Les deux chapitres qui suivent étaient un seul et même chapitre que j'ai coupé en deux à cause de sa longueur.
Bonne lecture !
Cela faisait une semaine depuis la rentrée et rien n'allait plus.
Poussée par une Rui morte d'inquiétude, Alice et Azu (enfin plutôt Alice, parce que Azu était trop timide) avaient fait le tour de leurs camarades pour tenter de recruter un quatrième membre. Hélas, après avoir fait le tour de leurs camarades, elle remarqua très vite qu'ils étaient tous déjà prêts.
— Je t'avais dit qu'il nous fallait trouver quelqu'un avant la fin de la première semaine !
Dès le lundi midi, Rui avait trainé les deux compères jusqu'à la terrasse des jardins et, extrêmement mécontente, mais surtout paniquée, avait sauté sur Alice.
— Tu dis ça mais je suis sûre que tu n'as même pas essayé de chercher quelqu'un de ton côté, fit Alice en boudant.
En effet, Rui, trop orgueilleuse, avait rapidement abandonné l'idée de convaincre qui que ce soit de rejoindre son équipe. Alice et Azu, elles, avaient été voir beaucoup de leurs camarades au point d'avoir une idée d'ensemble de la manière dont leurs camarades s'étaient regroupés.
— Je te l'ai dit, de toute façon, à part l'équipe de Takashi et les Amazones, nous sommes tous par trois, soupira Alice.
Elle en avait marre d'entendre Rui geindre dans ses oreilles. Effectivement, quatre équipes en plus de leur trio avaient vu le jour dans leur classe.
Elysea, l'équipe la plus nombreuse, comprenait Takashi, les deux jumeaux fusionnels Souta Shishikura et Sora Shishikura, l'aquatique Yuu Kirisu, qu'elles avaient tous aperçus le jour de la rentrée à cause de la dispute entre Takashi et Rui, mais également une cinquième personne, Thomas Mora, un garçon très discret qu'elles ne connaissaient que trop mal.
Il y avait également les « Amazones », l'équipe des quatre filles qui les avaient défiées, toujours le jour de la rentrée, constituée de Kanon Sekigai, Sakura Fujimi, Ami Mongoose et Rin Tadan.
Alice, en repensant aux nombreux ennemis qu'elles s'étaient faites avant même que la compétition, jeta un regard noir à Rui. Enfant à problème, pensa-t-elle. D'habitude c'est moi qui attire des ennuis aux autres….
Cependant, le tableau n'était pas tout à fait noir. Elle s'entendait bien les membres de deux autres trios. Hideyoshi Kirishima, le garçon-araignée, malgré son apparence un peu repoussante et son apparent cynisme, était quelqu'un de réellement sympathique et les quelques discussions qu'Alice avait eues avec lui montraient qu'il était également très intelligent et dévoué à ses camarades. Elle avait appris de sa mère, toujours au courant de tout, qu'il était le fils de l'un de ses anciens camarades et petits amis, une personne souriante, joyeuse et toujours fiable. Si Hide disait qu'il ne tenait rien de son père et qu'il était plutôt du genre cynique, il n'empêchait qu'on pouvait toujours compter sur lui et sa générosité en cas de besoin. Il faisait partie de l'équipe « Fate », composée de lui-même, ainsi que de Daisuke Chisaki et Haru Toyomitsu, deux garçons tout aussi appréciables que le premier.
Enfin, elle avait pu échanger quelques mots cordiaux avec les membres de l'équipe « Sannin », composée de trois amis d'enfance au comportement assez excentrique : le paresseux Souji Shindo, la narcissique Ayano Nakagame et le gourmand Kenta Makabe.
Rui se leva brusquement, sortant Alice de ses pensées, et tapa des pieds comme une enfant qui ferait un caprice. Alice et Azu s'échangèrent un regard désespéré, sachant que Rui n'en démordrait pas.
— Écoutez-moi bien toutes les deux, fit-elle en les pointant du doigt de manière impérieuse. Avec nos alters, nous n'avons absolument aucune chance de nous démarquer. Si un combat devait éclater, toi, Alice, tu ne pourrais pas charger toute seule dans le tas comme si de rien était, QUOIQUE TU EN DISES.
La brune, qui allait ouvrir la bouche pour la contredire, se tut en voyant l'insistance avec laquelle Rui avait appuyé ses derniers mots.
— Toi, Azu, ton alter est carrément inexistant si tu n'as pas touché ton adversaire avant, ce qui, dans un combat en infériorité numérique, sera quasiment impossible. Quant à moi, mon alter a également besoin de temps pour être efficace. En d'autres termes, si on ne met pas la main sur un alter capable d'attaque directement, nous sommes fichues. Nous devons absolument convaincre quelqu'un de changer d'équipe avant la fin de la semaine !
C'est sur ces bonnes paroles que, la cloche ayant sonné, les trois amies retournèrent en classe.
Alice réfléchissait de toute ses forces à ce qu'avait dit Rui, sans trouver aucune solution, jusqu'à ce qu'elle se rappelle d'un détail, discret mais très important, dont leur avait fait part leur professeur principal la première fois qu'ils s'étaient vus. Détail qu'elle ne manqua pas de partager à Rui et Azu dès la fin des cours.
— Euuuuh… Excusez-moi, Jiro-sensei ?
Leur professeur, alors plongée autant dans sa musique que dans ses pensées, sembla enfin les remarquer lorsqu'Alice fit passer une main timide mais énergique devant ses yeux.
Le regard qu'elle lança aux trois filles passa de la surprise à la suspicion en quelques secondes. Pas folle, la première semaine de cours lui avait suffis pour comprendre que ses trois-là étaient un nid à problème. Néanmoins, par sens des responsabilités, elle ne s'enfuit pas en courant comme son instinct lui suggérait et répondit à leur appel par un léger coup de tête.
— C'était pour savoir… euh… au début de l'année, vous avez bien parler de deux élèves censés nous rejoindre rapidement, non ? se risqua Alice, sous l'œil vigilant de l'adulte.
— Ouais ?
— Eh bien, nous aimerions les intégrer à notre é-
Rui, qui jusque-là se contenait d'écouter sans rien dire, mit précipitamment ses mains sur le visage, et entreprit de la bâillonner.
— Ahah, ce-que-Alice-essaye-de-dire, lâcha-t-elle précipitamment. C'est que nous aimerions venir en aide à ces deux camarades qui ont déjà accumulé du retard sur les cours et les évènements relatifs à la Coupe en leur prêtant nos cours.
Les yeux de leur professeur, qui s'étaient réduits à l'état de fentes, lorsque Rui avait prononcé les mots « aimerions venir en aide », s'ouvrirent d'un coup en grand.
— C'est vrai ? fit-elle prise d'un enthousiasme qui ne lui ressemblait pas. Eh bien pour tout vous dire, j'étais justement en train de me demander ce que j'allais bien pouvoir faire de ces deux-là. Vous me rendri- je veux dire vous leur rendriez un grand service en faisant ça.
Alors que Rui lui fit son plus beau sourire et lâcha enfin Alice qui commençait à étouffer, la musicienne leur donna l'adresse des deux garçons et les regarda filer en courant, avec l'étrange sentiment d'avoir fait quelque chose de terrible. Sentiment qu'elle balaya de son esprit en haussant des épaules après avoir enfoncé ses écouteurs dans ses oreilles et soupiré de plaisir.
— Euuuh, Rui ? Tu es sûr que c'est par là ?
Les trois filles s'étaient perdues dans le gigantesque campus de Yūei, alors qu'elles cherchaient l'adresse que leur professeur avait négligemment noté sur la feuille.
— Rhaaaa, mais tais-toi donc ! J'essaye de réfléchir, là. Bon c'est un L ou un i ce truc qu'elle nous a écrit ?
En effet, leur professeur avait écrit l'adresse comme elle aurait pu signer un autographe, si bien qu'elles s'étaient rendues compte qu'elles ne comprenaient rien du tout, et elles étaient parties en courant si vite qu'elles n'avaient pas eu le temps de demander plus de précision.
Et là, Alice commençait sérieusement à s'impatienter. Azu était déjà rentrée chez elle depuis longtemps, la nuit allait tomber, les arbres se ressemblaient trop et elle sentait clairement qu'elles s'éloignaient de la zone résidentielle, alors que Rui refusait de prendre une autre direction.
Soudain, Rui qui regardait sans doute trop intensément le bout de papier qu'elle tenait dans les mains, ne vit pas qu'elle marchait en dehors du chemin. Après avoir poussé un cri strident qui fit sursauter Alice, elle glissa le long de la pente raide. Heureusement pour elle, elle eut le temps d'utiliser son alter pour créer un toboggan de glace qui la fit glisser et non pas rouler jusqu'en bas. Après avoir maudit les dieux et la nuit qui tombait de plus en plus vite, Alice se laissait glisser le long du toboggan. A l'autre bout, Rui gisait par terre, inconsciente, tandis qu'une grande forme peu distincte était penchée vers elle. Alice courut vers son amie et laissa échapper un cri de rage qui fit sursauter l'ombre. Leurs yeux se croisèrent et l'inconnu s'éloigna avec une vitesse déconcertante. Alice secoua un peu Rui et elle revint à elle. Mais, alors qu'elle essaye de se relever, elle s'effondra à nouveau, se massant la cheville en grimaçant.
— Je crois que je me suis foulée la cheville…, fit-elle en regardant son amie.
— Tu plaisantes là ? soupira Alice.
La brune parcourait d'un air nerveux buissons et arbres qui pouvaient cacher ce qu'elle avait aperçu quelques instants plutôt. Le regard qu'elle avait aperçu n'avait rien d'humain. Deux yeux jaunes et fendus. Elle frissonna et se tourna vers Rui, toujours à terre.
— Rentrons, je vais te porter en volant.
Les yeux de l'infirme se mirent à briller d'un éclat inquiétant mais, avant qu'elle n'eût le temps de refuser la « proposition » d'Alice, elle posa la main par terre et poussa un deuxième cri terrible, faisant sursauter une deuxième fois son amie. Rui venait de mettre la main sur un long serpent marron. Alice laisse échapper un soupir et tendit la main vers son amie tandis que le serpent, pas fou, s'éloignait de celle qui lui avait explosé les tympans.
— On rentre ?
— Euuh… oui, Alice.
Le serpent n'eut pas le temps d'aller bien loin avant qu'une main griffue ne lui tomber dessus, l'empêchant de fuir plus longtemps.
— Je l'ai eu, Ren !
Le propriétaire de la main se tourna vers son jeune frère qui cherchait dans un buisson un peu plus loin.
— Bien joué Nii-san ! répondit l'autre, avant récupérer le reptile et de tourner la tête dans tous les sens, l'air soudainement nerveux. Tu as trouvé la chose qui criait comme ça ?
L'ainé éclata de rire.
— Oui, mais elles avaient l'air si occupées à s'amuser que je n'aie pas voulu les embêter, répondit-il, un sourire espiègle sur le visage.
Le cadet haussa les épaules.
— Nous devrions rentrer maintenant. Demain nous devrons nous lever tôt.
Il commença à s'éloigner, son frère à sa suite.
