SUR UNE FEMME FORTE (2)
- Réponds, Alice, je veux te parler !- je pestai contre le répondeur.
- Vous êtes sur le répondeur d'Alice. Je ne suis pas disponible en ce moment, mais laissez-moi un message et, qui sait, on se parlera peut-être dans le futur ! beeeep.
- Oh, Alicee ! Réponds-moi, c'est urgent là!
Depuis cinq minutes je l'appelais, avec le même résultat. Et mon temps approchait de sa fin.
Je m'étais réveillée en sortant d'un cauchemar, toute hystérique, pour me retrouver dans un lit de l'Ile Esmé sans Edward, et me souvenir qu'il avait dit quelque chose sur un voyage pour chasser. Et pour la première fois, je remerciai ma fortune : c'était une chance que mon époux ne se trouve pas là et c'était extrêmement important qu'il ne rentre pas avant que je n'ai décidé ce que j'allais faire. Parce que dans mon cauchemar, Edward et moi découvrions que j'étais enceinte. Et alors que je me réjouissais jusqu'aux larmes, il se pétrifiait… Puis, après une conversation avec Carlisle, il préparait notre départ précipité en me disant de me calmer car on allait me faire avorter.
C'était une mauvaise fantaisie que celle de croire qu'Edward réagirait de la sorte alors qu'il avait manifesté si ardemment son désir d'être père, mais lorsque mon bien-être était en jeu, je ne savais pas de quoi il était capable, alors j'avais peur… Parce qu'on ne pouvait pas nier le fait que, dans la réalité aussi, j'étais enceinte.
Je n'avais vraiment pas prévu cette possibilité, et étrangement, alors que normalement je paniquerais et tenterais d'échapper à cette responsabilité, j'étais heureuse. Un bébé. Tout ce qu'Edward avait souhaité, et tout ce que j'aimais mais m'empêchais d'imaginer : quelqu'un pour aimer, pour protéger, pour lui montrer la vie, pour l'accompagner dans chaque étape, pour lui apprendre l'amour, la nature, la bonté, l'art, et tout ce qui vaut la peine de vivre dans ce monde, quelqu'un pour découvrir, pour nourrir d'affection, de nourriture, de connaissances et d'expériences, et qui deviendrait une personne, nouvelle, merveilleuse, et avec une trace de nous. Je comprenais à présent le désir d'Edward, de Rosalie, d'Esmé et de tant d'autres… c'était mien désormais. Je voulais que ce bébé…mon bébé… grandisse et vive, pas ce que mon mari m'imposait de faire dans ce terrible cauchemar. C'est pourquoi j'avais besoin d'Alice, mon amie Alice, Alice la meilleure de toutes, qui avait toujours été de mon côté, même dans les premiers jours de mon amour avec son frère, celle qui m'avait si chaleureusement acceptée et donné la bienvenue dans la famille Cullen, qui avait insisté pour que je sois transformée, qui m'avait accompagnée au péril de sa vie et de celle de son amour pendant la course-poursuite du clan de ce maudit James à Phoenix, qui avait continué de veiller sur moi-même lorsque son frère le lui avait interdit, et qui avait voulu s'assurer elle-même que je n'étais pas morte suite à mon saut de la falaise de La Push, qui avait accepté et fait tout pour que je sauve la vie d'Edward, puis pour nous protéger de l'armée de néophytes de Victoria, qui avait préparé la plus belle des robes pour le plus beau mariage et qui avait, finalement, glissé toute cette lingerie dans ma valise : Alice la géniale, ma meilleure amie. Or, elle ne répondait pas.
- Aliiiceeeuhhh !- je m'emportais.
- … Allô ?- une voix douce apparut finalement, et mon espoir remonta.
- Alice ?
- Non, Rosalie. C'est bientôt que tu vas comprendre qu'elle n'est pas disponible ?
Aïe. Rosalie la pétasse. Mais je n'avais pas le temps pour son antipathie.
- Et tu ne pourrais pas me la passer ? C'est urgent.
- Ah ! Ah ! Et ben non, figure-toi qu'elle est partie chasser avec Jasper il y a deux jours…
- Merde !
- Pardon ?
- J'ai besoin d'Elle, c'est urgent…
- Il est arrivé un malheur à mon frère ?- elle demanda avec une voix beaucoup moins superficielle.
- Euh…non…
- Alors c'est quoi ton urgence ?
- Je dois parler à Alice uniquement…
Alice était la seule en qui j'avais pleinement confiance. Mais si elle ne pouvait pas être contactée maintenant, il fallait mieux que je fasse une alliée… et après tout, Rosalie, mieux que tous, pourrait me comprendre.
- Alors ce n'est pas urgent, au rev…
- Nooon ! Attends, je vais te dire, mais il faut que tu me jures qu'aucun vampire ne peut entendre la conversation.
- Ils sont tous dehors. Parle.
- Tu me le jures ? C'est super important…
- Tu vas parler ou non espèce de…
- …je suis enceinte.
- QUOI ?
- Je suis enceinte.
- De ce chien indigène ?
- De ton frère, imbécile !
- Mais ce n'est pas possible, les vampires ne peuvent pas, j'ai essayé pendant des décennies, et nous n'avons pas de cycles…
- Mais moi oui. Et apparemment, il a un sperme qui fonctionne…
- Oh épargne-moi les détails. Tu n'as pas entendu parler de la « grossesse nerveuse » ?
- La ferme, Rosalie ! – je criais, et commençai à sangloter.- Tu crois que je te le raconterais si je n'étais pas sûre ? Je vomis tout ce que je mange, je dors la moitié de la journée, je ne supporte pas certaines odeurs, je n'ai pas eu mes règles depuis avant le mariage, et je te jure que j'ai senti un tout petit choc dans mon utérus…
- Ok, calme-toi, Bella, calme-toi, respire, respire.
Je fis ce qu'elle me disait, car mes sanglots devenaient si forts qu'ils couvraient mes paroles.
- Respire, je te crois. Oh mon Dieu, je te crois.
- Mer…ci Rosalie…
- T'es enceinte... enceinte... Edward le sait?
- Non...aide-moi… aide-moi… je ne sais pas… quoi faire…
- De quoi ? Tu ne vaux pas le garder ? TE RENDS-TU COMPTE DE..
- Mais si !
- Euh… alors ?
- J'ai eu un cauchemar dans lequel Edward ne voulait pas que je le garde, comme quoi il serait trop dangereux pour ma santé…
- Ah, le décérébré…
- C'est possible, et j'ai peur, Rosalie. Je ne veux pas qu'on me prenne mon bébé. Vous avez la force, la vitesse, tout pour me faire faire … je ne peux pas lutter seule, j'ai besoin d'une alliée.
- Tu en as une, et bientôt trois, je te l'assure.
- Merci, merci, Rosalie….
- Allez, arrête de chialer, si tu veux t'imposer, ce n'est pas avec des larmes que tu vas le faire.
- Je sais... sales hormones...
- Si tu veux lui dire, vas-y, mais ne le laisse pas te toucher avant d'arriver à l'aéroport. Ensuite, tu ne seras pas forcée de faire quoi que ce soit, alors tu pourras imposer ta décision. C'est clair ?
- Clair. À bientôt, Rose, et merci.
- Bye.
Je reniflai et souris en raccrochant. J'avais le pouvoir, moi aussi. Si une guerre commençait dans la famille Cullen, ce que je ne souhaitais vraiment pas, je pourrais gagner. Et j'allais le faire, car même si humaine, jeune et banale, j'étais une femme forte!
