Ta-daaah !

Rebonjour, rebonsoir, me revoilà pour vous délivrer mon tout nouveau chap, concocté avec un amooour sans bornes !! xD (Je sais, je sais ce que vous pensez : "et merde, revoilà l'hystero de service -.-' ")
Mais n'vous inquiétez pas, Madame l'hysterique va se la fermer et vous laisser lire ce chap en paix ;D !

C'est vrai, quoi ! Un chap particulièrement important, qui annonce le début des révélations sur la vie de notre Stella aux cheveux gores ( bah ué, quoi, ils sont rouges... Huhu... c'est bien sanglant tout ca ! )
Je pense que ces révélations se feront essentiellement par le biais de rêves, de cauchemars, et surtout de flash-back.

Autre choz' ! : Pour cette fic, j'ai pas mal révisé les mythologies scandinaves, histoire d'assurer un ch'tit peu et d'avoir de beaux prénoms Islandais en tête :D !
Que voulez-vous, je suis fanatique de tout ce qui est légendes, croyances, superstitions, spiritisme etc ! J'en mets souvent une bonne couche dans mes fics ! D'ailleurs, pour faire ma tite pub, ( bah ouais, le business avant tout, héhé ) je bosse actuellement sur une fic Pottérienne alliant la mythologie grecque et l'Egypte ancienne :D Je me régaleee, les amis, croyez-moi ! xD.

Bref, je vous laisse cogiter en paix,
Tâchez de me composer de ravissantes petites reviews ! Hihi.
Enjoy :D


L'homme la dévisageait fixement, se couvrant le visage de ses mains. Il dissimulait sa terreur au fond de ses prunelles étonnées, d'un marron sans éclat. Sa bouche se tordit en une grimace tandis que des paroles s'échappaient malgré lui de ses lèvres, atténuées par les soubresauts incontrôlables qui agitaient sa cage thoracique.

-Ne fais pas ça… murmura-t-il d'une voix haineuse, teintée d'une nuance effrayée.

Les cheveux rouges de la jeune femme brillaient d'un étrange éclat, sous cette lumière. Le sang de la crinière avait à présent une couleur morbide, oppressante, face à la lune blafarde.

Ses yeux violets fixaient l'homme sans ciller. Leur reflet, d'habitude rosé et volcanique, était à présent noir et ténébreux.

Elle était debout, raide, résolue, parée d'une effroyable intransigeance.

Mais tandis qu'elle faisait tournoyer sa baguette magique, une lueur de peur, de véritable peur d'elle-même, jaillit violemment de son regard à la couleur d'améthyste.

Il était trop tard. Un hurlement vif, déchirant, frappa le ciel et brisa les étoiles, tout fut noir…

-NOOON !!

Stella s'éveilla brutalement, les yeux écarquillés, le souffle court. Dans les lits à côté, les autres filles protestèrent tout en dormant. D'une main fébrile, la jeune femme essuya la sueur qui perlait au-dessus de ses lèvres tremblantes.

Les prunelles vides de l'homme, frappées de l'éclair vert, fusillèrent soudainement son regard, dans un souvenir atroce. Elle hoqueta, longuement, faiblement, chancela vers la salle de bains, vomit toute sa peur.

Puis elle se recoucha, les paupières en feu. Son sommeil redevint paisible et régulier.

Le lendemain matin, les rayons du soleil commençaient à filtrer paresseusement dans le dortoir lorsque Stella commença à émerger de son sommeil comateux. La lumière dorée de l'extérieur, inondait les cheveux rouges de taches orangées.

La jeune femme ouvrit doucement une prunelle violette aux reflets rosés. Elle passa une main dans sa crinière avec effarement, bâilla longuement, puis se redressa brusquement et se leva.

Elle croisa instantanément deux yeux d'un bleu foncé brillant qui la dévisageaient avec une moquerie non dissimulée.

-Hum, t'es vraiment pas belle à voir au réveil, Nestary, lança Ashanti Williams.

-J'espère au moins que j'ai pas la même tête de mort-vivant que toi, Williams, sinon je vais sérieusement déprimer…

Ashanti, souriante, s'étendit sur son lit dans une pose langoureuse. Elle passa une main dans sa chevelure blonde et railla en bâillant :

-Peut-être, mais moi, j'ai une excuse… J'ai passé la nuit dans le dortoir de Drago, à vrai dire…

Elle se redressa soudainement et une lueur passa dans son regard :

-Qu'on se le dise, c'est vraiment un des meilleurs coups. Et Dieu sait combien j'ai connu de mecs… Enfin, tu ne peux pas comprendre ces choses-là, Nestary…

Stella s'esclaffa :

-Et c'est moi que tu traitais de traînée, hier soir ?! Mais regarde-toi, Williams, tu fais tes propres aveux sur ton compte… C'est presque comique… Et puis, si tu crois me rendre jalouse en me parlant de tes exploits avec Malefoy, c'est raté. J'en ai strictement rien à foutre de ce mec, je pensais que tu le savais…

-Sérieux ? répliqua Ashanti. Dans ce cas, je peux savoir pourquoi tu joues toujours avec lui, hein ? Et pourquoi tu lui lances des regards enflammés, pleins de sous-entendus ?

Un grand sourire satisfait s'étira sur le visage de l'Islandaise. Dans les paroles de la blonde, on avait nettement senti une nuance perplexe, inquiète, un cri du cœur. Stella répondit doucement, avec un sourire narquois :

-Oh, quelle mignonne petite démonstration de jalousie… Si tu voulais être rassurée, il suffisait de demander…

Le rouge monta aux joues de la blonde, aussi vite que sa colère. Elle fixa Stella avec des yeux haineux. Cette dernière poursuivit :

-Effectivement, il est possible – mais pas certain, tout de même – que l'idée de me faire ton précieux « Dray » m'ait effleuré l'esprit, l'espace de quelques secondes. Mais quand j'ai vu qui il était réellement, et surtout ce qu'il avait en guise de cerveau, je me suis dit que… finalement, tu lui correspondais mieux… si tu vois ce que je veux dire ? Garde-le, je t'en fais gentiment cadeau.

Sur ce, elle sourit encore plus largement et s'en alla tranquillement prendre une douche. Tandis qu'elle s'habillait, elle remarqua avec joie qu'Ashanti était déjà partie. Cependant, Pansy était là, revenant de son petit-déjeuner. Apparemment, elle était revenue dans l'unique but de se remaquiller.

Stella lui adressa un léger sourire, contredit par son regard distant et railleur. A vrai dire, elle n'avait pour l'instant jamais vraiment adressé la parole à Parkinson.

L'Islandaise la détailla rapidement. Pansy avait l'air d'une vraie garce, elle aussi. Contrairement à la blonde Ashanti, sulfureuse mais clichée, Parkinson ne manquait pas de style. Un style superficiel et indécent, certes. Mais un style.

De beaux cheveux très noirs, coupés au carré, si sombres que leurs reflets en paraissaient bleus. De grands yeux, très noirs eux aussi, où brillait une lueur mesquine et provocatrice. Une peau très blanche, une bouche bien rouge, une moue dédaigneuse et légèrement enfantine. Cependant, seule ombre au tableau, Pansy semblait particulièrement idiote et dépourvue de bon sens.

Stella tira d'un coup sec sur son chemisier pour le positionner bien droit, puis le boutonna d'un geste rapide. Pansy la regarda, plaqua sa main sur sa hanche d'un air résigné, et lança d'une voix aiguë :

-Ecoute, Nestary, j'sais que t'es nouvelle mais… Dray est à moi. C'est bien clair ? Il est à moi, moi seule, depuis toujours. Donc pas touche.

Elle s'était exprimée d'une voix de fillette, boudeuse et égoïste, qui refuse de prêter ses jouets aux autres petites filles. Stella lui jeta un coup d'œil mi amusé, mi agacé :

-Calme-toi, Parkinson. Qu'est-ce que vous avez, toutes ?! Comme je l'ai déjà dit à Williams, j'ai pas l'intention de toucher à ce mec. Il m'intéresse pas. Alors, toi et Ashanti Williams, et toutes les autres… gardez-le. Arrachez-le vous. Que la meilleure gagne ! Mais, bon, ne venez pas me traiter de pute tous les soirs, alors que c'est vous qui passez dans son lit, les unes après les autres !

Mais Pansy n'avait pas écouté la fin de sa phrase. Les yeux écarquillés, elle s'exclama :

-Moi et Ashanti ?! Qu'est-ce que tu veux dire, par moi et Ashanti ? Dray est à moi, un point c'est tout !

A présent, Stella s'amusait follement. Oui, décidément, c'était bien plaisant de semer la zizanie dans cette bande de Serpentards dorlotés et superficiels. Elle dévisagea Pansy, d'un air faussement étonné, puis elle dit sur le ton de la confidence :

-Ah, mais, tu ne savais pas ?! Oh, c'est vrai, tu étais descendue déjeuner à ce moment-là… Pourtant, Williams s'est pas privée de le dire ! Enfin quoi, tout le monde est au courant qu'elle a couché avec Malefoy, hier soir ! Et tu sais quoi, apparemment, c'était pas la première fois qu'ils le faisaient ensemble… A ce qu'il paraît, elle a bien pris son pied !

Pansy avait blêmit. Pendant quelques instants, elle regarda Stella, muette d'horreur. Puis, la prenant pour responsable, elle se dirigea vers elle d'un pas furibond, les joues rouges de colère.

-Menteuse ! Salope ! hurla-t-elle. Ashanti est mon amie…

Un cri de rage inavoué se perdit dans sa gorge. Stella haussa un sourcil, tout en souriant pleinement.

-Si c'est ça, ta définition d'une « amie », t'es vraiment bizarre, Parkinson…

Les yeux de Pansy étaient brillants de colère. Mais, se raccrochant désespérément à son unique exutoire, elle s'attaqua une nouvelle fois à Stella, tremblante de rage :

-Sale pute, cracha-t-elle. Je sais pas si tu dis vrai, pour Ashanti. En tout cas, toi, je t'ai observée. T'es qu'une traînée qui se met à poil devant tout le monde ! Mais je te rassure, t'es loin d'avoir des seins magnifiques !

Pansy redressa la tête, conservant le peu de dignité qu'il lui restait, marcha droit vers la porte du dortoir et la claqua violemment derrière elle.


-x- FLASH-BACK -x-

La longue cape de voyage ondulait légèrement sous ses pas, tandis que la jeune femme suivait le sentier de la forêt. Les gouttes de pluie tombaient sur ses cheveux noirs qu'elle avait noués fébrilement. La nuit tombait déjà, et la pluie donnait à ce lieu un air embrumé, irréel.

Elle tourna ses yeux sombres d'inquiétude vers la silhouette frêle qui la suivait.

-Dépêche-toi, murmura-t-elle.

La fillette aux longs cheveux rouges, également dissimulée sous une cape, acquiesça rapidement en regardant sa mère. Puis elle accéléra tant bien que mal l'allure, afin d'arriver à sa hauteur. Sa mère glissa une main dans la sienne. Elles débouchèrent finalement à l'orée d'un petit village, à peine visible dans cette nuit brumeuse.

Le village était pittoresque. Avec ses maisons aux toits de chaume, ses quelques lumières colorées, ses deux ou trois bars bordant la route, il semblait presque accueillant. « Presque », songea la femme en jetant des coups d'oeil autour d'elle, gardant la main de sa petite fille toujours crispée contre la sienne.

-Maman, tu sais vraiment où on va ? interrogea la fillette d'une voix impérieuse, en fixant la nuit de ses yeux améthyste légèrement perplexes.

-Oui…, souffla cette dernière. Suis-moi bien.

Elles bifurquèrent soudainement et s'enfoncèrent dans une rue bordée de végétation déssechée, où un bar enfumé et suintant d'alcool, côtoyait des maisonnettes courtaudes, rendues lugubres par l'image nébuleuse de la Lune. La femme et sa petite fille s'arrêtèrent devant l'une d'elles ; la cape de voyage de la jeune mère cessa de bruisser autour de ses chevilles. Elle avança un poing pâle et frêle vers la porte d'entrée, et frappa deux petits coups sur le bois usé. Des breloques mystiques, accrochées sur une fenêtre malpropre, tintinnabulèrent dans un bruit doucereux. La porte s'ouvrit presque aussitôt, dans un craquement étouffé ; une voix résonna de l'intérieur, semblant provenir des tréfonds d'un lieu opprobre ; la voix grinçait telle une porte rouillée, un mécanisme mal huilé, et prononça dans une langue inconnue :

-Bestla, Skadi. Entrez donc.

La dénommée Bestla se raidit un instant, mais sentant le regard interrogateur et légèrement anxieux de la petite Skadi, rivé sur elle, dans l'attente d'un assentiment quelconque, les traits de la jeune femme se détendirent. La porte était toujours entrouverte, et Skadi le savait, quelqu'un se trouvait derrière ; tapi dans l'ombre, attendant leur venue. La fillette aux cheveux rouges murmura d'un ton perplexe :

-Maman, je croyais que je ne m'appelais plus Skadi... Alors ! Je m'appelle Skadi, oui ou non ?

Les prunelles sombres de la jeune femme vrillèrent celles de la petite, et un sourire rassurant s'incurva sur ses lèvres :

-Oui, pour l'instant, tu es Skadi.

La petite fille baissa la tête, fronça les sourcils, laissant ses mèches sanglantes pleuvoir sur son visage enfantin au teint diaphane. Sa mère semblait préoccupée. Elle s'avança d'un pas lent et régulier vers l'intérieur de la maison. Dans la pénombre, une silhouette affabulatrice se dessina ; elle semblait allongée par la projection des flammes qui brûlaient dans la cheminée, au fond de la pièce. Mais lorsque Bestla et Skadi furent encore plus proches, face à cette lancinante lumière claire-obscure, leur hôte se révéla être une personne étonnamment petite, corpulente, fanée ;

c'était une femme minuscule, entièrement grise ; des cheveux argentés et rarifiés se livraient bataille sur ses tempes, emmêlés ; sa peau d'une pâleur grisâtre était fripée, visqueuse, semblait friable et froncée comme un point de couture désobligeant sur une robe raccommodée ; ses vêtements informes et effilés glissaient sur son corps grotesque, similaires à une vieille peau de serpent en train de se détacher ; et sa bouche édentée, au contour irrégulier, se parait d'un sourire nauséeux. Elle aurait pu paraître risible de tout son être, si elle ne possédait pas ces deux prunelles d'un noir sagace, perçant, sauvage, qui jaugeaient dans un air de mise en garde.

Skadi esquissa un mouvement de recul, sa lèvre inférieure trembla ; mais sa mère appliqua sagement sa main sur la sienne, et la tapota doucement, pour lui intimer du réconfort. Elles entrèrent dans un petit salon, une pièce ronde couverte de tapis poussiéreux, de bibelots onéreux, de fauteuils défoncés. Une odeur entêtante de bois humide, de fumée, d'encens et de vieillesse, se distillait dans l'air glacé, à peine réchauffé par le feu qui ronflait dans la cheminée. La vieille femme pointa un ongle cassé et jauni vers les deux fauteuils les plus proches de l'antre. Bestla opina dans un hochement de tête, et se composa un sourire reconnaissant :

-Merci, Nerthus.

Cette dernière ne répondit pas, se drapant dans la candeur et la sagesse énigmatique du grand âge. Elle trottina vers une pièce voisine que desservaient des escaliers abrupts en colimaçon. Skadi jeta un regard hésitant vers sa mère ; la jeune femme battit des paupières en signe de consentement :

-Tu peux t'asseoir, Skadi. Tu ne crains rien.

Docile, la petite se posa avec légèreté sur l'un des deux fauteuils désignés par Nerthus. Bestla s'assit à son tour, lentement, tandis que son regard balayait la pièce. La fillette, silencieuse, rejeta sa chevelure sanglante sur sa nuque ; les mèches vermeilles flamboyaient, incandescentes face à la lumière vive qui émanait de la cheminée.

Finalement, la petite vieille réapparut, les bras chargés d'un plateau alourdi par un monticule de poussière, où s'entreposaient trois tasses rondes et une théière débordante de fumée blanchâtre. Elle l'avança maladroitement vers une table branlante, devant les deux invitées qui assistaient à la scène, mues d'un silence poli.

-As-tu besoin d'aide ? s'enquit Bestla en voyant la vieille se débattre avec la table qui bougeait en tout sens et offrait un support bancal au plateau.

Nerthus hocha vigoureusement la tête de droite à gauche, en signe de dénégation. La respiration saccadée, elle parvint enfin à stabiliser son plateau sur la table en bois. Puis, obstinée, elle versa du thé brûlant dans chacune des tasses et se posa lourdement dans un fauteuil, face à Bestla. Ses yeux noirs vrillaient la femme et la fillette, alternaient dans une cadence infernale. Au bout d'un moment, elle embraya de sa voix rocailleuse, désagréable, telle une craie qui crisse sur un tableau :

-Qu'est-ce qui vous amène ici ?

Le regard de Bestla se fit hésitant. Ses yeux papillonnèrent, et elle lâcha malgré elle :

-Nous sommes en fuite.

La voix de Nerthus se fit ténue et son regard s'assombrit :

-Ah. Comme toujours. Tu vagabondes, tu erres, et tu emmènes ta fille avec toi.

Bestla jeta une oeillade soucieuse à Skadi. La petite regardait à travers la fenêtre, avec cette expression mi résignée, mi rêveuse, qui lui conférait une rare maturité pour son âge. La jeune femme se redressa, fixant à nouveau Nerthus, et jeta avec amertume :

-Je n'ai pas le choix. Crois-le bien.

Un ange passa tandis que Skadi avançait sa petite main frêle et délicate vers l'une des tasses, puis la portait doucement à ses lèvres en fixant tour à tour les deux femmes. Nerthus reprit finalement, dans un murmure, la respiration toujours sifflante :

-Ainsi donc, tu n'en as pas fini avec tes vieux démons.

Bestla déglutit douloureusement :

-Je n'en aurai probablement jamais fini avec eux.

-Et... et ils te poursuivent toujours ?

La jeune femme eut une moue mélancolique et plissa les yeux :

-Evidemment. C'est pour ça que je suis en fuite. J'ai...

Son regard coulissa un instant vers la fillette qui s'amusait à présent à jouer avec un petit bibelot en forme d'éléphant, et elle baissa la voix :

-..J'ai peur, Nerthus.

La vieille femme ne répondait pas. Ses yeux noirs et vifs étaient toujours animés de la même lueur scrutatrice. Au bout d'un petit moment, elle marmonna :

-Je ne peux rien faire pour toi. Personne ne le peut. J'espère juste que tu ne mêleras pas ta fille à ces histoires... Si elle décide d'intervenir et de te venger, elle sera perdue. Ils lui feront payer très cher...

Bestla pencha son visage vers Nerthus, et souffla, désespérée :

-Je le sais... Mais... que dois-je faire alors !? Tu sais très bien que nous ne pouvons pas quitter le pays, la malédiction nous y rattache ! Si seulement... si seulement je pouvais le tuer pour que tout disparaisse enfin, que je sois libérée de ces chaînes qui empoisonnent mon existence et celle de ma fille !

En entendant ces mots, une lueur de réprobation passa soudain dans les prunelles ténébreuses de Nerthus. Elle grinça, outrée :

-Le tuer ne sera pas une solution, Bestla ! Veux-tu vraiment devenir une criminelle !? Cet homme n'y est pour rien...

La jeune mère enfouit brutalement son visage dans ses mains, ses longs cheveux noirs cascadant sur son front. Ses épaules tressaillirent dans un mouvement irrégulier ; elle étouffa un sanglot. Skadi, quant à elle, dévisageait à présent Nerthus avec une animosité non dissimulée, ses prunelles mauves semblaient lancer des éclairs ; la fillette se demandait qui pouvait bien être cette étrangère pour faire ainsi pleurer sa mère. Finalement, Bestla releva la tête, et inspira profondément, les yeux hagards :

-Il... Je l'aimais... Et tu sais que je l'aimerai toujours. Mais ce lien... ce lien de sang qui nous unit, je dois le détruire. Je n'ai pas d'autre choix.

Sa voix était à présent une caresse, un mélange de douleur et de résignation forcée ; ces phrases préméditées tintaient avec une nostalgie poignante. Cependant, Nerthus semblait décidée à ne pas orienter la conversation vers une voie emplie de sentiments, de regrets.

-Tu vas vendre ton âme au diable, si tu le tues, siffla la vieille femme.

Bestla donnait l'impression d'avoir brusquement repris un semblant d'assurance ; ses yeux brillèrent ; elle rétorqua d'un ton enflammé :

-Peu importe, je suis déjà perdue depuis longtemps ! Depuis... depuis que je me suis unie incestueusement à lui. Maintenant, tout ce que je veux, c'est protéger ma fille du danger et du malheur qui a trop longtemps pesé sur mes épaules, et qui lui sera inévitablement transmis ! Je ne veux pas qu'elle soit maudite à son tour !

Sa voix monta dans un crescendo aigu, puis se brisa dans un souffle. Elle était livide, et un long hoquet de douleur la saisit. Nerthus, intransigeante, questionna d'une voix neutre :

-Et ensuite ? Qu'est-ce que tu feras, une fois que tu auras accompli ton macabre 'devoir', comme tu le dis si bien ?

-Je fuirai enfin le pays. Avec ma fille. Et comme je ne pourrai pas supporter mon crime, je... je mettrai fin à mes jours. Je la confierai à celui qu'elle croit être son père.

-Voyons, ne t'enfonce pas dans le mélodrame ! s'insurgea Nerthus.

-Je ne plaisante pas. Je ne pourrais pas vivre avec ce meurtre sur la conscience.

Elles s'étaient arrangées pour que Skadi n'entende pas la fin de cette conversation odieuse ; la petite s'amusait à présent dans la pièce voisine, jouant avec un chat décharné au pelage brun et terne. L'animal poussait des miaulements étranglés tandis que la fillette riait aux éclats.

Face au funeste acharnement de Bestla, Nerthus soupira. Elle observa un instant la jeune femme, songeuse ; la mère et la fille avaient un physique diamétralement opposé ; Bestla était parée de longs cheveux d'ébène, lisses et soyeux, d'un visage aux contours abrupts et aux traits anguleux, un nez droit à l'arête prononcée mais parfaite, une bouche charnue qui contrastait avec la dureté de l'ensemble, deux prunelles sombres et alanguies ; son corps était mince, sec, svelte ; elle était de ces belles femmes qui se dissocient des autres, que l'on remarque, qui dégagent une aura particulière.

Skadi était encore une fillette, cependant, elle attirait immédiatement l'attention ; elle possédait une longue et épaisse chevelure brillante, d'un rouge vif, intense, semblable à du sang qui cascadait autour de son visage rond, pâle, légèrement aplati, semblable à une lune blafarde ; son nez, petit et retroussé, s'imposait malgré tout face à ses lèvres très fines au contour délicat ; et surtout, ses longs yeux, immenses et bridés à la fois, étaient d'une couleur étrange et troublante ; deux prunelles qui semblaient taillées dans la pierre d'améthyste, tantôt violettes, tantôt mauves, aux reflets roses ou jaunes, selon l'intensité du regard qu'elle arborait. Skadi possédait la joliesse et le charme enfantins, sans aucun doute, mais inspirait également une sensation étonnante, intriguante, impérieuse.

Nerthus, pensive, grogna finalement :

-Bien. Puisque tu as l'air convaincue de ne pas avoir d'autres moyens... Mais sais-tu réellement où il se trouve ?

-Je... je suis toujours à sa recherche, répondit Bestla dans un babillement perplexe. Je sais que cela prendra probablement du temps de le trouver, peut-être des mois, des années. Mais... Je dois le retrouver. Cette idée m'effraie, m'épouvante, mais c'est mon triste destin... Je dois le tuer. Et je le tuerai.

Ses mains se crispèrent brièvement sur le dossier du fauteuil déchiqueté ; elle baissa les yeux, durant une fraction de seconde, puis les leva à nouveau vers Nerthus, le regard habité d'une nouvelle lueur farouche. La vieille l'observa ainsi longuement, sans ciller, guettant le moindre signe de faiblesse dans les prunelles brunes de Bestla, espérant qu'elle changerait prestement d'avis et chercherait un nouvel échappatoire. Mais la lueur de scepticisme, de crainte peut-être, ne vint pas s'allumer dans les yeux de la jeune femme ; Nerthus poussa alors un long soupir et agita une main lasse :

-Je suppose que vous n'allez pas repartir en pleine nuit, ce soir, par ce froid mordant. Je vais vous montrer une chambre à l'étage.

Bestla papillonna des yeux, et acquiesça :

-Merci.

-C'est normal. Ta pauvre petite fille doit être épuisée par le voyage.

Elle souleva son lourd corps disgracieux du fauteuil, et se dirigea vers les escaliers, tandis que Bestla lui emboîtait le pas avec grâce. Skadi, dans la pièce voisine, leva les yeux vers sa mère qui lui intima de la suivre d'un mouvement de tête. La fillette se releva sur ses jambes frêles et arriva promptement aux côtés de sa mère. Elles suivirent Nerthus à l'étage, et débouchèrent sur une petite chambre miteuse, assortie de lourds rideaux foncés, d'une lampe unique et tamisée posée sur une table de chevet branlante, d'un lit froid surmonté d'une couverture de laine grattante. Tout cela n'inspirait aucun confort, mais du reste, cela reflétait un soupçon d'hospitalité et de tiédeur bienvenues.

Nerthus renifla en marmonnant vaguement, ressassant ses tribulations de personne âgée, et laissa la mère et la fille s'installer dans la chambre. Elles se hâtèrent de préparer quelques affaires, Bestla éteignit la lampe, et se glissa dans les draps glacés, aux côtés de la petite Skadi qui grelottait légèrement. Elle sourit au visage rond et attendrissant de sa fille, plongé dans la pénombre. Cette dernière, arquant les sourcils, murmura :

-Maman, est-ce que maintenant, je m'appelle toujours Skadi ?

Les yeux de Bestla se plissèrent, se voulant malicieux. Elle chuchota sur le ton de la confidence :

-Non, ma chérie. Maintenant, tu t'appelles à nouveau Stella. Tu dois dire à tout le monde que tu es Stella. Et moi, je suis Bettina Nestary, tu te souviens ?

Le regard violet de la fillette scintilla, décidé, en une myriade de paillettes rosées :

-Oui, je m'en souviens.