Ce quatrième chapitre apporte le premier grand virage dans la vie de Jane. Merci à CalzonaWelding pour la relecture et aux reviewers dont helenmagnus13 a qui je n'ai pas pu répondre par MP.

Bonne lecture

« ...Allons donc de l'avant, et le sourire aux lèvres. » Baden-Powell

Le repas de Maura est excellent comme d'habitude, tellement que je me ressers trois fois du quinoa sous les yeux ébahis de celle-ci, et l'atmosphère se détends rapidement. Je me rends compte que les gens avec qui je travaille tiennent à moi. En effet, peu connaissaient réellement Casey, mais tous ont posé leur demi-journée. A quatorze heure, Cavanaugh se lève et tous les policiers le suivent, il est l'heure de courir derrière les bandits. Les derniers invités aident Maura à ranger, j'essaye de donner un coup de main mais ma tête me serre. Je m'allonge dans le canapé.

Quand je me réveille d'un sommeil sans rêve, il ne reste plus que Maura assisse sur le fauteuil. Elle ne me voit pas tout de suite trop occupée à regarder un documentaire sur les tortues marines d'Indonésie. Alors, je l'observe, elle est belle dans sa nouvelle robe rouge qui fait ressortir ses yeux marron et ses cheveux d'or. Elle se retourne comme si elle avait ressenti le poids de mon regard.

-Ca va?

-Oui, merci. Maura pourquoi n'es-tu pas partit au poste?

-J'ai posé ma semaine lorsque tu es partie telle une voleuse mardi matin, je voulais être là si tu avais besoin de parler.

-Merci. Qui te remplace?

-Le docteur Pike.

-Les pauvres.

Nous éclatons toutes les deux de rire. Je m'imagine Vince face à Pike qui met deux heures à arriver à l'endroit où il a vu une preuve. Une fois calmée, je laisse quelques secondes passer avant de reprendre.

-Maura?

-Oui.

-Je crois que tu as raison...

D'un geste, elle coupe la télévision puis elle s'assoit sur le canapé, je dépose ma tête sur ses genoux. Sa main vient coiffer mes cheveux, je me sens en sécurité à cet instant précis. J'ai peur d'interrompre le passage d'un ange, alors je ne reprends que lorsque le silence devient gênant.

-Pour le SSPT, j'y ai réfléchi, ne pouvant pas dormir en paix. Finalement, tu as sûrement raison. Quand je fermais les yeux, l'image d'un homme apparaissait, mais pas Casey, Hoyt. Je doute sur le fait qu'il soit mort, j'ai peur.

-Chut, tout va bien. Je veux pas te brusquer mais j'en ai parler à un collègue psychologue à Boston et il aimerait te voir. Il pense que je ne me suis pas trompée dans mon diagnostic.

-En parlant de diagnostic, que dis-tu de nausées matinales, appétit monstre et migraines?

-Tous ces symptômes sont ceux d'une femme encein... Jane! Tu es enceinte?!

-Je ne sais pas, répondis-je piteusement, peux-tu baisser le ton et me donner de l'aspirine?

-Bien sûr.

Maura part aussitôt dans sa salle de bain. Je reste pensive, j'avais déjà pensé à cette possibilité mais je ne m'imagine pas enceinte. Puis mon dernier rapport était protégé... Et merde! Comment c'est possible un truc pareil. Maura revient avec un verre d'eau et le cachet demandé.

-C'est l'enfant de Casey?

-Je pense que oui, vu que le dernier homme autre que Casey avec qui j'ai couché remonte à plusieurs mois. Mais Maura, je ne suis pas sûre d'être enceinte. J'avais pas vraiment la tête à ça ces derniers jours.

-Je comprends.

Le silence s'installe, je suis nerveuse. Je ne cesse de retracer les contours de ma cicatrice. Maura est songeuse, j'admire la petite ride que sa concentration crée entre ses yeux. D'un seul coup, elle se lève en tapant dans ses mains.

-Ne bouge pas! Je reviens dans cinq minutes.

Me crie-t-elle en attrapant sa nouvelle veste en laine. Je lève les sourcils étonnée. De toute façon, je n'ai pas de voiture et je ne suis pas en tenue pour rentrer en jogging. Et par dessus tout, je n'ai aucune envie de partir encore une fois en traître. J'attrape la télécommande et allume la télévision, je zappe quelques secondes avant de tomber sur un vieux match de base-ball. Dix minutes plus tard, Maura revient. Elle accroche sa veste au porte manteau et vient s'assoir sur la table basse entre moi et la télévision. Ce n'est pas dans ses habitudes, j'éteins donc l'écran. Maura est agitée, on dirait une gosse, ses mains jouent avec une petite boîte en carton rectangulaire.

-Maura, regarde-moi. Que se passe-t-il?

-Jane, désolé. Me dit-elle en me tendant la boîte.

-Un test de grossesse? Sérieusement Maura?

-Je suis désolée, je pensais que c'était la seule solution pour que tu sois fixée. Même si le seule test valable à cent pour cent est la prise de sang pour évaluer...

-Maura, c'est bon j'ai saisis. Tu as raison, le doute n'est pas une bonne idée et de toute manière, je ne pourrais pas le faire seule ou avec une personne que toi. Merci.

Sur ces paroles, je me dirige vers la salle de bain de Maura. Comme elle, auparavant, mes mains tournent et retournent la boîte en carton. Mon cœur bat la chamade, que vais-je faire si je suis enceinte? Je suis flic et célibataire. Je ne voudrais pas que mon enfant devienne orphelin. Et si jamais je retrouve un homme qui veuille bien de moi, m'acceptera-t-il sachant que j'ai ou j'aurai bientôt un enfant. Les larmes perlent sur mes joues, depuis lundi je trouve que j'ai trop pleuré. Les questions se mélangent dans ma tête. Et si...? Et si...? Mais alors...J'ouvre la boîte d'une main tremblante et sors l'appareil qui me torture ainsi l'esprit. Je lis la notice de A à Z, j'essaye de repousser tant que possible l'heure de vérité. Cela doit faire vingt minutes que je suis dans cette salle de bain, prenant mon courage à deux mains, j'effectue le test. Puis mon courage partant en chute libre, je le pose sur le rebord du lavabo, retourné.

-Jane, ça va?

-Mmmh.

-Je peux entrer?

-Oui.

Maura apparaît dans l'encadrement de la porte, la lumière derrière elle forme une auréole.

-Alors? Demande-t-elle timidement.

-Je ne sais pas, je n'ose pas regarder.

-Je peux le faire si tu veux.

-S'il te plaît.

Tout doucement, Maura attrape le test et le retourne, mes yeux ne lâchent pas son visage. Un sourire vient l'illuminer, j'aurais presque envie de l'embrasser. JANE, STOP! Les hormones te jouent des tours. Maura interrompt mes pensées en posant une main sur mon épaule puis en se jetant dans mes bras.

-TU ES ENCEINTE!

-Quoi?! Maura baisse le ton.

-Désolé, tu es enceinte.

Je suis à deux doigts de m'évanouir. J'arrive difficilement jusqu'à une chaise et attrape ma tête entre mes mains et commence à pleurer. Maura fait courir sa main sur mon dos, tout doucement comme lorsqu'on berce un enfant. Elle ferait une bonne mère elle, pas comme moi. Mais d'un coup, la lueur de l'espoir apparaît dans la brume de mes pensées.

-Maura, tu as bien dit que le seul test fiable était la prise de sang?

-Oui. Pourquoi?

-Je veux que tu me fasses une prise de sang et tu cours au poste pour être certaine des résultats.

-Tu es sûre que c'est ce que tu veux?

-Oui.

Alors Maura va chercher le matériel nécessaire. La prise de sang se déroule sans encombre et Maura s'en va. Je commence à faire les cent pas en attendant, puis mes yeux se posent sur l'horloge et une idée me vient. Tranquillement, je commence à cuisiner un repas pour nous deux. C'est ma façon de la remercier.

Deux heures plus tard, Maura rentre enfin. Je suis plongée dans un vieux match de football, une bière à la main.

-Mmh, ça sent bon, je crois que je vais rester manger ici.

-Avec joie, lasagne à la façon Rizzoli. Alors?

Maura s'installe à côté de moi et fait mine de s'intéresser au match. Je la secoue avec gentillesse et elle laisse apparaître un large sourire.

-Tu vas devoir arrêter la bière, tu es belle et bien enceinte Jane.

-Alors j'ai une longueur d'avance, la bouteille est pleine d'eau.

Nous éclatâmes de rire et passons à table dans la bonne humeur. Durant le repas, j'expose mes craintes à Maura, ma profession, l'absence de père, … Elle me réconforte en me rappelant que ma famille et elle seront toujours là pour moi. Après avoir remplis nos estomacs nous débarrassons. La bonne humeur ambiante me fait du bien, après cette dernière semaine qui a été plus que dur.

-Bon, je vais me coucher Cavanaugh m'attend à huit heure dans son bureau.

-Tu veux que je reste avec toi?

-Non merci, il ne faudrait pas qu'on prenne l'habitude.

-Aurais-tu peur qu'il se passe quelque chose si on dort toutes les deux? Me demande Maura, un sourire ravageur en coin.

-Peut-être que j'en ai envie mais toi?

Maura s'est arrêtée nette devant sa porte, elle hausse les épaules et referme derrière elle. Je m'effondre dans le lit de la chambre d'ami. Mais qu'est-ce qui m'a pris de la provoquer ainsi. Je me tourne et retourne un certain temps, cherche une position pour dormir. Ma relation avec Maura change et je ne sais plus trop comment la nommer. J'ai parfois l'impression d'avoir une amie tel un pilier devant moi et à d'autres instants, j'ai l'impression que nous menons une guerre de séduction à se demander laquelle va craquer la première. Jane, tu te fais des idées. Mais je pense tellement souvent à elle. Je m'endors au milieu de la réflexion.

C'est mon réveil qui a raison de mon sommeil, juste avant ma nausée matinale. En sortant de la salle de bain douchée, je sens une odeur de pancakes me chatouiller les narines. En arrivant dans la cuisine, je ne peux que détailler les courbes magnifiques de Maura dans sa nouvelle robe. Deux tasses fumantes sont sur le bar, j'en prends une. Sans même me regarder, Maura me dit:

-Ce n'est pas la bonne, c'est mon café.

Je change de tasse et j'ai le bonheur de trouver mon café industriel. Je bois une gorgée de plus en fermant les yeux, que c'est bon.

-Tu n'aurais pas dû te lever.

-Je sais mais je veux que ta journée se passe au mieux, le stress n'est pas bon pour le bébé.

-Maura...

-D'accord, j'arrête.

Nous déjeunons en silence, prenant le temps de déguster cet instant de calme. Mais au moment de partir, je ne peux empêcher de lâcher un juron.

-Nom de Dieu, j'ai pas de voiture.

-Langage Jane, je vais t'emmener.

-Merci Maura.

Le trajet jusqu'au poste se passe dans le calme. Maura me dépose devant les portes.

-Descends me chercher si tu as besoin. Je vais voir si Pike n'a pas dérangé toute la morgue.

-D'accord, merci encore Maura.

Je monte les quelques marches qui me séparent de la porte, salue les officiers que je connais ainsi que ma mère d'un geste de la main. J'arrive devant le bureau de Cavanaugh, juste avant de frapper, je regarde sur quoi travaillent les gars: rien pour le moment.

-Entrez.

-Bonjour, commissaire.

-Ah Rizzoli, asseyez vous.

-Je suis désolé pour cette semaine mais il me semble que ça fait une éternité que je n'ai pas pris de vacances, puis-je ne revenir que lundi?

Après une petite discussion, j'ai rattrapé mon erreur grâce à Cavanaugh. Je m'apprête à me lever mais une idée me traverse l'idée et je me rassois. Le commissaire me regarde étonné.

-Monsieur, j'ai quelque chose à vous annoncer mais j'aimerais que cela ne sorte pas de ce bureau, ni à l'équipe, ni à ma mère.

-Accordé, vous avez piqué ma curiosité Rizzoli.

-Voilà, le règlement impose que nous annonçons les grands virages de notre vie à nos supérieurs. J'ai assez ignoré celui-ci pour la semaine, donc je vous annonce que je suis enceinte.

-Q-QUOI?

-Oui, monsieur, je suis enceinte, Maura a vérifié à l'aide d'une prise de sang.

-Bien, merci, je vais l'ajouter à votre dossier.

-Merci, à lundi.

-A lundi, Rizzoli.