Merci pour les reviews! Et maintenant, voici la première grande confrontation entre Snape et Harry...
Cela faisait maintenant cinq bonnes minutes que Harry se tenait devant la porte du bureau de Snape. Il avait pris soin d'arriver en avance, afin de ne pas attiser la colère du terrible professeur. Il était à présent dix neuf heures pile. Il avala sa salive, prit son courage à deux mains et frappa à la porte.
« Entrez », fit une voix glacée.
Harry-Ex-Espoir-Du-Monde-Sorcier ne se le fit pas répéter, et entra, sans grand entrain.
La pièce était aussi sombre que d'habitude. Manifestement, rien n'avait changé depuis la veille (mis à part la Pensine qui n'était plus là, allez savoir pourquoi).La lueur d'une petite chandelle, posée sur le bureau, éclairait faiblement les copies sur lesquelles le professeur était penché. Harry se rapprocha, de manière à lui faire face.
Seuls les cheveux noirs et gras de Snape étaient visible, tant il était plongé dans son travail. Le bruit de sa grande et belle plume de corbeau sur le parchemin venait briser le silence oppressant qui régnait dans le bureau. Les seules touches de couleur provenaient de l'encre rouge sang qui inondait les malheureux devoirs des étudiants. Harry jeta un coup d'oeil discret au parchemin que Snape corrigeait. Un grand « D » avait été sauvagement écrit juste à côté du nom de « Denis Crevey ». Le Gryffondor détourna la tête avec mépris. Il ne voulait même pas savoir quelles appréciations le professeur avait écrit. Il avait déjà suffisamment à faire avec les sarcasmes que Snape usaient à son égard pour ne pas se préoccuper des autres.
-Si vous n'avez rien de mieux à faire que de me regarder corriger les copies de vos imbéciles d'admirateurs, vous pourriez peut-être commencer à récurer ces chaudrons, déclara sèchement Snape sans décoller les yeux de son travail.
Harry haussa les sourcils, et détourna le regard d'un air embarrassé.
-Hum, toussota-t-il. Oui...Uhm...(il se tourna et pointa le doigt vers l'un des chaudrons) Celui là ?
-Par exemple.
-Heu...Oui...Très bien, Monsieur.
Le jeune homme tourna les talons et se traita mentalement d'idiot. Pourquoi devait-il toujours agir bêtement en présence de Snape ? Aussi loin que remontaient ses souvenirs, chaque fois qu'il se trouvait dans une situation ridicule ou embarrassante, Snape se trouvait toujours dans les parages, prêt à l'humilier ou à lui rappeler combien il était stupide. Pas étonnant qu'il le prenne pour un demeuré ! Mais il ne pouvait se contrôler. Soit Snape le poussait à bout et Harry répondait à ses sarcasmes -ou pire, l'insultait, comme ce matin- soit le professeur l'intimidait et il se mettait à bredouiller des choses incompréhensibles. Au choix.
Il pesta contre sa propre inaptitude à contrôler ses émotions et son impulsivité, puis s'appuya sur les rebords du chaudron. Il ne put réprimer une moue dégoûtée à la vue de la matière visqueuse et nauséabonde collée aux parois de l'ustensile.
-Si cette activité n'est pas à votre goût, Potter, adressez vous à votre ami Finnegan, et à son don prodigieux pour créer toutes sortes de matières toxiques à l'aide d'objets mortellement dangereux tels de l'eau froide ou du sel.
Harry lui lança un regard meurtrier que le professeur ne reçut pas, trop occupé à corriger ses copies.
Le Gryffondor soupira et se mit à l'ouvrage. Il prit une éponge et plongea sa main dans le chaudron. Il frotta durant ce qui lui parut plusieurs heures, jusqu'à ce que ses poignets ne deviennent trop douloureux. Il posa donc l'éponge sur une table et s'affala sur la chaise la plus proche, en se massant les poignets.
-Professeur, dit-il à bout de souffle, Je n'en peux plus...Je...Il faut que je fasse une pau-
-Potter.
Snape posa sa plume et regarda Harry pour la première fois depuis le début de la retenue.
-Venez ici.
Harry hocha la tête sans ajouter le moindre mot. Il se leva péniblement, et se rapprocha de son professeur, non sans une certaine appréhension.
Snape croisa les bras sur son bureau, et fit signe à son élève de s'asseoir.
-Très bien, Potter, déclara-t-il froidement, une fois Harry assit. J'aimerais savoir ce qui vous a poussé à me traiter d'imbécile, ce matin.
Harry ouvrit des yeux ronds. Il s'était attendu à tout, TOUT, sauf à ça. Légèrement déconcerté, il ne réussit qu'à balbutier un petit « quoi ? » hautement intelligent.
Snape leva les yeux au ciel, montrant volontairement au Gryffondor qu'il détestait se répéter et qu'il n'allait sûrement pas faire quelque chose qu'il détestait juste pour les beaux yeux de Harry Potter.
-Répondez à la question Potter.
Harry releva la tête, et fit face à son professeur. Il ne l'avait pas remarqué jusqu'ici, mes ses yeux étaient rouges et bouffis, encadrés par d'horribles cernes. Il clignait des yeux fréquemment, comme s'il luttait pour ne pas s'endormir. Il semblait vraiment mal.
-Professeur, ne put-il s'empêcher de demander. Vous...Vous vous sentez bien ?
Snape le fixa, étonné, durant une poignée de secondes, avant de reprendre une expression impassible.
-Je vous demande de répondre à ma question, reprit-il, plus fermement.
-Très bien. Je répondrait si vous me répondez.
Snape soupira en passant sa main dans ses cheveux.
-Potter, je n'ai vraiment pas envie de jouer à ça ce soir. Aussi, si vous ne répondez pas de suite à la question que je vous ait posée, je vous prive de Quidditch jusqu'à la fin de votre scolarité, est-ce clair ?
Harry hésita, puis acquiesça. Il n'était pas dans les habitudes de Snape de montrer une quelconque faiblesse, et s'il lui avouait ne pas être d'humeur pour une énième dispute ce soir, c'est qu'il ne devait vraiment pas être en forme.
-Je voudrait juste savoir, demanda le jeune garçon, avant de vous répondre...heu...Pourquoi vous me demandez de me justifier?
Snape haussa un sourcil.
-Parcequ'Albus me l'a demandé. Nous avons eu une petite conversation toute à l'heure, et, après maintes protestations, j'ai tout de même accepté de vous parler.
Il avait fortement insisté sur le « maintes protestations », afin de bie faire comprendre à Harry qu'il ne faisait pas cela de bonne grâce.
-Je serai bref et extrêmement clair, reprit-il. Si vous m'avez insulté pour une raison que je jugerai valable, je considérerai cette histoire comme close, et vous n'aurez aucune autre punition. Si, en revanche, cette insulte n'était qu'une pathétique preuve de votre inaptitude à contrôler votre impulsivité, soyez sûr que vous passerez tout votre temps libre à astiquer des trophées avec Rusard, et ce jusqu'à l'obtention de vos ASPIC.
Harry faillit en tomber de sa chaise.
-Vous...Vous êtes prêt à me laisser me justifier ?
-On ne peut décidément rien vous cacher, Mr Potter.
-C'est que..., sourit-il faiblement, d'habitude, vous êtes plus du genre à me punir simplement parce que vous en avez l'envie et le pouvoir, sans aucun motif...
Le professeur le dévisagea d'un air mauvais.
-Enfin bref...se rattrapa Harry. Heu...Merci de me laisser une chance...
Snape fit une mouvement de tête agacé. De toute évidence, il n'avait que faire des remerciements de son élève.
-Bon...Alors...Je vais m'expliquer ?
-Oui, Potter. C'est en effet ce que je vous demande depuis cinq minutes.
Harry se gratta l'arrière de la tête. Un Snape qui lui laissait une chance de se justifier était un concept si inimaginable qu'il ne savait plus du tout où il en était. Il s'éclaircit donc la gorge ainsi que ses esprit, puis commença.
-Et bien voilà. Vous voyez, lorsque j'étais dans votre Pensine...
-Ha, oui. A ce sujet, Potter. J'étais un peu trop énervé hier soir pour vous faire la réflexion, mais j'ai réellement adoré la tenue que vous arboriez ce soir là. Adopter le même style vestimentaire que moi était sans doute la preuve flagrante de l'admiration que vous me portez, et j' en suis vraiment touché. (il eut un rictus ironique). Toute fois, ces robes vous allaient si bien que j'ai peur que vous me fassiez de l'ombre, et je ne peux tolérer cela, n'est-ce pas ? Je suis donc contraint d'enlever cent cinquante points à votre maison. Mais poursuivez, poursuivez, Potter.
Harry serra les poings dans ses accoudoirs. Il avait bien envie de répondre quelque chose, mais il ne voulait pas être collé pour le restant de sa scolarité.
-Donc, reprit-il avec une pointe d'agacement, lorsque j'étais dans votre Pensine, J'ai...j'ai vu ce que mon père vous avait fait subir, à Poudlard.
-Oui, c'est ce que j'ai cru comprendre, Potter. Où voulez vous en venir ?
Harry hésita à poursuivre. La colère de Snape était visible. Manifestement, il ne lui avait pas encore pardonné d'avoir plongé dans ses souvenirs. Il lui en voulait encore horriblement. De plus, le Gryffondor n'était pas sûr de vouloir aborder le sujet « James Potter » avec son professeur. Pourtant, il y était forcé.
-POTTER ! Rugit Snape, au comble de l'énervement, Nous n'avons pas toute la nuit ! OU VOULEZ VOUS EN VENIR ?
-Heu...Là où je veux en venir, poursuivit-il péniblement, c'est que... Et bien... (il marqua une pause, et prit son inspiration). Voilà. J'ai vu mon père se conduire comme une brute. Comme un imbécile. Et croyez le ou non, j'ai trop souvent été la victime de ce genre de crétin arrogants pour admirer ce qu'il faisait. Pour l'admirer lui.
Harry, qui n'avait pas osé regarder Snape dans les yeux, tourna enfin son regard vers lui. Le professeur le fixait, un air de confusion intense peint sur son visage. Il ouvrit la bouche, puis la referma. Il voulait sûrement dire quelque chose, mais rien ne venait.
Les deux hommes restèrent là à se dévisager durant quelques minutes. L'un plantait son regard émeraude intense dans les yeux noirs et ébahis de l'autre. Ce fut Snape qui brisa le silence.
-Et bien, Potter. Il semblerait que vous ne soyez pas si idiot que je le pensais. Vous avez finalement compris qui était votre père, et j'avoue que j'en suis le premier étonné.
Sa voix était posée, comme s'il avait attendu de reprendre le contrôle de lui même avant de parler.
-Mais, reprit-il, cet inattendu éclair de lucidité n'excuse en rien votre attitude de ce matin à mon égard. Aussi, si vous n'avez rien de mieux à me di-
-Mais vous n'avez pas compris ?
Harry plaça une main devant sa bouche. Il venait une nouvelle fois d'insinuer que son professeur était un idiot. Et Snape n'appréciait que très peu d'être traité d'idiot.
-Heu...Désolé, Monsieur. C'est...heu...
-Sorti tout seul ? Osa-t-il en levant les sourcils.
Harry rougit.
-Cinquante points de moins pour Gryffondor. Continuez.
-Oui...heu...Donc, ce que je voulais dire, c'est qu'un homme, aussi perspicace que vous, aurait sûrement comprit que puisque je ne voue plus aucun culte à James Potter, et que je le considère même comme un - excusez le terme - véritable salop, je n'ai pas supporté que vous me compariez à lui ce matin.
Il y eut un nouveau silence, durant lequel Snape toisa Harry d'une expression impassible.
-Heu...Alors ? Finit-il par demander. Vous...vous trouvez que je me suis bien justifié ?
Snape prit le temps de réfléchir, ce qui créa une certaine appréhension chez Harry.
-Oui, finit-il par cracher.
Il n'y avait aucune trace d'émotion dans sa voix. Toujours aussi monotone et sans vie. Néanmoins Harry était très heureux d'avoir réussit à faire comprendre quelque chose à Snape. Un grand sourire se dessina alors sur ses lèvres.
-Merci professeur, s'écria-t-il, la mine réjouie.
Snape inclina poliment la tête.
-Partez, maintenant. Et ne vous avisez pas de m'insulter de nouveau. La prochaine fois, je ne serai pas si flexible.
Harry sourit une dernière fois, puis se dirigea d'un pas léger vers la sortie. Alors que sa main était sur le point de tourner la poignée de la porte du bureau, une pensée lui traversa l'esprit : si Snape était de la même année que son père, il connaissait forcément sa mère ! Depuis la veille, Harry n'arrêtait pas de chercher diverses informations sur Lily, en interrogeant les professeurs et en fouillant dans les registres. Malheureusement, il n'avait pas appris grand chose, mis à part le fait qu'elle était douée dans la plupart des matière et qu'elle était une excellente poursuiveuse. C'était peut-être l'occasion ou jamais d'en apprendre plus sur sa mère.
Il se retourna et frissonna face au regard froid que lui lançait Snape.
Non. Il ne devait pas se dégonfler. Il devait lui demander. S'il ne le faisait pas, il le regretterait peut-être toute sa vie.
-Professeur Snape ?
-Potter, je pense que même un être aussi décérébré que vous est potentiellement capable de sortir d'un bureau. Vous voulez peut-être que je vous fournisse un plan ?
-Non merci, monsieur, ricana-t-il. Comme vous dites, je suis potentiellement capable de sortir de votre bureau si j'en ai envie.
Snape leva un sourcil.
-Mais j'aurais une question à vous poser, reprit Harry.
-Très bien, Potter. Mais dépêchez vous.
Harry revint alors doucement vers son professeur, sans le quitter des yeux. Il voulait que Snape lise la détermination dans son regard, qu'il comprenne que ce qui allait suivre avait vraiment de l'importance pour lui.
-Pouvez vous me parler de ma mère ?
Si ce n'était pas impossible, Harry aurait juré qu'un éclair de tristesse avait traversé le regard de Snape.
-Professeur ? Demanda-t-il gentiment.
-Je ne pense pas être la personne la plus qualifiée pour vous parler de Evans. Vous feriez mieux de demander à Lupin, ou encore à Bl-
-C'est à vous que je pose la question, Professeur.
Harry refusait de poser la question à Rémus ou Sirius. Il voulait un avis neuf. Un avis franc. Et Snape ne lui mentait jamais.
-Je ne sais pas si vous êtes au courant Potter, déclara calmement Snape en croisant les bras, mais j'étais à Serpentard, et votre mère à Gryffondor. Nous ne nous côtoyions que pendant les heures de cours en commun. De plus, et bien qu'elle ne prenait pas part à leurs blagues puériles, elle était tout de même assez proche de Potter et de ses amis. Nous ne nous sommes donc que très rarement – voir jamais – adressés la parole.
-Ho...Mais, professeur ! Vous savez forcément quelque chose ! Vous avez été sept ans dans la même classe !
-Je ne vois pas le rapport. Si je vous demandais d'énumérer les qualités profondes de Milicent Bulstrode, seriez vous capable de me répondre ?
Harry baissa la tête.
-Non, bien sûr, reprit Snape de sa voix doucereuse. Mais je suppose que puisqu'Evans était votre mère, elle était forcément très intéressante ?
-ARRETEZ CA ! Hurla Harry. JE NE ME CROIS PAS PLUS INTERESSANT QUE LES AUTRES !
Il fit quelques pas, puis s'adossa contre un mur.
-Je ne suis pas mon père, murmura-t-il.
Harry ferma les yeux. Il aurait dû se douter que Snape n'accepterait jamais de lui parler de sa mère.
-Je suis désolé de vous avoir importuné, fit-il. Le son de sa voix été amplifié par ses répercutions sur le mur. Mais comprenez moi. Je ne connais rien d'elle. Je n'ai aucun souvenirs. Pour moi, elle n'est qu'une femme aux yeux semblables aux miens, qui s'est sacrifiée pour me sauver. Elle ne m'est décrite qu'à travers mon père...
Snape ne répondit rien. Il n'avait pas bougé d'un pouce depuis le début de la conversation. Harry se retourna alors brutalement vers lui, et alla s'appuyer sur son bureau, son visage à quelques centimètres seulement du sien.
-Je vous en prie, professeur, dit-il d'un ton péremptoire. Si vous savez quelque chose sur elle. Dîtes le moi.
Les yeux de Snape ne quittaient pas ceux de Harry. Leurs regards étaient comme connectés, et aucun d'eux ne voulaient briser le lien qui les unissait.
Les prunelles de Harry tremblaient d'intensité. A présent, son professeur ne pouvait plus reculer.
Le regard de Snape se faisait de plus en plus faible. Finalement, il plissa tristement les sourcils, puis baissa les yeux vers le sol.
-Professeur ?
-Gentille, agréable, d'une rare bonté, tolérante, sociable, souriante, douce, candide, sans doute la femme la plus extraordinaire qu'il me soit arrivée de voir, cracha-t-il d'une traite. Maintenant fichez le camp.
-Mais...
-DEHORS, POTTER !
Harry regarda une dernière fois Snape, avant de s'enfuir de la salle.
La porte claqua derrière lui. Il courut jusqu'au troisième étage, où il fit une pause afin de reprendre son souffle. Il s'adossa contre une rampe d'escalier, et décida de s'éclaircir un peu les idées.
Snape appréciait sa mère. Il n'avait pas tari d'éloges à son sujet. Pourquoi ? En tant que Serpentard, n'était-il pas sensé haïr tous les Gryffondors ? D'autant plus, les Gryffondors né-Moldus ? Il l'avait qualifiée de « femme extraordinaire « ... Cela voulait dire qu'ils se fréquentaient ? Mais dans ce cas, pourquoi Snape lui avait-il dit qu'ils ne s'étaient presque jamais parlés ? Il n'y a pourtant aucune honte à avoir des amis... Et si...Si le professeur lui cachait quelque chose à propos de ses relations avec Lily ?
-Jeune homme, lui dit sévèrement le tableau d'une vieille reine hautaine, tu n'as rien à faire dans les couloirs à cette heure ! File dans ton dortoir ou j'appelle le concierge !
-Ca va, ça va, répliqua vaguement Harry en faisait un signe de main agacé.
La reine leva les sourcils, puis haussa les épaules en murmurant à quel point les jeunes pouvaient être incorrects. Harry n'y prêta aucune attention et alla se coucher, la tête remplie de questions.
Il fit un rêve étrange cette nuit là. Il était chez les Dursley et, allez savoir comment, il avait trouvé un moyen de faire pratiquer la magie aux Moldus. Il avait réussi à confectionner une potion bleue indigo qui reproduisait les mêmes effets que les composants des baguettes standards, mais qui ne nécessitait aucune capacité magique de la part du porteur. Il avait mis cette potion dans des espèces de pipettes en verre, semblables à celles que l'on trouve en classe de chimie et qui faisaient offices de baguettes, et apprenait à un groupe de personnes âgées Moldues à se battre en duel. Curieusement, toutes ces personnes ressemblaient au portrait de la reine qui l'avait houspillé la veille. Vernon et Pétunia étaient ravis que leur abruti de neveux leur serve enfin à quelque chose : le « club de magie » avait un tel succès que les Dursley devinrent bientôt la famille la plus riche et adulée de Little Whining, et ils ne voyaient donc plus aucun inconvénient à ce que Harry pratique la magie.
Une fois, alors que Harry parlait de Poudlard à ses élèves, l'une des vielles femmes du club lui avait demandé s'il n'y avait pas d'activités magiques plus calmes, comme par exemple le tricot magique, ou la cuisine magique. Harry lui avait répondu que les potions ressemblaient vaguement à la cuisine.
« - Ha, c'est intéressant les potions, non ? Votre professeur doit bien s'éclater pendant ses cours... » lui avait-elle dit.
Harry avait fait un petit sourire aimable.
Le soir même, pour on ne sait quelle raison (en même temps c'était un rêve), Pétunia avait invité toutes les femmes du Club de Magie ainsi que Ron, Hermione, et quelques professeurs de Poudlard à dîner, dont le professeur Snape.
« -Je te félicite pour cette fabuleuse invention, Harry, lui avait dit Hermione. Mettre la magie à la portée des Moldus, c'est vraiment fantastique. »
« -Merci, Hermione. Ho, à propos, Professeur... »
Snape, qui mangeait tranquillement en face de lui, avait relevé la tête de son assiette. Il affichait un air incroyablement paisible et bienveillant.
« -Oui, Harry ? »
Harry gloussa.
« -L'une des vieilles à qui j'enseigne la magie pense que vous devez bien vous éclater en cours de potion... »
Snape avait ouvert des yeux ronds, et répéta, sa commissure droite légèrement relevée :
« - « M'éclater » ? »
« -Professeur, vous avez sourit ! » S'était écrié Harry en frappant dans ses mains.
Alors Snape, aussi incroyable que cela puisse paraître, éclata de rire. Pas un rire diabolique, ou effrayant. Non, un rire tout simple. Clair et chaleureux. Humain.
Puis, Harry se réveilla, légèrement perturbé.
-Je me demande ce que Trelawney penserait de ce rêve, plaisanta Ron le lendemain au petit déjeuner.
-Je la voit d'ici, ricana Harry. A tous les coups, ça veut dire que je vais me faire tuer par une chimiste à la retraite armée d'une éprouvette graduée et aidée par un Snape qui s'éclate à mort.
-Oui, rit Ron, ou alors ça veut dire que les Dursley vont se mettre à la magie et qu'ils vont provoquer la fin du monde à cause d'une potion bleue indigo.
Ils éclatèrent tous les deux de rire. Ron était à deux doigts de s'étouffer avec ses oeufs brouillés et Harry avait un point de côté. Hermione les ramena un peu sur terre grâce à un coup de livre sur leur têtes vides de neurones.
-Ce n'est pas drôle, dit-elle d'un air sévère. Harry a plus d'une fois rêvé de choses qui n'avaient rien d'imaginaires. Rappelle toi la fois où ton père s'est fait agressé par un serpent, Ron !
Ron s'arrêta aussitôt de rire et pâlit à ce souvenir.
-Ho, mais Hermione ! Gronda Harry. Ce rêve n'a aucun sens, voyons ! Comment tu veux que j'invente une potion capable d'octroyer des pouvoirs aux Moldus? Je suis nul en potions !
-Non, ça, encore, c'est pas tout à fait impossible, se reprit Ron. Mais Hermione.( il prit son amie par les épaules) HER-MI-O-NE. Un Snape qui éclate de rire ! DE RIRE ! C'est complètement absuuurde !
-Heu...Oui...tu n'as pas tort...
-Alors, arrête de te tracasser pour rien. Ce n'était qu'un rêve, rien de plus.
-Oui...Tu as sans doute raison, Ron.
-Super. Maintenant, MANGEONS !
Sur ces bonnes paroles, le rouquin se replongea dans son assiette, sous la moue dégoûtée de Hermione. Harry fit un petit sourire crispé.
Il repensa à son rêve. Il ne pouvait s'agir que d'un rêve normal, ça il en était sûr. Néanmoins, il voulait sûrement signifier quelque chose. Il n'avait jamais, jamais rêvé de Snape avant. Encore moins d'un Snape heureux.
-Hermione, lui chuchota-t-il. Tu pourrais faire quelques recherches sur mon rêve pour moi ?
-Et pourquoi tu ne le ferais pas toi même ? Tu sais que j'ai horreur de la divination. Les rêves ne signifient pas forcément quelque chose, tu sais.
-Je sais, je sais, Hermione. Mais tu pourrais chercher quand même ? S'il te plaît ?
-Et comment au juste veux tu que je trouve la signification de ce rêve stupide ? En cherchant à « Severus Snape - Bonheur » Dans le dictionnaire des songes ?
-Bon, ça va, j'ai compris... C'était pas une bonne idée...
Il mit une bouchée de bacon dans sa bouche, et la mâcha rageusement.
-Harry.
Hermione se pencha un peu plus vers son ami.
-Il n'y a que toi qui peut savoir ce que ce rêve signifie. Interroge toi, et essaie de trouver des similitudes entre ce qu'il s'est passé dans ton rêve et la réalité. Je te conseille de le noter - ton rêve - sinon tu risque de l'oublier.
Harry fit mine d'être fâché contre elle et lui adressa un faux regard noir. Hermione sourit et lui tapota gentiment le dos.
-Aller, ne fais pas cette tête là...Si ça peut te réconforter, j'ai fait des recherches sur ton...heu... « lapin » d'hier.
-Inutile, Hermione. MacGonagall m'a déjà fait tout un cours sur ça, tu te rappelles ?
-Je ne te parle pas du lapin en lui même, Harry.
Le jeune Gryffondor haussa un sourcil.
-Tu veux parler de quoi, alors ?
-Et bien, MacGonagall t'as bien dit qu'un seul élève avant toi avait réussit à transformer son origami en animal étrange ?
-Oui...Et ?
-Et, dit elle en haussant les sourcils, j'ai cherché dans plusieurs registres de l'école, pour savoir qui était cet élève.
-Super...En quoi ça m'avance, de savoir ça ?
-Je ne sais pas, j'ai pensé que tu avais sûrement beaucoup de points communs avec cet élève, et que l'on pourrait en apprendre plus sur ton potentiel magique, en se basant sur celui de l'élève.
Harry soupira. Il n'avait pas vu les choses sous cet angle. Mais pourquoi pas ?
-Très bien. Alors ? Qui est cet élève mystère ?
Hermione hésita et détourna le regard. Elle se mit à tracer des « huit » dans son porridge en bredouillant quelque chose.
-Hermione, si tu ne voulait pas me révéler le nom de cet élève, il ne fallait pas me lancer sur le sujet ! Je commence à en avoir marre de toutes ces cachotteries !
Hermione releva la tête de son bol et regarda Harry avec appréhension.
-Harry... ...C'est le professeur Snape.
