4- Deuxième jour avec Parker
Brennan se réveilla le lendemain matin seule dans le lit et regarda attentivement autour d'elle, perplexe. Cela lui prit un moment pour se rendre compte que Parker n'était pas là. Le réveil sur la table de chevet indiquait 9h14 en lettres rouges. S'accordant quelques secondes de paresse supplémentaires, Brennan balança ses jambes par-dessus le lit et s'avança lentement dans le living-room, d'où elle entendait un peu de bruit.
Effectivement, Parker était assis sur le canapé, les jambes croisées, fixant la télévision qui montrait un grand nombre de personnages de dessins animés dans ce qui semblait être un show sous l'eau.
« Tu as bien dormi ? » demanda Brennan quand des publicités apparurent.
Parker tourna la tête et sourit à Brennan. « Ouais, » dit-il. « Ton lit est confortable. Merci de m'avoir laissé dormir dedans. »
« De rien. » Brennan alla dans la cuisine et Parker, après avoir éteint la télé, la suivit.
« Tu as faim ? »
« Ouais. » Parker se hissa sur un tabouret et regarda Brennan allumer la cafetière.
« Bien, » elle versa les grains de café, « on a soit des céréales, des toasts, des choses simples, ou alors on peut faire des pancakes. »
Le visage du garçon s'éclaira. « Des pancakes ? »
« Je crois comprendre que tu aimes cette idée ? » Brennan sourit à son enthousiasme.
« J'aime les pancakes ! » acquiesça Parker. « Je peux aider à les faire ? »
« Bien sûr. » Elle sortit du placard les ingrédients nécessaires. « Tu veux bien sortir les œufs du frigo, en faisant attention ? »
« OK. » Parker descendit du tabouret et trottina vers le frigo. Il l'ouvrit et regarda à l'intérieur pendant un instant, puis se mit sur la pointe des pieds pour attraper le carton d'œufs alors que Brennan prenait la farine et les autres ingrédients.
« Merci, » dit-elle quand il posa la carton près d'elle sur le comptoir.
« De rien, » chantonna-t-il. « J'aime faire des pancakes. »
« Ah oui ? » demanda-t-elle, prenant un verre mesureur.
« Ouais, » dit Parker. « Papa cuisine bien. Il t'a déjà fait à manger? »
« Hum… » Brennan réfléchit en cherchant une casserole. « Je ne pense pas que j'ai déjà mangé quelque chose qu'il avait cuisiné, mais on a fait des petites choses ensemble. »
« Tu devrais venir quand je suis chez Papa et il pourra nous cuisiner un de ses plats ! » dit Parker avec excitation. « Et puis on pourra jouer tous ensemble après ! »
« Ce serait drôle, » dit Brennan en riant, versant maintenant la farine. « Mais tu devrais vérifier si ton papa est d'accord d'abord. » Elle tapota son nez avec son doigt plein de farine. « Tu veux casser un œuf ? »
« Ouais ! » s'écria Parker, essayant la farine de son nez et prenant un œuf du carton, cassant avec soin la coquille au dessus du saladier que Brennan lui tendait. « Et je pense que ça ne dérangera pas papa si tu viens. »
« Alors d'accord. »
« Ouais. » Parker était concentré à ne pas laisser tomber de morceau de coquille dans le saladier. « Papa t'aime bien ; il voudra bien. »
Brennan faillit manquer le verre mesureur dans lequel elle avait commencé à verser le lait. « Quoi ? » demanda-t-elle.
« Papa vous aime bien, » dit Parker comme s'il parlait de sa couleur préférée. « Il dit que tu es très intelligente et jolie. »
« Il t'a dit ça ? » questionna Brennan, la brique de lait ouverte dans la main, momentanément oubliée.
« Mmm hmm. »
« Quand a-t-il dit ça ? »
Parker leva les yeux du saladier, jetant la coquille d'œuf dans l'évier et réfléchissant un instant, se souvenant de ce qui s'était passé…
Environ une semaine ou deux plus tôt, Parker Booth était assis dans le canapé dans l'appartement de son père, la tête posée sur le bras de son père. Booth lui lisait une histoire alors que Parker faisait de son mieux pour suivre et regarder les images. Booth n'avait pas été très emballé de lire Cendrillon à Parker, mais l'enfant avait manqué la fin du livre en classe, parce qu'il avait un rendez-vous chez le dentiste. Booth avait pris le livre à la bibliothèque, avec une certaine réticence, pour finir de le lire à Parker.
« J'aime cette histoire, » dit Parker alors que Booth avait terminé de lire et fermait le livre. « J'aime Cendrillon. »
« Ah oui ? » dit Booth en souriant à son fils.
« Pas toi ? » demanda Parker. « Tu te marierais avec une dame comme Cendrillon ? »
Booth sembla un peu surprise. « Je ne sais pas, Parker. Ca dépend de certains aspects… »
« Quel genre de spects ? » demanda Parker.
Booth soupira. « Je sais pas, Park, » répéta-t-il. « Je suppose que j'aimerais que la fille soit gentille, bien avec toi, intelligente, drôle et jolie, ce serait un bonus… »
« … comme Bones ! » interrompit Parker avant que Booth puisse continuer.
Booth sourit et ébouriffa les cheveux de son fils. « Ouais, fiston, comme Bones. »
« Tu vas verser le lait, Tempie ? » demanda Parker à Brennan qui tenait encore la brique ouverte après l'histoire de Parker.
« Hein ? Oh, oui. » Brennan versa le lait dans son verre mesureur, souriant à cette nouvelle information, sûre que c'était sincère mais ne signifiait rien, à part en réponse aux questions inquisitrices d'un garçon de 5 ans.
« Tu aimes Papa, Tempie ? » Apparemment l'interrogatoire n'était pas terminé.
Brennan le regarda. « Je… oui, Parker. Ton papa et moi sommes de très proches amis. »
Cela sembla satisfaire Parker et il laissa tomber le sujet. Il commença à mélanger les ingrédients avec les œufs alors que Brennan allumait le feu pour réchauffer la casserole.
Brennan et Parker passèrent un petit-déjeuner assez drôle et légèrement collant. Les pancakes se révélèrent bons et tous deux passèrent un bon moment à faire des visages et divers personnages avec des mûres, des bananes, des framboises, des chips au chocolat, et du sirop. Ils avaient mis une certaine pagaille, mais cela en valait la peine. Brennan fit couler un bain à Parker pendant qu'elle rangeait la cuisine. Elle mit beaucoup de bulles dans la baignoire et lui dit de l'appeler quand il serait dedans. Elle en savait assez sur les enfants pour savoir qu'on ne laissait pas un petit seul dans l'eau.
« Qu'est-ce qu'on va faire aujourd'hui ? » demanda Parker une fois que la cuisine fut propre et qu'ils eurent tous deux pris un bain ou une douche.
« Ca dépend de toi, » dit Brennan. « On pourrait aller encore au parc ou jouer ici, ton père a amené ta PlayStation. »
« On peut jouer ici et puis aller au parc ? »
« On peut faire ça. »
« Tu veux jouer à la PlayStation ? »
Brennan regarda la boîte. « D'accord, mais tu vas devoir m'apprendre. »
« Ok! »
Temperance Brennan apprit quelque chose sur elle-même en jouant à la Playstation avec Parker : elle était nulle. Si elle n'avait pas joué pour Parker, elle aurait jeté la boîte par la fenêtre tellement elle était frustrée. Au lieu de cela, elle essaya de se réjouir de la joie de Parker quand il gagnait une course de voitures ou trouvait le trésor caché le premier. Parker semblait aussi prendre plaisir à apprendre à « la dame la plus intelligente du monde » comment fonctionnaient les manettes de la PS2.
« Je crois que j'ai besoin d'une pause, Parker, » dit Brennan en posant la manette après avoir été battue pour la vingtième fois. « Mes pouces me donnent l'impression qu'ils vont tomber. »
« Je vais l'éteindre, » dit Parker en le faisant.
« Tu veux aller au parc maintenant ? »
« Oui. » Il se leva et s'étira.
« Pourquoi tu n'irais pas mettre des chaussettes et je vais chercher ton manteau et tes baskets, » suggéra Brennan, se levant à son tour.
« OK, » dit Parker, se dépêchant.
« Tu peux te balancer aussi, Tempie, » dit Parker alors qu'il poussait sur ses jambes, gagnant en hauteur.
Brennan s'assit sur la balançoire à côté de lui et se laissa porter par le vent froid. « Je vais juste m'asseoir sur la balançoire. »
« Si tu veux, » dit Parker alors qu'il allait encore plus haut.
« Sois prudent quand même Parker, » dit-elle en le voyant atteindre le point le plus haut qu'il pouvait avec la balançoire.
« Je sais, » dit Parker, en poussant la balançoire un peu moins fort, au grand soulagement de Brennan. « Est-ce que toi et papa vous passez beaucoup de temps ensemble ? »
Brennan sourit et soupira, se préparant à un autre flot de questions. « Oui, nous travaillons beaucoup ensemble. Nos métiers nous occupent beaucoup, et nous avons de la chance de le faire ensemble. »
« Est-ce que vous sortez en dehors du travail ? » demanda Parker, n'ayant sans doute pas l'intention que ça ressemble à quelque chose d'important ou à un interrogatoire.
« Je suppose que oui, » réfléchit Brennan. « Oui, nous sommes devenus très bons amis en dehors du travail. »
« Mon ami Danny dit que les filles et les garçons ne jouent pas ensemble parce que les filles sont contagieuses, » dit Parker. « C'est vrai ? »
« Est-ce que c'est le même qui a désobéi à sa maman et a sauté de la balançoire ? » demanda Brennan.
« Ouais. »
« Danny a tort, » dit-elle à Parker. « A ton âge les garçons et les filles n'aiment pas jouer ensemble. »
« Ouais, » acquiesça Parker. « Danny dit aussi que c'est pas possible que les garçons et les filles soient amis en dehors du travail. Il dit qu'ils doivent s'aimer beaucoup, comme pour se marier. »
Brennan n'aimait vraiment pas ce Danny. « Parker, tu ne devrais pas écouter ce que Danny te dit. Il ne sait pas de quoi il parle. Ce qu'il dit arrive quelquefois, mais ce n'est pas toujours vrai. »
Parker hocha la tête et sourit. « Je ne crois pas ce que Danny dit. Il est méchant. Quelquefois il dit des choses qui mettent en colère la maîtresse. »
Brennan le croyait volontiers, ce gamin avait l'air d'un garnement.
« Il dit que mon ami Kevin est un bâtard parce que Kevin ne voulait pas lui donner sa voiture Hot Wheels qu'il a eu pour son anniversaire. »
Brennan était surprise. « Hum, Parker, ne dis plus 'bâtard'. Danny n'aurait pas dû le dire. Le mot qui commence par 'b' est un gros mot. »
« Oh, OK, je le ferai plus, » dit-il en continuant de se balancer.
Je vais parler à Booth de ce Danny, pensa Brennan.
Parker ralentit sa balançoire, frottant ses baskets sur le sol pour l'arrêter. « Je ne veux plus me balancer. Je peux aller dans les cages ? »
« Vas-y. »
Parker courut vers les cages. C'est presque un singe, se dit Brennan alors qu'il sautait du haut de l'échelle pour attraper la première barre. Il arriva au bout et se laissa tomber au sol.
NdT : « monkey bars » = littéralement barres à singes
« Aïe ! » cria-t-il en se tenant la cheville et en s'asseyant.
Brennan se rua vers lui et s'agenouilla. « Ca va ? »
« J'ai mal atterri, » dit-il.
« Je peux voir ? » demanda Brennan. Il hocha la tête, remonta sa jambe de pantalon et descendit sa chausette. « Ca fait mal ? » elle appuya doucement sur la cheville.
« Pas vraiment. »
« Et là? »
« Non. »
Elle remonta sa chaussette et redescendit sa jambe de pantalon. « Je pense que tu l'as juste tordue quand tu as atterri. Ce n'est pas cassé. »
Parker sourit. « Papa a raison, tu es intelligente. » Elle lui rendit son sourire. « Merci, Tempie. »
« De rien. » Elle se leva et lui tendit la main pour l'aider à se lever doucement. « Tu veux monter sur mon dos pour rentrer à la maison ? »
« Oui s'il te plaît ! »
Elle l'aida à grimper sur son dos et il se tint à son cou alors qu'elle reprenait le chemin vers son appartement.
