26 Pieces
Auteur :Lanning
Traduction :ReachingforHeaven
Nombre de mots : 28 235 mots en version originale, soit un peu moins de 40 000 en français ; cette partie fait environ 7 000 mots.
Disclaimer : Une fois de plus, rien ne m'appartient !
Résumé :Mycroft confie à Sherlock une tâche à première vue des plus faciles : parvenir à ouvrir un casse-tête de bois contenant une puce électronique volée. Mais ce n'est pas si simple.
Notes de la traductrice : Hello les enfants ! Me revoilà comme promis (Beta-Pokémon (oui, il a droit à des majuscules maintenant) et moi sommes plus qu'exténués, vous n'imaginez même pas notre niveau de fatigue, on a dû dormir un grand total de cinq heures en quatre jours) ; merci à toutes et à tous pour vos reviews et divers messages, surtout les commentaires anonymes auxquels je ne peux pas répondre. et sans plus attendre, je vous présente… Le quatrième chapitre ! Bonne lecture, merci à mon formidable Beta-Pokémon F. et la suite dans deux ou trois jours =)
Oh, et Hanako Hayashi est adorable, ce chapitre aussi - coïncidence ? Don't think so !
26 Pieces
Sherlock résista à l'envie de pousser Mycroft dans l'escalier. « John a été blessé, il souffre, et il n'a pas besoin d'entendre - »
« Vraiment, Sherlock, tu as manqué ta vocation. Tu aurais fait une parfaite bonne d'enfants. »
« Chaque blessure qu'a reçue John, il l'a reçue volontairement ; il l'a fait pour me garder en vie, et le moins que tu puisses faire, c'est de lui offrir un peu de considération, si un minimum de respect est trop te demander. »
Mycroft le dévisagea, les traits tirés. « Est-ce que tu vas finir par me dire exactement ce qui s'est passé ? »
« Je t'ai déjà raconté ce que tu as besoin de savoir », lui rétorqua Sherlock. « Par contre, je vais te dire quelque chose d'autre. Wilkes est un larbin. Il n'a aucune expérience sur le terrain et n'a certainement pas l'habitude des assassinats. »
Mycroft haussa les épaules. « Mais ses employeurs, si. Et je n'ai aucun doute sur le fait qu'ils lui aient déjà fait prendre connaissance de leur déception. Ils veulent la puce, et pour autant que Wilkes le sache, elle se trouve toujours dans cette boîte. Objet que, pendant que nous en parlons, ton collègue - »
« Ami. »
« - a menacé de m'enfoncer dans le rectum. »
Sherlock éclata de rire. « Vraiment ? Oh, bien joué, John. »
« Il semble penser qu'en refusant de te donner toutes les informations que j'avais, je t'ai mis inutilement en danger. »
« John a une opinion très tranchée sur les mesures nécessaires concernant ma sécurité. » Sherlock repoussa fermement le souvenir de l'expression de John quand il s'était jeté dans la Fleet.
« Et il n'a pas forcément tort. » La voix de Mycroft était à peine audible.
« Pardon ? » Sherlock dévisagea son frère, sincèrement surpris.
Mycroft prit un moment pour ajuster ses gants. « Ton ami a peut-être raison. Je ne suis pas entièrement satisfait de mon propre comportement dans cette affaire. »
« Mycroft, est-ce que tu as bu de l'alcool ? »
« On dirait que quelqu'un a fini par me demander des comptes. Et ce quelqu'un est, contre toute attente, John Watson. Il m'a demandé si je m'étais déjà douté que la personne que je veux arrêter avait déjà eu une raison de te blesser avant même que tu ne sois impliqué dans cette affaire. »
Sherlock jeta un coup d'œil vers le haut des escaliers, stupéfait. John ne pouvait pas savoir. Il n'avait eu accès à aucune information. Pourquoi -
« Et maintenant je vois que c'était effectivement le cas. »
Sherlock dut lutter pour conserver une expression impassible. « C'est de l'histoire ancienne, et depuis longtemps oubliée. Ca n'a rien à voir avec - »
« Si je t'avais dit que Wilkes était impliqué, est-ce que tu aurais agi de la même manière ? »
Sherlock hésita, s'accordant un instant de réflexion. « Probablement pas. »
« Je m'excuse, Sherlock. J'ai fait preuve de négligence. »
Sherlock s'efforça de rester stoïque. « Tu nous as sauvé la vie. »
« Mon intervention n'aurait pas dû être nécessaire. Tu n'aurais jamais dû avoir à te retrouver dans une telle situation, Sherlock. Et cela ne se reproduira pas. » Mycroft se tourna vers la porte.
« Ce n'était pas entièrement ta faute, Mycroft », s'entendit-il répondre. « Ce qui est arrivé dans les égouts a complètement échappé à ton contrôle. »
« Vraiment ? »
Sherlock prit une brève inspiration. « Même Mycroft Holmes ne peut pas contrôler une inondation. »
Mycroft eut un petit rire et ouvrit la porte. « Va donc prendre un peu de repos, Sherlock, voilà que tu te mets à faire de la poésie. Tu devrais avoir droit à quelques heures de calme ; j'ai mis une équipe de surveillance en place. Oh. Et garde donc avec toi ton ami soldat. Je crois que je commence à l'apprécier. »
Mycroft ferma la porte derrière lui ; Sherlock s'empressa de remonter les escaliers, prenant le temps de se remémorer chaque instant de ces trois derniers jours. C'était la première fois qu'il considérait comme valable un conseil que lui donnait Mycroft. Et c'était cela, plus que tout autre chose, qui lui indiquait que leurs récentes aventures avaient sévèrement endommagé ses capacités mentales.
Il s'arrêta près du sofa, surpris de voir que John avait utilisé le manteau de Sherlock en guise de couverture. La gorge serrée, il se pencha sur lui et écarta une mèche de cheveux de son front.
John ouvrit les yeux. « Est-ce qu'il est parti ? » fit-il d'une voix endormie.
« Oui. Il a mis une équipe devant l'immeuble. Rendors-toi. »
John murmura quelque chose au sujet de Sherlock qui lui aussi aurait besoin de repos, mais quelques secondes après il s'était déjà rendormi. Sherlock se mit à la recherche de ses patchs de nicotine, puis il avança son fauteuil près du sofa avant de s'y installer ; il se pencha en avant, les yeux fermés et les doigts joints. Sebastian Wilkes n'avait pas encore commencé à courir, et il s'agissait définitivement d'un problème à trois patchs.
Parce que Sherlock connaissait Sebastian Wilkes ; un idiot et un lâche. Il n'avait pas accepté d'être impliqué dans le vol de cette puce par conviction politique, ou même pour le profit qu'il pourrait en tirer. Pour lui, c'était un jeu. Il était trop stupide pour comprendre les conséquences de ses actes ; le meurtre d'un coursier et le vol de secrets de la nation britannique lui avaient sans doute donné un sentiment d'importance. L'implication de Sherlock n'avait fait qu'alimenter encore plus ce fantasme de grandeur.
Wilkes avait dû être enchanté d'apprendre que Sherlock s'était montré incapable d'ouvrir sa petite boîte. Cette information lui avait sans doute fait encore plus plaisir que les photographies que Cullen lui avait envoyées. Et Sherlock savait avec certitude que les photographies lui avaient fait extrêmement plaisir. Il connaissait trop bien les goûts de Wilkes dans ce domaine.
Mon chef va t'adorer. Les mots qu'avait prononcés Cullen lui revinrent à l'esprit, et il dut lutter pour remettre de l'ordre dans la cacophonie qu'étaient immédiatement devenues ses pensées. Si Sebastian Wilkes voulait toucher à John Watson, il allait falloir qu'il tue Sherlock d'abord.
Il s'était conduit comme un imbécile ; jamais il n'aurait dû les présenter l'un à l'autre. Sherlock eut un rictus en songeant à la stupidité dont il avait fait preuve ; il avait été poussé par un désir puéril de prouver à Sebastian qu'il avait tourné la page, sans aucun doute, que tout le monde ne le détestait pas, que quelqu'un l'appréciait et avait choisi de passer du temps en sa compagnie. Pathétique. L'acte même de chercher l'approbation de Sebastian Wilkes prouvait qu'il n'avait pas tourné la page ; son conditionnement était toujours intact.
Quel que soit le biais par lequel il s'en était rendu compte (Sherlock avait plusieurs théories à ce sujet ; la plupart incluaient ce blog ridicule auquel John tenait tant), Wilkes avait fini par réaliser que John habitait toujours avec Sherlock, presque un an après leur rencontre ; et cette nouvelle l'avait sans aucun doute surpris. Sherlock aussi en avait été surpris, d'ailleurs. Il n'aurait pas parié sur plus de deux mois lui-même. Et pourtant John Watson était toujours là, à s'impliquer dans chacun des aspects de la vie de Sherlock.
Cet état de fait avait-il accru la détermination de Wilkes à pousser son entreprise plus encore que la récupération de cette foutue puce électronique ? Une sorte de punition, peut-être, pour apprendre à Sherlock que quiconque décidait de quitter Sebastian Wilkes n'avait pas le droit de chercher du réconfort ailleurs ; et essayer de terrifier John Watson pour le convaincre de laisser Sherlock Holmes se débrouiller sans lui. Ce qui aurait pu marcher avec n'importe qui, sauf avec John.
Était-ce là la raison pour laquelle Wilkes n'avait pas encore cherché à s'enfuir ? Peut-être voulait-il reprendre contact avec lui ? L'affaire des trafiquants chinois avait tout à fait pu être sa première tentative pour rappeler Sherlock auprès de lui. Wilkes avait dû être amèrement déçu par le résultat de cet essai, si sa théorie était exacte.
Sherlock hocha la tête. Non. Non, ce n'était pas logique. Même un hédoniste stupide et en plein délire comme Wilkes ne prendrait pas autant de risques juste pour pouvoir humilier Sherlock Holmes. Pas après toutes ces années. Si cette histoire de puce n'était qu'un jeu pour lui, et Sherlock une simple distraction, qu'est-ce qui pourrait pousser cet homme à se cacher au lieu de chercher à quitter le pays ? Aucune théorie plausible. Pas de réponse.
Il lui fallait revoir les données qu'il avait à sa disposition.
Sebastian Wilkes. Bonne éducation, mais intelligence négligeable. Sadique. Egocentrique. Indiscret. Cherchait toujours les frissons. Riche, mais pas autant que par le passé. Indifférent aux intrigues politiques, quelles qu'elles soient. Ignorait tout du monde de l'espionnage. Rôle dans le vol de la puce : inconnu. Mobile : inconnu.
Cullen. Prénom : inconnu. Bonne éducation. Sadique. Habitué à un niveau de vie élevé, mais difficultés financières depuis quelques années. Expérience de mercenaire et d'interrogateur. S'était battu comme un homme de la rue. Mépris envers l'armée britannique. Relation inhabituellement familière avec son employeur. Rôle actif dans le vol de la puce. Avait eu accès à un certain nombre de renseignements sur Sherlock, sur ses habitudes, ce qui indiquait que Wilkes n'avait pas été sa seule source d'informations. Mobile : inconnu également.
Pete. Nom de famille : inconnu. Accent aristocratique ou de la haute bourgeoisie, mais tentative épouvantable de le camoufler sous un accent cockney (dialecte : est de Londres). Vêtements : bleu de travail et bottes, trop grands pour lui. S'était battu comme un ancien soldat. Ongles manucurés. Dégageait une certaine autorité, même si Cullen ne l'avait traité que comme un homme de main. Ne partageait pas l'intérêt de Cullen pour la torture. Rôle dans le vol de la puce : inconnu.
Sherlock prit son téléphone, qu'il avait posé sur le bras du fauteuil, et commença à rédiger un nouveau texto.
D'OÙ VIENT LA FUITE ? RE : ASSASSINAT DU MESSAGER A QUI LA PUCE A ÉTÉ VOLEE - SH
Mycroft avait très certainement élucidé cette partie de l'affaire, au moins. Terriblement impatient, il dut cependant attendre un certain temps - inhabituel, venant de Mycroft - avant de recevoir la réponse de son frère.
INDIVIDU TRES HAUT PLACE AU MINISTERE DE LA DEFENSE - MH
Sherlock eut un soupir de frustration. Comme s'il n'avait pas été capable de trouver lui-même cette information. Même Mrs Hudson aurait pu faire cette déduction toute seule !
SUIS STUPEFAIT. SERAIS ENCORE PLUS STUPEFAIT SI TU AVAIS L'AMABILITE DE ME DONNER LE NOM DE L'INDIVIDU. - SH
S'ensuivit une pause qui lui parut interminable.
DISCUSSION AU SUJET DE L'INDIVIDU TRES HAUT PLACE PAR LE BIAIS DE TELEPHONES PORTABLES NON-SECURISES HAUTEMENT DECONSEILLEE. - MH
Sherlock laissa échapper un juron, et bientôt ses doigts se remirent en action sur les touches de son clavier.
AU DIABLE LA SECURITE. INFORMATION VITALE POUR L'ENQUETE. CRACHE LE MORCEAU. MAINTENANT - SH
Une nouvelle pause.
VA DONC TE FAIRE UNE TASSE DE THE ET BOIS-LA EN FEUILLETANT LES JOURNAUX A SCANDALES ; TU SERAS DE MEILLEURE HUMEUR. - MH
Sherlock dut se retenir de lancer son portable par la fenêtre.
JW EST EN ROUTE POUR VENIR T'ENFONCER UN CERTAIN OBJET DANS UN CERTAIN ORIFICE - SH
Sherlock commença à compter ; son téléphone reçut un nouveau message à peine cinq secondes plus tard.
AFFAIRE D'EXTORSION DE FONDS PARTICULIEREMENT CHOQUANTE QUE TU POURRAIS TROUVER INTERESSANTE. - MH
Sherlock en eut la respiration coupée. Extorsion de fonds. Extorsion de fonds - bien sûr, comment avait-il pu être aussi stupide ? Il ouvrit une page internet avec son portable et, surfant sur les sites de presse à scandales, il se figea complètement quand il tomba sur la photographie d'un homme élégant, qui essayait de cacher son visage à l'objectif de l'appareil qui avait pris le cliché. Les différentes pièces du puzzle s'assemblèrent dans son esprit comme celles du casse-tête qui reposait maintenant sur le manteau de sa cheminée.
« Et voilà », murmura Sherlock. « Je t'ai trouvé. »
« Tu as élucidé l'affaire. »
Sherlock sursauta avant de lever les yeux ; John lui souriait depuis le canapé. Son sourire était fier, fier de Sherlock - ce sourire qui ne manquait jamais de lui faire perdre le fil de ses pensées. « Je pense que oui. Nous risquons d'avoir de nouveau des ennuis, John. »
Ce dernier eut un petit rire. « J'aurais été déçu si ça n'avait pas été le cas. » Il jeta un coup d'œil à sa montre et regarda Sherlock de la tête aux pieds. « Presque trois heures. Je suppose que tu n'as pas dormi. »
« Ca va. Tu as besoin de quelque chose ? »
« J'ai besoin que tu dormes, mais je sais déjà que ça ne sert à rien de te le demander », répondit John avec une grimace. « Par contre, j'ai une autre question à te poser, si ça ne te dérange pas. Qu'est-ce qu'on va faire de Wilkes ? »
Sherlock se tourna brusquement pour lui faire face, et ignora la douleur qui le lançait dans son dos. Alors il avait eu raison ; c'était improbable, impossible, et il ignorait comment cela pouvait être le cas, mais John savait. « Wilkes », répéta-t-il.
« Si tu veux le protéger, je te soutiendrai, bien sûr », continua John d'une voix égale. « Mais je pense que si on fait ça, on risque de le regretter un jour. »
« Le protéger ? Mon dieu - » Sherlock s'efforça de retrouver son impassibilité. « Wilkes n'a absolument rien à voir avec - »
« N'essaie même pas. Je ne prétends pas remarquer autant de choses que toi - qui le pourrait ? - mais je ne suis pas sourd. 'Parler de s'envoyer en l'air à la table du petit-déjeuner'. Bordel. Sherlock. Tu n'as pas cru que je pourrais oublier un truc pareil, pas vrai ? »
Sherlock réalisa qu'il était incapable de répondre.
John serra entre ses doigts le manteau de Sherlock qui le recouvrait, le rouge lui montant aux joues. « Il a embauché Cullen. Et dieu seul sait qui a embauché Wilkes. Quelqu'un qui sait que vous vous connaissez depuis des années, de toute évidence. Bien sûr, je ne te dis rien que tu ne saches déjà. Ce n'est pas la seule chose qu'il ait laissée échapper. »
« Ton analyse - »
« Wilkes a cru qu'on sortait ensemble », l'interrompit John.
C'était impossible. John n'avait eu accès à aucune information. Il ne pouvait pas savoir.
« Le jour où on a été dans son bureau. Toutes ces… toutes ces putains de conneries comme quoi tout le monde te détestait. »
Sherlock en resta bouche bée. John était en colère. Et ce qui le rendait furieux, c'était une conversation sans importance qui s'était déroulée presque un an auparavant.
« Il a cru qu'il était en train de t'humilier devant ton nouveau petit-copain. Et il adorait ça. » Le souffle de John devint irrégulier, erratique. « Comme si ce que racontait ce salopard avait pu changer mon opinion sur toi. Comme si tu ne valais pas dix fois mieux que lui. »
« John. » Sherlock avait la gorge nouée, et il put à peine prononcer le nom de son ami.
« Et j'étais là à te regarder, j'attendais que tu répliques quelque chose, parce que dieu sait que tu es capable de te défendre ; je t'ai déjà vu faire pleurer de terreur la moitié de Scotland Yard - »
« Une hyperbole n'est jamais un bon argument », s'entendit balbutier Sherlock.
John continua comme s'il n'avait pas été interrompu. « Mais tu restais juste assis là. Avec… Mon dieu, ton expression. Tu n'as rien dit. Et tu as menti sur la façon dont tu avais fait tes déductions sur ses voyages. Comme si tu en avais honte. Ca m'a indiqué tout ce que j'avais besoin de savoir. Putain, il t'a déjà fait du mal, et il voulait continuer des années après. Je n'avais qu'une envie : lui exploser la tête contre son bureau. »
Sherlock avait la gorge nouée. Si l'on mettait de côté l'éloquence de son discours, ce que racontait John était tellement typique de son caractère. Cette galanterie chevaleresque. C'était ridicule, et oh, c'était magnifique. Même si complètement inutile. Comme l'art. Ou -
« Dieu seul sait pourquoi tu as accepté de t'occuper de l'affaire qu'il te proposait. Non, je ne te demande rien. Et maintenant il a empiré. Je suis sûr qu'il a adoré ces photos, Sherlock. »
« Il n'a pas - »
« Je suppose qu'il ne s'attendait pas à ce que Cullen aille aussi loin. C'est l'inconvénient quand on engage un psychopathe pour faire son sale boulot. Mais je suppose aussi que ça ne l'a pas tellement dérangé. »
« John », réussit à dire Sherlock, renonçant à masquer son émotion. Il n'avait aucune idée de la façon dont John avait pu atteindre ces conclusions. Mais cela n'avait aucune importance. Il avait tout à fait raison ; et son raisonnement menait à une autre constatation, un état de fait que John avait résolument décidé d'ignorer depuis qu'ils avaient été enfermés dans le coffre de cette voiture. « L'implication de Wilkes est hors de propos. Je suis responsable de ce qui est arrivé. Mon jugement… Je n'ai pas réussi à - »
« Tu ne vas pas recommencer avec ça. » La colère de John s'était évanouie, ne laissant place qu'à de la fatigue. « Tu ne t'es pas trompé. Tu as trouvé la solution. Cette affaire - »
« Au diable l'affaire ! » Sherlock dut lutter pour contrôler le niveau de sa voix. « Je t'ai laissé tomber. »
La stupéfaction qui s'inscrivit sur les traits de John interrompit à nouveau le fil de ses pensées. « Sherlock. » Sa voix était plus douce que Sherlock ne pouvait le supporter. « Jamais. » La seconde suivante, John tentait de se relever et posait sa jambe plâtrée sur le sol. Sherlock se précipita hors de son fauteuil avant même d'avoir conscience de s'être levé ; il prit les jambes de John et le força à se rallonger.
« Qu'est-ce que tu pensais faire, enfin ? » siffla-t-il. « Tu tiens à peine debout avec tes points de suture et ton plâtre, alors reste allongé et réjouis-toi d'être encore en vie. »
John leva les yeux vers lui, un sourire ironique aux lèvres. « Je n'ai pas l'air heureux, là ? »
Sherlock resta debout, immobile, et cligna des yeux. Il s'efforça de réguler le rythme de sa respiration et échoua misérablement, avant de se décider à abandonner. « Combien… Combien de tes os l'aurais-tu laissé te briser, John ? »
Sherlock était presque sûr d'obtenir une réponse raisonnable, même de la part de John. Ce dernier avait certainement accordé à cette pensée toute l'attention qu'elle méritait. Il avait sûrement pensé à un chiffre ; il avait forcément considéré la situation dans son ensemble, songé au moment où il aurait laissé Cullen se focaliser à nouveau sur sa véritable cible. Si Sherlock n'avait pas réussi à se libérer, John aurait fait quelque chose. Il aurait sauvé sa propre vie. « Je veux une réponse », fit-il d'une voix rauque. Il avait besoin d'avoir une réponse.
« Il y a deux cent vingt-six os dans le corps humain », marmonna John.
Sherlock se sentit rougir, avant qu'une sensation glacée, puis une étrange torpeur ne l'envahissent ; il s'empressa de reposer avec précaution les jambes de John sur le sofa. « Non », fit-il d'une voix égale. « C'est innaceptable. C'est - » Il s'interrompit lorsqu'il vit l'expression sinistre sur le visage de John ; il s'assit sur le bras du canapé, et saisit l'épaule de John entre ses doigts. « Plus. Jamais », dit-il d'une voix qui ne ressemblait absolument pas à la sienne. « Est-ce que tu m'entends ? Je refuse. »
John ne dit rien.
« S'il te plait », murmura Sherlock ; ses cordes vocales semblaient lui faire défaut.
John tourna la tête vers lui, les yeux brillants, et posa une main sur sa joue. « Tu es fou », répondit John sur le même ton. « Tu es magnifique, impossible, complètement fou - »
Sherlock l'embrassa.
Il avait toujours considéré le fait d'embrasser quelqu'un comme un inutile et désagréable préambule aux moments nécessaires mais tout autant désagréables où il devait satisfaire les besoins de sa libido. Sherlock réalisa qu'il était temps de réexaminer cet avis ; personne ne l'avait jamais embrassé comme John. Avec passion mais sans le brusquer et seigneur, il adorait chaque seconde de ce baiser, comme si toute sa vie il n'avait fait qu'attendre cet instant.
Il prit vaguement conscience que John avait entouré son visage de ses mains comme s'il avait peur que Sherlock ne le repousse à tout instant ; s'il avait eu suffisamment de souffle, il lui aurait sans aucun doute dit qu'il n'avait absolument pas l'intention de faire une telle chose. Il essaya de le lui faire comprendre dans la mesure du possible (la physiologie humaine avait ses limites), et il fut récompensé de ses efforts lorsqu'il entendit le gémissement que John laissa échapper.
John recula la tête et leva les yeux vers lui. « J'aurais fait n'importe quoi. » Sa voix trembla. « Je ne pouvais pas supporter de te voir comme ça. Ca me faisait moins mal de le laisser - »
Sherlock le fit taire d'un nouveau baiser. Trop d'informations. Bien trop, John, bien trop. Il sentit John enfouir ses mains dans ses cheveux ; il le touchait avec la même révérence qu'un objet précieux. Il sentit bientôt John se débarrasser du manteau qui le recouvrait encore et il recula, surpris. « John ? »
« Viens par là », murmura ce dernier d'une voix rauque, avant de tirer Sherlock par le bras et de reposer sa jambe intacte par terre. Il y avait quelque chose dans sa voix - quelque chose qui le força à obéir. Sherlock permit à John de le faire tomber sur lui, tout en faisait bien attention au plâtre de son compagnon. Il remarqua avec intérêt que l'accélération de son rythme cardiaque lorsqu'une des mains de John se glissèrent jusqu'au creux de son dos. De son autre main, il écarta une mèche de cheveux qui s'était égarée sur le front de Sherlock.
Sherlock ferma les yeux et s'efforça de réguler les tremblements incontrôlables qui le parcouraient ; les tremblement en question détournaient son attention du plaisir que lui procurait le toucher de John. Comme s'il avait deviné ses pensées, ce dernier remit sa jambe intacte sur le sofa ; Sherlock se trouvait maintenant entouré de ses deux jambes. Il appuya son front sur le coussin près de la tête de John ; ce dernier s'empressa de taquiner la peau sous son oreille droite à l'aide de ses lèvres et de sa langue. « Ca va ? » souffla-t-il.
Il lui demandait comment il allait ? Cet homme était complètement fou. « John, est-ce que j'ai déjà hésité à te faire savoir quand quelque chose ne me plaisait pas ? »
John eut un petit rire. « Hésiter ? Non, je peux affirmer que non. »
« Alors tu peux donc supposer que tout ce que tu fais ou ce que tu es sur le point de faire me va très bien. »
« D'accord. » John prit la main gauche de Sherlock et la porta à ses lèvres avant de déposer un baiser sur sa paume ; Sherlock sentit un absurde frisson le traverser.
Il décida d'abandonner définitivement toute tentative d'essayer de deviner quelles seraient les actions et le comportement de John en se référant à ce qu'il connaissait des normes de conduite humaines. Il s'agissait de toute évidence d'un exercice voué à l'échec. Etant donné le passé et la personnalité de John, il s'était attendu à une approche directe ; Sherlock ne comprenait pas pourquoi son ami ne l'avait pas déjà forcé à se mettre à quatre pattes. De toute évidence, il se trouvait en territoire inconnu. Oh, et respirer correctement devenait un problème. Sans parler de son excitation grandissante. Un baiser sur la main l'excitait. C'était grotesque.
John lui embrassa la temps, avant d'appuyer sa tête contre celle de Sherlock. « Lorsque j'ai posé les yeux sur toi pour la première fois - »
Une discussion. Oh seigneur. John voulait discuter. « Je sais. » Sherlock s'efforça de ne pas avoir l'air trop fier de lui, pour une fois, et échoua lamentablement. Il n'en fut pas vexé ; la modestie était, après tout, profondément surfaite.
« J'ai pensé que tu étais l'homme le plus magnifique de toute l'Angleterre. »
« De l'Angleterre seulement ? » Sherlock remarqua avec un certain agacement que sa voix tremblait. « Et le Commonwealth, alors ? »
« Ces yeux - »
« On m'a déjà dit que c'était ce qu'il y avait de plus remarquable chez moi. » Ses yeux, pour l'amour de dieu. John. John, toujours aussi ridicule, toujours aussi romantique - toujours aussi irrésistible.
« Et puis tu as commencé à parler. »
« Brisant ainsi tes illusions. » Sherlock s'efforça de retenir un éclat de rire - en vain.
« Je n'arrivais pas à croire à quel point tu étais fantastique, et cette voix. » Celle de John ressemblait désormais plus à un ronronnement qu'à autre chose.
L'entendre parler ainsi envoya une brusque décharge dans tout le corps de Sherlock, et il sentit son excitation monter inexorablement. Il réalisa qu'il lui était impossible de résister à de telles paroles venant de John, et se focalisa sur le rythme de sa respiration qu'il essaya de maîtriser.
« Et puis tu t'es levé et tu as commencé à bouger et c'était - j'étais tellement excité, Sherlock. » Ses derniers mots n'étaient qu'un murmure rauque. « Je bandais, tu sais. »
« Vraiment ? » Sherlock était à bout de souffle. « J'ai… sous-estimé mon charme, de toute évidence. »
Il sentit l'érection de John se presser contre la sienne. Sherlock essaya de se souvenir de quels avaient été ses gestes ce jour-là - comment avait-il fait pour provoquer chez John une telle réaction ? Comment avait-il pu manquer de remarquer l'intérêt que John lui portait ? Quelque chose avait dû le distraire. L'expérience avec la cravache, peut-être… Sherlock s'empressa de bloquer ce souvenir ; il doutait de pouvoir de jamais pouvoir revoir une cravache sans songer à l'usage que Cullen en avait fait, dans les égouts.
« De toute évidence. J'étais prêt à vivre sous un foutu pont s'il le fallait pour rester avec toi. » John glissa sa main dans le bas de pyjama de Sherlock et caressa sa peau du bout de ses doigts brûlants. Sherlock renonça définitivement à se contrôler. « Et quand tu m'as dit que tu n'étais pas intéressé - »
Sherlock prit une inspiration tremblante et rassembla son courage. « Pour être honnête, j'étais sur les traces d'un tueur en série à ce moment-là. »
« Je sais. » La voix de John se fit soudain plus grave, mais ses doigts continuèrent leurs caresses. « Ton travail passe en premier. C'est normal. Ton travail est important. »
Important. « C'est ce que tu crois. »
« Je le sais. C'est un travail génial, Sherlock, et tu es brillant dans ce domaine. »
Oh seigneur. Ce qui lui restait de contrôle sur ses émotions commençait à lui échapper complètement. « Merci », mrumura-t-il. « Je suppose qu'il serait inutile de te faire remarquer que mon travail a failli te tuer un certain nombre de fois ? »
John eut un petit rire. « Je suppose qu'il serait inutile de te faire remarquer que toi aussi, tu as failli mourir ? »
« J'ai choisi de faire ce travail, John. »
« Moi aussi. Je veux travailler avec toi. Je veux me rendre utile, Sherlock. »
Cette affirmation laissa Sherlock bouche bée pendant un instant. « Utile ? » La portée très limitée de ce mot le consternait. John n'était pas utile. « Tu es essentiel. »
John ferma les yeux et appuya son front contre les cheveux bruns de son ami. Il leva à nouveau la main de Sherlock à ses lèvres. « Répète-le. »
Sherlock se concentra sur ce qu'il allait dire, non sans peine. « Tu es essentiel. »
« Pour ton travail. »
John avait un esprit fantastique ; de toute évidence, les évènements récents l'avaient déstabilisé. Pour être honnête, Sherlock devait bien reconnaître que ses propres capacités de raisonnement avaient été altérées, ces derniers jours. « Tu m'es essentiel dans tous les sens possibles du terme. » Les lèvres et la langue de John contre sa main le déstabilisèrent. « Bordel John, je vais jouir si tu n'arrêtes pas de faire ça. » Il s'immobilisa, luttant de toutes ses forces pour retrouver le contrôle de son propre corps et calmer sa libido - qui se montrait étrangement pressante en cet instant, bien plus que ce dont il avait l'habitude. Si quelqu'un lui avait dit six mois plus tôt qu'un jour il pourrait ne serait-ce que penser une phrase aussi stupide, il aurait recommandé à cette personne de se faire interner sur-le-champ.
Clairement surpris, mais ravi de sa découverte, John eut un sourire ; il pressa ensuite ses lèvres contre le poignet de Sherlock, enserré dans un bandage, tandis que son autre main se glissait jusque sur ses fesses. « Tes mains », murmura-t-il, l'air malicieux. « J'aurais dû m'en douter. »
Oh seigneur.
« Un autre endroit en particulier peut-être ? »
Sherlock laissa échapper un halètement et dut lutter pour rester immobile lorsque John lui embrassa délicatement la gorge, juste en-dessous du bandage qui lui entourait le cou.
« Le cou, aussi. Oh, comme je vais pouvoir m'amuser avec toi. » Son ton taquin était exaspérant. Attachant. Ridicule. La main de John se glissa entre eux et caressa le sexe de Sherlock à travers son pyjama.
Sherlock ferma les yeux, s'efforçant de limiter les effets de cette stimulation physique. Le peu d'expérience qu'il avait dans ce domaine ne l'aidait nullement à affronter ce que lui faisait John Watson. Etre forcé à se pencher sur un bureau et baisé sans qu'on ne lui laisse le temps de reprendre son souffle ne tenait pas la comparaison face à ce lent assaut que subissaient ses sens.
« Sherlock ? » John paraissait alarmé ; ses mains s'étaient immobilisées.
« Ne t'arrête pas. »
« Qu'est-ce qu'il y a ? C'est ton dos, il te fait mal ? »
Sherlock leva la tête et croisa le regard de John ; leurs lèvres étaient séparées par quelques centimètres à peine. « Ne - t'arrête - pas. »
John pencha la tête sur le côté, et Sherlock vit clairement dans ses yeux le chemin que s'apprêtait à suivre son esprit. Non. Ce n'était pas de la logique. Il ne s'agissait pas d'une déduction au sens où Sherlock l'entendait - c'était quelque chose d'autre.
John effleura de ses lèvres la joue de Sherlock et lui murmura à l'oreille. « Tu peux faire ce que tu veux. »
Sherlock ne répondit rien, confus.
John l'embrassa avec douceur. « Tout ce tu veux. »
La lumière commença à se faire jour dans son esprit. « John ? »
« Tu n'as pas besoin de me demander. »
Prenant une inspiration tremblante, Sherlock se redressa ; une fois à genoux, il retira son t-shirt et le laissa tomber par terre. Il se débarrassa avec le même entrain de son bas de pyjama.
« Oh, salut », souffla John ; il ne chercha même pas à dissimuler son enthousiasme. Il fit passer son haut par-dessus sa tête et la laissa lui aussi tomber par terre.
Encouragé, Sherlock passa ses doigts sous le pyjama de John, le souffle erratique. Avec un grand sourire, ce dernier leva les hanches pour lui permettre de faire glisser son pantalon avant de le lui enlever complètement. John ne chercha pas à cacher son érection et Sherlock était tout aussi excité que lui - il ne se fit donc pas prier avant de baisser la tête et de prendre le sexe de son ami dans sa bouche ; au bout d'une seconde, il ferma les yeux, et commença à bouger.
« Bordel de merde. » John avait la voix qui tremblait. « Oui. Sherlock. » Il enfouit ses mains dans les cheveux de Sherlock, et ce dernier se prépara à ce qu'il le force à bouger plus vite. Mais contre toutes ses attentes, rien de tel ne se produisit ; John paraissait tout à fait ravi de le laisser aller à son propre rythme. Plus que ravi même, apparemment. « Putain, c'est - tellement bon - tu es tellement -magnifique ; comment est-ce que tu peux me faire ça ? Putain, tu as intérêt à m'apprendre, parce que je veux pouvoir te sucer toute la nuit comme ça oh mon dieu. »
Alors, c'était à ça que ça ressemblait, de coucher avec John Watson. Sherlock commençait enfin à comprendre pourquoi tout le monde autour de lui était à ce point obsédé par le sexe ; et le fait que John le pense capable de lui apprendre quelque chose dans ce domaine l'amusa terriblement. Il redoubla ses efforts, utilisant ses lèvres et sa langue avec une dextérité qu'il avait apprise en de certes moins plaisantes occasions que celle-ci. Mais ses expériences passées en valaient le coup. Chacune d'entre elles, même la désagréable période qu'il avait eu à passer au service de Sebastian Wilkes ; parce que John était en train d'haleter contre lui, de le supplier et de gémir son nom comme si une telle pratique était aussi nouvelle pour lui qu'elle ne l'était pour Sherlock, comme s'il ne pourrait jamais être satisfait, comme s'il en voulait toujours plus.
Sherlock ouvrit les yeux et se risqua à lever la tête ; son regard croisa celui de John. Ce dernier laissa échapper un gémissement et entoura le visage de Sherlock de ses mains. « Oh mon dieu tu es magnifique putain tu ne sais même pas ce que tu me fais oh seigneur Sherlock oh bordel - » Les traits de son visage se contractèrent, et non sans douceur il s'efforça de repousser Sherlock - une intention que ce dernier trouva pour le moins agaçante. « Je vais, je vais - Sherlock, je vais - » fut son explication, qui était tout aussi agaçante, étant donné que c'était justement le but de toute cette entreprise ; il prit le poignet bandé de John et le serra entre ses doigts.
John écarquilla les yeux. « Oh », haleta-t-il. « Oh, mon dieu, Sherlock, tu ferais ça pour moi ? »
Sherlock réalisa avec un certain retard que John ne s'était pas attendu à qu'il fasse automatiquement une telle chose, une chose qu'il considérait lui-même comme allant de soi. Sherlock en fut absolument stupéfait, et cette réalisation ne fit que renforcer sa détermination à lui accorder cette faveur, que John désirait de toute évidence avec tant d'ardeur. Il guida à nouveau une des mains de son amant jusqu'à ses cheveux et ferma les yeux ; la tendresse qu'il lisait sur le visage de John l'empêchait de se concentrer.
« Jamais… quelqu'un comme toi », murmura John avec un impressionnant degré d'incohérence. « Le seul - » Il ravala les absurdités qu'il s'apprêtait sûrement à débiter et hurla le nom de Sherlock lorsqu'il jouit, alors que ce dernier continuait à taquiner son sexe de sa langue et avalait son sperme avec un sincère enthousiasme. Ce qui était nouveau pour lui. Merveilleux, en fait. A moins, bien sûr, que le bruit qu'avait fait John ne pousse Mrs Hudson à porter plainte pour nuisance sonore ; mais même dans ce cas, Sherlock se dit que de toute façon cette expérience valait bien la centaine de livres qu'ils devraient payer.
John se laissa retomber contre le coussin dans son dos, le souffle le court, marmonnant une suite ininterrompue de jurons incompréhensibles entrecoupés du nom de Sherlock, et regarda avec avidité ce dernier faire glisser son sexe hors de sa bouche. « Oh, mon dieu », fit-il, la voix mal assurée. « Oh mon dieu, tu vas finir par me tuer, pas vrai ? »
« Ne sois pas mélodramatique », murmura Sherlock, se redressant non sans peine. Il tremblait. « Jamais je ne pourrais te tuer. Je vais simplement… » Il fit une pause et croisa le regard interrogatif de John. « … m'arranger pour que tu n'aies plus jamais envie d'aller voir quelqu'un d'autre. »
John rejeta la tête en arrière et éclata de rire, les yeux fixés vers le plafond ; Sherlock se pencha vers lui pour l'embrasser - il avait presque l'impression que la tête lui tournait. Sa première blague au lit. Qui n'était pas vraiment drôle, en fait, mais sa tentive semblait être néanmoins un succès. Peut-être John était-il prédisposé à apprécier son sens de l'humour. A contre-cœur, il finit par détacher ses lèvres de celles de son ami. Il y avait quelque chose de presque décadent dans le fait d'embrasser John alors qu'il riait encore.
« Tu es complètement fou », fit John sur un ton affectueux - il avait de toute évidence adopté cette formule pour la soirée, et étant donné son état actuel Sherlock était mal placé pour le contredire. John se pencha vers lui et plaça ses mains de chaque côté de son visage, comme s'il voulait à nouveau l'embrasser. « Je ne veux que toi. »
Les bras de Sherlock cédèrent ; il laissa échapper un halètement quand John le prit dans ses bras et le fit s'allonger à côté de lui, le dos contre le dossier du sofa. Sherlock appuya sa tête contre le creux du bras de John et se résigna à devoir affronter une nouvelle surcharge sensorielle. John se pressa contre lui, et fit glisser sa main jusqu'à l'estomac de Sherlock, avant de prendre son sexe douloureusement érigé en main. Sherlock laissa échapper un petit son qui n'était définitivement pas un gémissement. Non, absolument pas.
« Allez, jouis pour moi », lui souffla John à l'oreille, le caressant avec une atroce lenteur. « Tu es tellement - merveilleux. Montre-moi. Montre-moi, maintenant. »
« N'importe quoi », s'entendit balbutier Sherlock ; il y était presque. « J'aurais fait n'importe quoi - »
« Je sais », fit John, la voix rauque. « Mon dieu, je sais. Moi aussi, tu sais ? » Le rythme des va-et-vient de sa main s'était accéléré, et Sherlock se sentit perdre pied. « Maintenant, montre-moi. Montre-moi à quel point tu es magnifique, espèce de salaud, montre-moi. »
Sherlock plaqua sa main contre la poitrine de John lorsqu'il jouit, tremblant de tout son corps alors que dans un mouvement incontrôlable il rejetait la tête en arrière. Il ne voyait plus rien, mais il pouvait entendre quelqu'un - il espérait de toutes ses forces qu'il ne s'agissait pas de lui - murmurer une litanie de phrases incohérentes qui avaient toutes pour sujet John et n'importe quoi et tout ce que je veux. Il sentit du sperme se répandre sur son ventre, il entendit John murmurer « Oh seigneur, oui », et sentit enfin les lèvres de John contre les siennes, sa langue envahir à nouveau sa bouche. Sherlock ne se dégagea que lorsque son besoin d'oxygène l'y força ; il plaça sa tête dans le creux de son cou et prit une profonde inspiration.
La main de John caressait toujours son sexe, lentement, avec douceur, et Sherlock dut se mordre la lèvre pour retenir les petits gémissements absurdes qu'il avait désespérément envie de laisser échapper. « Tu es fantastique », murmura John. « Mon dieu, tu es fantastique. » Sa main renonça finalement à ses caresses, et vint reposer sur la hanche de Sherlock. Il embrassa le front de ce dernier et s'installa confortablement contre lui avant de fermer les yeux. De toute évidence, il n'avait nullement l'intention de bouger, ou de demander à Sherlock de le faire. Ce qui constituait une surprise de plus. Une surprise ridicule, romantique, et pour le moins gluante ; le réveil risquait d'être collant.
Mais Sherlock découvrit qu'il n'y attachait pas la moindre importance. Il regarda John s'endormir, caressant les mèches de cheveux châtains qui s'étaient égarées sur son front et luttant contre la fatigue qui envahissait ses propres membres. Ses blessures ne le faisaient pas souffrir pour le moment ; cela dit, l'effet des endorphines ne tarderait pas à s'évanouir totalement.
Mais cela valait le coup. Seigneur, cela en valait le coup. John valait tous les sacrifices, et il ne risquait pas de l'oublier.
TO BE CONTINUED
