Euh... bonjour? *esquive un jet de tomates*

Non, je n'ai pas abandonné cette fic et je ne le ferai jamais.

Je suis vraiment navrée de tout ce temps de retard et je m'en excuse sincèrement. Beaucoup de choses bien et mauvaises se sont passées et je n'ai guère eu le temps et ma fiction principale me prend BEAUCOUP de temps.

Je suis reconnaissante de votre patience et j'espère que ce chapitre très très long vous plaira.

Bonne lecture


Chapitre 4: Assemblée et examens de mi-semestre

Dès le deuxième jour, je portais seulement ma chemise, ma cravate, ma jupe et des collants blancs comme uniforme. La veste me saoulait et je ne voulais pas que les autres voyaient les quelques poils rebelles sur mes jambes.

Concernant les cours, seuls ceux de cuisine et de sport me faisaient distinguer des autres. Pour le premier cours de sport, j'avais commencé avec mon maillot et mon short de foot comme tenue de sport, ce qui m'avait valu de drôles de regards aussi bien des filles que des garçons. Bah, un maillot avec Carolyn et le numéro "23" marqué derrière, ça choquait apparemment. Mais on ne m'avait pas donné l'uniforme de sport, fallait donc faire avec pour l'instant. Malheureusement, les filles étaient séparées des garçons. Ceux-ci faisaient, comme par hasard, du foot sur le terrain alors que nous faisions du saut en hauteur. Je n'étais pas spécialement mauvaise en saut, après tout, je marquais des buts de fou à la maison comme ça. Je regardais les garçons jouer avec le ballon.

Qu'ils jouaient mal... Enfin, plutôt désorganisés. Tout le monde allait sur la balle sans jamais se retirer ou appeler à la passe. Manquait encore que les gardiens, qui étaient, du plus proche au plus loin, Tomoya et Ren, se joignaient à la partie et c'était fini. Il y avait un garçon de trop, alors il se retrouvait seul à côté du terrain à s'ennuyer. Je lui faisais des signes de tête pour le faire entrer sur le terrain alors que je m'incrustais dans l'autre équipe. Un garçon avait le ballon entre les pieds et tentait d'avancer, je lui piquais la balle et fonçais sous des regards ahuris vers le but adverse, gardé par Ren. Je tirais et la balle atteignit le fond de la cage, le gardien n'avait pas bougé d'un pouce. Je revenais vers mon équipe, toujours plantée avec des yeux ronds.

- C'est comme ça qu'on joue au football! A fond! dis-je avec un clin d'oeil et un sourire.

Le professeur était venu me crier comme quoi je n'avais pas le droit de venir du côté des garçons mais, après plusieurs arguments de la part des dits garçons, il me laissa jouer non sans lancer des injures à mon égard. J'avais rapidement placé chaque personne de mon équipe à un poste précis et nous jouions plus stratégiquement, ce qui avait rendu le jeu plus fun et dynamique. Etrangement - au sens ironique du terme - Gakushuu avait fait exactement pareil et une bataille avait commencé. Passes, tacles et occasions s'enchaînaient à grande vitesse pour les deux équipes. Tomoya, mon gardien, laissa la balle entrer dans ses filets beaucoup trop de fois, ce qui lui valut des cris de la part des défenseurs qui ne faisaient pas mieux et Ren - qui ne se débrouillait pas mieux - me laissait marquer parce que j'étais une fille. Pire excuse au monde et son équipe l'avait plusieurs fois secoué et traité de débile. Mais ça restait amusant et la tension régnait sur le terrain. Si bien que nous nous retrouvions à égalité vers la fin mais il fallait en finir. Gakushuu, l'attaquant principal adverse, était visiblement fatigué, comme moi en milieu de terrain, ma place habituelle, au centre de la formation.

- Tu vas perdre. menaça Gakushuu avec un mauvais sourire.

- I'll fight until the very end. répliquai avec un sourire confiant. (Je me battrai jusqu'à la fin.)

Les dix dernières minutes étaient les plus longues de ma vie, en tant que joueuse. Je courrais dans tous les sens, bloquant toutes les attaques de Gakushuu avec un tacle, un vol de ballon ou une déviation de celui-ci avec la tête. Il courrait aussi mais ne bloquait aucun de mes attaquants, en même temps ils perdaient le ballon tout seuls au lieu de le ramener en milieu de terrain pour faire des passes aux autres joueurs. Je fatiguais et ne me sentais plus trop en forme pour tenter de marquer cinq buts à la suite peut-être juste un, alors que Tanaka, un garçon avec les cheveux en l'air à la Phoenix Wright, perçait la défense en courant sur la gauche, je courrais à mon tour une dernière fois vers les derniers mètres. Je l'appelais, il tira vers ma position, je sautais, tentant un ciseau comme ultime tir au but. Mon pied droit touchait le ballon et je tombais lourdement au sol alors que la balle volait vers le fond des filets.

Il avait eu but.

Mais j'étais trop fatiguée pour me lever et chanter la victoire. C'était les autres qui chantaient alors que j'étais par terre. Puis, ils m'avaient relevé, un énorme sourire sur leurs lèvres.

- On a réussi! Carolyn-chan, tu es fantastique! cria Teppei qui avait couru depuis son poste de défenseur jusqu'à nous pour danser.

- Bien joué. dit Gakushuu, non sans un arrière-goût d'amertume dans sa voix.

- Bien joué également. répondis-je avec un sourire sincère.

Le prochain cours arrivait et c'était la cuisine. Nous avions formé des groupes de cinq et un groupe de six. Bien entendu, le groupe de six était composé de moi et les cinq garçons. Nous cuisinions un repas occidental, de la pizza. Très facile à faire. Chacun faisait sa pizza, donc sa propre pâte également. Je touillai ma pâte en observant les garçons travailler.

Mon dieu. J'étais partagée entre hurler de rire ou les aider par pitié. En commençant par Tomoya qui avait un sacré bazar près de son bol.

- Tomoya-kun, c'est quoi tous ces sachets vides? demandai-je, anxieuse à l'idée de le voir faire une pâte bizarre.

- De la farine. C'est blanc et c'est en poudre.

Je pris un sachet vide et lus "levure en poudre". Il avait confondu la levure – celle dans les petits sachets – avec de la farine. Sa pâte était juste de la levure pure avec le sel, le sucre, l'huile d'olive et un cube de levure non dilué. Il la mit directement dans le four déjà chaud.

- Laisse ta pâte se reposer avant de la mettre au four. Et on met les ingrédients avant d'enfourner.

- Mais non! On ne cuit pas le jambon!

Je préférai ne pas insister mais je restai très méfiante envers le four juste devant mes jambes. Je craignais une catastrophe. Je regardai chez les autres. Teppei faisait craquer un œuf dans sa main et le mis dans son bol avec la farine.

- Pourquoi tu mets un œuf? demandai-je.

- Ben, c'est écrit dans la recette.

Je lus le titre de sa recette. Il faisait une pâte brisée et non une pâte à pizza. En plus, il fallait un jaune d'œuf et non pas la totalité. Et encore moins avec la coquille!

- Teppei-kun, laisse tomber ta pâte. Tu ne suis pas la bonne recette et on ne met pas la coquille d'un œuf dans une préparation! C'est dégueulasse!

- Mais si, c'est pour la rendre croquante!

- Ce garçon est idiot. Regarde ton livre et les images. Peut-être que ton cerveau se réveillera.

Il me regarda, choqué. Je tournai la page de son livre de recette et lui pointa la bonne marche à suivre. Il lut et fit une magnifique tête qui voulait dire: "qu'est-ce que j'ai fait pour faire une erreur pareille? ". Je l'envoyai à la table à manger, ce qu'il fait sans demander son reste. Ma pâte était faite et il fallait la laisser reposer. Je m'occupai des ingrédients que je voulais y mettre. Il y avait tout dans cette cuisine. Du jambon, des œufs, du lard, des champignons, des ognons, de l'ail, de l'origan, des ananas en rondelles, de la sauce tomate, de la mozzarella, etc. Parfait pour faire toutes les pizzas du monde. Ren coupait des ananas qui avaient une drôle de couleur verte.

- Je peux voir ta boîte de conserve, Ren-kun?

Il hocha simplement la tête. Je la pris et l'examinai. La boîte était normale mais l'odeur qui s'en dégageait était atroce.

- Tu as trouvé ça où?

- Je l'ai pris de chez moi. Yasui-sensei a été gentil de me laisser le poser au frigo en attendant le cours.

- Et la boîte est ouverte depuis combien de temps?

- Aucune idée. Deux semaines je crois… Ou trois….

- Et la boîte est périmée depuis quatre ans, tu n'en sais rien du tout?

Il me prit la boîte des mains pour vérifier. Son teint devint livide. Bon, sa pâte était contaminée et refaire serait inutile. Je l'envoyai à la table à manger avec Teppei. Je me décalai rapidement de ma place qui était juste devant le four dans lequel la pâte de Tomoya s'y trouvait.

BOUM!

Je sautai au plafond, lâchant un cri suraigüe – c'était très mélodieux – et les autres groupes nous regardaient avec moquerie. J'ouvris le four avec un torchon dans les mains. De la fumée noire s'en échappait. La pâte avait explosé, laissant des fils de pâte noir dans tout l'appareil. La levure avait tellement monté que ça avait cédé. Le prof était venu constater les dégâts et demanda qui était l'auteur de la pâte. Nous pointâmes Tomoya du doigt, comme des enfants. Il s'énerva comme à son habitude et le prof l'envoya rejoindre Ren et Teppei. Ils étaient morts de rire là-bas. Je nettoyai le four, prenant du retard sur ma pizza.

- J'en ai marre de pétrir ma pâte. Elle me coule dans les doigts! râla Natsu.

- Tu as mis trop de liquide. Et je pense que tu as aussi mis du lait. Je me trompe?

Il m'observa un instant, se remémorant ses gestes. Il pâlit.

- Oui, tu as mis du lait. Va rejoindre les autres à la table.

Il s'exécuta. Il ne restait que moi et Gakushuu.

- Pitié que ta pâte est correct. dis-je, implorante.

- Euh… J'ai aussi mis du lait et des œufs.

Et ces garçons sont censés être les meilleurs de l'école…

Ne pas sombrer dans le désespoir, ne pas sombrer dans le désespoir…

Je me pinçai l'arête du nez en soupirant lentement. Je devais garder mon calme sinon, aucun d'entre nous n'allait manger une seule part de pizza digne de ce nom.

- Va à la table. Je ne veux plus te voir.

Il partit. Je regardai ma quantité de pâte prête à être cuite.

Mouais, ça devrait aller si je ne mange pas. Pour une fois que le fait que je fasse toujours trop est utile!

- Les guignols, vous voulez quoi comme garniture? demandai-je aux garçons attablés.

- Des ananas! réclama Ren.

- Du lard, s'il te plait. répondit Teppei, toujours un peu gêné de sa bourde.

- Du jambon. dit Tomoya.

- Peu importe. marmonna Gakushuu.

- Aussi des ananas. termina Natsu.

Je hochai la tête et me mit au travail. Ma pizza commença à prendre forme avec les garnitures. Elle me donnait envie mais bon, il n'y avait pas assez pour nous six. J'enfournai enfin la pizza du groupe et je m'occupai de faire une salade d'endive avec des tomates cerise pour accompagner. Un truc sain ne faisait jamais de mal. Notre table de travail était dans un état lamentable et tous les bons ingrédients étaient dans leur pizza.

En attendant la pizza et la salade prête, je rangeai les bols et autres pâtes. Juste avant de jeter celle de Koyama, une idée me vint en tête. Sa pâte brisée était bien faite et avait une bonne consistance. Une tarte aux pommes ferait parfaitement l'affaire pour moi.

- Professeur, est-ce qu'il y a des pommes par ici?

- Oui mais tu vas en faire quoi?

- Une tarte aux pommes pour moi. Ils me volent la pizza. dis-je en pointant les garçons d'un doigt accusateur.

- Mais tu n'as pas le temps de manger ta tarte… La cuisson est assez longue.

Je vérifiai l'horloge collé au mur. Il avait raison. Que faire?

- La tarte sera pour les prochains. Je ne peux pas laisser une pâte prête comme ça.

Il fit un geste d'abandon et s'occupa d'un autre groupe qui mangeait. Je pris les pommes et m'attelai à les couper.

Je terminai juste à temps pour prendre la pizza cuite.

Le plat enfin prêt, je le découpai et l'amenai à la table. Leurs yeux brillaient alors qu'ils se jetaient littéralement dessus. Mourraient-ils à ce point de faim? Les autres groupes mangeaient leur repas en solitaire, nous mangions en groupe. Enfin presque. Je restai debout à ranger la table, la tarte étant dans le four.

La tarte fut terminée mais je devais retourner en cours. Ils avaient rangé la table et dévorés la pizza. Mon ventre gargouillait fortement mais tant pis, des gâteaux m'attendaient au café.

Les autres cours? Ben, je ne foutais rien du tout. Je ne prenais aucune note et j'écoutais à peine les profs parler à voix basse. Je me faisais très vite chier et je regardais la montagne derrière l'école, rêvant de mon ancienne école, de mes amis restés au pays. Mes notes en pâtissaient mais bon, je n'étais une surdouée de la classe A.

Et avec les autres élèves? Je discutais avec quelques filles de ma classe malgré une certaine jalousie parce que j'étais presque toujours dans l'entourage de Gakushuu, le favori des filles superficielles. Sauf une fille, Meiko Shidou. La capitaine de l'équipe féminine de basket. Elle tentait plusieurs fois de me faire entrer dans l'équipe après mes "exploits", comme elle disait, sur le terrain de foot. J'avais toujours refusé même si ses compliments me flattaient. Donc, on discutait pas mal ensemble sans pour autant être proches.

En revanche, je m'étais beaucoup rapprochée des cinq Virtuoses - en particulier de Ren et Teppei - et, dans les couloirs, je me faisais aborder par des garçons de mon année ou du lycée de façon très relou avec des phrases du genre: "T'as volé la glace du Pôle Nord pour la mettre dans tes cheveux" ou "Les lagons du Pacifique sont fades face à tes yeux". Phrases que Ren m'avaient déjà sorties lors de notre première rencontre. Aucune imagination. Du coup, ces garçons, je les traçais sans aucune forme de respect.

Mais ça ne suffisait pas. Du coup, je ne sortais plus de ma classe sans être accompagnée de quelqu'un. Surtout d'un Virtuose. Les mecs changeaient tellement de réaction en fonction de qui c'était.

Natsuhiko, ils faisaient des têtes dégoûtés et restaient loin - ce qui ne dérangeait pas l'intéressé plus que ça au passage – ce qui m'arrangeait beaucoup.

Tomoya, ils restaient plus ou moins tranquilles. Il était une sale race avec tout le monde et la plupart des élèves l'évitaient lorsqu'ils en avaient la possibilité.

Ren, la jalousie s'emparaient d'eux et lui jetaient des regards noirs. En fait, il possédait le même problème que moi, en version mec. C'était surtout pour ça qu'on était devenus proches. On avait les mêmes sujets de discussion, au point d'être devenus mutuellement des confidents.

Teppei, ils se tenaient très tranquilles. Celui-ci avait la tendance de tout savoir sur tous les élèves de l'école et d'avoir des informateurs très… ben... très informés et il n'hésitait pas à tout balancer dans son club radio pour faire la une.

Gakushuu, il n'y avait jamais un chat dans les couloirs.

Malheureusement, à la fin des cours, certains de ces garçons relous faisaient exprès de m'attendre pour après me suivre dans la cour et en dehors de l'école. Situation que je haïssais mais à laquelle, je ne pouvais rien faire à part courir comme une dératée jusqu'à mon lieu de travail puisque mes amis me laissaient tomber pour leur club. J'en avais parlé à Isogai qui se sentait mal pour moi mais pas aux cinq Virtuoses. J'avais peur de leur réaction et des possibles conséquences qui pouvaient s'en écouler.

Voilà comment était animé mon quotidien à Kunugigaoka. Génial, pas vrai?

Le mois de mai était arrivé et avec, ma première assemblée et mes premiers examens.

Le jour de l'assemblée, je m'étais retrouvée à voler un pantalon de Gakushuu parce que je n'étais pas foutue de garder ma jupe en bonne état plus de deux mois. C'était pareil en Ecosse, tous les deux mois je me promenais en pantalon pendant au moins une semaine avant de retrouver ma jupe recousue. Du coup, aujourd'hui j'étais habillée comme les garçons, la veste en moins. Ce que ça m'avait manquée, de pouvoir mettre mes mains dans des poches même si le pantalon en question était vachement serré. Mais Asano était un fil de fer comparé à moi et ma couche de graisse. On pouvait presque dire que j'étais une vache face aux maigres Japonaises mais j'assumais mon penchant pour la nourriture sucrée.

Je devrais aller chiper un pantalon chez Teppei. Il a aussi une certaine couche de graisse au niveau des hanches, donc il porte sûrement une taille supérieure par rapport à Gakushuu. Je vais avoir l'air d'une conne en lui demandant un truc comme ça mais qui ne tente rien n'a rien.

Je mangeai mon bentô à l'extérieur, seule - les garçons étaient occupés avec des filles -, assise contre le grillage qui séparait l'école de la montagne. Le temps passait et il y avait trop de trucs à manger dans ma boîte pour mon estomac. C'était alors que je vis des élèves entrer dans la cour depuis la forêt juste derrière. Je reconnus le garçon aux cheveux bleus et Isogai. Ils avaient l'air très fatigués et une fille aux cheveux bruns en une queue de cheval, avec un corps comme le mien n'arrêtait pas de se plaindre qu'elle n'avait pas pu manger son repas. Je regardai mon repas à peine entamé, puis me levai pour m'approcher d'elle. Elle m'observa avec méfiance alors que je lui tendais mon bentô.

- Excuse-moi moi mais j'ai cru comprendre que tu n'as pas encore mangé. J'aimerai bien partager avec toi. commençai-je en souriant.

- Partager? Avec moi?

- Oui. C'est trop pour moi et j'aime partager mon repas. Prends-le, j'insiste.

Elle prit ma boîte, non sans méfiance avant de prendre un peu de riz et le mettre en bouche. Elle émit un petit bruit de bonheur et dévora les restes à une vitesse impressionnante. Je vis Isogai s'approcher de nous.

- Carolyn-san. Toujours près de nous, là où tu ne devrais pas être.

- Tu la connais, cette jolie fille? ricana un autre garçon aux cheveux dorés avec un air pervers.

- Prends un ticket et fais la queue. Tu as beaucoup de concurrence. répliquai-je, lasse de toujours voir cette même réaction chez les élèves mâles.

Il resta un instant interdit avant de commencer à rire. Rire qui contamina tout le monde près de lui, y compris moi. La fille me redonna le bentô vide et me remercia.

- Hara, tu vas te montrer moins agressive maintenant que t'as mangé? demanda un garçon, essoufflé, avec des dread locks.

- Je ne suis pas agressive Yoshida. Juste un peu à cran quand je n'ai rien dans le ventre.

- C'est gentil à toi, merci. dit le garçon avec un sourire.

- De rien! répondis-je avec un clin d'oeil amusé.

Une lueur bleue s'approcha de moi. C'était le garçon que j'avais défendu lors du premier jour.

- Salut! Je suis Shiota Nagisa, enchanté d'enfin pouvoir me présenter à ma sauveuse. dit-il en s'inclinant.

- Enchantée Shiota-san. Je suis Grant Carolyn. Appelez-moi par mon prénom s'il vous plait. répondis-je en m'inclinant également.

- Nagisa pour moi alors! répliqua le bleuté.

- Une élève du bâtiment principal qui nous parle comme si on était des élèves comme les autres? C'est impossible. dit une fille, plus grande que moi avec des yeux verts et des cheveux bruns clair attachés avec une barrette.

- Si, c'est possible si on a un minimum de bon sens. répliquai-je avec un sourire malicieux.

- Je suis Kataoka Megu. Enchantée Carolyn-san.

- De même Kataoka-san.

- On ferait mieux d'y aller. Sinon on va être en retard. dit Isogai en se tournant vers le reste de sa classe.

- En retard? Mais il y a encore quinze minutes avant que l'assemblée ne commence. répliquai-je en regardant ma montre invisible à mon poignet.

- C'est une règle de la classe E, il faut être en ligne avant les autres classes. répondit Nagisa.

- Sérieux... râlai-je, dépassée par ces règles bizarres pour eux.

- On va te laisser. A une autre fois peut-être! s'exclama Isogai en conduisant sa classe vers le gymnase.

Je restai plantée, l'air abasourdie par tout ce que je venais d'entendre. Sacrifier le repas de midi pour une réunion toute pourrie? Non mais qu'est-ce qui n'allait pas dans leur tête, aux administrateurs de cette fichue école?! C'était n'importe quoi et je me mis à marcher vers le gymnase à mon tour. J'étais la dernière de la colonne de la classe A. Je pouvais me barrer sans trop de problème mais je me demandais comment se passait les assemblées ici.

Je vis les élèves se moquer de la classe E, raconter des conneries sur eux, les traiter de moins que rien, de déchets de la société. Ça me foutait la gerbe. Mon petit repas remontait dans ma bouche à trois reprises avant de ravaler, laissant à chaque passage un goût atroce de vomi. Ma tension augmenta d'un cran, ce qui, en soit, était bien parce que ma tension habituelle était beaucoup trop basse pour une fille de mon âge.

L'assemblée commença. Un vieux crouton, à moitié chauve et l'air abruti parlait comme quoi nous étions l'élite du pays et autres bêtises du genre, entrecoupé de moments où il se moquait ouvertement de la classe E. Tout le monde riait comme des baleines, notamment le garçon devant moi, Yoshita, que j'entendais mieux que les autres. Ils avaient la tête basse, ramassant les insultes de plein fouet. J'eus beaucoup de peine pour eux. Puis, un nouveau prof entra. Il avait la classe dans son costume noir, très formel. Et vint une blonde avec des formes quasi divines. Elle était très belle et tout le monde reconnut aisément son origine étrangère. Tous les élèves restèrent scotchés sur eux. Mais aussi...

Je la connais, cette femme... Je l'ai déjà vu... Ce n'est pas Irina Jelavić, une disciple de mon parrain, Lovro? Oui, c'est elle. Je ne pensais pas la revoir. Surtout ici. Qu'est-ce qu'elle fait là?

Elle dégageait une impressionnante assurance et une sacrée vanité dans ses gestes et dans son regard. Elle se posta à côté du prof en costard et nous regarda. J'hésitai à lui faire un signe mais peut-être qu'elle ne me reconnaissait plus. Après tout, trois ans étaient écoulée entre aujourd'hui et la dernière fois qu'on avait causé ensemble et elle ne devait probablement pas savoir que la couleur de mes cheveux avait changée. J'arrangeai ma fleur, en attendant la suite de l'assemblée. Yoshita me passa une feuille avec un programme. Tout était en japonais bien sûr. Je pris un bon moment à traduire que je remarquai que trois minutes après que Teppei avait commencé son blabla. Qu'est-ce qu'il foutait là d'ailleurs? Il n'était pas dans le club de radio? C'était probablement le commentateur ou informateur officiel de l'école, en plus de lanceur de stylos. Il "oublia" la distribution du programme à la classe E et il en profita pour lancer une insulte après l'autre alors que les autres rirent.

Pitié que quelque chose arrive de bien à cette classe, rien que pour lui faire fermer sa gueule.

D'un coup, ils se retrouvèrent avec le programme et Isogai annonça qu'ils les avaient reçues. Je fus heureuse et, en même temps, je remarquai un nouveau professeur. Il était très grand et ses bras bougeaient bizarrement. Teppei s'énerva et je fis la danse des doigts d'honneur spécial Grant en tirant la langue avec un air moqueur. Le dernier de colonne de la classe B me regarda bizarrement pendant quelques instants avant de se concentrer sur son papier.

La suite se passa mieux et nous pûmes enfin partir vers nos classes respectives. Je fus rapidement rejoint par Ren et Tomoya au début des escaliers. Natsu et Gakushuu arrivèrent peu après les premières marches et Teppei arriva en dernier avec une mine très énervée.

- Non mais pour qui il se prend de casser notre fun, ce mec bizarre? s'exclama-t-il, brûlant de rage.

- Pour leur professeur. répliquai-je, amère.

Nous nous fusillâmes du regard alors que Tomoya tentait de le calmer à tape amicale dans le dos. Je n'étais pas sûre que ce genre de méthode fonctionnait mais bon, autant laisser aux "génies" ce qui appartenait aux "génies".

- Ce n'est pas bien grave. Ils sont de toute façon voués à l'échec, une petite aide d'un professeur étrange ne va pas les sauver. ajouta Ren en passant une énième fois sa main dans ses cheveux.

Je résistai à l'envie de soupirer pendant qu'un groupe de filles nous croisaient en me jetant des regards prétendument assassins. Ce à quoi je répondis avec un sourire narquois qui n'échappa pas au radar des garçons.

- On dirait qu'elles t'en veulent. fit inutilement remarquer Tomoya.

- La seule raison à ça, c'est que je suis toujours avec vous. Enfin vous, avec Gakushuu-kun et Ren-kun. Ce qui n'est jamais leur cas, à elles.

L'orangé ne put s'empêcher de fermer les yeux, signe d'agacement.

- Pourquoi eux? Et moi alors? demanda Tomoya.

- T'es juste un playboy qui se croit beau alors qu'il est moche. répliquai-je en réutilisant les même termes que certaines filles de la classe.

- That was harsh Carolyn-chan. (Ça c'était rude Carolyn-chan.) dit-il, le regard déçu, limite triste.

Certes mais je ne pouvais pas vraiment leur donner tort.

- Désolée Tomoya-kun.

- On a maths. Il faudrait se dépêcher. dit Ren en commençant à accélérer.

Super! Un cours d'ennui!

Nous entrâmes dans la classe avec notre professeur principal et il commença à dessiner des droites dans tous les sens sur un système d'axes très rudimentaire. Les autres écrivaient à vitesse folle et moi, je regardai la montagne de la classe E. Ils devaient avoir une jolie vue depuis là-haut. J'hésitai à aller y jeter un oeil après les cours, pour les saluer et dire bonjour à Irina.

- J'aimerai votre attention s'il vous plait. dit le professeur avec une voix forte.

Je concentrai mon cerveau vers lui.

- Vos examens trimestriels approchent à grands pas et il n'est jamais trop tôt pour réviser. Je compte sur vous pour occuper les cinquante premières places du classement.

Classement qui ne me concerne pas mais j'ai aussi des examens à passer. Seul bémol, je ne crois pas que je vais bien les passer malgré mes efforts.

La sonnerie retentit et Tomoya vint à ma table.

- Tu viens réviser avec nous à la bibliothèque?

Je n'ai pas le boulot deux semaines avant les examens. C'est bon.

J'acquiesçai en levant de ma chaise. Je pris mon sac et nous nous dirigeâmes vers la pièce préférée des élèves studieux. La bibliothécaire nous arrêtâmes et nous demanda un pass. Je lui montrai mon papier du proviseur tandis que Tomoya montra le ticket pour cinq places. Elle s'écarta et nous laissa passer. Nous nous assîmes à la table la plus loin de l'entrée. Il n'y avait pratiquement personne et c'était silencieux. Chacun sortit les livres de sa matière de prédilection et je sortis mes notes, fiches de vocabulaire et règles de grammaire avancés.

- Tu ne révises pas les cours? demanda Natsuhiko.

- Je ne suis pas censée prendre part aux examens. Trop haut niveau pour moi. Donc, je ne révise que la langue.

- Mais tu peux y participer? Aux examens, je dis.

- Oui si je le souhaite mais je vais laisser tomber ces examens-ci.

- Mais non! Tu peux voir si t'as déjà un peu appris. Même si ça ne fait qu'un mois et demi que tu es là. argumenta Tomoya.

- Tu t'es bien améliorée depuis la première fois qu'on s'est parlé. ajouta Ren.

Je rougis devant de tels compliments. Surtout venant d'eux.

- Merci mais...

- Fais ces examens avec nous! On te donnera des ondes positives à ce moment-là. dit Ren en mimant les vagues avec mains.

Je pouffai de rire.

- Bon, d'accord...

- Super! s'enthousiasma Natsuhiko.

- Alors, vous avez vu quoi dans les matières principales?

Ils me regardèrent, choqués.

- Je n'ai absolument rien compris aux cours...

- Bon, on va tout reprendre. Commençons par les sciences. dit Gakushuu pour la première fois.

Nous passâmes plusieurs heures à tout résumer sur les cinq matières principales. J'aidai en anglais et je n'avais pas franchement besoin de résumé là-dessus. Les explications de chacun dans chaque matière se complétaient bien et je compris le gros de ce qu'ils avaient vu en cours tout en répétant pour eux même. J'annonçai ma présence à Asano le soir même juste après le repas. Il accepta sans me poser de question. Nous révisâmes les six dans la bibliothèque pratiquement tous les jours. Je me demandai si je n'avais pas fait une connerie en acceptant de faire ces examens.

Et le jour des examens arriva. Je stressai comme une folle, comme si c'était la première fois qu'on me testait. En fait, C'ÉTAIT la première fois qu'on me testait sur du japonais et les autres matières dans cette langue.

- Fais de ton mieux Carolyn-chan! encouragea Teppei en posant une main sur mon épaule droite avec un sourire rassurant.

- Merci Teppei-kun. Fais aussi de ton mieux! répondis-je, légèrement apaisée par son contact.

Ce garçon était considéré par les autres élèves comme le plus chiant des Virtuoses. Il ne disait certes pas grand-chose et était plus discret mais j'appréciai ce côté réservé. Mais ce n'était pas du goût des élèves, ni même de ses amis. Bah, entre un prétentieux, narcissique à crête, un autre prétentieux qui ne s'était jamais regardé dans un miroir, un scientifique complètement fou et Mr Perfect, y avait pas photo. Le "normal" du groupe, c'était lui.

Je vis quelques élèves de la classe E qui semblaient très tendus. En même temps, ils ne battaient pas sur le terrain de l'école principale, contrairement à nous.

- Ils vont se ramasser... se moqua-t-il.

- Pourquoi? Ils ne sont pas au courant?

- Sûrement pas. répondit-il avec un sourire mauvais.

Deux jours auparavant, le proviseur était passé dans les classes nous informer que le programme à réviser se portait sur toute la matière. Ce qui m'avait fait grave flipper mais je ne pouvais plus reculer.

Nous entrâmes tous les deux dans la classe et nous nous assîmes à nos places respectives. Le temps passa lentement et je stressai toujours. Je détestai ces journées examens, j'avais toujours l'impression de tout oublier durant les dix dernières minutes avant que la feuille n'arrivait sur ma table et je restais plantée devant les questions pendant deux minutes, à recouvrer la mémoire. La classe se remplit, l'heure tournait et tout à coup, le prof fit rapidement l'appel avant la sonnerie. Il était huit heures trente et le premier examen se fit distribuer. Je le reçus de ma voisine de devant. On commençait par anglais.

- Commencez!

Nous tournâmes la feuille en même temps et nous commençâmes à écrire.

Les questions n'étaient pas très difficiles. Des problèmes de grammaire en particulier et je restai quelques minutes plantée devant les consignes, écrites entièrement en japonais, à traduire. Ou certains mots de vocabulaire à traduire du japonais à l'anglais. Le temps s'écoulait et les feuilles se remplissaient de réponses.

- Fini! Posez vos crayons!

Plus personne n'écrivit et je passai ma feuille vers l'avant de la classe.

- Alors Gotô-san?

- Bof. L'anglais n'est pas ma matière préférée. C'était facile pour toi je suppose?

- Les réponses à donner oui mais les consignes m'ont un peu perturbées.

- J'imagine.

Prochain examen, sciences! Nous répétâmes la même procédure et nous entrâmes dans nos formules chimiques.

A partir de là, c'était parti en couille.

Les consignes m'étaient pratiquement impossibles à traduire. Une véritable horreur. Je me mis à penser aux élèves de la classe E qui devaient en baver en ce moment. Je relevai vaguement les yeux de ma feuille pour voir tout le monde écrire ses réponses très vite. Trop vite pour moi.

Bon.

J'écrivis absolument n'importe quoi dans les cases vides. Je ne lisais plus les consignes et me concentrai sur les quelques formules déjà marquées. Mais ça ne m'aidait pas. Mes réponses, formulées dans un japonais très rudimentaire pouvaient à peine me donner une partie des points accordés par question. Le temps s'était écoulé et nous dûmes rendre nos feuilles. Je ne pus m'empêcher de pouffer de rire. Ma prestation était tellement ridicule que je m'enlisais dans la honte en faisant ces examens.

Il était midi et tout le monde mangea rapidement son repas dans son coin, il restait encore trois examens avant de pouvoir rentrer chez nous pour réviser les matières de demain.

- Alors, sciences? demanda Teppei, assis en diagonal de moi.

- J'espère que c'est passé. Et toi?

Ce mensonge digne d'un pro.

- J'ai un peu bloqué sur deux consignes mais sinon, ça devrait aller. Y a pas de raison pourquoi tu devrais rater, t'as beaucoup bossé!

- Chouchoute des Virtuoses... murmura Gotô.

Je lui jetai un regard blasé avant de répondre à Teppei.

- C'est gentil mais je ne suis pas sûre que ce sera génial.

- Arrête. On va bientôt reprendre nos examens. T'as intérêt à réussir ma matière, je me suis cassé le cul à tout te traduire.

- LOL. I hope you did your job well. (Lol, j'espère que t'as bien fait ton boulot.)

Il me tira la langue comme un gamin, je l'imitai comme une gamine avant de rire un coup.

La nouvelle feuille arriva et je fis exactement la même chose qu'avant mais avec un peu plus de concentration. Les consignes ne m'étaient pas inconnues et je pus répondre facilement à la moitié des questions. L'histoire du japon me posait plus de problèmes que la géographie et les notions de base de l'économie. J'espérai obtenir au moins trente points. L'examen se termina et le prochain arriva.

Japonais.

La poésie n'était pas mon fort dans une langue. L'anglais était ma matière favorite en Ecosse et pour cause, je maniais les mots avec une grande "douceur" et "maturité" comme se plaisaient à dire mes enseignants. Ecrire un texte? Pas de problème. Analyser un texte ou une oeuvre? Tranquille. Ecrire un poème? D'accord. Analyser un poème? Non pas trop. Alors faire tout ça dans une langue très différente? Fallait pas abuser non plus. J'étais pas Wonder Woman.

L'examen demandait beaucoup de culture générale. Mais la culture demandée devait être exclusivement japonaise et je ne possédais pas le talent de manier le japonais comme Ren le faisait. Du coup, je répondis sobrement, comme une étrangère, aux questions poétiques et analytiques. Je ne réussis même pas à terminer ma feuille, puisque je passai la plupart du temps à traduire les textes donnés. Je la rendis en partie vide.

... Restait les maths.

Je reçus la feuille et les larmes me montèrent aux yeux. Tous ces diagrammes, ces formules algébriques et consignes en kanjis me firent très mal aux yeux comme au coeur. J'avais l'impression de lire un mauvais roman. Je pris ma tête dans mes mains.

C'est pas possible. Qu'est-ce que je fais là? Pourquoi j'ai accepté en premier lieu aussi...

Je notai à peine quelques formules et chiffres. Malgré les explications de Gakushuu en tête. Je me sentis totalement idiote d'avoir accepté d'y participer. On va me prendre pour une nulle dans la classe A. Peut-être que je m'améliorais si je rejoignais la classe des épaves? Fallait d'abord voir les résultats avant de me décider.

Je rendis ma feuille pratiquement blanche avec un air abattu. Le professeur prit les examens et nous laissa seuls. Nous rangeâmes nos affaires avant de sortir de la salle.

- Alors? demanda Gotô.

- On verra. répondis-je, honteuse.

- Carolyn-chan! T'as tout défoncé? demanda Tomoya en passant son bras droit sur mes épaules.

- Quoi?

- T'as tout réussi?

- Ah! Perhaps... (Peut-être.)

- Il n'y a pas de peut-être. T'as réussi, j'en suis certain. tenta Ren pour me rassurer.

- Ne sois pas aussi dure avec toi-même. dit Gakushuu avec un sourire trop parfait pour être sincère.

- Hmm. You're right but I'm just... realistic. (Vous avez raison mais je suis juste... réaliste.) répliquai-je en soupirant.

Ils se regardèrent un instant avant de se mettre d'accord sur un signe de tête, tous les cinq. Nous croisâmes des filles qui me jetèrent des regards noirs, des garçons qui nous observâmes entre admiration et haine et quelques élèves de la classe des épaves, terriblement abattus. Les cinq Virtuoses ne daignèrent même pas à les regarder et tracèrent leur chemin alors que je ralentis pour en saluer un.

- Tout va bien... Nagisa-kun?

- Oui oui si on peut dire. J'ai l'impression d'avoir reçu un coup de couteau dans le dos.

- A cause des examens?

- Oui. Nous n'avons pas été prévenus que les sujets étaient sur tout le programme.

- Ah oui. C'est méchant.

- C'est comme ça. Et toi?

- J'ai tout raté... soupirai-je, abattue à mon tour.

- Ah bon? Mais...

- Ce n'est pas parce que je suis dans la classe A que je suis à leur niveau! m'écriai-je. Je me sens tellement nulle et mise de côté à cause de cette différence!

Il me regarda, choqué. Je repris mon souffle et respirai profondément avant de me remettre à parler plus doucement.

- Pardon mais je me demande ce que je fais dans cette classe. J'hésite même à demander un changement.

- Je peux comprendre. Je suis arrivé dans la classe E à cause de mes notes parce que, ici, les notes sont tout.

- Et vous êtes beaucoup dans le même cas?

- Plus ou moins tout le monde dans ma classe, sauf quelques exceptions.

- D'accord.

- Carolyn-chan! Tu viens? gueula Tomoya.

Je soupirai profondément.

- Je vais te laisser Nagisa-kun. Bonne soirée.

- Bonne soirée à toi aussi.

Je me mis à courir pour rejoindre les Virtuoses.

- Depuis quand tu parles avec ces nuls de la classe E? demanda Natsuhiko avec un air suspicieux.

- Depuis quelques jours. Ils sont sympas.

Contrairement à la MAJORITÉ des élèves présents dans ces foutus bâtiments hein.

- Tu devrais faire attention, leur débilité va t'atteindre. se moqua Tomoya.

- Je ne juge pas les gens sur leur intelligence. Je parle avec eux, essaye de les connaître et seulement là, je peux me donner une opinion sur eux. Basé sur ce que je sais d'eux et ressens quand je suis avec eux. débitai-je en anglais, furieuse de les entendre insulter ces élèves.

- Si t'as que ça comme critères pour tes amis... répliqua pompeusement Natsuhiko.

Si j'avais des critères plus élevés, crois-moi, tu ne me parlerais pas en ce moment.

Je le regardai d'un air blasé pendant un instant avant de remarquer que je sortais de l'enceinte de l'école. Les garçons discutèrent entre eux et je marchai devant eux, l'esprit un peu ailleurs lorsqu'une petite voix interpela.

- Seo!

Une fille de la classe C avec des cheveux et des yeux noirs arriva en courant et embrassa Tomoya. Comme ça, il avait une copine? D'accord, je devrais peut-être revoir mon jugement sur le fait qu'il ne se regardait jamais dans un miroir. Mais il restait toujours un affreux prétentieux à mes yeux. Elle me vit et me lança un regard plein d'arrogance et de mépris. J'arquai un sourcil.

Vous êtes un couple et puis? Qu'est-ce que tu veux que ça me foute? Connasse.

- Carolyn-chan, je te présente Tsuchiya Kaho, ma petite amie.

- Enchantée, Tsuchiya-san.

- Enchantée, Carolynu-san.

Elle me méprisait, rien qu'à voir son regard. Comme beaucoup de filles dans cette école de fous. Mais bon, avant de mépriser les gens, faudrait savoir prononcer leurs noms correctement, ce qui n'était pas son cas.

- On va vous laisser, bye! dit Tomoya avant de partir avec elle, main dans la main, dans la direction opposée.

Ren, Natsuhiko et Teppei étaient relativement envieux de la situation de leur ami. Gakushuu recommençait déjà à marcher vers la maison. Je le suivis, laissant les trois autres en arrière. Ils nous rattrapèrent rapidement en courant.

- Il y aura quel genre de questions en cuisine et en musique? demandai-je, redoutant quelque peu la réponse.

- En musique, c'est surtout sur les instruments et donner des titres ou des auteurs. répondit Ren.

- Musique classique?

- Oui, en général.

- Auteurs japonais?

- Oui.

- Shit. (Merde.)

- En cuisine, c'est surtout des questions sur des recettes surtout. continua Natsuhiko en se grattant la tête, l'air de réfléchir intensément.

- Bon ça, ça devrait aller... J'espère... répliquai-je en baissant ma voix au fur et à mesure que j'avançai dans ma parole.

- Asano-kun! crièrent quatre filles devant nous.

Argh, non pas encore.

Elles courraient avec des feuilles dans les mains, le visage en détresse.

- Tu peux vite nous aider?

Il accepta, les autres s'arrêtèrent derrière lui alors que je continuai mon chemin, me plongeant dans mes pensées durant deux secondes avant d'entendre une voix grave à côté de moi.

- Carolyn-chan! T'es vraiment une lunatique.

- Et puis? Tu ne sais pas ce qu'il y a dans les étoiles Teppei-kun.

- A part un éternel croissant de lune, non. Et j'ai pas envie de savoir.

- Et ça s'appelle curieux? Tu me fais rire.

- On ne peut pas être curieux de tout.

- D'ailleurs, je suis curieuse de savoir si tu peux accepter ma demande.

Il me regarda, un sourcil arqué tandis que je jetai un oeil à gauche et à droite afin de voir si on était seuls.

- Est-ce que... Tu pourrais me passer un de tes pantalons? demandai-je, un peu gênée.

Il rougit instantanément et fortement, puis il se mit à saigner du nez. Je lui tendis un mouchoir en papier. Dieu sait à quoi il devait penser en ce moment.

- Pourquoi? demanda-t-il à son tour en prenant le mouchoir. Pourquoi moi?

- Parce que tu es probablement le seul à porter une taille supérieure aux autres.

- Traite moi de gros aussi pendant que tu y es!

- Ce n'est pas ce que je voulais dire. Et je ne suis pas vraiment plus fine que toi et j'ai toujours des problèmes avec mes jupes. S'il te plait... Ceux de Gakushuu sont trop serrés pour moi.

- Et qu'est-ce que j'y gagne?

- Euh... Ma reconnaissance éternelle, mon silence là-dessus ou un bisou sur la joue.

Il me considéra un petit moment, pesant le pour et le contre pour enfin se décider.

- Je t'apporte ça demain...

- Oh merci Teppei-kun! You're the best! (T'es le meilleur!)

- Mais pas un mot hein!

- I will be as silent as a grave. (Je serai aussi silencieuse qu'une tombe.)

- Merci. Je dois partir de ce côté. A demain Carolyn-chan.

- Bye Teppei-kun.

Je me retrouvai à nouveau seule avec mes pensées. Je rentrai, seule, à la maison.

- Je suis rentrée. dis-je.

- Hello Carolyn-chan! How was your day? salua Asano-san avec un sourire. (Bonjour Carolyn-chan! Comment était ta journée?)

- Stressante. J'ai envie de me changer les idées. répondis-je. Je peux faire des cookies?

- Bien sûr! Me permets-tu de te regarder faire?

- Oui, bien sûr.

Je me déchaussai, posai mon sac sur une chaise, retroussai mes manches, m'attachai les cheveux et fonçai en cuisine préparer les ingrédients et les ustensiles. Asano-san restait dans l'entrée de la cuisine et m'observai. Je pesai, mesurai, pelai les ingrédients et mélangeai le tout dans un bol jaune. Une pâte se forma rapidement alors que j'ajoutai les pépites de chocolat noir. J'avais même ajouté un peu de miel, c'était mon ingrédient "secret", puis je formai des cookies que je déposai sur une plaque. Je mis ensuite cette plaque dans le four, chauffé auparavant et mis un temps de dix minutes. Je préparai la deuxième volée de cookies en attendant.

- Tu es bien concentrée. fit remarquer Asano-san.

- Oui, j'aime bien en faire.

- ça sent bon... J'ai envie d'y goûter.

- Attendons qu'ils soient cuits et refroidis, sinon, on n'arrivera pas à manger.

Le four sonna, je sortis la plaque avec précaution, la trentaine de cookies avaient l'air délicieux. Mais, pas le temps de glander. Je déposai la deuxième plaque, plus grande avec tout le reste de la pâte, soit à peu près une cinquantaine de cookies, dans le four et mis dix minutes à nouveau. Je lavai les ustensiles dans le lavabo avec un savon.

- Je suis rentré. entendis-je.

- Bonjour Gakushuu.

- Je sens une bonne odeur de pâtisserie. Tu fais quoi Maman?

- Ce n'est pas moi mais Carolyn-chan qui fait des cookies.

- Des cookies?

Il passa sa tête par-dessus le demi mur, l'air d'un voyeur. Il flasha sur la plaque et fit des yeux ronds.

- Bonjour Ren-kun! salua Asano-san.

Je tournai la tête vers elle pour voir, en effet, Ren s'incliner devant elle.

- On peut essayer tes cookies? demanda Gakushuu, l'air un peu gêné de demander quelque chose.

- Je pense oui. Ils sont encore un peu chauds mais ça devrait aller. répondis-je en prenant une pâtisserie dans mes mains pour la lui donner.

Ren et Asano-san se servirent dans mon dos, les deux avaient la langue dehors, avec l'air impatient de manger. Gakushuu mordit dans le cookie et soupira.

-... Alors? demandai-je, anxieuse.

- Tu en referas. dit Gakushuu, ce qui sonna comme un ordre.

- Quand j'en aurais envie. répliqua-je, malicieuse.

- Doux et sucré, comme celle qui les a faites. murmura Ren dans mon dos.

- Thanks! (Merci!)

- J'ai une concurrente en cuisine, haha! dit Asano-san.

- Haha, pardon.

- Non, tu pourras cuisiner à ma place parfois, si tu veux.

- Volontiers! Merci Asano-san!

Le four sonna. Je sortis les derniers cookies et les déposai sur la cuisinière pour refroidir. Asano-san sortit une boîte et commença à ranger les premiers cookies à l'intérieur.

- Je m'occupe du reste. Tu peux aller dans ta chambre. Donne-moi juste ton uniforme pour que je le lave.

- Oui!

Je sortis de la cuisine avec Ren et montai les marches derrière les garçons. Ils entrèrent dans la chambre de Gakushuu et j'entrai dans la mienne. Je me changeai et mis un t-shirt avec des leggings vert, puis je descendis avec mon uniforme, le donnai à Asano-san et remontai dans ma chambre pour aller regarder les snaps de mes amis qui s'ennuyaient en cours. Elles m'envoyaient des vidéos du prof d'anglais qui lançait ses craies sur eux en gueulant "Carolyn, une fille de la classe supérieure, aurait su la réponse!", ce qui me faisait mourir de rire sur mon lit. Je leur répondis avec des smileys morts de rire avant de les laisser pour saluer Ren qui rentrait et manger quelques minutes après son départ. Nous étions que les trois - Asano avait un repas avec des gens importants - à manger un délicieux émincé au curry.

- Tu as un petit ami Carolyn-chan? demanda Asano-san avec un sourire innocent.

Gakushuu stoppa son mouvement et m'observa rougir.

- Euh... Non.

- Genre. Avec ton talent en football? s'étonna Gakushuu.

- Oui. J'étais populaire auprès des joueurs de foot mais pas vraiment dans l'école et aussi les joueurs me préféraient m'avoir comme amie que comme petite amie. Et toi, t'as une petite amie?

Il arqua un sourcil.

- Non. Je n'ai pas envie d'entrer dans une relation de ce style.

- D'accord. T'as ton temps pour trouver celle qui te va. dis-je avec un sourire d'encouragement.

Il me sourit, pour la première fois, avec sincérité. Mon coeur bondit de joie en le voyant se montrer un peu plus naturel avec moi. Le silence retomba mais c'était un silence joyeux et léger. Nous finîmes notre repas et nous rangeâmes nos assiettes à la cuisine à la place d'Asano-san. Elle fut un peu étonnée au début mais ne disait rien en nous voyant travailler ensemble tout en souriant l'un à l'autre. Puis, il m'entraîna dans sa chambre, où je découvris une console de jeu, et nous jouâmes ensemble. Les parties dégénérèrent en bataille pour savoir qui était le meilleur. Au final, ce fut Gakushuu qui gagna avec un point d'avance. J'avais remarqué, au cours des heures où son père était absent, il semblait se libérer et être plus lui-même. Il éteignit la console avant de s'asseoir à côté de moi sur son lit.

Sa chambre était basique mais jolie. Un lit contre le mur gauche, une télévision en face, contre le mur droit. Un grand bureau à angle contre le mur droit et du fond. Une vitre juste à côté donnant sur une terrasse. Un tapis violet juste devant la vitre, puis le lit, une bibliothèque avec une guitare posée entre deux étagères et enfin la porte. Il n'y avait pas de tableau, ni même la moindre déco qui ressemblait à l'habitant mais c'était comme une chambre d'exposition.

- Tu ne veux pas décorer ta chambre?

- Pourquoi? Elle n'est pas jolie pour toi?

- Non ce n'est pas ça mais elle est trop neutre. Il n'y a rien qui te ressemble.

- Et qu'est-ce qui devrait me ressembler?

- Je ne sais pas. Un poster d'un groupe de musique ou une affiche de film que t'aime bien.

- Pourquoi faire? demanda-t-il, septique.

- Montrer que qu'on aime. Chez moi, par exemple, j'ai recouvert un mur de cordes rouges sur lesquels j'ai accroché, et j'accroche toujours, des photos de moi avec mes amies, de mes voyages, de notes d'histoires et de stratégies sur le terrain de foot.

Il arqua un sourcil.

- Des notes d'histoires?

- Oui. J'écris des histoires pour mon plaisir.

- Une auteure en herbe, hein.

Plus tellement en herbe mais on peut dire ça oui.

- D'ailleurs, tu connais l'auteur de Waves on the lake? Il est Ecossais.

- ... Oui, de vue. Pourquoi?

- Parce que j'ai bien aimé son livre malgré quelques moments un peu "expérimentaux".

Mon éditeur m'avait fait la même remarque.

- Dans quel sens?

- Certaines phrases sont un peu maladroites et il y a quelques questions qui sont restés en suspens.

- Oh. Mais l'héroïne est une petite fille qui ne comprend pas vraiment ce qu'elle observe. Il est normal que certaines de ses phrases soient maladroites. C'est pour encore mieux se mettre dans sa peau. Et c'est pareil pour les questions laissées en suspens. Elle ne comprend pas tout. Enfin… C'est mon opinion. Il y a peut-être des problèmes, c'est son premier livre publié. Si tu veux, tu peux écrire une critique du livre, me le donner pour que je lui donne à mon tour. Lui proposai-je en anglais.

Il me regarda, pesant le pour et le contre.

- Pourquoi pas. Il saura qu'il a des personnes qui apprécient son travail. Merci Carolyn.

- Et il pourra s'améliorer!

- C'est la première fois que j'ai autant parlé avec quelqu'un d'autre que Ren.

- Ah? Tant mieux!

J'eus l'impression d'avoir construit quelque chose avec Gakushuu. Une amitié... mais pourrait-elle tenir si je changeais de classe? Cette question me taraudait l'esprit et je ne savais pas si je pouvais la poser juste maintenant.

- Carolyn-chan, tu rêves encore.

Je secouai la tête en l'entendant.

- Pardon. Il commence à se faire tard et je suis fatiguée.

Je me levai, ouvrit la porte.

- Bonne nuit... Gakushuu.

- Bonne nuit Carolyn.

Je sortis, refermai la porte, entrai dans ma chambre dormir sur mon lit.

Le lendemain, je retournai à l'école en riant avec Gakushuu. Il avait l'air de s'être ouvert à moi et ça me faisait plaisir. Les autres nous rejoignirent, il reprit son air de premier de l'école.

- On musique en premier non? demanda Ren en passant sa main dans ses cheveux.

- Oui et arrête de toujours mettre ta main dans tes cheveux. répliqua Tomoya.

- J'y peux rien si ils sont si beaux au regard et si doux au toucher. Ils sont une part de ma beauté.

J'entendis des soupirs lorsque nous entrâmes dans l'enceinte de l'école. Il restait une demi-heure avant les derniers examens, alors nous restâmes à l'extérieur. Natsuhiko et Ren harcelèrent Tomoya sur lui et sa copine. Si ils avaient déjà fait des trucs et tout. Il répondit à l'affirmative mais ça se voyait qu'il disait de la merde. Je vis au loin Nagisa, accompagné de la blonde à qui j'avais demandé mon chemin et d'un mec avec une chevelure rouge comme le sang. Il ressemblait tellement à Gakushuu que ça me troubla un peu. Nagisa me vit et me sourit. Je le lui rendis discrètement son sourire avant de me concentrer à nouveau mon attention sur les garçons et leurs enfantillages.

Il restait un quart d'heure et nous entrâmes dans le bâtiment rejoindre notre classe. Et comme pour prendre encore plus de temps, nous entrâmes par la porte pratiquement à l'opposé de notre salle. Histoire de passer devant la classe E et les autres. Je restai en retrait, la tête basse devant tant de stupidité de la part des garçons lorsque nous passâmes devant la 3-E. Quelle honte. Je passai quelques mètres après eux, Nagisa avait le regard brillant.

- Bonne chance Carolyn-san!

- Bonne chance à vous tous!

Je rattrapai les autres en courant un peu, puis nous entrâmes dans notre classe et nous nous assîmes à nos places. Les derniers arrivèrent, le prof arriva, nous donna les feuilles et...

- Commencez!

Nous retournâmes nos papiers et le bruit des stylos résonna dans la salle. Je fus un peu perdue avec ces questions de musiciens japonais et l'entente de morceaux de classique me donna envie de dormir. L'examen se termina et ce fut le tour de l'économie familiale. Les consignes furent simples et je connaissais bien ce domaine. L'heure passa rapidement et nous dûmes rendre nos feuilles. Puis, nous mangeâmes notre repas en attendant notre dernier examen qui était Ethique. Je restai dans mes pensées, puis le professeur arriva pour distribuer le dernier examen.

Je fus complètement perdue dans les consignes. Mais bon, je n'avais rien suivi du cours non plus. Alors je fis pareil que hier, mettre n'importe quoi, n'importe où. L'heure ne voulait pas passer et je me retrouvai vite à m'ennuyer devant ma feuille blanche. Je jetai un oeil sur mon voisin, puis sur mon ami aux cheveux verts et par la fenêtre vers la forêt. Je me mis à comparer la couleur de la forêt avec celle des cheveux de Teppei, qui avait le vert le plus foncé, le plus clair, le plus naturel, etc. Ce fut vite ennuyeux mais j'étais arrivée à la conclusion que mon ami possédait un vert un peu plus foncé que la forêt. S'il s'habillait en vert et se cachait entre les arbres, je n'arriverais pas à le voir.

- C'est terminé! Posez vos stylos! s'exclama le prof avec une voix forte qui me fit tomber de ma chaise dans un petit cri.

La salle resta silencieuse un instant avant qu'un grand éclat de rire ne retentit. Je me massai inutilement la tête en riant avec mes camarades. Seul le professeur ne semblait pas dans l'humeur de rire.

- Les idiotes ne sont pas dans la classe A. dit-il, froid.

- Désolée... Vous m'avez surpris à parler aussi fort. m'excusai-je en me relevant pour me replacer sur ma chaise.

Je fis passer ma feuille vers l'avant, toujours sous le regard hilare de la classe. Puis, nous rangeâmes nos affaires avant de sortir de la salle.

- Décidément, t'es un phénomène toi! s'exclama Natsuhiko en posant une main sur mon crâne.

- Ça arrive d'avoir quelques chocs, surtout avec lui. Il lui arrive de crier si fort que ça perturbe mon inspiration. dit Ren avec une pointe d'agacement dans sa voix.

- On s'en fout, c'est le week-end! Et si on allait manger tous ensemble ce soir, pour décompresser? dit Natsu.

Je ne compris que "manger" et "ce soir" dans tout ce dialogue mais ça me suffisait pour répondre à l'affirmative d'un hochement de tête enthousiaste.

- Des sushis? proposa Ren avec un sourire.

Mes yeux brillèrent d'un éclat de gourmandise. Mais j'avais encore des examens, qui comptaient cette fois, cet après-midi. Je retournai en salle de classe alors que tout le monde rentrait chez lui. Je m'installai à ma place, le professeur me posa mon premier test, vocabulaire et grammaire. L'heure passa calmement, je répondais tranquillement. Ce n'était pas trop difficile mais je dus réfléchir souvent avant de trouver les réponses. Je me mis à croire que ce n'était pas si mauvais et le temps imparti prit fin. Me laissant que peu de temps pour m'étirer avant de passer à la lecture, écoute et l'écriture de textes. La lecture se passait bien, l'écoute un peu moins et l'écriture fut la partie la plus dure pour moi. Les kanjis n'étaient pas ce que je préférais parce que je mettais trente ans à les écrire correctement avant de passer au prochain. Les sortes de smileys de certains Katakana et Hiragana me plaisaient plus à écrire, surtout ils étaient plus simples et rapides. L'heure passait et je rendis ma feuille d'examen. Je sortis de ma classe pour rentrer chez moi, seule.

- Carolyn-chan! retentit la caractéristique voix de Natsuhiko.

Je me retournai, étonnée de les voir encore ici.

- Vous faîtes quoi ici? demandai-je.

- On t'attendait pour rentrer tous ensemble. répliqua Tomoya avec une évidente arrogance alors que Teppei posa un bras sur mes épaules. Qu'ils étaient tactiles, ceux-là.

- Tu crois qu'on allait laisser notre perle rentrer seule? dit Ren avec un sourire charmeur.

- Princesse conviendrait mieux pour elle. ajouta Natsu.

Je ne comprenais pas leur conversation. Si bien que Teppei me souffla une traduction. Je le remerciai d'un hochement de tête alors que Natsu et Ren se battaient pour savoir quel surnom garder entre perle et princesse.

- Pourquoi ne pas juste garder mon prénom? proposai-je un peu dans le vent.

- Laisse-leur le plaisir de te donner un surnom. dit Gakushuu.

- Okay. On m'a souvent surnommée "Lys" ou "diamant" quand j'étais petite.

- Lys? Le Lys blanc? C'est vrai que ça te va bien. On va t'appeler comme ça. Tu es notre précieuse Lys. trancha Tomoya en mettant fin à la petite bagarre entre Ren et Natsu.

Gakushuu leva les yeux au ciel avant d'entamer la marche en direction de la sortie du bâtiment.

- Je dois passer aux toilettes les gars.

- On te retrouve dehors. dit Tomoya.

Je hochai la tête avant de me diriger vers le petit coin. Je me lavai les mains rapidement.

- Lys-chan.

Je sortis la tête dans le couloir pour voir mon ami avec un pantalon dans ses mains.

- Tiens comme promis. Tu tiens ta parole.

- Oui, merci. Pars devant, sinon ça fait bizarre.

- Tu oublies quelque chose...

Je le regardai un instant avant de me souvenir. Je me rapprochai de lui, me hissai sur la pointe des pieds et posai, pendant un instant, mes lèvres sur sa joue avant de me retirer. Il était rouge brique, je pris le vêtement et le rangeai dans mon sac. Il partit avec un air de benêt.

Je repassai me laver les mains, puis je sortis rejoindre les Virtuoses.

Nous rentrâmes tous ensemble en discutant de ce soir. Il fut rapidement décidé de nous retrouver à sept heures du soir, chez Ren puisqu'il, apparemment, habitait proche d'un restaurant de sushis très apprécié. Nous nous séparâmes aux mêmes endroits, comme à chaque fois puis nous rentrâmes à la maison.

- Nous sommes rentrés. annonça Gakushuu.

- Bonsoir mes trésors! répondit-elle.

Nous nous regardâmes un instant avec gêne avant de nous concentrer sur Asano-san qui nous souriait avec sa louche dans ses mains.

- On sort manger ce soir, Carolyn et moi.

- En couple? Mais c'est super que vous avez enfin acceptés vos sentiments l'un pour l'autre! s'exclama-t-elle.

Mon visage prit une rougeur peu discrète et je voulus me cacher dans un trou pour ne plus jamais en sortir. Moi, avoir des sentiments amoureux pour lui? Pitié, même un ours ferait mieux l'affaire que Mr Perfect. Amis, oui. Pas plus.

- Il y a aussi Ren et les autres. continua Gakushuu, calme. Et arrête de me mettre en couple avec toutes les filles que tu croises.

Elle fit une mine déçue avant de se repartir vers la cuisine. Nous montâmes à l'étage, l'un derrière l'autre avant de nous enfermer dans nos chambres respectives. J'enlevai la jupe de mon uniforme pour essayer le pantalon du vert. C'était enfin confortable, un peu long mais ça pouvait s'arranger. Je l'enlevai pour mettre un leggings et un t-shirt blanc. Je prenais quelques photos, de ma chambre, de moi, de la vue, affichai tout ça sur ma story Snapchat et les quelques heures qui me séparait du resto passèrent très vite.

- Carolyn! On y va? demanda Gakushuu de l'autre côté de la porte.

- J'arrive.

Je sortis de ma chambre avec mon sac, mon téléphone, mis mes chaussures et partis une petite veste en cuir à l'extérieur. Il ne faisait pas très froid mais il y avait un peu de vent. Nous marchâmes en silence vers le soleil qui se couchait. Je m'arrêtai pour le prendre une photo de l'astre entre deux immeubles modernes. Gakushuu s'arrêta aussi pour me regarder jouer avec mon téléphone.

- T'as fini de prendre des photos de tout et n'importe quoi?

Je m'approchai innocemment de lui avant de passer un bras autour de ses épaules et faire un selfie avec lui. Il se dégagea rapidement et me regarda avec perplexité.

- J'ai juste fait un selfie avec toi. Ce sera un précieux souvenir, surtout que ta tête est superbe dessus.

- Efface-moi ça.

- Non. Je ne t'affiche pas sur Snapchat, alors ne te plains pas.

- Snapquoi?

- Tu ne connais pas? Je t'expliquerai une fois.

- Moui c'est ça, on va bientôt être en retard.

- Ah oui! On court un peu.

Nous attaquâmes une course vers la maison de Ren. Une maison de style japonaise des années cinquante très belle et bien entretenue. Nastu et Tomoya étaient déjà là. Nous arrêtâmes de courir pour les rejoindre en marchant. Je repris gentiment mon souffle.

- Vous avez courus? demanda Tomoya avec un sourire narquois.

- Pas du tout. Juste fait une marche rapide à cause d'elle qui prenait des photos. répondit vaguement Gakushuu en me désignant d'un geste de la main.

- Bah oui! Je fais des souvenirs, moi. répliquai-je en regardant derrière moi, entendant quelqu'un courir.

Et ce quelqu'un n'était autre que Teppei. On l'entendait souffler comme un buffle avant de s'arrêter à côté de moi. Il ne tint sur ses genoux pour reprendre son souffle. Je ne pus m'empêcher de le prendre en photo, enregistrer le cliché et écrire "Poor little thing" (pauvre petite chose) dessus avant d'enregistrer une deuxième fois. J'étais gentille et je ne l'affichai pas sur ma story, au lieu de ça, je rangeai mon appareil avant de poser gentiment une main sur son dos. Je le sentis se raidir à mon contact.

- Tu vas bien? demandai-je.

- O-oui... J'en... peux plus... murmura-t-il, toujours plié en deux.

- Pardon du retard! J'ai eu des problèmes avec mes cheveux. cria Ren en sortant de chez lui. On y va?

Nous hochâmes la tête à l'affirmative avant de commencer la marche, Ren en premier pour une fois, puis les trois autres. Je restai près de Teppei qui ne s'était toujours pas remis.

- T'es sûr que ça va? demandai-je à nouveau, inquiète.

Il se releva gentiment, soufflant longuement à plusieurs reprises avant de hocher la tête en ma direction avec un sourire.

- Tu n'es pas obligée de m'attendre.

- Si. Allez viens, on va perdre les autres sinon. dis-je en lui prenant le poignet pour bouger.

- C-carolyn-chan! s'écria-t-il, surpris.

- Oui? dis-je en me retournant et en ralentissant mon allure.

Il se dégagea de mon emprise, les joues plus rouges que les phares arrière des voitures en murmurant un "rien du tout".

- Vous êtes des lenteurs! Bougez votre cul! cria Tomoya.

Nous trottinâmes rapidement vers eux avant d'entrer dans le restaurant. Un style japonais, très traditionnel sauf pour le tapis roulant où les sushis défilaient. Le propriétaire arriva vers nous avec un grand sourire.

- Bonsoir Sakakibara-kun. J'ai déjà préparé votre table, bon appétit.

Une table dans le fond de la salle était dressée pour six personnes. Je me mis en bout de table, pour changer un peu. Malheureusement, j'étais loin du tapis roulant mais Gakushuu, mon voisin me passa la nourriture "que je devais absolument essayer" selon lui. Qu'ils étaient adorables avec moi. Mais je savais qu'il y avait autre chose que de l'amitié. En particulier avec Teppei, qui était d'une discrétion à toute épreuve, vraiment. J'avais jamais vu quelqu'un aussi évident dans ses gestes que lui. Ren semblait absorbé dans sa contemplation de... Gakushuu?

Ne me dit pas que... Il est gay? Genre. Vais lui poser la question une fois quand on sera seuls. Ou par message si j'arrive à avoir son numéro. Pourquoi je ne peux pas m'empêcher de trouver ça trop mimi? C'est trop mimi! Mais alors, il fait semblant d'aimer les filles? Il les drague pour cacher? Si c'est ça, c'est dingue… C'est mimi!

Nous mangeâmes dans la bonne humeur. Ils racontèrent bêtise sur bêtise, je bénéficiai d'un traducteur de qualité en cas d'incompréhension, ainsi je pouvais rire avec eux. Bien entendu, ils commencèrent à tourner vers LE sujet: les filles. Bien qu'ils en avaient une à leur table, ils s'en foutaient royalement - en particulier Ren et Tomoya comme toujours - et parlèrent de leurs préférences. Fine, petite, cheveux bruns ou noirs, Gakushuu se tourna vers moi et nous discutâmes de l'Ecosse, de livres et...

- Pourquoi n'avais-tu pas de petit ami chez toi? demanda-t-il à voix basse.

... De petit ami. Bien évidemment.

- Parce que j'ai l'une des plus petites poitrines de l'école. répondis-je en pouffant de rire.

Il me regarda, perplexe avant de m'analyser.

- Là-bas, les filles ont un bonnet D au minimum et je suis l'une des rares à avoir moins que ça. murmurai-je à ce que seulement Gakushuu n'entende.

- Bizarre.

- C'est comme ça haha... On peut changer de sujet?

J'ai surtout pas envie que tu saches que j'en ai eu un, de copain. Mais qu'il m'a quitté quelques semaines avant mon départ. Un connard de la pire espèce.

- Oh, oui. Explique-moi Snaptruc là.

Je hochai vivement la tête avant de sortir mon téléphone pour lui expliquer comme marchait Snapchat. C'était marrant de savoir un truc que Mr Perfect ne savait pas. Puis, je lui demandai s'il était sur un réseau social quelconque. Il me montra l'application que j'avais installée quelques semaines avant mon départ, une sorte de WhatsApp japonais. Mais difficilement compréhensible pour moi. Teppei, qui avait lâché la conversation des autres, écouta les explications de Gakushuu, l'air perdu. L'orangé s'arrêta pour vite expliquer de quoi il parlait, ce qui réveilla le vert.

- Je peux avoir ton numéro de téléphone? Comme ça, je peux t'ajouter sur notre groupe et tu pourras nous ajouter dans tes contacts.

Je hochai la tête, lui donnai mon numéro qu'il enregistra avant d'écrire un truc. Je reçu mon premier message sur l'application que Gakushuu m'avait expliqué. Il ne disait pas grand-chose, seulement "Salut petite Lys!" Je changeai le nom du contact de la forme kanjis en romanji "Teppei Araki" pour plus de compréhension. Puis, je remarquai un groupe portant le nom "Go Eiketsu" en kanjis avec quatre contacts inconnus. Je rangeai mon téléphone et je terminai de manger.

Le repas fut délicieux et il était temps de rentrer à la maison. Il faisait nuit noire et seuls quelques lampadaires éclairaient les rues.

- Merci pour cette soirée, c'était super! dis-je, souriante.

- De rien, Lys-chan. répliqua Ren.

Nous nous séparâmes au bout de quelques minutes de blabla pour rentrer chez nous.

Le week-end était passé - trop vite à mon goût - et les résultats des examens n'allaient pas tarder à montrer le bout de leur nez. J'étais assise à ma place, souhaitant de toutes mes forces de ne pas recevoir mes feuilles. Le prof principal arriva avec des dossiers fermés sous le bras.

- Bonjour, chers élèves. Je vais vous rendre vos examens. Commençons par l'Anglais.

Il détacha le fil, sortit les feuilles et passa dans les rangs. Il fit la même chose avec les autres matières.

J'avais un goût amer dans la bouche, le goût d'une défaite cuisante.

Anglais: 100/100

Japonais: 32/100

Sciences sociales: 45/100

Sciences: 14/100

Mathématiques: 1/100

J'avais obtenu un score total de 192 points et une seule matière dépassait le seuil de réussite. Si avec ça, je n'étais pas potentiellement classée parmi les derniers, il y avait un problème. Je regardai les autres sourire de toutes leurs dents et discuter vivement de leurs notes et moi, les larmes montèrent. Mais il me manquait les examens de langue. Le professeur revint vers moi avec deux feuilles. Il me les posa, retournées avec un sourire mauvais. Ce que je le sentais mal.

Japonais vocabulaire et grammaire: 60/100

Japonais écriture, lecture et écoute: 40/100

La grammaire et l'écriture m'avaient fait perdre la majeure partie des points des examens. Et aucun test ne dépassait le seuil de réussite, qui était de soixante-cinq points. J'étais à deux doigts de pleurer devant toute la classe mais je me retins le plus fort possible.

- Tu sais que le dernier est dans la classe D?

- Même la classe E a fait mieux? Même pas fichu de les garder en bas, cette classe D. Il a combien de points, le dernier?

- 195, je crois.

Putain, je suis sensée être la dernière... Je n'ai jamais subi une telle humiliation.

Je me pris mon visage dans mes mains. J'ai toujours été dans les premières de mon année et ici, je me retrouvais dernière comme une pauvre merde. Ce n'était pas ce que j'imaginais. Je pensais pouvoir apprendre d'autres choses que la langue mais dans la classe A, il m'était impossible de le faire. Ils allaient beaucoup trop vite et trop brouillon pour moi. Bon, la classe E me tendait les bras, faisant pencher la balance en faveur du transfert. C'était décidé, je voulais me faire transférer mais ça voulait dire les perdre.

Les Virtuoses se ramenaient vers moi, presque tous souriants.

- Lys! Tu as eu un bon score? demanda Teppei. J'avoue être fier de talonner la première place de près!

Je n'eus même pas le temps de répondre que Natsuhiko râla qu'un certain Akabane s'était mis à la quatrième place, le dégageant lui et Tomoya du top 5. Ren piqua mon examen de mathématiques et il eut une réaction de stupeur exagérée au possible.

- Comment as-tu pu obtenir qu'UN POINT sur tout un test ?! cria-t-il.

Les autres stoppèrent leur blabla et les autres garçons regardèrent mon examen, étonnés. Je rougis de honte, mon poing tremblait de fureur et j'eus envie de me barrer de cette classe.

- Comment as-tu fais un tel score? Demanda Tomoya, abasourdi.

- Don't know. (Sais pas.)

- C'est parce que tu discutes avec la classe E. On te l'a dit, tu deviendrais débile. sermonna Natsuhiko.

Il me traite de débile indirectement... Putain, c'est que je ne peux pas lui donner tort en plus!

- Tu la traites de débile? questionna Teppei. En même temps, regarde la... Elle...

- SHUT! UP! criai-je en me levant d'un coup tout en donnant un coup de poing de sur ma table. ( LA FERME!)

Ils me regardèrent, encore plus choqués de me voir réagir avec autant de colère. Et eux? Comment pouvaient-ils autant mal me parler alors qu'ils me souriaient i peine trente secondes?! Comment avaient-ils pu se retourner contre moi en l'espace de cinq secondes à cause d'une putain de note?!

- I'm stupid? Perhaps yes. But your behaviour is even stupider than my own stupidity. Damn A class! Damn school! And damn system! ( Je suis stupide? Peut-être oui. Mais votre comportement est encore plus stupide que ma propre stupidité. Fichue classe A! Fichue école! Et fichu système!)

Je pris mon sac, arracha mes examens des mains des garçons et sortis sous un silence pesant. Je dégageai une aura si noire qu'un simple regard fit fuir les quelques personnes présentes dans les couloirs. Je me dirigeai vers le bureau du proviseur en vitesse, arrivée là-bas, je toquai deux fois avec force avant d'entrer sans attendre quoique ce soit.

- Envoyez-moi en classe E! ordonnai-je, le regard noir.


Encore mes excuses les plus sincères. A la prochaine