Oui je suis en vie ! Oh mon dieu, cela fait un an que je n'ai pas posté de chapitres, c'est dingue ! Mais j'ai la ferme intention de m'y remettre d'autant plus que pour une fois je sais à peu près ce qu'il va se passer dans la suite, youhou ! Merci pour vos reviews et pour avoir ajouté mon histoire à vos préférées, ça me touche ! J'espère que vous êtes toujours là et que ça vous plaira !
4. A la recherche du grand méchant loup
-Ma puce, pourrais-tu aller chercher ta grand-mère s'il te plait ? Elle ne doit pas avoir vu le temps passer et doit probablement être encore au cimetière, me demanda ma mère alors que je finissais de servir des clients.
Je soupirai mais acquiesçai néanmoins : tous les dimanches matins Grand-mère allait ''rendre visite'' à mon grand-père et elle restait pendant des heures assise sur le bord de sa tombe à lui parler tout en tricotant. C'était son petit rituel mais parfois elle oubliait l'heure et mes parents m'envoyaient à sa rencontre de peur qu'il ne lui soit arrivé quelque chose. Parfois elle se rendait également chez ses amies et je devais faire tout le tour de la réserve en priant pour qu'elle aille bien.
Je rangeais mon tablier et mon badge et marchais tranquillement en direction de la petite colline où nous enterrions nos défunts, ''au plus près du ciel'' m'avait un jour expliqué un Ancien. Lorsque j'atteignis le haut, il n'y avait pas âme qui vive et je pris donc le chemin qui menait aux maisons où les personnes les plus âgées de la réserve vivaient. Je fis le tour de tous ceux chez qui elle aurait pu se rendre mais aucun ne l'avait vue. Je tâchais de faire abstraction de mon cœur qui s'emballait et de me calmer afin de réfléchir aux endroits où elle pouvait bien se trouver. Je passais par la supérette, le petit café et finis même par aller voir au garage qui se situait à la sortie de la Push.
-Bonjour ma belle, que puis-je faire pour toi ?, me demanda gentiment le propriétaire des lieux qui était également le paternel de Paul.
-Je cherche ma grand-mère, vous ne l'auriez pas vu par hasard ?
-Non désolé, mais attends une seconde, on va t'aider. Paul !
-Ne vous dérangez pas, je vais me débrouiller toute seule, il n'y a pas de problème !, paniquais-je, peu disposée à l'idée de me faire aider par ce crétin, bien qu'il me soit déjà venu en aide pas plus tard qu'hier soir.
Mais trop tard, sa tête émergeait déjà du dessous d'une voiture, le corps suivit bientôt et il se dressa de toute sa hauteur face à moi.
Stéroïdes fut le premier mot qui me vint à l'esprit en cet instant. Il n'y avait aucune autre explication possible pour des muscles pareils et même moi qui le détestais du plus profond de mon être, ne pouvais m'empêcher de le dévorer des yeux. Après tout je restais une fille comme les autres et je ne pouvais diable rester insensible devant pareille carrure !
Cependant son air satisfait me fit vite redescendre sur terre et je croisais les bras en détournant les yeux. Je remerciais son père pour son aide et tournais les talons, me souciant peu du fait qu'il me suive ou non.
-Tu perds souvent des membres de ta famille comme ça ?
Je gardais obstinément la bouche fermée mais malheureusement cela ne sembla pas le décourager.
-Tu sais que si tu me donnais un tissu portant son odeur, on irait bien plus vite ?
Je me tournais vers lui sans comprendre et je crus bien voir un éclair de panique dans ses yeux avant qu'il ne précise :
-Tu sais on pourrait le faire sentir à un chien qui pourrait alors retrouver sa trace.
L'idée ne me parut pas stupide, loin de là même, et je devais bien avouer que cela me surprenait de sa part. J'aurai du y penser moi-même ! Enfin bon à présent, il ne me restait plus qu'à aller chercher Doug. Je m'apprêtai donc à prendre congés de l'énergumène tout en me préparant mentalement à murmurer un petit merci du bout des lèvres, lorsqu'en passant à proximité du conseil des Anciens, je reconnu ma grand-mère en grande conversation avec Billy Black. Tous deux semblaient préoccupés et lorsqu'elle m'aperçut à son tour, elle me sourit largement mais sans que cela atteigne ses yeux. Je me demandais ce qui pouvait bien l'inquiéter étant donné que sa vie se résumait à peu de choses finalement : sa cuisine, ses aiguilles, sa machine à coudre, nous et ses amis. A part si elle menait une vie secrète dont nous n'avions pas la moindre idée. Peut-être était elle une sorcière, comme ce que les riverains de Forks semblaient souvent penser de nos aïeules.
Elle dévisagea le grand dadais à mes côtés et ses yeux effectuèrent ensuite des allés et retours entre nous, comme si elle comprenait soudainement quelque chose que je ne voyais pas. Cela me mit mal à l'aise et je me dépêchais de la ramener à la maison avant que mes parents ne s'inquiètent.
En fin d'après-midi, je dus m'arracher à mon foyer douillet pour aller assister au match amical et non-officiel entre les dernières années de la Push et de Forks. C'était une sorte de rituel, un genre de remise en jambe pour les basketteurs et l'occasion de se retrouver tous ensemble et de décompresser une dernière fois avant que les choses ''sérieuses'' ne commencent. Vous l'aurez compris, c'était surtout un prétexte à la beuverie mais voilà que la rédactrice en chef avait été tellement emballée par mon article sur le Coach qu'elle s'était mise en tête que j'étais particulièrement douée avec les évènements sportifs et m'avait donc demandé de pondre un article sur les joueurs de notre équipe cette fois. Je ne sautais pas franchement de joie à cette idée mais le regard qu'elle m'avait lancé m'avait clairement fait comprendre qu'il me serait impossible d'y échapper.
Je m'y rendais à pieds, à travers les bois, en empruntant un chemin peu fréquenté dans l'espoir de croiser un de ces fameux grands loups dont tout le monde parlait en ce moment. D'après les rumeurs, ils seraient responsables des récents meurtres ayant eu lieu dans les environs. Cette pensée m'effrayait légèrement mais j'étais également très curieuse et brulais d'envie de les prendre en photo. Avec un peu de chance, je pourrais vendre les clichés à un journal local et me faire un petit peu d'argent de poche. Malheureusement, les bêtes ne daignèrent pas se montrer et j'arrivais bredouille aux abords du terrain.
J'avais proposé à Melody de m'accompagner, après tout il y aurait des Cheerleaders et il pouvait s'avérer intéressant de voir ce qu'elle était sensée être capable de faire si elle voulait intégrer l'équipe. Je me félicitais d'ailleurs de cette initiative en revoyant l'individu fort peu loquace qui avait la responsabilité de la section sportive du journal.
Je n'étais pas franchement emballée par ce match mais la tête des élèves de Forks lorsque les souverains de la crétinitude débarquèrent sur le terrain valait définitivement la peine. Je compatis sincèrement, Paul et Jared étaient franchement imposants et l'issue du jeu plutôt évidente. Je m'aperçu également que certains spectateurs, tous de Forks apparemment, semblaient démoralisés tandis que d'autres, de la Réserve cette fois, jubilaient. Vraisemblablement, mes confrères et consœurs s'étaient empressés de prendre les paris avec les supporteurs de l'équipe adverse qui n'étaient pas au courant que certains élèves de notre lycée s'étaient portés volontaires pour devenir les prochains capitaines America. Certains tendaient même déjà quelques billets avec une mine défaitiste ou rageuse.
Comme prévu, le match fut plutôt sanglant et promettait de nombreuses autres victoires en championnat. A mes côtés, Melody était surexcitée et supportait notre équipe avec beaucoup de ferveur. Je ne comprenais pas franchement comment du sport pouvait mettre quelqu'un dans cet état mais son enthousiasme me fit sourire, elle ferait effectivement une bonne Cheerleader.
Après le coup de sifflet final, alors que la ''foule'' envahissait le terrain, je me hâtais vers le chemin qui me reconduirait chez moi, dans l'espoir de rentrer le plus vite possible et d'en finir avec mon article. Malheureusement, Finn –un bellâtre de mon cours d'histoire à qui je n'avais jamais dit plus de deux mots, semblait en avoir décidé autrement :
-Eh Diana !, m'interpella-t-il alors que je touchais presque à mon but. On va tous faire la fête chez moi, tu veux venir ? Et avant que tu ne refuses tout net, dis toi que ce serait bien pour ton article, tu pourrais interviewer les joueurs, prendre d'autres photos !
Je devais bien avouer que son argument avait fait mouche. Honnêtement je ne savais toujours pas bien ce que je pouvais raconter, peut-être que je trouverais l'inspiration là-bas. J'acceptais donc mais en lui montrant bien que je n'avais pas l'intention de rester bien longtemps. Je ne me demandais même pas pourquoi il avait pris la peine de m'inviter alors que je le connaissais à peine, mais je voulais avoir foi en la nature humaine.
Malheureusement, les joueurs étaient plus occupés à boire le plus de bière possible qu'à vouloir me donner une citation et prendre des photos de la beuverie de ces abrutis sans cervelle n'était même pas une option, quoique cela me tentait terriblement. J'imaginais déjà le titre : ''La réalité sur la jeunesse dépravée d'aujourd'hui''.
Je ne connaissais personne et m'ennuyais ferme, j'avais donc pris la décision de m'en aller mais notre hôte me rattrapa à nouveau et m'offrit un verre. Suspicieuse, j'inspectais son contenu pour tenter de déterminer ce dont il s'agissait.
-Pas d'alcool quand on travaille, intervint Finn avec un air innocent, ne t'inquiète pas !
Je ne sais pourquoi mais je décidais de lui faire confiance aveuglément. Mais bien mal m'en prit, quelques minutes après seulement je sentis ma tête qui commençait à tourner. Quelqu'un m'entraina sur la piste et tenta de danser avec moi d'une façon qui n'était pas franchement à mon gout mais je ne contrôlais plus rien. Je sentis des mains se faufiler sur mes épaules et enlever ma veste.
- C'est ça Diana, déshabille-toi ! On n'a pas pu te voir l'autre jour dans les vestiaires !
Une partie de mon cerveau comprit et tira la sonnette d'alarme mais mon corps semblait vouloir déclarer son indépendance. J'entendais les rires et les sifflements autour de moi et je tentais vaguement de les repousser mais cela ne faisait que les exciter d'avantage.
L'un d'eux me tira brusquement en arrière et m'éloigna des autres que j'entendis vaguement protester. Je clignais rapidement des paupières dans l'espoir de mettre ma vision au point et pris peur en voyant Paul près de moi, une expression effrayante sur le visage. Son corps semblait parcouru de spasmes et je me demandais bêtement s'il allait me frapper mais heureusement il semblait que son regard meurtrier ne m'était pas destiné.
Je ne sais trop comment je me retrouvais dehors, cependant l'air frais me fit du bien. Je respirais à plein poumon avant d'être prise de vertige, de vaciller et de réussir tant bien que mal à poser mon séant sur le bord du trottoir.
-Tu veux vomir ?, demanda Crétin Numéro 1 en s'agenouillant devant moi.
J'éclatais d'un rire qui me sembla à moi-même un peu hystérique tant la situation était ridicule.
-Fais attention où je vais croire que tu t'inquiètes pour moi !
-Fais attention où je vais croire que tu cherches les problèmes pour que je n'ai d'autres choix que de venir à ta rescousse !
-A ma rescousse ?, répétai-je en lui jetant un regard noir. Quelle arrogance !
-C'est la troisième fois en à peine une semaine que je viens t'aider, fit-il remarquer.
-Tu es venu m'aider la ?
-J'imagine que ton état ne te permet pas vraiment de t'en rendre compte mais oui. Qu'est-ce que tu as bu ?
-Pas d'alcool, Finn a dit qu'il n'y en avait pas. Et puis d'abord, je m'en sors parfaitement bien sans toi, je ne suis pas une demoiselle en détresse, je suis une femme forte du XXIème siècle qui mène sa vie comme elle l'entend, aide la veuve et l'orphelin et se bat férocement contre ceux qui veulent l'opprimer ! Bon, sur ce, à la revoyure, je m'en vais séant vers ma modeste demeure.
Je me levais et tentais d'esquisser une sorte de courbette qui faillit me précipiter à la rencontre du macadam. Je partis d'un grand éclat de rire et m'engageais sur la route en dansant joyeusement sur la bande séparant les deux voies.
-Tu es certaine que ta ''modeste demeure'' est de ce côté ?
Je m'arrêtais net, un doigt sur la bouche pour m'aider à réfléchir. Ce qu'il disait ne manquait en effet pas de sens mais je n'étais plus sûre de rien.
-Je te suis preux chevalier, guide moi vers mon destin car cela est le tien, lançais-je comme si je récitais une pièce de théâtre.
Il soupira et prit la direction opposée. Je gambadais gaiment à ses côtés en fredonnant des chansons indiennes pour enfants. Nous quittâmes bientôt la route pour emprunter un chemin de terre qui s'enfonçait dans les bois sombres. Je ne me posais pas de question, je lui faisais entièrement confiance, il avait l'air de savoir parfaitement où il allait et il me paraissait assez effrayant pour que les bêtes ne s'approchent pas.
-Si jamais on croise un loup, tu t'enfuis en courant en me laissant derrière ?, demandais-je, curieuse et ayant envie d'engager la conversation.
Il ne répondit pas mais ma question sembla l'amuser, j'avais l'impression qu'il souriait mais c'était dur à dire dans le noir.
- A ton avis, comment les serpents se reproduisent-ils ? Et les pingouins ont-ils des jambes ou juste des pieds ? Tu sais que les messieurs musclés et tatoués sont les fantasmes de la plupart des filles ? C'est vraiment dommage que tu sois aussi stupide parce que tu pourrais être très bien dans ton genre ! Mais bon, tu es le roi des crétins et ça, ça casse tout, lui expliquai-je très sérieusement.
-Tu me trouves stupide ?, demanda-t-il en s'arrêtant brusquement.
-Oh mais il parle ! C'est merveilleux !
Il se renfrogna et nous continuâmes à marcher en silence, enfin pour lui car pour ma part je continuais à déblatérer des âneries. Au bout d'un moment, je me laissais tomber à terre, fatiguée et n'étant pas le moins du monde déterminée à bouger.
-J'ai froid.
-Tu n'as pas de veste ?
-J'ai du l'oublier là-bas, répliquai-je en haussant les épaules comme si ça n'avait pas d'importance.
Il soupira, leva les yeux au ciel et amorça un mouvement dans ma direction.
-Ne me dis pas que tu comptes me réchauffer avec une étreinte ?, demandai-je même si cela me paraissait hautement improbable.
En guise de réponse il enleva simplement sa chemise qu'il portait en gilet par-dessus un tee-shirt –quel dommage qu'il n'est pas rien en dessous d'ailleurs, pour me la donner. Peu loquace comme monsieur.
-J'ai comme une sensation de déjà-vu.
Ma remarque le fit sourire et il reprit sa marche avant de s'arrêter à nouveau quand il réalisa que je ne le suivais pas. Cela lui arracha un nouveau soupir mais il revint tout de même sur ses pas et sans que je ne comprenne bien comment je me retrouvais sur son dos. C'était fichtrement étrange comme situation, l'alcool avait du être mélangé à des substances plus illicites parce que ce n'était définitivement pas normal.
Ce n'était cependant pas désagréable et son dos était terriblement chaud et confortable, pour un peu je me serais presque endormie. Je tentais donc d'engager une nouvelle fois la conversation – ou au moins de créer un début de réaction de sa part, dans le but de rester éveillée, après tout il avait peut-être l'intention de me tuer au fin fond des bois. Ou de me remettre aux extraterrestres qui l'avaient enlevé pour qu'ils expérimentent sur une humaine cette fois. Mieux encore, de m'enrôler de force dans une secte et de me faire assister à une cérémonie impliquant le sacrifice d'un poulet.
-Tu sais quoi ? Je rêve d'un amour véritable, mais pas comme dans les Disneys avec les chansons qui te restent dans la tête, les paillettes, les animaux qui chantent, le prince, les tapis volants –quoique ça ça pourrait être chouette, plutôt comme celui de la troisième épouse, tu vois ? Je veux que quelqu'un soit prêt à tout pour moi, je veux être le centre de son monde, qu'il soit triste quand je ne suis pas là… Ou alors qu'elle soit triste, on ne sait jamais, pouffai-je.
Il s'était arrêté brusquement mais repris sa marche alors que je gloussais comme une de ces idiotes que je méprisais.
-Tu connais nos légendes ? Je suis persuadée que non. Enfin, ça m'étonnerait que ce genre de trucs t'intéresse. Nos traditions, nos origines, tu t'en moques comme de ton premier bavoir j'imagine.
-Tu parles trop, rétorqua-t-il simplement bien qu'il semblait relativement exaspéré.
-Tu ne te défends pas, ça m'étonne ça par contre, tu as le sang chaud non ? Tu réagis toujours au quart de tour, même quand il n'y a pas spécialement d'offense, et là il y en a une alors tu devrais faire quelque chose, me jeter par terre, te mettre à trembler, m'abandonner au fond des bois ou au bord d'une falaise et me forcer à sauter et à m'écraser sur les rochers en contrebas… Ne fais pas ça s'il te plait, m'interrompis-je en me rendant compte que je lui expliquais comment se venger.
Son dos trembla mais il ne me semblait pas que ce soit de colère, je crois même qu'il riait.
-Ou alors, continuai-je après un instant de réflexion, à nouveau oublieuse du fait que je risquai ma vie à le provoquer ainsi. Ou alors tu n'as pas compris que c'était une offense ?
Il ne tiqua pas, ne dit pas un mot, c'était frustrant.
-Bon alors raconte moi une des nos histoires !
Je crus bien qu'il n'allait jamais m'accorder cette faveur et j'allais recommencer à babiller gaiment lorsqu'il s'exécuta. Il me narra l'histoire de Taha Aki, le premier esprit loup. Évidemment je connaissais cette légende par cœur mais il avait une façon de parler qui me captiva et un air sérieux que je ne lui avais encore jamais vu qui me choqua presque. Il était donc capable d'une certaine éloquence, c'était surprenant. Cependant, ma surprise ne réussit pas à lutter contre sa voix et les balancements réguliers de son dos qui me berçaient et je m'endormis avant d'arriver en vue de ma modeste demeure.
En apercevant ma tête le lendemain matin, Grand-mère m'envoya me recoucher sans ménagement. Je protestais faiblement mais plus pour la forme qu'autre chose, impatiente que j'étais à l'idée de retrouver mon lit, et lui étant infiniment reconnaissante de ne pas me poser de questions. Hier soir non plus, alors que je tentais avec peine de faire rentrer mes clefs dans la serrure, elle n'avait pas fait de remarque. Je me demandais si mes parents avaient remarqué mon absence et s'ils s'en étaient inquiétés.
J'émergeais peu après midi et décidais de faire quelque chose de productif en écrivant enfin cet article de malheur. Je me mis dans la peau d'une de ces cruches qui se pâmaient devant tout type de spécimens mâles dotés d'un minimum d'abdos et je dus bien avouer que c'était follement amusant. En le relisant une dernière fois avant de l'envoyer à la rédactrice, je ne me sentis pas peu fière : elle ne trouverait rien à y redire et la populace du lycée allait l'a-do-rer !
Quelques heures plus tard, en début d'après-midi, Mike, Melody, Chris, Kim et les jumeaux débarquèrent afin de m'expliquer tout en se chamaillant, la façon dont Melody avait brillamment passé la première phase de sélection, et accessoirement pour m'apporter les cours de la journée. Je me sentis coupable de ne pas avoir été là pour l'encourager mais il semblerait qu'elle se soit parfaitement bien débrouillée. Apparemment, les élèves venus assister au spectacle étaient restés baba devant la souplesse de notre cheerleader, et chacun ne se priva d'ailleurs pas d'imiter leurs réactions pendant que les autres pouffaient comme des imbéciles heureux.
Leur visite me mit de bonne humeur et après leur départ, je profitais de ce regain d'énergie pour sortir prendre l'air et me promener dans la forêt avec mon fidèle appareil photo, une fois de plus en quête des mystérieuses bêtes qui hanteraient nos sous-bois. Evidemment, je ne tombais pas une seule fois sur l'un d'entre eux mais je m'y attendais. Malgré tous mes efforts, je devais faire un bruit monstre et ils devaient m'entendre – et me sentir venir, à des kilomètres. Je remarquai tout de même quelques empreintes qui, d'après les vagues souvenirs qu'il me restait encore du temps où je parcourais nos terres avec mon grand-père, appartenait à des loups mais leur taille ne me sembla pas anormale. Je croisais également un petit faon qui me dévisagea de ses grands yeux pendant un instant avant de comprendre que j'étais potentiellement dangereuse et de s'enfuir à toutes jambes en zigzaguant entre les arbres.
Je décidais finalement de longer les falaises et je m'amusais à photographier un magnifique labrador qui se jetait avec un plaisir non feint dans les vagues en contrebas. Après que son maitre l'ait appelé pour rentrer, je m'asseyais et fixais les vagues au loin, laissant mes pensées vagabonder lorsqu'un mouvement sur les hauteurs de l'autre coté de la plage attira mon attention. Instinctivement, je saisis mon appareil photo et en zoomant je faillis laisser échapper une exclamation de joie. Les loups étaient là, immenses et sublimes. Sans perdre un instant, je les mitraillais et faillis même tomber du promontoire en me penchant trop. Cependant, je frôlais l'arrêt cardiaque lorsqu'une seconde plus tard les bêtes avaient disparu et avaient été remplacées par deux Quileutes scrutant les environs avec attention. Je clignais moultes fois des yeux avec l'espoir que tout redevienne normal et cohérent. Je me demandais s'il n'y avait pas encore des restes d'alcool dans mon système sanguin, peut-être une dernière goutte plus résistante que les autres qui venait seulement de faire effet. A cause de mon rejet ferme des appareils photos numériques, je ne pouvais regarder les clichés que je venais de prendre mais ce qui venait de se passer semblait imprimé sur ma rétine. J'avais l'impression de revoir sans arrêt le loup se transformer sous mes yeux en un homme qui depuis quelques jours m'était devenu étrangement familier. Je levai la tête juste à temps pour croiser le regard affolé et désespéré de Paul juste avant qu'il ne s'enfuit, Jared le suivant de près.
Je ne sais combien de temps je restais immobile aux bords du vide, oscillant au gré du vent qui avait tendance à se rafraichir à mesure que le soleil déclinait à l'horizon. Un rapide coup d'œil à ma montre m'indiqua que j'avais encore un peu de temps devant moi et sans trop réfléchir je suivis le chemin qui descendait en pente douce jusqu'à la plage de la petite baie avant de remonter en face, là où les créatures/hommes se tenaient plus tôt.
Des empreintes étaient encore incrustées dans le sol –rarement ferme dans la région en raison de la constante humidité, et je frissonnais en remarquant la taille des griffes. Je préférais ne pas imaginer les dégâts que de telles choses pouvaient provoquer. Je mitraillais le terrain, il y avait d'ailleurs un endroit où il était flagrant que les pattes se transformaient en empreintes de pied. Finalement, je ne sais ce qu'il me prit, mais je les effaçais rapidement avant de prendre le chemin du retour.
Le soir, après mon service au restaurant, je m'enfermais dans la petite chambre noire que je m'étais aménagée grâce à mes maigres économies et pourboires et développais précautionneusement les photos. Je préférais cette méthode, bien que plus couteuse, à un tirage par impression. Au moins je les avais dès je le désirais et je n'avais pas à me rendre à Forks et à attendre pendant plusieurs jours que le vieux monsieur se décide enfin à développer la pellicule de mon antique argentique. D'autre part, la qualité était de mon point de vue nettement meilleure et j'adorais ces moments de calme où je maitrisais tout, rien ne pouvait aller de travers ici. Les gestes techniques me rassuraient et toute mon attention était focalisée sur les bains si bien que je ne pensais à rien d'autre. J'oubliais donc pendant un instant que certains de mes camarades de classe avaient apparemment la faculté de se transformer en loups bien qu'au moment de rejoindre mon lit, je me triturais à nouveau la tête pour essayer de trouver la meilleure manière de gérer la situation le lendemain.
