La difficile conversation
ou
Genre octobre
Auteur : Rain
Disclaimer : Shaman King ne m'appartient pas, ses personnages et ses concepts non plus. Par contre, ce texte m'appartient. C'est beau comme ça fonctionne.
Soundtrack : J'envoie valser (Zazie)
Pairing: TamxHaoXJeanne, JeanneXTamXHao, Neaice dans tous les sens xd
Note :
J'ai du redécouper ce chapitre un peu parce que… parce que ça faisait un chapitre très court et deux chapitres de près de 3K pour finir, ce qui me va pas xd Donc bon, j'ai trouvé un nouveau petit équilibre, et on y retourne.
Où Hao fait chanter deux filles, Tamao s'affirme, et Jeanne danse sur des charbons ardents.
Quatrième chapitre
* ~ Mascarade et manigances ~ *
Tout d'un coup, alors qu'elles commençaient à ralentir, Jeanne et Tamao virent arriver une Rutherford avec un sourire... Inquiétant. Trop inquiétant.
« Ah, vous voilà toutes les deux ! Venez, venez, j'ai une mission pour vous ! »
Trop estomaquées pour réagir, elles se laissèrent entraîner vers la scène. La proximité des haut-parleurs rendait la communication difficile, alors Jeanne crut d'abord avoir mal entendu quand Rutherford s'expliqua : « On a besoin de quelqu'un pour couvrir la pause de Radim ! C'est lui qui s'occupe de la musique et tout, mais il n'a pas bu de la soirée, et son taux de glucose est un peu bas. Vous voulez bien chanter quelque chose, juste le temps qu'il se repose ? »
Il y eut un moment de confusion.
Jeanne fronça les sourcils alors que Tamao rougissait. « Chanter ? »
Rutherford ne se départit pas de son sourire malicieux. « J'ai tout de suite pensé à vous ! Et me dites pas que vous ne savez pas chanter, je vous ai entendues toutes les deux. Allez, zou ! »
D'un geste, elle les fit rentrer dans la petite pièce derrière le podium. Dans un coin, un ordinateur était allumé.
« Trouvez-vous quelque chose dans le répertoire et bouh ! Promis, on ne jugera pas. C'est juste pour que Radim puisse faire une pause et se rafraîchir ! »
Nerveuses, les deux demoiselles s'entre-regardèrent. Elles avaient appris à bien se connaître, et elles partageaient certains goûts musicaux, mais de là à chanter en public, sans répétitions ? C'était vraiment exagéré, même de la part des Paches. Et pourquoi elles, d'abord ?
« S-si Radim a besoin de faire une pause... on... on devrait regarder, » décréta Tamao, avant de s'approcher de l'écran.
Jeanne hésitait encore à aller dire à Rutherford que ce n'était vraiment pas possible; elle ne s'attendait pas à ce que Tamao accepte de regarder... « T-tu es sûre? Je veux dire... On n'est pas obligées. Essayer de nous forcer la main, c'est mal. Tout ça, c'est vraiment...
- J-je sais, Jeanne, c'est vraiment... j'ai peur. J'ai vraiment peur. Mais Rutherford compte sur nous, et nous sommes capables de le faire... s'il y a une chanson ou deux qu'on connait un peu. Qu'est-ce que ça coûte ? »
Qu'est-ce que ça coûtait ? Tamao n'avait donc vraiment pas peur de se ridiculiser devant tout le monde ? Jeanne restait figée près de la porte. Elle pouvait encore s'enfuir, combattre le barrage Rutherford, et laisser Radim trouver une autre solution. Il était cependant clair que Tamao ne ferait pas de même, et Jeanne ne voulait pas la laisser seule. Alors... alors il n'y avait pas tellement d'options. Jeanne avala sa salive et s'approcha de l'écran, où Tamao faisait défiler des chansons.
Depuis la console, Tamao sourit. « Viens voir, il y en a une ou deux qu'on connaît ! »
Une dernière salve d'applaudissements les accompagna alors qu'elles quittaient le podium, et Tamao se permit un long soupir de soulagement. Malgré son assurance affichée, l'idée de chanter sans préparation devant autant de gens qu'elle connaissait l'avait un peu beaucoup effrayée, et c'était seulement maintenant qu'elle sentait le nœud se défaire dans sa gorge. Enfin, c'était fini, et elles s'en étaient plutôt bien tirées, alors tout irait bien…
Un discret « clap-clap » la tira de sa rêverie, et elle leva les yeux au moment où Hao entrait dans l'espace de préparation. « Tout le monde est sous le charme, bravo. Bon, Jeanne a l'émotion d'un poisson pané dans le meilleur des cas, mais ça ne s'est pas trop vu…
- Hé !
- Ce n'est pas vrai, » la défendit Tamao à son tour. « Moi, je l'ai trouvée très bien. »
Hao lui adressa un sourire affable, et indiqua la salle d'un hochement de tête. « Ils ont l'air plutôt d'accord avec toi. Vous formez un bon duo.
- M-merci… »
Jeanne fixait Hao sans un mot, les sourcils froncés. Tamao plissa les lèvres. Avait-elle compris quelque chose qui lui échappait ?
« J'ai vraiment bien fait de suggérer à Rutherford de vous embaucher, vraiment…
- Ah ! Je le savais, » lança Jeanne, les joues rouges. « Vous avez tout manigancé –
- Pour que vous passiez un bon moment ? C'est gentil de me remercier. »
Sous l'effet de l'éclat de colère, Jeanne avait légèrement rosi, et Tamao sentit à la fois qu'elle comprenait sa réaction et qu'elle ne la partageait pas. Oui, elles avaient passé un bon moment, alors pourquoi se fâcher ? Certes, Hao avait agi dans leur dos, mais… elles auraient pu dire non. Rutherford ne les aurait pas traînées de force sur scène, malgré tout ce qu'elle avait pu dire.
« Jeanne, » commença-t-elle avec hésitation, « est-ce que c'est si grave ? On s'est bien amusées, après tout… »
Jeanne tourna un œil furieux vers elle, et son expression sembla chavirer un peu. Était-ce… de l'inquiétude que Tamao percevait ?
S'éclaircissant la gorge, elle se tourna vers Hao. « Mais… Jeanne a aussi un peu raison. Ça ne se fait pas de… d'inventer une histoire pour qu'on fasse ce que tu veux. »
Hao leva un sourcil. Son regard se promena entre les deux filles, comme s'il pesait le pour et le contre de ce qu'il avait à dire, avant que son expression retrouve son vernis d'amusement. « Inventé ? Je n'ai rien inventé. Radim a bien eu une crise d'hypoglycémie. »
Tamao ne perdit pas sa détermination. « Tu sais ce que je veux dire.
- Certes. » Le roi s'inclina. « Je vous présente toutes mes excuses. Vous entraîner dans une aventure pareille sous un faux prétexte était complètement déplacé de ma part. »
Tamao sourit, puis se rendit compte que les boissons du début de la soirée commençaient à faire effet. « Merci. Je reviens ! Ne vous écharpez pas en mon absence, s'il vous plaît… »
« Vous entraîner dans une aventure pareille sous un faux prétexte était complètement déplacé de ma part. »
Jeanne frémit. Heureusement, Tamao ne semblait rien avoir remarqué. Depuis quelques minutes pourtant, les paroles de ses deux interlocuteurs avaient un désagréable arrière-goût. Mais ni l'un ni l'autre ne pouvait savoir quoi que ce soit, si ? Ren et Horo –
« Impressionnant, n'est-ce pas ? La capacité de notre chère Tamao à pardonner à tort et à travers. J'espère qu'elle n'aura jamais à s'en repentir… »
Jeanne s'efforça de cacher son trouble et d'afficher uniquement de la méfiance. « Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire, ça ? »
Hao tourna la tête vers elle, un sourire reptilien aux lèvres. « Mais qu'est-ce que tu penses que cela veut dire ? Je disais simplement que des gens mal intentionnés pourraient facilement lui faire du mal s'ils le désiraient. »
Était-ce du mépris dans sa voix ? Il n'avait pas cette voix-là avec elle d'habitude, et cela lui fit plus mal qu'elle l'imaginait. Jeanne leva le menton, tentant de forcer le dédain. « Ce n'est pas parce que vous avez du mal à faire confiance et à pardonner que vous avez raison. Vous avez juste peur de ce qui peut se passer. Tamao… » Sa voix s'adoucit. « Tamao est très forte pour ça. Bien plus forte que vous et moi. Elle ne se laisse pas faire par sa peur. Je l'admire beaucoup pour ça, et, si vous trouvez ça ridicule, ça m'est égal. »
Hao la considéra, un grand sourire s'invitant sur son visage. D'une main, il tapota le crâne de Jeanne, s'attirant un regard revolver.
« Tu m'impressionnes. Admettre que nous avons des points communs ? Identifier tes faiblesses ? Te détacher de tes anciens modèles ? Toi aussi, tu deviens forte. » Désarçonnée, Jeanne ne répondit rien. Était-ce une – mauvaise – blague ? Il ne pouvait pas être honnête, si ?
« Mais alors… » Hao avait repris, et Jeanne le fixa de nouveau, les sens en alerte. « Alors, Jeanne, il y a quelque chose qui me chiffonne. Si tu l'admires tellement, Tamao, pourquoi la mener en bateau comme tu le fais ? »
Sa gorge s'assécha. Il ne pouvait pas être au courant ! Il ne lisait plus les pensées, après tout, et Ren et Horo-Horo le détestaient trop pour lui dire. Il ne pouvait pas savoir !
Un peu tard, elle répondit : « Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
- Bien sûr que tu vois. Pensais-tu vraiment qu'une histoire de la sorte ne sortirait pas ?
- Vous prêchez le faux pour savoir un vrai qui n'existe pas, » accusa-t-elle.
« Ah non ? Mais vois-tu, le problème, c'est que je voulais que Yoh passe une bonne soirée. Alors quand deux de ses amis ont décommandé, victimes d'une grippe aussi foudroyante que peu convaincante, je suis allé les voir. Et là, surprise surprise, je les ai trouvés en train de se gondoler devant leur console, en parfaite santé. Tu ne me suis toujours pas ? »
Il était terriblement sérieux. Elle ne s'attendait pas à ce que quelqu'un aille si loin pour éventer son mensonge. D'ailleurs, personne d'autre n'aurait pu le faire; c'est en les prenant par surprise qu'il avait appris la vérité. Avalant sa salive, Jeanne croisa les bras. Que répondre ? Hao la fixait bizarrement. Au bout d'un moment, il souffla : « Alors ? Rien à dire ? »
Elle détourna les yeux. Comment lui expliquer ? Il en comprendrait pas. Il comprenait peu de choses à son sujet. Lui n'avait jamais de moment d'embarras ou de timidité; s'il voulait quelque chose, il le disait, et il ne craignait jamais de réponses négatives, parce que qui pourrait lui dire non ? D'entre ses dents, elle siffla : « Pas besoin de me faire la leçon. J'ai… j'ai paniqué, c'est tout.
- Ta panique est organisée, à ce que je vois. Capable de créer des plans à plusieurs étapes, exécuté avec froideur, minutie, méthode –
- Je ne vous permets pas ! Je n'ai jamais voulu… » Elle s'arrêta elle-même, consciente de la faiblesse de l'argument. « Elle s'amuse, ce soir. C'est ça qui compte.
- Tu le penses vraiment ? Tu ne te dis pas qu'elle songe à la « grippe » de Ren, tombée si miraculeusement en même temps que celle de ton cavalier ? Tu penses qu'elle n'est pas capable de sentir quand il ment, juste parce qu'elle croit à tes histoires ? Allons, tu sais très bien que c'est ton domaine de prédilection. Ren ne t'arrive pas à la cheville quand il s'agit de mentir. »
Jeanne pâlit. « Je sais que j'ai commis une erreur.
- J'en compte plus qu'une.
- Et vous avez raison. » La jeune femme baissa la tête.
Hao soupira. « Ce que tu as fait était petit, et mesquin. Mais sois tranquille : je ne lui dirai rien. »
Froncement de sourcil. Depuis quand Hao était-il… euh. Était-ce un signe de gentillesse, ou de méchanceté ?
« À une condition. »
Jeanne aurait pu lui sauter dessus. Évidemment ! Ce sens du suspens… Il faisait tout exprès pour l'énerver, vraiment. Ravalant sa gêne, Jeanne répondit : « Quelle condition ? »
Hao lui décocha un sourire innocent. « Une danse avec moi, évidemment.
- Quoi ? »
De pâle, elle devint immédiatement rouge, et elle le sut, et elle lui en voulut d'autant plus.
« Allez. Je n'en demande qu'une, » promit le brun, la main tendue. « Sinon je lui dis tout. »
Jeanne aurait presque montré les dents. « Très bien. Une seule.
- Parfait, » fit le brun en tapant dans ses mains. « Allons-y avant que Radim n'ait un autre étourdissement… »
