Chapitre 4.
L'air était frais mais agréable, il contrastait parfaitement avec la chaleur de ce milieu de printemps. Hermione, comme prévu, était assise à l'ombre d'un arbre, un livre à la main et un pot de glace à la vanille entre les genoux. Je m'assis à côté d'elle et jeta mon regard au loin sur l'eau calme. Je me rappelais les nombreuses fois où Ron et moi y avons plongé et nagé quand le temps était caniculaire.
Hermione ferma son livre, le posa auprès d'elle et plongea sa cuillère dans le pot de glace.
- Je peux savoir ce qui s'est passé avec Ginny ?
La question de mon amie me prit au dépourvu. Mon histoire avec Ginny remontait maintenant à trois mois et, bien que je n'eus jamais fourni d'explication quant à la raison de notre rupture, je pensais le sujet définitivement clos.
- Pourquoi tu me demandes ça ?
- Simple curiosité. Vous aviez l'air si heureux ensemble, je ne comprends pas ce qui vous a poussé à rompre. Enfin, ce qui t'as poussé à rompre…
- La raison est aussi simple que ça : je ne l'aimais plus. J'en étais même au point de me demander si je l'avais aimée un jour.
Ginny était le genre de fille collante mais qui ne voulait en aucun cas être un fardeau pour les autres. Bien sûr, à la longue, elle était devenue un poids presque insupportable pour moi. Elle me suivait partout, me demandait sans arrêt « Harry, est-ce que tu m'aimes ? » ou encore « Harry, tu me trouves jolie toi ? » ce à quoi je répondais « Bien sûr », « Naturellement » ou tout simplement « Oui ».
Le train-train qui s'était installé entre nous m'avait vite lassé : Manger ensemble le matin en l'écoutant me raconter comment elle était parvenue à obtenir un A en potion. Marcher ensemble pendant les pauses. La bécoter chaque fois qu'elle tendait les lèvres vers moi en fermant les yeux. L'enlacer quand elle posait son front contre mon épaule. Partager notre dessert le midi. Finir sa boisson qu'elle ne terminait jamais le soir. Se réfugier dans la Salle sur Demande. L'écouter parler, encore et encore. Et enfin – ce pourquoi j'étais véritablement avec elle - la baiser. … Non pardon, lui faire l'amour… mais ce terme sonne faux, puisque, pour ma part, il n'y avait pas d'amour.
- Elle est pourtant bien montée, tu ne trouves pas ?
Avoir une amie qui parle d'une fille comme le ferait votre meilleur pote c'est surprenant parfois. Mais ça me fait toujours rire.
- Je peux te poser une question ? demandai-je. Qu'est-ce que tu trouves de si attirant chez les filles ?
Elle fit mine de réfléchir en posant son index sur son menton et quand la réponse lui parvint elle me gratifia d'un simple sourire.
- L'absence de ce truc que vous autres, hommes, avaient entre les jambes.
Elle enfourna une cuillère de glace dans sa bouche.
- Et puis, enchaîna-t-elle, l'avantage de coucher avec une personne du même sexe que toi c'est que tu sais parfaitement comment t'y prendre pour la faire réagir. Les gays ont encore plus d'aubaine que nous d'ailleurs…
Comme je ne répondais pas, elle expliqua :
- Dean me racontait l'autre jour les avantages d'être gay, sexuellement parlant, bien entendu. « Nous gays, on a encore plus de chance parce que tu vois, pendant tes ébats avec ton copain, t'as le plaisir de recevoir et le plaisir d'être reçu. », m'a-t-il dit.
Nous rîmes puis elle ajouta :
- Bon, il a quand même précisé en grimaçant que recevoir était parfois douloureux mais que ça en valait la peine.
J'attrapai le pot de glace et commença à m'en empiffrer. Après un silence Hermione demanda, légèrement craintive.
- Et avec Ron ? Qu'est-ce qui ce passe ?
- Il se trouve que lui aussi est gay.
- Et alors… ? fit-elle la bouche pleine.
- C'est là le problème. Quand il me l'a annoncé je l'ai… je l'ai carrément ignoré, je suis parti et je l'ai vexé, je crois…
- Tu crois ? s'emporta-t-elle en secouant sa petite cuillère. Attends, ton meilleur ami t'annonces qu'il est gay et toi tu te sauves ? C'est la pire réaction à laquelle il pouvait s'attendre, Harry !
- Non mais… continuai-je. Il a couché avec Drago Malefoy !
- C'était lui avec Drago ? Dans les toilettes ?
- Oui.
- Ronald Bilius Weasley ! cria-t-elle en regardant les nuages. Tu remontes dans mon estime !
- Quoi ? m'étonnai-je.
- Mais enfin Harry, Drago Malefoy ! Certainement le plus beau représentant de l'espèce Serpentardienne ! Et aussi le plus inaccessible des garçons de cette école !
- Ce que tu me dis ne me remonte en aucun cas le moral Hermione.
- Excuse-moi. Mais où est le problème avec Ron ?
- Les Gryffondors détestent les Serpentards ! Et on déteste Drago Malefoy depuis notre première année ! C'est mon seul et unique rival dans cette école… que Ron fricote avec lui, je le prends comme la plus effroyable des trahisons.
- Harry… soupira Hermione. A quand remonte ton dernier rapport sexuel ?
Etonné que sa question voie le jour dans ces circonstances, je fronçai les sourcils.
- Réponds, insista-t-elle.
- Cinq semaines environ…
- Avec Pansy je suppose ?
- Oui…
- Elle est à Serpentard elle aussi, non ?
- Oui mais c'est différent…
- Ce n'est pas différent, Harry ! Pourquoi as-tu couché si longtemps avec elle ? Tu sais très bien que n'importe quelle autre filles, ne serait-ce qu'à Gryffondor, paieraient pour se retrouver dans tes bras !
- Pansy est différente.
- Si je ne te connaissais pas si bien, je penserais que t'es amoureux d'elle…
- Mais tu me connais bien, je ne le suis pas. Pansy et moi c'est juste… physique. Elle m'attire. Plus que n'importe quelle autre fille de l'école.
Hermione planta sa cuillère dans le pot de glace et me fixa de ses yeux noisette.
- Qu'a-t-elle de plus que les autres ?
J'hésitai… Cho, Pansy, Fleur, Pansy, Katie, Pansy, Padma, Pansy, Parvati, Pansy, Pansy, Ginny, Pansy, Pansy, Pansy... Pansy Parkinson était ma favorite. J'avais choisi la détestable Serpentard parmi toutes ces filles aussi splendides qu'attentionnées. Et pourquoi… ?
- Y'a ce côté garçon manqué que j'adore chez elle… La dureté de ses traits, ses épaules larges… Elle se maquille pas aussi, pas la moindre trace de mascara ou de rouge à lèvres. Je ne sais pas pourquoi mais… C'est comme ça, j'aime ce manque de féminité chez elle…
Je n'osai poursuivre, m'étonnant moi-même des paroles sorties de ma bouche. De toutes ces filles avec qui j'avais couché, Pansy était la mieux… Et en y réfléchissant plus, c'était parce qu'elle avait ce corps androgyne, ce style androgyne, ces manières androgynes. Pansy me plaisait plus que toutes les autres simplement parce qu'elle ne leur ressemblait pas. Pansy était anormale dans la gent féminine. Pas de jupes ni de froufrous, pas de rires débiles ou de sourires timides. Pas de talons ni de décolletés. Juste l'uniforme masculin de l'école, juste des pantalons trop larges et des chemises à peine plus ajustées à son torse plat. Juste sa frappante ressemblance avec un garçon…
