Pas un miaulement, pas une seule plainte… Il me semblait que j'y étais allé un peu fort avec mon joli chaton pendant notre petit combat. Mais si ça n'avait pas été lui, ce serait certainement moi qui me serais retrouvé dans cette position et il était hors de question pour moi de subir une telle humiliation. Oui, il devait certainement penser la même chose mais lui et moi étions différents sur beaucoup de point. Trop faible ? Je ne dirais pas ça de lui, c'était autre chose. Il avait de la force en lui mais il n'avait encore pas conscience de certaines choses et il me semblait que son maître était bien placé pour le savoir…

Arrivant enfin au domaine, je descendis de mon cheval, attrapant le corps presque sans vie de mon petit chaton de Kai. Il n'était toujours pas décidé à bouger ni ouvrir la bouche ? Et bien tant pis pour lui, je n'allais pas attendre qu'il se décide. J'étais fatigué et là tout de suite je n'avais aucunement l'envie de m'énerver. Un bon bain me ferait du bien… Le trainant à ma suite, ce fut la voix de mon second qui s'éleva dans l'air me faisant m'arrêter en cours de route.

-Masamune-dono , que faites-vous avec lui… ? Vous savez mieux que quiconque que c'est une très mauvaise idée !

-Koujûrô… Il a perdu, nous avions un accord point. Son maître ne s'y est pas opposé You see ? Il est à moi point.

Reprenant ma route, je ne cherchais même pas à discuter davantage avec lui. Il avait tendance à toujours s'inquiéter pour moi et moi à ne pas l'écouter alors forcément… Oui, je refusais qu'il se mêle de cette histoire, qu'il m'enlève mon petit plaisir d'avoir juste pour moi et à mon service ce cher Yukimura. Restait à savoir ce que je lui ferai faire mais ça… Il me semblait que j'aurai tout loisir d'en décider lorsqu'il aura pris conscience de sa situation actuelle et qu'il reprendrait des forces. Entrant dans le château dont j'avais fait ma résidence, je traînais le corps de Yukimura derrière moi. Il ne voulait pas marcher ? Tant pis, ce n'était pas ça qui allait m'arrêter bien loin de là et ce n'était pas moi qui souffrirait de ce petit traitement non. Moi je savais me servir de mes pieds correctement. Continuant de marcher dans les couloirs du château, je fini par le tirer jusqu'à l'une des cellules tout au fond du château. Vous savez ce genre de petite cellules où en règle générale on mettait quelques petits gentils prisonniers et bien c'était ce que je lui réservais car visiblement, il n'était pas décidé à faire le moindre effort alors pourquoi serait-il à moi d'en faire ? Oui, je pourrai avoir un peu de pitié et l'emmener dans une chambre comme tout invité qui se respecte mais malheureusement, il n'avait pas gagné un statut d'invité mais de serviteur… La différence était là tout simplement.

-Oye Yukimura ! Je te laisse visiter tes nouveaux quartiers le temps de te remettre de tes blessures. Quand tu seras décidé, nous discuterons de tes nouvelles obligations. You see ?

Un léger rire m'échappa alors que je refermais la porte de sa cellule, l'observant quelques instants. J'avais attrapé un bien joli félin… Bien joli mais encore un peu sauvage il fallait bien l'admettre mais… Le jeu serait plus intéressant ainsi non ? Je n'aime pas les choses trop faciles alors sa pseudo résistance du moment m'amusait assez et j'espérais bien voir encore de la combativité dans son regard dans les jours à venir sinon, je risquais de m'ennuyer fermement et de le rendre plus rapidement que prévu à son seigneur. Retournant dans mes appartements, mon chemin croisa de nouveau celui de Koujûrô qui ne semblait pas s'être fait une raison par rapport à notre petite discussion de tout à l'heure… Il allait finir par me mettre de mauvaise humeur, vraiment même si j'avais énormément de respect pour lui, il y avait des choses sur lesquelles il fallait passer rapidement et il le savait parfaitement.

-Quoi ? Tu as encore quelque chose à me dire sur ma décision ? N'ai-je pas été clair ? Ou bien est-ce le fait que je m'intéresse à lui qui te dérange… ?

-Masamune-Dono…

Tiens. Avais-je marqué un point ? Un léger rire m'échappa. Décidément mon cher compagnon ne savait pas vraiment cacher ses sentiments et encore moins sa petite jalousie. Que croyais-t-il ? Que j'allais l'abandonner ? Comment un chaton pourrait-il remplacer mon œil droit ? Mon second et ami depuis toutes ces années ? Celui qui m'a ramassé lorsque j'étais plus bas que terre et qui m'a enlevé mon œil droit… ? Imbécile. Il avait le don de me mettre en rogne ce soir, vraiment.

-Si tu as quelque chose à dire, fais le avant que je ne finisse par m'énerver. Tu sais que j'ai horreur de ça alors dépêches toi sinon ne viens pas m'importuner.

-Votre sale caractère…

-Quoi mon sale caractère ? Tu devrais y être habitué.

-Je sais… Tout comme je sais que c'est une marque d'affection…

Il se moquait de moi ? A quoi jouait-il ce soir ?

-Ne me regardez pas comme cela Masamune-Dono…

-Comment veux-tu que je te regarde hein ? C'est mon regard habituel.

-Est-ce bien nécessaire d'en arriver là… ? Lui imposer un tel marcher et le réduire à l'état de serviteur enfin… D'esclave…

-Aurais-tu pitié de lui ? Koujûrô…

-Non…

-Alors quoi ? Et regardes moi.

Attrapant, son menton entre mes doigts, je l'obligeais à me regarder. Que croyais-t-il franchement… ? Il avait beau être plus sage que moi et bien plus raisonnable, il avait parfois du mal à me dire en face ce qu'il pensait surtout hors du champ de bataille.

-Il y a d'autres façons de prouver à quelqu'un qu'on l'aime…

Une blague. Il me faisait une blague ou bien j'avais des soucis d'audition là… Prouver à… Non mais non ! Serrant mes doigts sur ma prise, je ne le lâchais pas du regard, commençant à m'énerver.

-Inventer des histoires idiotes ne te va pas. Tu t'ennuis à ce point ? Si je veux profiter de quelqu'un autant te mettre tout de suite dans mon lit.

-Alors faites-le.

… Une blague ! Ce n'était qu'une blague ma parole ! Depuis quand ! Finissant par le pousser, je repris la direction de mes appartements énervé. Si je restais à discuter avec lui je finirai par l'abîmer bien plus que de raison. Il allait finir par me rendre chèvre un jour et le pire, c'est que je prenais la fuite…

-Ce n'est pas ainsi qu'il se donnera à vous vous savez…

Quoi ? Il en rajoutait une couche en plus !

-Tais-toi ! Tu ne sais rien ! Ne parles pas de choses que tu ne connais pas ! Que tu ne sais pas non plus !

-Alors pourquoi vous énervez-vous Masamune-Dono… ?

Putain…

-Je suis fatigué.

Ne rien ajouter et fuir. Oui j'avais pris la fuite mais je n'étais pas d'humeur à continuer cette discussion et j'étais vraiment fatigué. La peur de dire une bêtise ? Et puis quoi encore…