorsque que je ne vous invite pas à m'y rejoindre ? Vous pourrez m'accompagner, mais parfois j'ai besoin de solitude.

- Bien sûr ! Ce n'est pas une faveur, c'est tout naturel ! »

Legolas sourit, franchement cette fois, les yeux légèrement plissés. Cela faisait longtemps qu'il n'avait sourit ainsi. La dernière fois qu'Aragorn l'avait vu se laisser aller à un tel sourire, c'était lors de la bataille de Minas Thirith. Aragorn se souvenait.

« Legolas et Gimli, bien que génétiquement destinés à être en conflit, avaient fini par bien s'entendre et à devenir amis. Au-delà des piques quotidiennes que l'un et l'autre se lançaient avec amusement, il était clair que les deux étaient comme larrons en foire, suffisamment intelligents et honnêtes pour se rapprocher. Lors de la dernière bataille dans la ville blanche, ils s'étaient lancé un pari : à qui abattra le plus d'ennemis. Ils se criaient leurs nombres respectifs. Gimli avait crié « 15, 16, 17 !... ». Legolas, avantagé car il abattait ses ennemi à l'arc et donc à distance, lui avait lancé un regard plein de joie en lui répondant « 20 ! 21 ! 22! » Et après un silence « 428 ! ». Gimli s'était brusquement retourné et avait vu Legolas qui renversait du pied une échelle posée sur le rempart. L'échelle était assaillie par les Orcs et en avait écrasé plusieurs dizaine d'autres. »

Aragorn eût un petit rire à ce souvenir. Legolas l'interrogea silencieusement des yeux, aussi partagea-t'il ce souvenir avec lui. Legolas en rit avec lui.

« Je n'en n'avais vraisemblablement pas tué autant, mais voir son visage incrédule valait ce petit mensonge ! »

Aragorn suivit l'elfe dans les jardins. A un endroit, les arbres montaient si haut qu'on ne pouvait en distinguer la cime. Mine de rien, Legolas s'élança et attrapa les branches les plus basses à quelques deux mètres du sol. En un instant on ne le vit plus. Aragorn était en train de se demander s'il allait tenter de faire comme son ami si agile, au risque plus que probable de se ridiculiser, quand Legolas reparut. Il tendit la main et demanda :

« Un peu d'aide pour monter, mellon min ?

Aragorn sourit :

- Ce n'est pas de refus ! J'ai peut être été élevé parmi les vôtres, Legolas, mais je ne suis pas un des vôtres !

Legolas lui tendit la main et le hissa jusqu'aux premières branches. De là, Aragorn put se débrouiller seul, bien qu'il fut loin d'égaler l'agilité de l'elfe.

- J'aurais dû m'en douter, effectivement. Je connais pourtant votre amour pour les arbres !

Et après quelques minutes de silence, il ajouta :

- Vous ne risquez pas d'être dérangé ! Je n'arriverai jamais à vous rejoindre si haut sans votre aide ! Alors sans votre autorisation...

Il entendit un rire à peine plus haut suivi d'une exclamation :

- Allons, vous êtes plus leste que ce que vous ne laissez penser ! »

Aragorn entendit un brusque craquement, suivit d'un gémissement étouffé. Il appela :

« Legolas ? Vous allez bien ?

- Mmmh.... oui. Ce ne sera rien.

Mais l'elfe n'avait l'air convaincu.

- Redescendez, Legolas ! Si vous êtes blessé, tout elfe que vous soyez, vous risquez de tomber et si vous ne tombez pas, jamais je ne pourrais vous aider à redescendre !

- Ce n'est rien je vous dit. On sentait poindre une note d'impatience dans la voix du prince Assassin.

- Très bien, mais je viens vérifier quand même !

Le silence qui répondit au ranger ne laissait présager rien de bon, mais au moins, l'elfe n'avait pas protesté.

Aragorn finit par rejoindre son ami dans les dernières branches. Il était assis contre le tronc, les jambes repliées contre son torse, et regardait au loin. Toute trace de la joie qu'ils avaient partagée un instant plus tôt avait disparu et l'elfe avait de nouveau retrouvé son visage triste et sérieux.

- Vous vous êtes blessé ? Demanda Aragorn en s'asseyant précautionneusement

- Non. Je me suis juste cogné contre une ancienne blessure.

- Montrez-moi.

Legolas soupira.

- Ce n'est rien je vous dit...

- Et moi je vous demande de me montrer, insista Aragorn. Ce n'est pas pour vous gronder, fit-il plus doucement. Juste pour me rassurer, être sûr que vous n'avez rien.

- Vous ne me faites donc pas confiance ?

Aragorn soupira et décida d'être honnête.

- Legolas, pour être tout à fait franc, je ne pense que vous même soyez toujours très honnête avec moi en ce qui concerne vos blessures. Donc à ce sujet, je préfère insister, quitte à paraître méfiant. Je pense que vous me pardonnerez de vouloir prendre soin de vous. »

Sans un mot, mais les yeux comme des lasers inspectant Aragorn, Legolas déplia les jambes. La tunique de l'elfe était tachée de rouge à l'endroit où Elrond avait soigné sa blessure quelques jours plus tôt. Il n'y avait pas beaucoup de sang, et comme l'avait dit Legolas, ce n'était probablement rien. Mais il aurait préféré que l'elfe descende de son perchoir pour aller voir Elrond.

Toutefois, Legolas ne paraissait manifester aucune envie d'aller se soigner. Aragorn, tout en s'asseyant en prudence sur une branche à peine plus basse que celle qu'avait choisie l'elfe, soupira. Il leva les yeux sur son ami, qui regardait toujours au loin.

« Ne veux-tu donc rien me dire sur ces dernières années, Legolas ?

Surpris par ce tutoiement imprévu, Legolas baissa les yeux sur le ranger. Ignorant la surprise dans ses yeux écarquillés, Aragorn poursuivi :

-Je ne suis pas ton ennemi, tu le sais. Pourquoi me repousses-tu ainsi ? A deux nous serions plus fort contre tout ce qui peut te blesser.

L'elfe tourna la tête et dit dans un souffle :

- Ou peut-être aussi ce poids vous serait trop lourd et m'en voudriez-vous de vous avoir accablé avec cette charge dont vous ne pourriez rien faire.

Aragorn ne fut pas surpris que l'elfe ne poursuive pas la discussion avec un tutoiement. Cela devait être un peu nouveau pour lui. Le tutoiement n'existe pas vraiment en elfique se souvint-il. Dans cette langue, toutes les paroles sont dites sur un ton de profond respect, sans 'tu' ni 'vous', mais comme si l'on disait à la personne à qui l'on parle « Sa seigneurie » tous les trois mots.

-Je ne pense pas que j'arriverai à t'en vouloir pour quoi que ce soit, mellon min. Surtout pour quelque chose qui t'aurais fait du mal.

Pendant un temps, Legolas ne répondit rien. Alors qu'Aragorn commençait à se creuser la tête pour relancer la conversation sur un ton plus léger, il entendit toutefois une réponse :

- Je suis si fatigué, Estel, si tu savais comme je suis fatigué... »

De la part d'un elfe, et tout particulièrement de la part de Legolas, c'était un aveu inquiétant. De plus, le fait qu'il ait utilisé le prénom elfique de son ami était un symptôme supplémentaire de souffrance morale. Il y avait un véritable appel à l'aide caché derrière ces mots.

« Je vais descendre » dit soudain Legolas d'une voix plus ferme. Aragorn acquiesça et commença lui aussi à descendre. A quelques mètres du sol, il se rendit compte que Legolas ne descendait plus mais se cramponnait au contraire aux branches autour de lui. Le ranger, en contrebas, essaya de distinguer si quelque n'allait pas, et si oui, quoi. Un elfe qui aurait le vertige ? Dans d'autres circonstances, cela lui aurait parut drôle !

Et soudain, le pied de Legolas dérapa. L'elfe glissa et s'abattit sur les branches plus basses, avant de basculer au sol. Aragorn essaya de le rattraper mais la chute de l'elfe avait créé un grand remous et lui même essayait de ne pas tomber. Il ne parvint qu'à effleurer la tunique de son ami, sans le ralentir.

Aragorn hurla le nom d'Elrond et s'empressa de descendre. Alors qu'il posait pied à terre avec soulagement, le vieil elfe arrivait en courant, et se précipita sur Legolas, inanimé, au pied de l'arbre.

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Voilà ! C'est tout pour aujourd'hui je pense. J'attends vos réactions ! Pour les très grosses quiches en Elfique, mellon min = mon ami. J'ai pensé que ça se devinait, mais quand on le sait, c'est difficile de juger. J'ai essayé de faire un chapitre plus léger, je commençais moi même à trouver mon histoire oppressante, mais bon elle n'est pas classée dans 'Angst' pour rien, ça va pas rigoler !