Hello tout le monde,
Encore tous mes vœux de Bonheur pour 2016. J'espère que vous avez tous bien passé le cap. Merci pour vos mots d'encouragement qui m'aident à persévérer et m'améliorer. Continuez comme ça, ça fait plaisir ;)
Sans plus attendre, voici la suite:


Il était temps de regagner le Granny, hôtel de luxe situé à proximité du Ponte Vecchio, où les attendaient les parents d'Emma, ainsi que leurs autres amis et relations, afin de partager un verre de l'amitié autour d'un apéro dînatoire copieusement préparé par Ruby.


- Hey, voyez-vous ça, l'enfant prodigue est enfin de retour.

Emma sourit d'un air moqueur à l'extravagante rouquine qui leur faisait face dans le magnifique hall d'entrée.

La blancheur du marbre fin, pratiquement sans nervure, extrait des carrières de Carrare (1), était mis en valeur par des ornements dorés et rouges complexes. Le long des arcs voûtés pendaient des plants de fuchsia rubra, qui se reflétaient magnifiquement sur l'immense lustre en verre de Murano (2) rouge et translucide qui trônait au centre de la pièce.

- Visiblement, le temps raccourcit le vêtement. Un an de plus et plus de tissu, répondit la blonde en faisant référence à la tenue provocatrice, mais tout de même chic de la propriétaire des lieux.

- Ma clientèle n'a pas l'air de s'en plaindre.

Emma sourit à la répartie de son amie et l'enlaça dans une forte étreinte.

- La féminine autant que la masculine d'ailleurs, ajouta-t-elle en riant, bien consciente que cette précision allait mettre ses deux amies mal à l'aise.

Ruby n'avait jamais caché sa bisexualité, s'assumant pleinement, malgré les mœurs très conservatrices de la bourgeoisie italienne. Elle avait tenté à maintes reprises, lors de leurs années universitaires, de faire prendre conscience de leur attirance mutuelle aux deux femmes, mais sans succès.

Regina portait le poids de son nom, et de la pérennité qu'elle se devait d'assurer à la lignée, ainsi qu'au vaste domaine familial. Quant à Emma, son éducation ultra-catholique, ainsi que le couple de conte de fée incarné par ses parents adoptifs, aggravaient jour après jour l'image déjà fort médiocre qu'elle avait d'elle-même et l'idéalisation du couple de ses parents adoptifs. Comment Blanche Neige et son Prince Charmant auraient-ils pu avoir une fille gay, c'était juste inconcevable.

A ce niveau « le chaperon rouge » était beaucoup moins respectueuse des traditions, ce qui lui avait valu plus d'une critique virulente dans la presse locale. Certains autochtones allaient jusqu'à demander un boycotte pur et simple de son établissement. Mais voilà, le Granny était le fleuron parmi les hôtels de luxe florentin, et mademoiselle Ruby, un personnage unique et inoubliable pour quiconque avait la chance de la rencontrer. Son nom figurait dans bien des guides touristiques, et ses connaissances linguistiques lui avaient rapporté quelques interviews de prestige, notamment envers les touristes venus d'Asie, puisqu'elle pouvait se faire comprendre autant en japonais qu'en mandarin.

Après un banal échange de politesse, Ruby conduisit ses amies d'enfance vers la salle où les attendaient leurs familles et connaissances.

Plus d'une centaine de pairs d'yeux se retournèrent sur elles, lorsqu'elles firent leur entrée. S'en suivit un silence pesant, obligeant la veuve à un discours dont elle se serait volontiers passé.

Soutenue par Emma, Regina remercia chacun de sa présence et les invita à se servir au copieux buffet que Ruby avait fait dresser.

Rapidement les convives se ruèrent sur la nourriture, oubliant jusqu'à la raison de leur rassemblement, venant entretenir l'héritière Médicis de politique et de projet financier en tout genre.

"Tous des pique-assiettes et des profiteurs", ne put s'empêcher de penser Emma, tentant tant bien que mal de rester courtoise, malgré la colère qui bouillonnait au fond d'elle.

Lorsque le maire Gold vint leur parler de son envie de racheter une parcelle du vignoble pour y construire un centre de loisir en périphérie de la ville, Emma explosa.

- Écoutez, mon amie enterre son mari aujourd'hui, alors votre centre de loisir, on s'en fout royalement. L'usage serait que vous fassiez l'éloge de Daniel Mills monsieur le maire et non que vous lorgniez déjà sur ses terres et ce qu'elles pourraient vous rapporter. Comment diable mes concitoyens ont-ils pu élire un homme aussi froid, calculateur et insensible que vous ?

Elle entraîna la brune vers une table plus en retrait, loin de tous ces vautours.

- Désolée, c'était plus fort que moi. J'espère n'avoir pas trop endommagé tes relations avec la ville, ajouta Emma d'un air penaud.

Regina secoua la tête, visiblement soulagée que Emma l'ait entraînée à l'écart :

- Ne t'en fais pas, il s'en remettra.

- Bien, attends-moi là, je vais te chercher une assiette et de quoi boire.

Devant l'abondance de choix, Emma tenta de se remémorer les goûts de sa meilleure amie. Rapidement, elle remplit l'assiette de petits apéritifs aux olives, de risotto aux cèpes, salade de fèves, carottes au vinaigre de framboise, quelques tranches de jambon cru et de saucisson de sanglier, sans oublier les cantucci (3) accompagné de pommes fondantes pour la note sucrée.

- Ce sont bien des Honeycrisps ? (4)

Ruby supervisant le réapprovisionnement, lui répondit d'un sourire entendu :

- Les préférées de Regina, oui

Ruby savait, elle avait toujours su, et bien que la rousse ait tenté à maintes reprises de la pousser dans ses retranchements, Emma avait toujours refusé la moindre discussion sur le sujet avec elle.

- Et voilà pour Madame, dit Emma en tendant un verre de son Chianti préféré à Regina.

- Je constate que tu n'as pas oublié

Comment pourrait-elle jamais oublier quoi que ce soit à propos de la brune ? Tout ce qui la concernait était comme tatoué sur sa peau, gravé pour ne pas dire brûlé dans ses entrailles. Emma se perdit dans ses pensées en prenant place aux côtés de Regina.

- Salut, tu es qui ? Je t'ai jamais vue.

Surprise, Emma se retourna sur une petite fille haute comme trois pommes. Évidemment qu'elle avait reçu le faire-part quelques années plus tôt, après tout, même en plein désert la poste était distribuée, mais être subitement fixée ainsi par une Mini-Regina était une chose à laquelle la blonde n'avait pas été préparée.

- Tu dois être Victoria, bégaya-t-elle.

- Tu connais mon nom ?

- Oui, je suis une amie de ta maman. Je m'appelle Emma.

- Oh, la Emma. La Emma qui vit dans une pyramide ?

- Ta maman t'a parlé de moi ?

- Oh oui alors.

Sans plus de discours, la petite grimpa sur ses genoux avant de se servir sans gène dans son assiette.

- On dirait que ma petite-fille vous a déjà adoptée mademoiselle Swan, lui sourit Henry, qui était venu chercher Regina, afin que celle-ci puisse prendre congé de certains membres de leur famille.

Autant Cora la détestait, autant le père de Regina avait toujours eu une bonne relation avec Emma. A plusieurs reprises, ils s'étaient retrouvés à faire équipe, afin de protéger Regina des manipulations de sa mère, notamment lorsque celle-ci voulait la marier à Léopold Bianco, milliardaire ayant le double de son âge.

- Je ne l'imaginais pas aussi grande.

- Oui, les enfants grandissent beaucoup trop vite. Victoria aura quatre ans dans deux mois.

La réception toucha rapidement à sa fin. Aussi Mary Margaret et David vinrent chercher leur fille pour qu'elle les accompagne à la maison.

- Avec toute cette agitation, nous n'avons pas vraiment eu le temps de discuter. Tu veux bien passer au manoir demain ?

Emma hésita. De quoi allait-elle bien pouvoir s'entretenir avec sa meilleure amie, avec qui elle n'avait strictement plus rien en commun.

- Je ne sais pas trop, hésita-t-elle, ta mère ne va pas apprécier, tu ne crois pas ?

- Ils doivent se rendre sur les docks à Livourne, nous ne serons que toutes les trois. S'il te plaît Emma, ça fait si longtemps.

- Je pense que c'est une bonne idée Emma, intervint sa mère.

- Vous avez besoin de vous retrouver Regina et toi, renchérit son père.

Emma acquiesça d'un hochement de tête, avant de rentrer avec ses parents qui visiblement ne comprenaient pas son manque d'enthousiasme.

Comment auraient-ils pu ? Eux, dont le simple fait d'imaginer ce qui pouvait bien tracasser leur fille, leur était totalement étranger.

Loin de la belle brune, tout lui paraissait si pâle, sans saveur, sans vie. Là-bas cependant, la douleur était moins vive, alors qu'ici elle prenait possession de tout son être. Là-bas elle avait accepté d'être un peu comme ces momies qu'on lui confiait, et qu'on avait éviscérées pour conserver leurs corps. Mais ici tous ses organes avaient subitement repris leur place comme par magie.

Son foie s'était gorgé de toxines d'amertume et de regrets, ses poumons brûlaient de mille feux, ses intestins se nécrosaient à chaque bouchée qu'elle avalait, son cerveau remuait le passé provoquant des insomnies chroniques, et son cœur, l'indomptable perturbateur, avait subitement choisi de passer de la plaintive zummara (5) aux rythmes effrénés des darboukas (6).

Miracle ou malédiction ? Quoiqu'en pense Emma, seul l'avenir, c'est-à-dire le lendemain, le dirait.


1) Carrières de marbre toscanes réputées depuis l'antiquité.

2) Verre à la coloration et à l'élaboration particulière qui a fait la notoriété des verreries de Venise.

3) Croquants aux amandes, biscuits toscans typiques.

4) Variété très résistante, mais dont les cultures nécessitent beaucoup de soin. Contrairement à ce que prétend Regina dans la série, ce sont des "Red Delicious" et non des Honeycrisps qui apparaissent à l'écran.

5) Double clarinette apparue en Égypte vers 4000 av. J-C.

6) Tambour égyptien


TBC