« La vie après la mort », de Tsytsa, trad du russe.
Chapitre 4
Swift écrit que le roi des Lilliputiens était si petit qu'il pouvait observer le mouvement de l'aiguille des minutes.
Bordel…Y'a des minutes, où j'ai envie d'être dix fois plus petit, non, vingt fois plus petit, juste pour pouvoir vérifier qu'elle marchent vraiment, ces foutues aiguilles. A mon avis, ça fait trois heures qu'elles se sont arrêtées.
Je parle de la grande horloge de marbre avec des aiguilles dorées de la salle du WizenMagot.
Le juge frappe du marteau, rappelle tout le monde à l'ordre, deux Aurors maussades couverts de sueur sortent du tribunal des reporters succombants à l'ennui.
Mais à quoi vous attendiez-vous ?
Harry Potter ne fera sa déposition que vendredi prochain.
La séance doit, le diable l'emporte, s'achever à cinq heures. Tous les regards sont fixés sur moi.
- Je vous ferais remarquer, -dit Percy-, que l'accusé Snape…
- Objection : « l'accusé Snape »…
- Mais quand est-ce que ça va s'arrêter ?
- Je demande la parole.
Une mouche somnolente bourdonne sous le plafond, un des jurés s'évente, avec le dossier contenant le procès-verbal en guise d'éventail. Les lunettes du juge lui glissent régulièrement sur le nez. Snape regarde avec mépris son propre avocat, un petit gars du genre blondasse, visiblement embauché juste pour la formalité. Le gars reste assis là à étudier avec un air intelligent - autant que cela lui est possible - des Documents Très Importants.
Snape, lui, pendant ce temps, mène le procès, donne la réplique à Percy, proteste, demande la parole, en appelle aux jurés.
Lui-même à être son propre avocat, merde alors.
La grande aiguille a rampé lentement et solennellement vers le douze, et l'horloge s'est mise à nous jouer quelque valse grossière, que d'ailleurs personne et n'a entendue, tellement y'a eu de bruit dans la salle à cet instant.
Tous se lèvent et attrapent précipitamment leurs dossiers, comme s'ils craignaient que le juge lève de nouveau son marteau et prononce de sa voix grinçante et monotone un : "Encore une minute, s'il vous plaît".
Tous quittent la salle quasi en courant.
Je me lève et me mets à étudier très attentivement une tartine de poisson sur la table du buffet. Elle ne me plait pas.
Ginny dit que j'ai des idées obsessionnelles, et que c'est pourquoi je suis dystrophique, et de façon générale, un beau salaud.
Mais qu'est-ce qu'on doit faire, si le morceau de poisson maigre a l'air horriblement gras, s'il est couvert de mucosité, non mais qu'il aille au diable…Quant au pain, à mon avis, il a dû être séché spécialement pour que le moisi n'apparaisse pas tout de suite. Mais ça n'a pas marché.
Non, elle ne me plait décidément pas cette tartine.
- Je suis entièrement d'accord avec vous, Monsieur Potter, me dit une voix derrière mon dos.
Mince. Quoi, j'ai parlé tout haut ?
Je me tourne, dans un soupir, vers Snape. Le petit gars tout pâlot traine derrière lui, plié en deux sous le poids des dossiers et papiers qu'il porte. – Tu peux y aller, Justin, dit le professeur.
Oui parce que les types fluets comme ça, ils s'appellent toujours Justin. Ou Kévin. Ou Colin, à la rigueur.
Nous sommes les seuls à être restés à ce buffet, dans la pénombre. Tous les autres sont déjà chez eux à attendre du poulet rôti ou du ragoût de légumes à la provençale. D'accord, d'accord, de toute façon, je n'en mangerai pas de cette saloperie.
- B'jour.
- Potter, tu ne vas pas manger ça quand même ?
- Non, et alors ? – Je regarde Snape avec méfiance.
- Je veux t'inviter à dîner.
Comme dans les romans d'amour, merde alors. Non mais qu'est-ce qu'il me fait là, je suis pas un pédé, hé.
Je ne saurai accepter votre invitation, Professeur Snape. Je ne crois pas en la sincérité de vos sentiments. Non. Ce n'est pas de l'amour.
- Et si vous êtes soudainement pris de l'envie de me tuer ? Après tout je suis sur le point de détruire votre vie.
Et encore, « détruire », c'est un euphémisme.
- Est-il possible qu'un véritable Gryffondor ait peur de rester tout seul avec son ancien professeur de Potions ?
Il sait où frapper, le salaud. Tout ce qui reste de sacré pour moi, ce sont mes principes, mon infinie gratitude envers Ginny et ma fierté d'appartenir à la Maison…
Ok, je me rends, Professeur. Vous remportez le point.
- D'accord. Mais je ne parlerai avec vous que chez moi, dans mon appartement. Là-bas c'est plus difficile de cacher un cadavre.
Snape esquisse un sourire acide, et nous transplanons.
