Chapitre 4 : Le tableau
Que voulez-vous savoir aujourd'hui ma petite teigne ?
« C'est étrange, cette insulte, vu vos antécédents, pourrait presque être qualifiée d'affectueuse. »
Il n'y a que vous pour prendre une insulte pour une marque d'affection.
« Je suppose… »
Je suis tout ouïe.
« Combien de fois avez-vous changé de camp ? »
Une.
« Quand vous parlez d'une fois, est-ce le fait de devenir mangemort ou d'être passé dans le camp de Dumbledore ? »
Ah. Voilà bien toute la question, n'est-ce pas…
Que croyez-vous, petite teigne ?
« La deuxième ? »
Je vous donnerais bien des points pour cette réponse, mais je n'ai plus la possibilité…
« Combien ? »
100, cela vous convient ?
« Suffisant. »
Tant mieux parce que je ne vous aurais pas accordé plus. Vous avez quand même mis deux ans pour vous décider.
« Désolée, je ferais plus vite la prochaine fois qu'on vous emprisonnera à tort… »
Ah ah.
Voici ma question, petite vermine : Pourquoi venir me déranger maintenant ?
« J'ai toujours eu un doute vous savez. Un doute extrêmement persistant en ce qui concerne votre culpabilité. Pendant deux ans j'ai essayé de me dire que c'était uniquement de l'optimisme naïf de ma part. Mais le doute grandissait de plus en plus et je me suis persuadée que tant que je n'aurais pas de réponse claire, mon cerveau ne trouverait pas le repos. »
Et maintenant que j'ai confirmé vos doute, chipie. Avez-vous trouvé le repos ?
« Non… »
Et pourquoi ça ?
« Vous n'avez rien à faire ici !! Vous le savez au moins !!? »
Je suis tout à fait à ma place, au contraire.
« Déraisonnable dément têtu et borné ! »
Idéaliste hallucinante et sans-gêne !
« Vous avez oublié 'têtue'. »
Ah oui, pardon.
« Sachez que je vous ferai sortir d'ici, même si je dois vous traîner dehors moi-même ! »
Vous ne devriez pas attendre d'avoir tous les faits avant de vous emporter d'une façon aussi ridicule ?
« Je sais le principal, vous êtes innocent. »
Moi ? Innocent ! Cessez de rêver, Granger.
« Vous êtes innocent de ce dont on vous accuse ! »
Et alors, les autres actes que j'ai commis compensent largement ce fait, croyez-moi.
« Pourquoi avez-vous ce besoin de vous ériger en martyre ? »
Granger, petite sotte… Vous ne savez pratiquement rien de moi !
« Ah non ! Je préfère que vous m'appeliez 'variole persistante', et de loin. »
Vous êtes aberrante.
« De votre part, vu votre santé mentale, je prends ça pour un compliment. »
Evidemment… Remarquez que cela ne fait que confirmer mes dires.
« Oui, vous avez toujours raison, c'est bien connu. »
Insupportable harpie !
« Demeuré obtus amer et déplaisant ! »
Dérangeante pleurésie purulente !
« Pardon ?? »
Pour votre information, Granger, une pleurésie est une infection aiguë de la plèvre. Celle-ci, pour votre information toujours, est une membrane qui se situe entre les poumons et la cage thoracique.
« Merci, Docteur Snape ! »
De rien.
…
« Ecoutez, je dois vous prévenir pour l'objet de demain. »
Oui ?
« Il est un peu spécial. Ne le touchez pas avant que le garde ne soit sorti. »
Et si le garde prend l'envie de le toucher avant moi ?
« Il fonctionnera pour vous et vous seul. »
Je vois…
« Je voulais vous dire aussi, n'oubliez pas de porter votre montre… »
Je ne sais pas si je dois être intrigué ou effrayé.
« Cela vous plaira, j'en suis sûre ! »
Vous me pardonnerez mon manque d'enthousiasme mais je préfère vérifier par moi-même avant de, comment dites-vous déjà, baiser vos pieds de reconnaissance…
« Je n'en demande pas tant… Un simple merci suffira. »
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Je ne passe pas ma matinée à attendre son paquet.
non.
Si je ne fais rien et que je fixe la porte de ma cellule d'un air anxieux c'est simplement parce que je l'ai décidé.
Oui, c'est ça, et aussi parce que je n'ai rien de mieux à faire.
Bon, il vient cet imbécile ?
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J'ai la réponse une heure plus tard.
Un tableau ?
Je n'ai jamais été très féru de peinture à vrai dire, mais je dois avouer que celle-ci a un certain charme.
C'est un tableau moldu, l'image semble fixe et nulle présente humaine ne vient troubler ce calme. Et, à vrai dire, je préfère cela.
Je contemple un paysage empli d'une certaine sérénité. C'est une clairière au début de l'automne. Certains arbres sont encore complètement verts mais d'autres possèdent des feuilles jaune et orange de teintes tellement flamboyantes qu'on a l'impression que les arbres sont en feu. Au premier plan, un mystérieux petit chemin serpente et finit par disparaître à travers les arbres.
J'approche ma main en tremblant et effleure la surface du tableau avec une certaine révérence.
Le tableau semble alors s'illuminer et la sensation qui s'empare de moi ressemble à un voyage en portoloin. J'ai l'impression que tout mon être se fait aspirer.
Lorsque j'ouvre les yeux, je ne suis plus dans ma cellule.
L'air n'est plus lourd et humide, au contraire, une légère brise me caresse le visage. Je suis assis dans de l'herbe de la couleur des blés.
Au sol, à côté de moi, un tableau est posé. Celui-ci représente un endroit sombre et gris. La porte de sortie en quelque sorte.
Je regarde au alentour et ai la surprise de découvrir que le paysage ne se résume pas à la clairière, il s'étend à perte de vue et je semble me trouver au milieu d'une immense forêt.
Mon cœur bat tellement fort dans ma poitrine que je m'écroule.
Je sens le picotement de l'herbe contre ma nuque.
Dans le ciel un soleil au zénith me fait presque mal aux yeux.
Toute cette lumière.
Ça doit être pour ça que mes yeux pleurent. Non ?
Je reste allongé dans l'herbe.
Le paysage devient de plus en plus flou à mesure que des larmes de plus en plus nombreuses s'écoulent de mes joues pour aller se perdrent dans l'herbe.
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Je ne parviens à reprendre la maîtrise de moi-même que beaucoup plus tard.
Peut-être que demain, j'aurais la force de me lever et d'aller observer un peu les environs.
Oui, peut-être que demain je pourrais.
Mais aujourd'hui, tout cela me paraît un peu trop à gérer.
Je jette un coup d'œil à la montre.
Il est temps de partir de toute façon.
Mon garde va bientôt arriver avec le repas du soir.
Et puis aussi, j'ai ma tenace petite teigne à remercier.
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« Hello »
Hello
« Alors !!?? »
Alors quoi ?
« ça vous a plu ?. »
Non. Cela ne m'a pas plu. Cela m'a complètement bouleversé.
Imaginez, je me suis trouvé incapable de faire face à un simple paysage ! Trop de beauté, voyez-vous, trop de joie, trop de vie d'un seul coup et tout cela à ma portée, moi qui évolue dans l'obscurité depuis près de 2 ans.
Et je ne sais pas comment vous remercier.
« Vous venez juste de le faire ! »
Quoi ? Ce que je viens de dire vous suffit ?
« Oui… pour l'instant. »
Pour l'instant ? … Et après ?
« Après je veux vous voir dehors, VRAIMENT dehors. »
…
« Répondrez-vous à ma question de ce soir ? »
Ne pourrait t'on pas faire une trêve, juste pour ce soir ?
« Ma question ne concerne pas votre passé et vous pouvez y répondre simplement par oui ou non. »
S'il le faut…
« Me laisserez-vous, à partir de maintenant, vous appeler Severus ? »
Pourquoi ?
« Parce que je commence à vous apprécier et que j'ai envie de vous appeler par votre prénom. »
Comme deux personnes sur un pied d'égalité vous voulez dire ?
« C'est ça. »
Ne savez vous donc pas que je suis totalement à votre merci, ma petite teigne ?
« Que voulez-vous dire ? »
Que va-t-il se passer, dites-moi, quand vous n'aurez plus de questions à me poser ?
« J'en trouverais d'autres ! »
Et après ?
« J'en trouverais encore et encore et encore… »
Indéfiniment !?
« Indéfiniment ! »
Et pourquoi feriez-vous ça ? Qu'attendez-vous de moi au juste ? Qu'est-ce que je peux bien vous apporter en retour ?!
…
Est-ce que vous me considérez comme l'un de vos ridicules projets à mener à terme !?
« Non !! »
Alors quoi !???
« Vous me faites me sentir vivante. Je ne me sens vivante que lorsque je discute avec vous ! »
…
…
Pourquoi ?
« Je ne sais pas pourquoi !!!! Je ne sais pas !!! »
Calmez-vous Hermione, et racontez-moi tout depuis le début, voulez-vous.
« Eh bien… Je suppose que tout a commencé avec mon travail. Je pensais que cela m'épanouirait de travailler au ministère, que je pourrais faire changer les choses mais je me retrouve à faire de la paperasse toute la journée et j'ai l'impression que le système est tellement englué qu'il ne pourra pas bouger d'un millimètre et que ce que je fais n'a aucune importance et ne fait aucune différence ! »
Démissionnez dans ce cas !
« Et pour quoi faire ? »
Mais ce que vous voulez, espèce d'idiote !
« Je n'ai aucune idée de ce que je veux faire. Plus maintenant, en tout cas. »
Eh bien cherchez !!! Vous semblez aimer les cas désespérés, travaillez dans le social. Vous feriez également une avocate agaçante ayant réponse à tout. Cependant peut-être qu'un travail dans la recherche serait plus adapté et parviendrait à mettre au repos vos synapses hyperactives !
« Je ne savais pas que vous étiez 'Conseiller d'orientation' en plus. »
J'ai de nombreux talents cachés, ma chère. Bon, je considère le problème comme réglé, passons à la suite !
« !!! »
J'attends.
« Ma vie sentimentale… »
Merlin ayez pitié !!!
« C'est un désert, le désert de Gobi. »
Weasley ?
« Loin… Au début cela allait, mais après… Disons que nous avions de plus en plus de peine à nous supporter … »
Quelle surprise ! Vous étiez le couple le plus mal assorti que j'ai jamais vu !
« Les opposés s'attirent, je vous signale ! Je trouvais que nous étions plutôt complémentaire. »
Complémentaire, mais c'est merveilleux tout ça ! Et des intérêts communs, vous en aviez ?
« Bien sûr ! »
Lesquels ? Le Quidditch ? La défense des droits des Elfes ? La volonté de réussir académiquement ? Une philosophie semblable de la vie peut-être ?
« Non. »
Alors ?
« Alors rien ! Vous avez raison nous n'avions rien en commun ! Vous êtes content ? »
Pas du tout.
Vous savez, il existe certainement de nombreux autres idiots sur terre qui seraient capable d'apprécier vos innombrables qualités.
« Je vous sens un tout petit peu ironique. »
Moi ? Jamais ! Passons à la suite.
« Mes parents, je leur ai lancé un sort extrêmement puissant et les ai envoyés en Australie pour les protéger de Voldemort. Et je ne sais pas si je serais capable de l'annuler. »
…
Je vous aiderai.
« Vraiment ? En quel honneur ? »
Pour que vous arrêtiez de vous plaindre, par exemple. Poursuivez…
« Je suppose que je me sens un peu isolée. Je ne vois plus tellement Harry et Ginny depuis ma rupture avec Ron. »
Eh bien reprenez contact avec eux ou trouvez-vous de nouveaux amis moins imbéciles !
« Si vous croyez que c'est facile. Je n'ai jamais été très douée pour me faire des amis. »
Pourtant avec votre personnalité rayonnante…
« Ah ah ! Et le plus ironique c'est que la seule personne que je considère comme mon ami, c'est vous ! »
…
Moi ?
« Oui vous espèce de vil et repoussant individu ! »
Pourquoi !?
« Je vous l'ai dit, le seul moment de ma journée qui me paraît tolérable est celui où je parle avec vous. »
Vous voulez me faire croire que vous aimez vous faire insulter ?
« Non pas en règle générale. Mais venant de vous, cela ne me dérange pas. Je trouve ça : divertissant. »
Pathétique ! Vous êtes absolument pathétique !
« Je ne vous le fait pas dire.»
…
« Vous n'avez toujours pas répondu à ma question vous savez. »
Et quelle est-t-elle ? J'avoue que j'ai un peu perdu le fil au milieu de toutes vos complaintes.
« Me laisserez-vous, vous appelez par votre prénom ? »
Si vous y tenez ! Grand bien vous fasse !
« Severus ? »
Oui ?
« Merci. »
Ne soyez pas ridicule.
