Chapitre 4

Matthew fixait l'écran sans réagir, sans pouvoir faire autre chose que rester debout et tenter de réfléchir. Par delà son état de panique devant cette scène de déjà vu, il ressentait surtout une intense colère, envers lui-même qui ne pouvait rien faire d'autre que de regarder en tant que simple spectateur et surtout envers Tony Stark. Il le tenait pour principal responsable de la chute du bâtiment du fait que tout avait dégénéré… Alors que Matt savait parfaitement bien que tout c'était passé extrêmement bien pour une telle prise d'otages. Enfin cela aurait pu mieux se passer si Tony avait agit plus rapidement ou s'il avait connu le russe et le norvégien, mais bon, on ne peut pas toujours tout avoir dans la vie, comme on le dit si souvent.

Matthew murmura quelques mots à l'attention de Jarvis et les télévisions virtuelles s'éteignirent. Il resta silencieux un moment avant de reprendre la parole d'une voix étrangement calme compte tenu du chaos intérieur qui était le sien.

- Donne-moi les signes vitaux de Tony.

- L'armure ne répond plus à mes appels Monsieur. Je n'ai plus accès aux données.

- Quelles sont ses chances de survies sous les décombres ?

- Un instant Monsieur, je calcul les probabilités et les paramètres… Elles s'élèvent à soixante et un pourcent.

- Plus de la moitié. Parfait. Merci Jarvis.

Le jeune homme tourna les talons et revint à son occupation première. Il continua de plancher sur les équations de son prototype durant une vingtaine de minutes, avant de tout ranger et de sortir de l'atelier. Il monta l'escalier, traversa le hall et se dirigea vers la cuisine. Il ouvrit le frigo, prit tout ce dont il avait besoin, fit de même avec les couverts et les plats et se mit à cuisiner comme si rien de grave ne s'était produit. Après plus de trente minutes, un bruit fracassant retentit dans toute la maison et Matt sourit doucement. Et savait depuis le début que son patron était sain et sauf. Il n'en n'avait jamais douté. Après tout Tony était résistant, il faisait partie de la race des… Le jeune homme trembla et posa le couteau qu'il tenait en mais pour ne pas avoir de gestes malheureux. Il sortit su four les cookies et prit la poêle pour refroidir complètement les pancakes. Il disposa le tout sur deux plateaux et se dirigea à nouveau vers l'atelier, joua les équilibristes pour entrer son code et enfin, alla vers son patron. Il déposa la nourriture sur une table pas trop encombrée et s'appuya contre elle, bras croisés contre son torse, jambes tendues et également croisées, dans une position parfaitement nonchalante.

Il savoura un instant le spectacle d'un Stark tentant de se dépêtrer de son armure cabossée avant d'enfin daigner aller l'aider.

- Je suis déçu. Pepper aurait accouru pour me sermonner, me crier dessus avec plein de larmes dans les yeux… Et vous, vous ne criez pas et n'avez même pas de larmes dans les yeux…

- Ça n'en vaut pas la peine.

- J'ai quand même failli mourir !

- Vous semblez aller très bien pour un presque mort.

- Vous ne vous êtes pas inquiété ? Pas même un tout petit peu ?

- Monsieur Stark, vous risquez votre vie chaque jour ou presque. Il serait mauvais pour mon cœur de m'inquiéter chaque fois que vous mettez un pied dehors. De plus j'ai d'autres moyens pour vous prouver que vous êtes un irresponsable.

Il joignit le geste à la parole, arrachant un morceau de l'armure un peu trop brusquement. Tony poussa une exclamation douloureuse et jeta un regard plein de reproches à son cadet qui sourit innocemment.

- Vous l'avez fait exprès ! s'exclama Anthony d'une voix outrée.

- Evidemment.

- J'ignore si je dois être heureux ou non de votre honnêteté.

- Je ne suis pas honnête. Pas vraiment. Je peux vous mentir et vous persuader que mes paroles sont la stricte vérité. Mais ça, vous savez aussi le faire.

- Il faut pouvoir le faire dans le monde dans lequel j'évolue. Mentir pour mieux prévenir et manipuler ceux qui veulent me manipuler. Question de survie. Seulement je ne vois pas d'où votre habilité de manipulation vous est venue.

Le jeune homme resta silencieux, terminant d'aider son patron à enlever l'armure. Tony retira sa combinaison en grimaçant et s'assit enfin sur une chaise avec un soupire de contentement. Matthew fit un geste, demandant muettement à son ainé d'enlever son haut abimé. Ce dernier s'exécuta sans protester, se montrant torse nu sans que cela semble le déranger. Quelques égratignures courraient sur son corps et deux plaies plus importantes étaient figées sur son bras et son épaule. Plusieurs ecchymoses apparaissaient déjà sur sa peau, d'un bleu pas spécialement engageant. Matt s'approcha et toucha d'abord le bord des plaies, puis ses doigts glissèrent sur la peau douce pour palper les hématomes les plus impressionnants.

- Vous n'avez pas répondu à ma question, murmura Tony en regardant les doigts fins à l'œuvre.

- Vous ne m'avez pas posé de question.

- Elle était sous-entendue. Bon sang vous avez des mains magnifiques !

- Merci.

- Alors ?

- Il faudra faire une radio. Vous avez peut-être des cotes cassées.

- Si c'est le cas, il n'y a rien d'autre à faire que de rester au repos. Répondez à ma question s'il vous plait.

Le jeune homme soupira et se recula, prenant une chaise pour s'asseoir devant son vis-à-vis. Il tendit le plat de pancakes et Tony en prit un, visiblement heureux d'avaler quelque chose. Il goûta et lâcha une sorte de gémissement de contentement, appréciant de toute évidence ce qu'il mangeait. Il termina rapidement avant de regarder avec insistance son cadet.

- Je ne vous répondrais pas Monsieur., même si vous vous mettez à dans le tango tout nu.

- Mais pourquoi !

- Faites vous une raison… Vous ne pouvez pas toujours tout avoir, ainsi va la vie.

- C'est bien dommage. Il n'empêche que je veux savoir.

- Moi aussi il y a quelque chose que je veux savoir. Votre conscience se porte-t-elle bien ?

- Aussi bien que ce matin il me semble.

- La mort de cette femme ne vous fait donc rien ?

- Ça mort est regrettable, murmura Tony avant de reprendre un pancake. Ils sont délicieux. Qui vous a appris à cuisiner ?

Mat se crispa brusquement, serra les poings et inspira profondément. Il avait une furieuse envie de lui mettre des tartes en pleine figure, de le gifler jusqu'à ce que ce couillon se rende compte de l'énormité qu'il venait de dire, il voulait également partir, tout abandonner et tout quitter, même s'il savait parfaitement que c'était impossible. Il resta donc silencieux un long moment, se forçant au calme avant de reprendre la parole, d'une voix trop douce pour être vraiment honnête.

- Vous êtes vraiment incroyable.

- Pourquoi ais-je l'impression que ce n'est pas un compliment ?

- Parce que ce n'en n'est pas un. Vous dites que vous savez ce que vous faites, que vous êtes assez dégourdi que pour vous débrouiller seul, régler les problèmes... Mais vous agissez inconsidérément sans songer aux conséquences en espérant que quelqu'un nettoiera derrière vous, parce que c'est toujours ce qui a été fait et que vous pensez qu'il en sera toujours ainsi. Mais je ne suis pas Pepper Pots. Je ne nettoie vos cochonneries derrière vous. C'est hors de question. Vous devez grandir et sortir de votre petite bulle dorée.

- Je suis sorti du conte de fée le jour où j'ai été kidnappé et dès que je suis sorti, j'ai tout mis en œuvre pour punir les méchants.

- Ce que vous n'intégrez pas Tony… C'est que pour certain, c'est vous le méchant. Le bien et le mal sont des jugements de valeurs, ils changent suivant l'éducation et le milieu. Apprenez à faire la part des choses, ouvrez les yeux sur le monde. Vous verrez, vous en sortirez grandit.

- En supposant que vous ayez raison… Comment suis-je censé faire pour voir le monde autrement de comme je le vois aujourd'hui ?

- Avec du temps, de la patience… et de la volonté. Il faut cesser de penser que vous pouvez tout jeter par la fenêtre sous prétexte que vous avec beaucoup d'argent. Il vous faut aussi apprendre le tact et les limites à ne pas dépasser. Se sont deux éléments que vous semblez ne pas avoir intégré dans votre jeunesse.

- Je n'avais personne pour m'éduquer. Enfin, pas vraiment.

- A d'autre Tony, votre père n'était peut-être pas très présent et ne s'occupait peut-être pas beaucoup de vous, mais vous n'étiez pas seul pour autant. Vous n'avez jamais été seul…

Le silence s'installa, Tony comprenait parfaitement toutes les implications de la conversation. Il comprenait surtout le sous entendu des derniers mots du jeune homme. Il savait déjà que Sanders et lui n'avait pas évolué dans le même monde et aujourd'hui il se rendait compte qu'il pouvait peut-être en apprendre bien plus avec lui que ce qu'il croyait au début. Parce que oui, ce gosse lui apparaissait soudainement comme un accidenté de la vie, un gamin qui avait grandit trop rapidement pour ingérer trop de leçons sur l'existence. Ce gosse, comme Pepper d'ailleurs, était bien plus sage que lui, le grand Tony Stark. Tony avait l'intelligence, le génie même, mais il était loin d'avoir la sagesse, ce qui semblait sérieusement poser problème à son assistant. Ça avait aussi posé un problème à Pepper. Sauf que Matthew ne semblait pas disposé à régler toutes les conneries que son boss ferait, ce qui obligerait ce dernier à faire plus attention. Alors oui, définitivement, Tony pouvait apprendre avec ce jeune homme.

Et il n'imaginait pas à quel point il avait raison en songeant à cela.

- Je n'y arriverais pas tout seul. M'aiderez-vous ?

- Si vous le voulez vraiment.

- Je le veux… Mais n'utilisez plus ce ton avec moi. Je n'aime pas qu'on me prenne pour un imbécile.

- Parfait. Nous sommes deux dans ce cas.

Le silence s'installa, pas dérangeant pour un sou. La tension du début s'était envolée au profit de cette petite bulle fragile de complicité. Tout deux savaient qu'elle pouvait se briser au moindre mauvais geste, à la moindre parole mal placée… mais tout deux semblaient également vouloir faire des efforts.

- C'est vraiment très bon. Vous cuisinez comme un Dieu.

- Je n'irais pas jusque là mais je sais me débrouiller. J'aidais le plus souvent possible ma mère dans les taches ménagères, cuisiner en faisait partie.

- Votre mère a de la chance d'avoir un fils tel que vous si vous mettez autant de cœur à l'aider qu'à travailler avec moi.

- Elle a toujours été heureuse et fière que… enfin.

- Est-ce votre père qui vous a enseigné la technologie et la mécanique ?

- Non… Je suis plus un autodidacte dans ce domaine. Mon père m'enseignait les rudiments de la médecine. Les premiers soins à apporter à quelqu'un de blesser, comment le réanimer ou comment retirer une balle, recoudre une plaie.

- Il est médecin ?

- Ils étaient médecins.

Anthony se tut, brusquement conscient que le sujet commençait à déplaire au plus jeune. Pour une raison inexpliquée, Matthew semblait de plus en plus mal à l'aise, sans pourtant dévier le sujet sur autre chose. Il se demanda vaguement à quoi était due cette gêne et pourquoi un père enseignerait à son jeune fils comment retirer une balle des chairs d'un homme. Il ne posa aucune question, pas de cet ordre là en tout cas. Il aida même son assistant à trouver un autre sujet de conversation…

- Ça vous dit de diner avec moi au Royal Elisabeth Hôtel ?


Navré, ça a mis du temps... mais j'avoue être débordé. J'espère que le next chapitre sera plus rapide à la publication, et navré pour le éventuelles fautes, je ne me suis pas relu... (bouuu le vilain!)