Luka et Miku étaient dos contre dos dans une grande caverne noire, écoutant les affreux sons d'os entrechoqués et les cris des gobelins. Luka pouvait vaguement distinguer la forme d'un squelette courbé qui l'approchait. Miku émit un petit hoquet derrière Luka et recommença à marmonner quelque chose pour elle-même, et encore une fois, Luka entendit des craquements d'os brisés. Le boucan augmenta de volume. Luka regarda autour d'elle. Elles étaient encerclées par des guerriers squelettes. Il y avait à quelques pas d'eux les formes rabougries des gobelins, dont un qui était apparemment le chef gobelin, puisqu'il arborait autour de son cou une rangée de crânes de rats, traînant derrière lui une hache avec une sorte de tête de gobelin dessus. L'un des squelettes fonça vers elles pour toucher Luka, et Luka le bloqua désespérément avant de le repousser. Son épée se prit dans la cage thoracique du squelette, et elle essaya de le retirer, poussant son dos contre celui de Miku.

- Arrête ! siffla Miku. Je ne peux pas me concentrer !

- Mon épée est bloquée ! s'écria Luka, tentant de libérer son épée du squelette.

- Vous deux, vous êtes les pires aventuriers que je n'aie jamais vus, dit une voix gracieuse et musicale.

Luka se tourna immédiatement pour repérer la source de la voix, avant de se rendre compte que tous les gobelins autour du cercle de squelettes étaient morts, qu'un grand nombre de squelettes explosaient sous une sorte de lumière bleue puis s'effondraient, et, plus important, qu'il y avait une bonne dizaine d'humanoïdes habillés dans de délicats habits verts, certains portant sur leur dos des arcs, d'autre des épées. Ils semblaient fins, élancés, et surtout forts.

- Des elfes, fit Luka, une pointe d'émerveillement dans sa voix.

Elle n'en avait jamais vu avant. Il n'y avait jamais eu d'elfes à Marlon.

- Nous ne sommes pas des aventuriers, rétorqua Miku, d'un ton Cryptoniellement hautain. Nous cherchions un abri.

Un elfe se mit à rire, un rire tintinnabule absolument merveilleux aux oreilles de Luka. Elle adorait déjà ces elfes.

- Un abri, dans cette caverne infestée de gobelins ?

- Nous ne savions pas que c'était une caverne infestée de gobelins, dit Luka, qui commençait à se sentir un peu éblouie. Nous cherchions juste… Euh, un abri.

Miku regarda Luka avec une étrange expression sur le visage que Luka n'arriva pas à déchiffrer.

- Luka… Arrête ça tout de suite.

- Arrêter quoi tout de suite ? demanda Luka.

Un elfe se sépara du groupe et s'approcha de Luka, d'un pas lent, calme, assuré, et gracieux. Une fois tout proche, Luka contempla son visage inhumainement magnifique, ses cheveux d'une superbe teinte de rouge-

- Luka ! s'écria Miku, sur un ton un peu désespéré.

Luka, confuse, regarda du côté de Miku.

- Luka, dit l'elfe, et instantanément, Luka se reconcentra sur l'elfe, toutes pensées pour Miku balayées d'un coup, comme si elle se faisait recouvrir par un drap. Et… Qui es-tu ? continua l'elfe, en se tournant vers Miku, qui lui fronça les sourcils.

- Miku, dit Miku, d'un ton glacial.

L'elfe l'examina avec intérêt.

- Tu ne réagis pas comme elle.

- Je suis habituée aux elfes, répondit Miku.

Luka pouvait à peine croire que Miku soit habituée aux elfes. Ils étaient tellement… parfaits. Sans aucun défaut. Les yeux de Luka étaient complètement fixés sur le magnifique elfe devant elle. Il sentait même bon, une fraîche odeur de forêt, de mûres et de baies sauvages.

- Ça suffit, Yuuma, fit une voix de femme cette fois, plus autoritaire. Elles ont pénétré dans notre forêt.

Une autre voix couina, un peu plus claire cette fois, mais pas moins magnifique, pas moins parfaite :

- Mais Mew, c'était juste une erreur… Je veux dire, nous pouvons les laisser passer. Ce ne sont que des voyageurs.

- Les humains sont des humains, renifla la voix autoritaire. Tu ne connais pas encore bien ces créatures, Yukari. Alors tu ferais mieux de te taire.

- Mais… Mais… tenta Yukari. Les humains ne sont pas tous mauvais.

- Silence, coupa sèchement Mew. Tu lis beaucoup trop de livres humains. Te rappelles-tu de ce que les humains ont fait aux Nilveri ? La guerre, les combats, les massacres…

- Je comprends, Mew, dit Yukari, la voix un peu plus basse cette fois.

Mew hésita un peu :

- … Menotte-les.

Yuuma hocha la tête et, en un seul petit mouvement, Luka sentit que son poignet droit était lié au poignet gauche de Miku. Mais Luka était tellement captivée par les elfes, qu'elle s'en fichait royalement. Elle se mit juste à sourire à pleines dents, plutôt stupidement, impatiente rien qu'à l'idée de voir le village elfe, ou où ils vivaient.

- Nilveri ? demanda Miku à Yuuma. Je connais seulement les Silvani.

- Nous les Nilveri vivons dans les forêts, expliqua Yuuma. Pas les Silvani. C'est tout ce dont tu as à connaître.

- Qu'est-ce que sont les Silvani ? fit Luka.

Miku haussa les épaules :

- Des elfes qui ne vivent pas dans les forêts, je pense. Les seuls elfes que je connaissais à…

Elle se stoppa pour jeter un regard en coin au dos de Yuuma.

- …Là où je vivais, les seuls elfes que je connaissais étaient des Silvani. Enfin, ils se nommaient les uns les autres de cette manière.

- Oh, dit Luka, avant de sourire. J'aime les elfes.

Miku se renfrogna.

- Ne les aime pas trop quand même.


-o-o-o-


Les elfes vivaient dans un village construit dans des arbres. Les maisons se fondaient dans les troncs, et toutes étaient connectées par des ponts en bois, attachés par des cordes. Le vent passait à travers les feuilles; il y avait une subtile énergie dans l'air, liée à la nature et à la magie. Il y avait des lapins, des oiseaux et même des cerfs gambadant tout autour, attirant le regard curieux de Luka. Ils avaient l'air tous heureux. Yuuma caressa la tête d'un daim alors qu'il s'approchait, et l'animal ne s'éloigna même pas, il ne refusa même pas le geste; le daim resta juste là, acceptant la caresse, avant de courber la tête vers l'herbe à manger.

Miku fronçait les sourcils, mais Luka s'en fichait. Tout avait l'air si parfait et paisible. Quelques elfes étaient dehors, certains faisant une sieste, certains s'asseyant sur l'herbe pour dessiner, écrire, ou lire. D'autres jouaient d'instruments, ou chantant des magnifiques chansons. Tous s'arrêtèrent de faire ce qu'ils faisaient pour fixer Luka et Miku. Luka rougit sous le poids de leurs regards combinés, se sentant un peu honteuse, honteuse de son humanité ordinaire, comparée à la gracieuse perfection des elfes.

- Arrête, siffla Miku

- Arrêter quoi ? dit Luka en souriant à Miku, un peu rêveusement. Tout ici est si beau… J'aimerais tellement être un elfe.

Miku fixa Luka avant de détourner les yeux, secouant la tête. Au bout d'un moment, le groupe entra dans une bâtisse en bois à un étage- avec un grand hall, des portes extérieures, et des colonnes autour. Des elfes habillés dans de grands et légers habits vert foncé se tenaient debout près d'un trône taillé dans du bois, aux décorations ornant le demi-cercle tout autour. Etait assis dessus un elfe d'une telle beauté que Luka en eut le souffle coupé. Elle ne pouvait deviner son sexe, mais l'elfe n'en était pas moins magnifique. Son visage était sans défaut. On aurait dit qu'il avait été taillé par des anges. Sous ses longs cheveux blonds ondulés pointait une paire d'oreilles percées par deux anneaux bleus. Son visage était calme et serein, son corps fin et élancé. Quand il ouvrit la bouche pour parler, sa voix était tellement belle que Luka en eut envie de pleurer.

- Des intrus ? demanda-t-il, doucement.

- Oui, votre Majesté, dit Mew, que Luka pouvait voir un peu plus musclée que les autres elfes, son visage dur et sans âge, et pourtant tout aussi beau.

Elle portait une grande rapière d'argent dans sa main, et elle courbait légèrement le dos et la tête.

- Nous allions les exécuter, ajouta l'elfe aux cheveux noirs, mais la princesse a plaidé une audience.

Le chef elfe tourna la tête pour regarder froidement un autre elfe, sans aucun doute Yukari, avec de longs cheveux lilas et des oreilles pointues percées par les mêmes anneaux bleus. Yukari rougit et baissa les yeux vers ses sandales.

- Elles luttaient contre des gobelins et des squelettes, couina Yukari, faiblement. Elles sont inoffensives.

- Les apparences sont trompeuses, rétorqua le chef elfe, d'un ton un peu rebuté. Tu le sais.

- Je sais, mais… Mais regardez-les !

Yukari leva la tête et tendit le bras vers Miku et Luka, toujours menottées.

- Ils sont presque des enfants aux yeux des humains.

- J'ai dix-sept ans, dit Luka, d'un ton rêveur.

- Dix-sept ans était l'âge de Roluo Undegar quand il a détruit Verandil et Jefrend, répliqua le chef elfe. Elles sont trop dangereuses pour qu'on les laisse vivre.

Même si les elfes étaient en train de parler de leur mort, Luka s'en fichait. Leurs voix l'entouraient, la rendant léthargique et heureuse, comme un glouton après un repas satisfaisant. Elle sourit paresseusement et ferma les yeux, appréciant la musique des voix elfiques.

- Je vous en prie, Père, plaida Yukari. Elles sont inoffensives. Et les humains… Les humains ne sont pas aussi mauvais que vous le croyez.

- Comment oses-tu me dire ça, fit le chef elfe, sa voix devenue soudainement très froide. Ils ont décimé notre race. Nous les Nilveri peuplaient le pays entier, jusqu'à ce que les humains brûlent nos forêts…

- Nous leur avons fait la même chose, dans le passé, rétorqua Yukari.

- Les humains sont des bêtes sauvages. Chaque jour, ils pervertissent la nature. Ils massacrent des animaux. Ils coupent des arbres, sans raison. Ils ne respectent pas la balance.

- Mais ils écrivent si bien, protesta Yukari. Ils chantent. Ils dansent. Ils créent de l'art. Comme nous. C'est une nouvelle race. Ces humaines sont seulement des enfants. Je vous en prie, laissez-les vivre.

Il y eut un long silence. Luka ouvrit les yeux. Le chef elfe fixait Yukari d'un étrange regard, furieux, qui déformait ses traits parfaits.

- Très bien, dit le chef elfe, rigidement. Elles peuvent partir. Mais tu iras avec elles. Tu voyageras avec elles, et peut-être tu verras de tes propres yeux la cruauté des humains seule.

- Quoi ? s'exclama Yukari, bouche bée. Je…Je dois aller…Aller avec elles ? Mais Père-

- C'est mieux pour toi de… De te laver de ces illusions, fit le chef elfe, froidement. Va, pars voyager avec elles. Si elles sont aussi inoffensives que tu le dis, rien ne t'arrivera. Si jamais tu te sens menacée…

Le chef elfe sortit une amulette de ses vêtements et la pressa dans les mains de Yukari.

- …Utilise cette amulette, et tu reviendras en sécurité chez toi, et j'espèrerai alors que tu auras appris des erreurs de tes croyances.

Yukari prit l'amulette, une expression incrédule sur le visage.

- Mais je…

- Libérez les prisonniers, dit le chef elfe.

Luka sentit les cordes qui lui entouraient les poignets se détacher et tomber. Elle frotta ses poignets rouges et douloureux, tout en se levant en vacillant sur ses jambes avec Miku, qui fronçait les sourcils. Luka elle, était enchantée. Elle allait voyager avec une elfe. Une elfe ! La perfection !

- Je… commença Yukari à nouveau, avant que le chef elfe ne la fusille du regard et qu'elle ne se taise.

- Prends tout ce dont tu as besoin, dit le chef, et pars avec elles dès que tu es prête. Quand à vous deux, continua-t-il en se tournant vers Luka et Miku, son visage sévère, les jaugeant d'un regard à l'autre, si l'une d'entre vous deux ose toucher à un seul des cheveux de ma fille, je n'hésiterai pas à vous tuer pour de bon.

- Oui, monsieur, dit Luka, souriant et hochant la tête, sans vraiment prendre en compte ce que l'elfe lui disait, trop charmée par sa beauté pour les enregistrer.

Miku ne dit rien, mais elle hocha la tête, son visage exprimant clairement le mécontentement.


-o-o-o-


Luka, Miku et Yukari quittèrent le village elfe. A peine éloignées, Luka prit l'opportunité d'examiner Yukari de plus près. L'elfe avait la peau pâle, et deux oreilles pointues parfaitement formées, percées de deux anneaux bleus. Ses yeux étaient clairs et d'un parme amical, ses lèvres roses, sa silhouette mince et gracieuse. Elle marchait avec une agilité ravissante au milieu de la forêt. Yukari portait dans son dos un carquois et des flèches, en plus d'un élégant arc laqué, en tant qu'arme principale. Y était attachés à la ceinture qui encerclait ses fines hanches, une bourse dorée et un fourreau de cuir protégeant une courte épée.

Son intense examen visuel ne passa pas inaperçu par l'elfe, qui se sentit mal à l'aise.

- Quelque chose ne va pas ? demanda-t-elle, sans pouvoir dissimuler son léger accent elfique, ce qui ajoutait à la musicalité de sa voix douce et claire.

- Tu es magnifique, fit Luka, émerveillée.

De petites taches rouges colorèrent les joues de Yukari.

- Qu – quoi ? Euh… Merci ?

Miku soupira.

- Elle est envoûtée.

- Oh, souffla Yukari tandis que lumière se faisait sur son visage. Ca arrive quelquefois.

- Quand est-ce que ça s'arrête ? s'enquit Miku d'une voix irritée.

- Euh-m, je ne sais pas, avoua Yukari. Mais je peux faire en sorte de te donner l'envoûtement aussi. Comme ça, elle s'y habituera deux fois plus vite.

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, commença Miku, mais d'un seul coup sa voix sonna plus douce et plus claire et magnifique.

Luka fixa Miku sans y croire. Miku était incroyablement belle. Elle l'avait déjà remarqué auparavant, bien sûr, mais on aurait dit que la beauté de Miku avait augmenté de dix. Ses cheveux étaient d'une parfaite teinte turquoise, ses yeux, un camaïeu de vert d'eau, sa peau, pâle et d'une blancheur de gypse, ses lèvres, roses et pleines…

- Miku, murmura Luka, bouche bée, tu…tu…tu es ravissante. Superbe. Tu le sais ?

Miku grogna, mais elle ne pu s'empêcher de rougir, et d'avoir l'air contente, mais Luka n'arrivait pas à comprendre pourquoi.

- Je t'avais dit de ne pas… marmonna-t-elle, à l'égard de l'elfe.

- Mais tu as l'air d'apprécier, couina Yukari, complètement à l'ouest. Pourquoi tu ne voulais pas que je le fasse ?

- Luka va faire l'idiote pendant des heures ! s'écria Miku, agitée.

Que Miku l'insultât ne sembla pas affecter Luka; la voix de Miku était si merveilleuse qu'elle se fichait de tout.

- Miku, soupira-t-elle amoureusement.

Le visage de Miku devint encore plus rouge.

- N- ne dit pas mon nom comme ça… grommela-t-elle en détournant le regard. C'est… C'est bizarre…

Miku semblait tellement troublée; pour une certaine raison, les genoux de Luka semblèrent ne plus supporter son poids.

- Pardon, s'excusa Yukari, gênée. Je ne sais pas beaucoup comment les humains agissent… Même si je lis beaucoup.

La voix de Yukari était un pur plaisir. Luka ne pus le supporter. Elle s'effondra au sol, ses souvenirs combinés des voix parfaites des elfes et de la douce voix de Miku devenant trop difficile à encaisser. Il n'y avait rien dans sa tête sauf le ton doux de la magicienne.

- Luka !

Luka sentit les vêtements de Miku effleurer son bras, et elle frissonna à la sensation. Elle crut qu'elle venait de se faire bénir. C'était beaucoup trop de beauté pour elle. Le visage parfait de Yukari et de Miku se troubla devant ses yeux, brièvement, pendant une seconde, et puis plus rien.


-o-o-o-


- Urgh…

Luka s'assit, se frottant la tête. Elle se sentait léthargique. Elle regarda autour d'elle, clignant les yeux pour s'habituer à la semi obscurité. Car il faisait nuit. Un feu de bois brûlait, apportant un peu de lumière autour du trio. Luka était allongée sur un lit de fortune, fait de feuilles et d'herbe. Assise à côté d'elle se trouvait Miku, la tête penchée sur sa poitrine et les yeux fermés par le sommeil. Yukari dormait dans un arbre; Luka aperçut un des ses pieds nus fouetter le vide au dessus de son lit de feuilles.

Luka observa attentivement le visage de Miku. Elle était toujours très belle, mais elle n'était pas douloureusement magnifique, au point de lui arrêter le cœur comme Luka l'avait ressenti plus tôt. Elle se releva et regarda Yukari : le visage de l'elfe possédait toujours une immense grâce et majesté, mais pas autant qu'une déesse comme Luka l'avait cru tout à l'heure. Etrange. Luka secoua la tête et mit cela sur le compte du stress causé par la bataille contre les gobelins et les squelettes. Elle s'approcha de sa sacoche, posée à côté du foyer incandescent, et sortit une pomme, mordit dedans tout en fixant le ciel obscur, maculé d'étoiles. Elle reconnut l'étoile du nord. Avagrin était au sud. Luka se mit à chercher sa constellation, pour s'amuser. Elle la trouva, haute dans le ciel – La Clochette de la Chandeleur, une constellation qui ressemblait à une fleur enneigée. Les gens nés sous cette constellation sont supposés être persévérants, pleins d'espoir et purs. Luka était douteuse de sa pureté, étant une voleuse et une bouseuse, mais pour la persévérance et l'espoir… peut-être.

Luka reporta son attention sur Miku, qui semblait innocente et paisible dans son profond sommeil, et une résolution nouvelle raffermit le cœur de Luka. Elle l'amènerait à Avagrin où elles verront un mage et trouver la source de son pouvoir, et pourquoi des soldats la recherchaient. Luka la protégerait du mieux qu'elle pourra, mais… Les lèvres de Luka s'affaissèrent en un triste sourire. Le fiasco dans la grotte… Luka avait été inutile. Elle devait devenir plus forte, mais comment ? Luka regarda autour d'elles; il n'y avait rien à part des arbres. Luka se releva et s'empara de sa courte épée et fit quelques mouvements rapides avec, échauffant son corps, avant de fixer l'elfe endormie dans l'arbre. Peut-être que Yukari savait comment utiliser correctement une épée… Elle avait bien une courte dague, non ? Peut-être que Luka pouvait lui demander de lui apprendre. Yukari était une nouvelle addition à leur voyage, elle avait l'air amicale…

Luka reposa son épée et sonda les étoiles à nouveau, essayant de chercher un signe en elles – après tout, les gens disaient toujours que les destinées s'écrivaient dans les étoiles. Luka regarda aussi fort qu'elle pu, mais elle ne vit que les mêmes constellation qu'avant. Elle soupira. Le futur était encore trop flou.

-o-o-o-

- Un autre bataillon est tombé, rapporta le messager à l'homme assis sur un trône luxueux.

La pièce où les deux personnages se trouvaient était une grande salle de trône, richement décorée d'or et de vermeil. Des tapisseries étaient accrochées aux murs de pierre et des anges délicatement sculptés semblait regarder du coin de l'œil les humains. S'ils avaient été vivants, ils auraient ri de leurs futiles préoccupations; mais ils n'étaient fait que de marbre, et quoi que puisse être leurs pensées, elles resteraient à jamais silencieuses.

- Encore un ? dit l'homme sur le trône, d'une voix fatiguée.

C'était un vieil homme, dont le visage était strié de rides par le temps et les inquiétudes. Il était drapé de longues, lourdes et magnifiques capes de velours et portait sur le crâne une couronne, qui semblait prête à tomber du front de son porteur à chaque instant. Ses épaules étaient affaissées, il avait la tête penchée. On aurait dit un homme vaincu – en le voyant maintenant, personne n'aurait pu affirmer que dans sa jeunesse, il avait été un féroce guerrier rugissant, un homme qui avait terminé la vendetta opposant les démons régnant sur Elphégor contre sa patrie, en leur volant la ville dans de sanglantes batailles.

Le messager s'humecta les lèvres nerveusement.

- Oui, votre Majesté. Les souvenirs, le but et les pouvoirs de la Prophétie ne se sont pas encore réveillés, mais en temps de danger…

- …le pouvoir ensommeillé se réveille brièvement, finit l'homme, abattu. Je sais.

Il se prit la tête entre les mains.

- Que doit-on faire ? demanda un jeune homme, debout près du roi.

Il était d'une jeunesse éclatante, avec des cheveux blonds et des yeux bleus, habillé de vêtements majestueux ornés d'or sur rouge sombre. Ses yeux étaient écarquillés et son visage livide de stress.

- Pourquoi ne pouvons-nous pas engage une guerre contre ça ?

L'homme sur le trône secoua la tête.

- Les raisons sont évidentes, Len. Recruter des hommes, désordre public, et évidemment, il y aura ceux qui refusent de croire que la Prophétie est réelle, ou qu'elle prendra forme d'une jeune fille. La Prophétie est maligne. Elle sait comment utiliser son apparence pour mieux nous duper… et ainsi, nous seront les perdants de l'histoire.

Le blondinet, Len, baissa les yeux vers ses bottes cloutées, en pleine réflexion.

- Mais Père, nous ne pouvons pas laisser la Prophétie vivre, sinon…

- Je sais ! hurla l'homme sur le trône, sa voix reprenant de son ancienne splendeur et majesté, avant de se craqueler en un calme chuchotis. Je sais. Mais c'est tout ce que nous pouvons faire. Peut-être pouvons-nous essayer une différente stratégie…